Texte intégral des "Archives marocaines" – Location de robe de mariage algérienne




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ESSAYEZ SUR L'HISTOIRE POLITIQUE
NORD-MÀROCA.IN



Si les termes blad el Makhzen et blad-le Siba,
utilisé dans le sens absolu que leur utilisation
Parfois, ils ne réagissent pas à la réalité
Mais donnez une idée approximative. Le Maroc est
Entrée en vigueur des maturions sous la réserve du Mahhzen et
régions invaincues. Mais beaucoup de nuances
dans une large mesure le ver
entre les deux termes d'un point à un autre dans la région. en
En outre, un tel district est soumis à la révision de
Le temps est rebelle à un autre. L'état actuel, quel qu'il soit
ou ne peut pas être défini par une classification
être une tendre appréciation en soi. Il ne
non seulement des faits contemporains, mais
abandonne dans une certaine mesure les histoires historiques
qui réagissent à l'état actuel et y contribuent
pour le rendre plus variable.

Au nord du Maroc, il semble à première vue
que la région est dominée par
Makhzen et qui échappe à son autorité. Nous pouvons être
essayé d'attribuer la désobéissance des tribus à la seule cause
une anarchie endémique. Mais des observations
Plus en détail, l’Andjcra, voisins de Tanger,
parfois des sujets et parfois des rebelles. Ils montrent Tdlouan,

AltCB. MAROC. 1



ARCHIVES MAROCAINS

Cependant, si des hauts fonctionnaires sont embauchés,
nombreuses manifestations d'un esprit / rondeur. Ils témoignent
chérifisme local, d’une situation dans laquelle
quand l'encombrement semble politique, comme si
l'anarchie sociale a cessé d'être la cause seulement
en partie l'effet vient. Il n'y a aucune raison de traiter le sujet en détail
nie le propre mouvement du nord du Maroc, le nôtre
Il est temps de ressentir le besoin d’étudier les origines,
pour afficher les caractères et l'orientation. En suggérant
de cette manière, la connaissance du présent est facilitée par
Dans le passé, nous n’avons fixé aucun objectif dans les records
Pour déterminer tous les éléments d'un problème,
aller, mais seulement pour analyser certains éléments
important, en tant que types opposés de tendances opposées,
(V. v ne représente pas toute l'histoire politique de
Nord & # 39; Utarocain. Ils ne présentent que quelques as.
prêts caractéristiques, la reconnaissance de
des forces, variables d’un âge à l’autre, entre les
voici souverain et son application sociale.

(Il saisit sur place, dans les événements contemporains,
Vitntaffoni-sme de l'aristocratie chérifienne, d'origine traditionnelle
religieux et religieux - auxquels les tribus
plus ou moins complètement en faveur des clans nobles.
des liens multiples - et une aristocratie administrative
d'origine militaire, alors que toujours
Le Mah-hian moderne n'était pas sans temps temporairement
"" A7T / A7T. Dans le passé, les sultans. L'étude historique de
le rifisme local et la famille d’Oulad & Abd 'aç-çadoq
beaucoup de faits du présent, d'un nouveau
mais sans tout leur donner. Ça ne résume pas
remplit toute l'histoire politique du nord du Maroc. peut-être
Quelle est cette histoire?



ESSAI À HISTOIKLI: OLIlClA UU NOHU-MAROCA.IN 3



LA CHOIRFA



Le dernier Idrisiden.



Les écrivains musulmans sont d'accord avec un auteur
le démembrement des Idrisidenreiches, la division du
Glirib entre les fils d'Idris II, Mohammed, l'aîné, sur
le conseil de sa mère Ivanza. Si des princes
idrisides pourrait alors reconstruire toute l’année
La souveraineté familiale n'était que temporaire,
ment. La carie commencée n'est pas accentuée.

La Confédération Idrisid, formée par Muhammad et
Qui l'a reconnu comme un clan, a été divisé en provinces
Tikîsas, en Irlande, le pays de ÇanliAdja et
R & # 39; oniAra - c’est la zone située entre Fès et
Dans la zone côtière nord, le récif a attiré & # 39; Omar; la
Hawwara, les Tsoùl, les Miknàsa et le Jebel Rítyà, tribus
Les berbères entourant Fès ont été attribués à D; wid; Yal; iya
Bacra, Acila, Al-Arâîch et les pays voisins,
c’est-à-dire les quartiers situés entre Fès et Tanger; cette
dernière ville, avec Tétouan, Ceuta et le Rif occidental,
formé la partie d'Al-Qasem; Ahmed avait les tribus Mik
niad, Tadia et Fazaz au centre du Maghreb; Abdallah Gou-
Verna le sud marocain, Ar # mat, NefJs et Soùs al-A <[Il;
Isa, la province de Chella sur l'océan Atlantique; enfin celui de
Tleracen devint le lot de Lamazza. Quant à Mouiammad,



4 ARCHIVES MAROCAINS

il a gardé Fès, la capitale, avec la suprématie sur tout
ces petits empires vassaux *.

Les conséquences de ce partage ne se sont pas fait attendre
sentir, à travers la discorde, ce qui a troublé tout le pays
si bien gouverné par Idris. Isa s'appuya contre le khao
la vie; Al-Qasem, dans les limbes pour punir les rebelles,
a refusé de se battre contre son frère, dont il était le voisin, et
"Omar, qui s'est occupé de la chose de ...
Prince des fidèles. Omar rassemble les états
d’Isa et d’Al-Qasem et reste ainsi le seul champion du
partout dans le nord du Maroc.

Nous verrons plus tard que la distribution de Chorfa
idrisides multipliés dans le Maghreb, équivalent
à peu près les sections de l'ancien
partagée famille. Les influences qu’ils représentent sont
le plus souvent régional: les descendants de
Allah est toujours dans le sud du Maroc et celui-ci
Ahmed au milieu; ceux de Muhammad sont tous
puissant à Fès et au nord; ceux d'Omar dans le
Nord Ghrib. Al-Qasem, sa progéniture,
après avoir été au pouvoir pendant longtemps
a donné naissance aux branches djoûtites,
vivre à Fès; mais nous adorons toujours sa mémoire dans le
Province de Tanger, Le Mausolée, authentique ou apolo-
Kryphe, dit Sidy Qasem, au bord de la
Lagune du même nom, entre Cap Spartel et Acila, et où
La tradition établit la tombe d'Al-Qasem, est une destination de
Pèlerinage très souvent du Djebala de la région.

I. Voir Roudh tl-Kartas. Histoire des Souyerains du Maghreb et d'Andres
nales de la ville fès, trad Beaumier, p. 6i et suivants. ; Ibn Khaldoun,
Histoire des Berbères, trad., De Slane, II, p. 145, 563 et suivants. ; El-Bckri,
Description de l'Afrique du Nord, trans. De Slane {Asian Journal
tick, 1859, I, p. 352); Fouruel, Les Oerhers, I, pages 498 et suivantes; mer
Histoire de l'Afrique du Nord, p. 276e

a. Pour ce mausolée, cf. Saumon, une tribu marocaine: les Fahcya
{Archives marocaines ^ II, page 248).



TENTER L'HISTORIQUE POLITIQUE DU NORD DE MARCOKAN 5

Seulement trois des fils d'Idris s'intéressent à l'histoire
Nord du Maroc, où son amitié s'est poursuivie.
nus jusqu'à aujourd'hui: Mouhanimad, Omar et Al-Qasem.
Les descendants directs de Mouhaniinad, installés à Fès, y
Pendant soixante ans, j'ai profité d'une grande puissance et
d'égale popularité; puis Yabya, fils de Yajiya, fils de
Mahomet a compromis son autorité en allant trop loin
Quand il mourut, le royaume Fès et le khalifat
étaient entre les mains d'Aii, fils d'Omar, qui ne pouvaient pas
craquer contre l'agitateur Abd ar-RazzAq & # 39; Un Qasimit
puis de retour au pouvoir, puis un petit-fils d'Omar, jusqu'à
Moment, où les Falimites, maîtrise déjà tous les h'rlqya et
fondée à Mahdya et à Qayrouân, est apparue le
les frontières du Mathrhrib, les appels des peuples sous la
Bannière du Mahdi Obaid AUah  Al-Hasan, petit-fils d’Al-Hasan
Qasem, mieux connu sous le pseudo AI-I.Iadjdjam (le
Phlébotomiste), a tenté en vain de résister: trompé et
expulsé de Fès, il mourut misérablement et quitta le patron
Admiration, Moûsa ben Abl l - 'Al & ya, continue sa haine
Fanatique du dernier Idrisiden.

Investi par son cousin Messala, le patron de Mikn & It's
Tiharet du commandement du Maghreb avait juré Moùsa
éradiquer les descendants de Idrls et il aurait son
Projet en cours d'exécution, sans crainte de ressentiment
provoqué partout le massacre de la sainte famille. son
et la mort d'Al-Iladjdjilm n'a pas provoqué



Ab-ar-Kazzqq était un Andalou de Huesca qui avait réussi
Il fut reconnu par certains Irihus Bcrhères comme dirigeant et était entré
Fès, où il a gouverné pendant quelques mois. Koudlt tl-Knrtas, p. io4-io &; quatre
non, op. cit., I, p. est.

• i. Il n'y a pas si longtemps que cette mission était avec les meilleures idées
arrivé à Ifriqya, fondateur de la dynastie de Fatima Fatima,
Fille de Prupbete et épouse d’Ali), il s’était installé à Malidya en Tunisie et
vers l'Egypte les expéditions qui mèneraient aux USA
Base du kbaliful du cuisinier. Voir Fourncl, op. Cit., I, p. i3 (i et seq.



6 ARCHIVES MAROCAINS

Idrisides, une panique comme
un instant leurs divisions se rassemblent
son aîné Ibrahim, le petit-fils d'Al-Qasem et le frère d'Al-Qasem.
Hadjdjâm. Ce prince a ensuite construit comme un lieu de
Refuge pour tous ses habitants, la forteresse de Hadjar
Nasr (le rocher de l'aigle) *.

La position de la forteresse, dernier boulevard de la
pouvoir idriside reste incertain à cause du contre-
Diction à ce sujet parmi les écrivains arabes.
Selon Roudh al-Qartâs, Hadjar était un an-Nasr
près du fusil, le traducteur l'identifie
Fusion avec Alhucema. "Ibn Khaldoùn la place près ou
dans les dépendances de Geuta *; EI-Bekri, sur le chemin de
Geuta à Fès, entre Wadi Maghar et Louqqoç *; al
Kittany, au pays de Samata. Aucune ruine connue,
de la zone située entre Alhucema, Geuta et Al-Qçar,
ne répond pas aux souvenirs que la forteresse de
Pages, mais il semble n'y avoir aucun doute que Iladjar an-Nasr
était au pays de R? omâra ou de Maçmoùda, c’est-à-dire
dans la région du Rif occidental & # 39;.



1. Voir Ibn Khalduiii, Op. Cit., II, p. 568; El-Bekri, op. Cit., P. GSS.

2e op. Cit., P. IL2.

3ème op. Cit., II, p. i45.

4. "Un peu plus loin se trouve Hadjer en-Nccer à Eagle Rock",
le Beni Mohammed. Le canton se trouve à l'ouest de cet endroit
Rehouna et à l’est la région de Beni Feterkan, une tribu fantôme
Maride. Sur Hadjer, le chemin forme une branche; si vous prenez
La route à droite nous mène à Aftcs, une ville de Gucnnoun ibn
Ibrahim et habité par Kotama. Cet endroit est riche et prospère;
C'est à l'ouest de Hadjer et à la périphérie de Lokkos ... "
Bekri, op. Cit. (Asian Journal, 185 g, I, p. 33i).

0.5. Al-Azhar al-Af Afira al-anfas bi-dhikr ha m d mahassin qouth al-Maghrih
oua tadj madtnat Fas, éd. Fès, 1314, p. 191e

6. M. Moulléras parle dans son Maroc inconnu (II, p. 35-35i) de la
Histoire d'un voyageur djbalien qui dit avoir vu les ruines de Qadjar
Nasr entre les tribus Branes, Tsul et Çanhādja.



PROCÈS SUR L'HISTOIRE POLITIQUE DU NAKHARKOKAIN 7

Les tribus du pays étaient dédiées à Idrisides, dont
le pouvoir a été rétabli longtemps après la chute de
ljadjar an-Nasr à Geuta, Nokour et Melilia aussi
Restez plus près de nous à la fois.
Influences Idriside. ainsi que le Chorla Oulad
Sidy Machich, comme Ouazzanyni Chorfa, n’a pas
Ne pas arrêter d'être exceptionnel dans le Rif à Andjera
et Jebel Alem, qui signifie partout dans le pays
de Hadjar an-Nasr.



L'histoire du second empire idriside reste plutôt sombre:
Aucun historien, aucun voyageur n'a décrit Hadjar à Nasr
et la vie qui y est allé. Nous savons seulement que quand
Les délinquants, les descendants d'Idris ont partagé leurs nouveaux
Le pire dans deux domaines: l’un composé de TikisAs,
Kour et Rif. a été attribué aux descendants d'Omar;
le reste, autour de Tanger et de Ceiita,
avec le territoire de Djebel & Alem, resté avec les descendants
de Mouhamraad & # 39;. Les Benoii Omar étaient dirigés par Isa
Abou al-Atch, petit-fils d'Omar; Quantum Benoi & # 39; i Moiiham-
Ils ont follement obéi à son frère après la mort d'Ibrahim
Al Qaseni al-Kennoun, troisième fils de Mouliammad Jr.
d’Al-Qasem, qui vivait à Iadjar an-Nasr. défenseur
cet endroit a dû faire face pendant quelques années
aux attaques de Moûsa ben Abîl - & # 39; A (ya;
a remporté la cause des Omayyads d'Espagne, ht beat
S'échappa d'une nouvelle armée et s'enfuit dans le désert.

Les Idrisides, qui avaient participé à sa défaite, se retrouvèrent à nouveau
AlorSj appartient depuis peu
la majeure partie du nord de Magliril. de
El-Bekri *, À propos d'Aich, fils de Kennoùn, ​​sous l'autorité

(Ibn Khaldoun, o /), cit., II, p. i47 ff.
a. Op. Cit., P. 363.



8 ARCHIVES MAROCAINS

tous les Idrisidis regroupés possédaient
Noyau de la zone entière entre Lou Iddadjin, au sud de
^ adjar an-Nasr et Fès; mais Hajar al-Nasr reste son principal
Histoire. C'était le clou de ce royaume. Comme pour la partie
C'était entre Lou Iddadjin et Ceuta et appartenait
med, fils d'Ibrahim, connu pour être l'un des plus
Scientifique de son temps.

Pour préserver leurs états, les idrisiden avaient des princes
a dû reconnaître l'autorité du calife à ce moment
Glory, vivant alors à Mahdya. Quand ils se sont retrouvés
Ils avaient presque tous le Maghreb et se croyaient
assez fort pour changer le parti pour le bien des omayyads
Espagne. Aboû l - & # 39; Aîch Al ^ med a commencé le premier
relations amicales avec le sultan de Gor-
Doué An-Nâcer, au nom de laquelle il a fait la prière
dans toutes les mosquées de ses états. Il a même envoyé
en Espagne comme ambassadeur, son fils Muhammad,
qui était sur la ligne peu après sa mort
investi par le calife omayyad, le gouvernement de
Ghrib et est retourné à Tikisâ, sa capitale.

Le calife omeyyade n'a pas tardé à comprendre
Il pouvait tirer tous les avantages qu’il avait du goût qu’il avait
Idrisides accordés. Il les flattait, les remplissait
préféré et voulait faire ses instruments pour
d'arracher tout Maghreb aux fátimites, dont le pouvoir,
fermement établi en Egypte, menace à la fois l'Est
et l'ouest. Cependant, ils ne remplissent pas les objectifs ambitieux d’An-Nàcer
pas longtemps sur l'Idrisiden et surtout le souci
nooo Mouhammad, qui a remarqué l'erreur trop tard
qu'ils se sont engagés en protégeant la



I. Sa cousine Isa ben Aboual-Aich avait été arrêtée arbitrairement
Tikisâs; mais à l'arrivée de son nouveau gouverneur, R & omara
Sanctifie l'usurpateur et ses compagnons, CT. Ibn Khaldoun, op. Cit.
Il, p. 148e



TÉMOIGNAGE SUR L’HISTOIRE POLITIQUE DES COÛTS DU MARCHÉ DU NORD 9

Omeyyades. Je veux préparer une invasion
Maghrib, An-NiWer a essayé le
Ests. Il a donné des ordres à Benoù Mouliamuiad
passer sous silence celui de Tetoiian. Tout d'abord, être accepté
tructions ahoulirenl puis sur un rejet. Certains auteurs
même prétendre que Benoù Mouhaminad
En détruisant Telouan, ils le veulent
de ses ruines, mais que les habitants de
Geula, jalouse de la suprématie de Tétouan, se plaint
puis au calife Oniayyade *.

Cependant, An-Nâeer a décidé de ne pas le laisser arriver
Impunité pour la résistance de Benoù-Muhammad. Vous lui
à condition que le motif qu'il cherchait depuis longtemps
il envahit le Maghreb et envoya 339 (950) à Geuta, un
Armée Principale sous le commandement de Ahmed ibn Yala.
Appelé par ce général pour prêter main-forte à l'armée
Omayyad, le gouverneur de l'opéra TikisAs, est son intersection
avec elle et a vaincu l'Idrisiden sur les bords de l'Oued
Lau. La conquête du Maghreb par les Omeyyades fut
Rapidement. Tanger, tombé de l'autre côté,
leurs possessions et Aboû l - & # 39; A'ch pas reçu
Acila, s'il reconnaît la souveraineté
omeyyade; les autres provinces soumises sans résistance
tance & # 39;.

Benoù Mouliammad a dû envoyer en otages
à la cour des Omeyyades, deux de leurs plus jeunes princes,
Yahya, fils de Uasan, et I.lasan, fils de Mouliammad, <[ui arri- 
vèrent à Cordoue vers l'an 953. Le khalife était alors 
*Abd ar-Rahmân, Il les combla de faveurs, et à leur mort, 
quelques années après, lit reconduire leurs fils au Ma- 
ghrib*. 

I, Ibn KhaldoÛD, lue. cil. 
•X. El-Bekri, op. cit., p. 3()5. 

3. Iba Khaldoùn^ op. cit., II, [>, I ^ S; Houdh el-Fiarlax, p. II8.

4. El-Bekri, op. Cit., P. 365-366.



10 ARCHIVES MAROCAINS

Une autre idée, Aboû l - Aîch, attirée par la gloire
la cour de Cordoue, avait également quitté son apanage,
vivre et se battre avec le calife umayyad
Chrétiens sous ses bannières confiant son gouvernement
avant son départ à son frère Al-Ilasan, fils de
Kennoûn. Il a essayé de défendre l'autorité
Idrisides secouées dans les provinces du nord
Maghrib; mais il représente la faiblesse de la dynastie
senti que permis de se soutenir que par obéir
encore aux Fatimites et aux Omayyads. Après le procès
résister dans son château de Hadjar an-Nasr, un
Invasion de Djauhar, le général Fâtimite, Al-Hasan en a fait son
Soumission, puis après le retrait des troupes fatimites, il
retourné aux Omayyads *. Quelques années plus tard, en 972,
une nouvelle expédition des Fatimites sous la direction de
Bologguin, fils de Zîry, toujours obligé de faire Al-Hasan
sa soumission au calife égyptien Al-Mouz
Immédiatement, les Omeyyades Al-Hakem n'ont pas pardonné le vol. elle
envoyé en Afrique une première armée, qui a été défait par
Al-I.Iasan, puis un second, sous le commandement de
Général R'alib. En présence de ces grandes préparations,
Al-Hasan pensait que le sort des Idrisid était sur le point d'être décidé.
il a évacué Baçra, où il résidait à cette époque, a procédé à
d'apporter sa richesse à Hadjar an-Nasr et attendit
l'ennemi à Qçar Maçmoûda, point de débarquement
Navires d'Espagne. Le siège de cet endroit est
ne pouvait pas être prolongé quand il a réussi à corrompre R'lib
Au prix de l’argent, le R? Omâra, qui est la plus grande partie de la
Idriside mon pote. Al-Hasan, abandonné par tous, s'est enfui après
Hadjar an-Nasr, où il s'est emprisonné. Mais des renforts importants

1. Roudh el-Kartas, p. 119; Ibn Khaldoun, op. Cit., II, p. 149e

2. Roudh el-Kartas, p. IA3; Ibn Khaldoun, op. Cit., II, p. 8, 543, 555;
Mercier, Histoire de l'Afrique du Nord, I, p. 3fio; Fournel, op.
cit. II, p. 325e

3. Ibn Khaldoun, op. Cit., II, p. 12, 1355, 557.



TÉMOIGNAGE SUR L’HISTOIRE POLITIQUE DES MARCHÉS DU NORD KANS 11

Grâce aux Tanls, les Omayvades ont avancé le siège
Fort et sur le poiul je tombe entre eux
Les mains, il a décidé de faire de la forteresse pour avoir la vie
sauve.

À cette époque, tous étaient des princes idrisidischen, qui avaient été fondés à la RTF.
progressivement exproprié et rapide R & S Alibfil
Quête du Nord Maghrib, ne vous arrêtez pas à Fcs, où
il restaure les Omayvades. L'histoire est finie,
Le général omeyyade est retourné à Córdoba et l’a amené avec lui
Ilasan et tous les princes fous à qui le calife
Il lit un souvenir sincère; il les dirige vers
Faites-la en la dotant de pensions, elle et toute sa suite.
L'année suivante, cependant, il en a eu assez du quartier
Ces hôtes turbulents et trouvent leur entretien trop ennuyeux
envoyé à l'Est, à la Cour de justice, avec
Ijasan, qui avait également subi sa honte.

Les Idrisides ont quitté Cordoue en 365 (075) pour
au Caire. L'Egypte était alors au pouvoir
* Azlz, fils et successeur d'Al-Mouzizz qui l'avait déjà fait
si vite la conquête du Maghreb. Décidé d'utiliser
Dans cette région, le calife a reçu l'Idrisiden
beaucoup de zèle et lui a promis son soutien. 11
Fil dans l'eflet de .Vl-I.Iasan pour le Maghreb et a invité le
Benoù Menad de Qayrouiin pour l'aider;
Mais juste dans le Maghreb Al-Ilasan a été vaincu
et capturé par le Vizir Omayyad Al-Mancoir, qui
l'expédition en Espagne: il a été assassiné sur le rôle de
Cordoba (985).

Donc, le deuxième Idrisidenreich. Le cas d'Iljar



I, Ibn Rhalduùi), loc. cils; T> ozy, Histoire des musulmans en Espagne,
III, p. ta &; le journal, op. cii., II, p. 36 ^; Mercier, op. Bis., I, p. ^ J "? ..

a, liotidli el-Kartas, p. r & # 39; 28 RJG; Ibn Kduldoûn, II, page IFIA. Dozy, dans
son histoire des musulmans d’Espagne (p.202-3), consacre quelques
Pages illustrant l'Iadigaatian provoqué en Espagne et MagKrib
ce sacrilège.



12 ARCHIVES MAROCAINS

aii Nasr a profondément impressionné le Maghreb,
Idrisides n'avait pas cessé de compter
beaucoup de supporters. Les poètes pleurent depuis longtemps
dans ses élégies le malheur de cette famille vénérée,
leurs représentants dispersés tout au long de septembre
tentrionale, a dû fuir vers les tribus berbères
dans les montagnes de l'Atlas, qui assume la vie nomade et
cacher leurs origines pour éviter la vengeance
Les omeyyades. Le R & omara, et surtout les Rifans,
fidèles serviteurs d'Idrisides, au moment du pouvoir
de Hadjar an-Nasr, la sentit douloureusement
tomber et c'était à la maison, c'est tout
tué, trois siècles plus tard, de nouvelles traditions
idrisides, pendant le renouveau religieux du soufisme.



Les princes idrisiden qui se tenaient à côté
Patrimoine familial d'IJadjar an-Nasr, contre l'avidité
Fatimites et Omayyads étaient tous des Benoû
Mohammed, descendants du fils d'Al-Qasem
Idris II; Les descendants de Mahomet, le fils d'Idris, ne le font pas
pas pour le moment l'histoire d'Idriside
Au nord, et ceux d’Omar occupent peu de place.
Aboû l - & # 39; Aîch, petit-fils de Omar, a régné sur une partie de
Rif, alors ses états ont été incorporés à ceux d'Al Qasem
Al Kennoûn. Ses descendants ont toujours eu un
Influence reconnue par les autres membres de la famille.
Nous verrons plus tard que le célèbre Al-Ijasan Ach-Châd
Hely appartenait à sa lignée. Quant aux descendants de
Presque tous vivent selon d'autres fils d'Omar
El-Bekri &, soit à Fès, soit à Aoureba Land, c’est-à-dire



1, Ibn Khaldoun, op. Cit., II, p. I53,

2e op. Cit., P. 367.



L’ISAI SUR L’HISTOIRE POLITIQUE DES MARCHÉS DU NORD 13

sous les tribus berbères loin et au sud de la
pital. Il était l'un d'entre eux, un descendant d'Allah qui
30 ans plus tard, il fonda les troisième et troisième en Espagne
dernier royaume idrisides, celui de Hammoûdit.

Comme les descendants d'Idrîs se voyaient s'effondrer
Al-Hasan, fils de Fennoyn, leurs derniers espoirs de
Règne sur le Maghreb, ceux de ceux qui étaient
réconcilier le vizir Omayvade, qui était avec lui à Es-
Pagne pour servir le calife de Cordoue.
Parmi eux se trouvaient deux frères, AH et Al-Qasem, son fils
de Hammoud et descendant du vieil Allah, fils de Nmar.
La guerre sainte contre les chrétiens en Espagne leur a valu
une réputation de bravoure et de bravoure qui leur appartenait
jouer un rôle actif dans le gouvernement. re-
est sorti victorieux de Mas: hnb, Wesir Al-Mancoûr avait su que
profiter de la]) des contingents berbères utilisés par lui
en Afrique, de saisir l’autorité du calife Hicliam II et de saisir
établir une telle sorte de dynastie des maires du palais;
Cette dynastie a continué à régner sous le nom de facto
des Amérides au moment où les troupes berbères
Réveillé et proclamé calife, un fils de Al-l.
surnommé Al-Mosta & # 39; in-hillah &. Les princes hammoùdites
Un prêt actif au nouveau souverain. Nous l '# 39; ai
à monter sur le trône de Cordoue, et reçurent en
récompense des charges importantes. Nommé ainsi gou-
verneur de Tanger et des Roses, Ali ne larda pas à se
révolter contre le prince qu'il avait élevé au khalifat. se
déclarant indépendant à Tanger, il passe en Espagne,
arriva victorieux à (Cordoue et se proclamer proclamer khalife).

La dynastie hammuùdite occupe la trône de Cordoue
jusqu'à l'invasion de l'Atmoravid, pendentif cestest à dire



1. Ibn Kliatdoùn, op. cit., Il, p. j53 ; Ibn al-Aihîr, Annales du 
Maghrrb et de l&#39;Espagne, trad, F.ignau, p. 387. 

3. Ibu Kbaldoûa, loe. cit.; Ibu al-Atliir, op. cit., p. 4at et seq. 



14 ARCHIVES MAROCAINES 

un demi-siècle. Ses destinées en Espagne présentent peu 
d&#39;intérêt pour l&#39;histoire du Maghrib, et si nous nous y 
arrêtons, c&#39;est que la province de Tanger et le Rlf occi- 
dental, c&#39;est-à-dire ce qu&#39;on appelait alors les provinces 
r&#39;omariennes, restèrent placés sous leur dépendance 
directe. &#39;AU avait assigné le gouvernement de Tanger et 
des R&#39;omàra à son fils Yahya, mais à sa mort, les Berbères 
portèrent au pouvoir son frère Al-Qâsem. Yahya, désigné 
par son père comme héritier présomptif, passa alors en 
Espagne, où il se fit proclamer khalife et régna jusqu&#39;à sa 
mort en 427 « (1035). 

En quittant l&#39;Afrique, il avait laissé le gouvernement de 
Tanger à son frère Idrîs, sous lequel l&#39;influence idriside 
s&#39;étendit de nouveau sur les R&#39;omâra. Il conquit tout le 
Maroc septentrional jusqu&#39;aux abords de Fès et recons- 
titua ainsi l&#39;ancien empire de Hadjar an-Nasr. Plus tard, 
appelé en Espagne pour y recueillir la succession de son 
frère Yahya, il laissa au Maghrib son neveu Hasan ben 
Yahya comme gouverneur des R&#39;omâra, avec l&#39;aide d&#39;un 
tuteur appelé Nadja. Puis, Idrîs étant mort, Hasan alla le 
remplacer et Nadja prit lui-même le gouvernement de la 
province de Tanger qu&#39;il confia ensuite à un ancien captif 
des Idrisides, dévoué à leur famille, Soggout al-Ber- 
ghouati. 

Le gouvernement de Soggout fut l&#39;époque la plus bril- 
lante du Maroc septentrional, sous les HammoùditesV II 
régna en effet, presque indépendant, pendant une quaran- 
taine d&#39;années et sut réunir sous sa main tous les R&#39;omâra, 
chez qui les Idrisides étaient si populaires. Mais cette dy- 
nastie, qui avait pu résister, avec une inégale fortune, aux 
Fâtimites et aux Omayyades, devait s&#39;écrouler définitive- 
ment sous les coups des Almoravidcs, venus du Sud sous 

I. Ibn Khaldoûn, op. cit., p. i54 ; Ibn al-Alhir, op. cit., p. 426 et seq. 
3. Cf. Iba Khaldoûn, op. cit., p. i55. C&#39;est le personnage qui est ap- 
pelé Soukra el-Berghouaty par le Roudh el-Rarlas (p. 200), 



ESSAI SUR I/HISTOIRE POLITIQUE DU NORD-MAROCAIN i5 

la conduite de Yoùsotif ben TachJÎQ. Ne voulanl pas aider 
ses projets ambitieux, Soggout l&#39;attendit courageusement 

Lsous les murs de Tanger et se fit tuer dans une bataille 
meurtrière qui décida le sort des Ilaminoùdilcs. 

Yoùsoul ben Tachlîn eut vite fait de s&#39;emparer de Tan- 
ger, de Ceula et des provinces r&#39;omariennes. Au intime 
moment, les musulmans d&#39;Esi)agne,dotit[a situation deve- 
nait plus critique «le jour en jour, par les attaques des 
princeschrétiens, solliritèrent le secoursdes Almoravides. 
Voùsouf passa en Espagne et mit fin à la dynastie hammoù 
dite. 

Un des derniers princes de tette dynastie, Mouhammad 
ben Idris, qui vivait retiré à Alraéria, appelé par les Be- 
noû Ouartady du Ril, s&#39;embarqua vers 460 (10U8) et se 
rendit à MeliJia, où il gouverna pendant (pielques années &#39;. 
Quand et rommeut t:elte nouvelle priniipaiité disparut- 
elle? Les historiens du Maghrib paraissent l&#39;avoir oubliée : 
elle fut probablement détniile par l&#39;invasion almoravide. 
Son existence au Rif montre du moins la persisLance des 
influences idrisides dans cette région, malgré toutes les 

{tentatives faites pour les étoufTer. Les chorla idrisides y 
étaient d&#39;ailleurs très nombreux; beaucoup de descen- 
dants de Mouhammad el d&#39; Vl-QAsem y étaient revenus 
après la première persécution dirigée contre eux par le 
vizr Al-Mançoùr, lors de la chute de lladjar an-Nasîr. EI- 
Bekri&#39; constate en autre la présence de nombreux descen- 
dants d&#39;Obaid Allah et de Ilamza, fils d^Oniar, chez les 
Zenata et les R&#39;omâra. 



Maîtres à trois reprises du Maghrib septentrional, les 
Idrisides du nord perdirent définitivement au xi" siècle 



I. Cf. El-Bckri, op. cit., p. 37a. 
a. Cf. El-Bekri, op, cit., p. 369.



16 ARCHIVES MAROCAINES 

de notre ère tout pouvoir temporel; des vicissitudes diflFé- 
rentes leur avaient donné des destinées semblables. 

Après avoir occupé avec éclat le khalifat à Fès, les des- 
cendants de Mouhammad, déchus de leur puissance et 
chassés par les descendants d&#39;Al-Qâsem, s&#39;étaient retirés 
chez les Berbères et au Rif, où ils ne conservaient qu&#39;un 
ascendant religieux. L&#39;un deux, Mezouar, petit-fils de 
Mouhammad, avait vécu à Iladjar an-Nasr, puis s&#39;était éta- 
bli chez les Soumata, où son tombeau est encore un lieu 
de pèlerinage &#39; ; son sixième descendant, Machîch, devait
donner naissance, au xiii» siècle, à Moulay &#39;Abd as-Sa- 
lâm.le plus grand saint du Maghrib septentrional, le Soul- 
tân al-Djebala « sultan des montagnards », et à Sidy Yam- 
lah, ancêtre de la maison d&#39;Ouazzân. D&#39;un autre, Al-Hafld 
al-Imrâny, naquit la famille des chorfa &#39;Imrânytii, puis- 
sante encore à Fès •. 

Les Qâsemites avaient recueilli l&#39;héritage en décadence, 
de leurs cousins, les Benoû Mouhammad : Al-Iladjdjâm 
restaura le pouvoir des Idrisides à Fès; son frère Ibrahim 
fonda la seconde dynastie idriside à Iladjar an-Nasr, qu&#39;Al- 
Kennoûnet ses fils défendirent contre les Fâtimites et les 
Omayyades. Puis ces chorfa rentrèrent dans l&#39;obscurité ; 
une seule famille de leur branche, celle des Djoûtites *, 
conserve son influence à Fès. 

Quant à &#39;Omar, il avait laissé cinq fils : &#39;Alî, Mouham- 
mad et Hamza, dont les descendants s&#39;étaient établis chez 
les Zenata et les R&#39;omâra; &#39;Obaid Allah, aïeul des Ham- 
moùdites dont le pouvoir s&#39;étendit, pendant un demi- 



1. Sur ce pèlerinage, cf. Mouliéras, Le Maroc inconnu, II, p. 175. 

2. Cf. sur cette famille chérifienne Ibn at-Tayyîb Al-Qâdiry, Ad-Dourr 
as-Sany fi ba&#39;d man hi-Fâs min an-nasab al-Hasany, éd. Fès, i3o8, 
p. 32 et suiv. 

3. La branche djoû(ite comprend les familles Tâhirite, &#39;Imranile, 
Qâsimite, fàlibite. K&#39;àlibite et Dabbâr&#39;ite. Cf. Al-Qàdiry, op. cit., p. la
et suiv. 



BSSA.I SUR L&#39;HISTOIRE POLITIQUE DO NORD-MAROCAIN if 

siècle, à la fois sur le khalifat de Cordoue et sur le Maroc 
septentrional; Idrîs enlin, père d&#39;Isa Aboù l-&#39;Aîch qui 
avait régné au Maghrib ol dont le quin/.iënie descendant 
direct devait être le fondateur du Châdlielisme. 

DépoLullés définitivement du pouvoir temporel, au xt» 
siècle, les Idrisides ne cherchaient plus qu&#39;à s&#39;établir dans 
les tribus berbères, au milieu d&#39;une clientèle dévouée à 
leur suprématie spirituelle. L&#39;influence religieuse qu&#39;ils 
devaient à la noblesse de leur origine, à leur hérédité ché- 
rifieune, allait trouver un siècle plus tard, un nouvel élé- 
ment de vitalité, par la propagation du mysticisme, em- 
prunté aux écoles d&#39;Orient. 



Il 



La renaissance du cnicniFisME. 

La puissance des Almohades se propagea dans le Maroc 
septentrional au milieu du xii&#39; siècle de notre ère. *.bd 
al-Moùmen, successeur du Mahdl, en roule vers le nord 
pour conquérir les provinces r&#39;omariennes, vit les H&#39;o- 
mùra se rallier h lui, avec empressement, ils l&#39;aidèrent 
même à faire le siège du Ceuta*. 

A celte époque vivait au sommet du Djebel "Alem un 
descendant de Mouliaminad fils d&#39;idrîs : .bd as-Salâni, 
fils de Machich, issu à la septième génération de ce Jle- 
zouar, pelit-fils de Mouhammad, qui, après avoir vécu a Ha- 
djaran-Nasr, s&#39;était fixé rhe/. les Çoumata du Djebel &#39;.lem. 
Ses descendants étaient restés dans le pays et jouissaient 
déjà d&#39;une double autorité spirituelle, en raison de leur ori- 
gine cbérifienne et de la vénération attachée au tombeau de 
leur ancêtre Mezouar. &#39;Abd as-Salàm avait étudié pendant 



I, Cf. Ibo Khnldoùo, op. cit., Jl, p. i.)l.>. 

AltCU. MAROC. 



i» ARCHIVES MAROCAINES 

sa jeunesse sous la direction d&#39;un chaikh espagnol, dont 
il était l&#39;élève préféré, Cho&#39;alb Aboù-Median, né à Séville 
en 520 (1126), un des docteurs les plus vénérés de l&#39;Afri- 
que septentrionale. Après avoir parcouru les diverses uni- 
versités d&#39;Espagne et d&#39;Afrique, déjà initié au Soufisme par 
&#39;Abd Allah el Doukkak &#39;, Aboû-Median s&#39;était rencontré en 
Orient avec Sidy &#39;Abd al-Qâder al-Djilâny*, le grand théo- 
logien de Baghdâd, et à son école, avait étudié les doc- 
trines du célèbre Aboù 1-Qftsem Al-Djonaîdy*, qu&#39;on pro- 
fessait publiquementàBaghdâd. Familières auxmusulmans 
d&#39;Orient, ces doctrines du mysticisme actif, n&#39;avaient pas 
encore pénétré dans l&#39;Afrique occidentale, où le Soufisme 
ne comptait que de rares adeptes. Aboû-Median en fut le 
premier propagateur dans l&#39;Islam du Maghrib. Il les pro- 
fessa à Séville, à Gourdoue, à Bougie et vint mourir à 
Tlemcen *. Accueilli froidement au début, dans celte der- 
nière ville, il y avait ensuite acquis une renommée qui 
s&#39;étendit à toute l&#39;Afrique mineure. 

Le Soufisme n&#39;avaitencoreàcetteépoquequ&#39;un caractère 

1. Cf. Roudh el Kartas, p. 385-386. 

2. &#39;Abd al-Qâder Al-Djilâny, né au Djilàn, province de Perse occiden- 
tale, en 471 de l&#39;hégire (1079 J. C), mort en 56i (1166) est un des plus 
célèbres chorfa de Baghdâd, où se trouve son torabeau. Sa vie, toute 
d&#39;abnégation, de pauvreté et de mysticisme, est pour les musulmans le 
plus bel exemple de sainteté. Il fut le fondateur et le patron de la con- 
frérie des Qàdrya appelés Djilâla au Maroc. Cf. Rinn, Marabouts et 
Khouan, p. 173 et suiv. ; A, Le Chatelier, Les confréries musulmanes
du Hedjaz, p. 21 et suiv. ; Depont et Coppolani, Les confréries reli-
gieuses musulmanes, p. 293 et suiv. 

3. Ce docteur, né à Baghdâd, mais Persan d&#39;origine, mort en 9O9 de 
notre ère, était le chef d&#39;une des deux grandes écoles du soulisme pan- 
théiste. 11 professait le panthéisme avec prudence combinant la dogma- 
tique musulmane avec un système philosophique tout à fait opposé. Cf. 
Dozy, Essai sur l&#39;histoire de Vislamisme, trad. Chauvin, p. 322 et seq. 

4. Sur ce marabout enterré à Al-Eubbâd près de Tlemcen, cf. Barges, 
Vie du célèbre marabout Cidi Abou- Médien et W. et G. Marçais, Les 

monuments arabes de Tlemcen, p. 2a3 el suiv. 



ESSAI SUR r, HISTOlKE POLITIQUE DU iOKD-MAROCAL 19 

philosophique &#39;. Bien que le parti des Alides d&#39;OrienI eût, 
de longue date, donné l&#39;exemple des associations organi- 
sées, le Soufisme ne se manifestait pas encore, mtJme à 
Baghdâd, par des organisations rituelles. &#39;Abd as-SalAm 
ne fui donc, ni le fondateur ni le chef d&#39;une association reli- 
gieuse; il se contenta d&#39;enseigner les doctrines d&#39;Aboû- 
Median, ajoutant seule ment à son ascendant de chérit révéré 
celui d&#39;un chef d&#39;école influent. Fixé au Djebel &#39;Alem, 
berceau de sa famille, au centre d&#39;un massif montagneux 
situé entre Télouan et lOued Louqqoç. dans un lieu sau- 
vage et isolé, véritable ermitage, il transmit l&#39;enseigne- 
ment d&#39;Aboù-Median à une loule de disciples venus de 
toutes les parties du Maghrib. 

L&#39;un d&#39;eux s&#39;était distingué entre tous par son zèle et son 
origine illustre. AI-HasanAl-li&#39;omâry, le quinzième descen- 
dant d&#39;Idrîs. fils d&#39;Omar, cliérif par conséquent, et d&#39;une 
iamille qui avait détenu le pouvoir chez les U&#39;omAra; lui- 
même était né aux environs de Ceuta en 593 (1196) dans 
cette tribu, comme rindi(|uesousurtium 1-R&#39;nni!rv&#39;. Après 
avoirsuivi e|uel(jUL&#39;s années l&#39;enseignement d&#39; Abd as-Sa- 
lAm.il fit profession de Soufisme, en revêtant la kJwrqa 
6ymbolii|ue&#39;, puis se remit en route vers l&#39;Orient, pour se 
perfectionner dans l&#39;étude des sciences religieuses, sur 



I. Beaucoup d&#39;auteurs ont écrit, à de» litre» divers, sur ceUu pliîloso- 
phie mystique, et il est bien ttifficile d&#39;un douDcr une bibliognipliic. 
Nous cileruus cepeud.inl *. Dozy, ùp, cit., Irad. Cliauviu, (j. &#39;iit[ et aoiv.; 
Uughcs, A Dictionary of Islàm, p. fjoS et suiv. ; Tboliick, Sufismus ;
Kiiin, op. cit., p. -il et suiv, ; A. Le ChiUelier, op. cil. ; Ucponl et Cop-
polnai, op. eit,, p. tig et suiv. 

3, Et non Jaus le village de R&#39;omàrâ prés de Ceutn, cointiie l&#39;ont dit 
plusieurs nulcurs. 

&#39;J. Coslurue sydiboliquL&#39; f;iit di&#39; hitubeaux rapiécés, que porleiit les 
■oûiis. Il est renipliicé parfois pnr un l&#39;ragiiieut d&#39;êtoIlL-, CI. plus
notre article »ur la kheri/a des Derqaoua et la kherqa aoûfya. .3 kherifu 
0*4 aussi, daus biuu des ca.s, qu&#39;une valeur iigurative, suus représeatutigii 
uiatériclle. 



20 ARCHIVES MAKOCAINES 

l&#39;ordre de son maître. Son surnom de Châdely lui vient de 
son séjour dans une localité des environs de Tunis, ap- 
pelée Ghâdhel. Persécuté à Tunis, il ne vit triompher son 
enseignement qu&#39;à lacélèbre université Al-Azhar, au Caire, 
oii il formula les principes de la « Voie », de la « Règle » 
des Châdhelya*. Il mourut en 756 (1258) dans la Haute- 
Egypte* et y fut enseveli, mais de nombreux disciples pro- 
pagèrent en Occident les doctrines châdelites. &#39;Abd as- 
Salâm et son disciple Al-Hasan Ach-Châdhely, étaient tous 
deux chorfa de la meilleure lignée : leurs principaux con- 
tinuateurs se recrutèrent parmi les chorfa idrisides. 



L&#39;abus qui s&#39;est fait du terme de confrérie, pour désigner 
les groupements des écoles mystiques, lui a donné usuel- 
lement une signification différente de celle qu&#39;il garderait 
dans son application technique au Soufisme. Si les spécia- 
lisations de doctrines, et le rituel symbolique qui s&#39;y rat- 
tache, tantôt par de simples prières évoquant les prin- 
cipes doctrinaires, tantôt aussi par des pratiques plus 
précises, constituent un lien entre les adeptes d&#39;une 
même école, il n&#39;en résulte pas nécessairement que ce 
lien se trouve matérialisé par une organisation qui, pour 
l&#39;ensemble des écoles et souvent même pour chaque école 
en particulier, reste l&#39;exception plutôt que le cas général. 
Le terme de confrérie, avec la valeur élastique que lui 
donnent les exemples du christianisme pourrait donc 

1. Les écoles ou coufréries, qui procèdeat de son enseigaement, ont 
continué en partie à porter le nom de Chàdhclya eu Algérie. Au Maroc, 
elles sont connues sous les noms qui rappellent leurs fondateurs immé- 
diats. Tels sont par exemple les Derqaoua. Cf. Rinn, op. cit., p. 262. 

2, On a beaucoup discuté sur le lieu de sa mort ; Ibn Batoûta dit à 
Homaïthiria, d&#39;autres auteurs, dans l&#39;Etbaye ou daus les sables mou- 
vants du désert. 



ESSAI SUR L&#39;HISTOIRE POLITIQUE DU NORD-MAROCAIN 21 

convenir, en soi, pour figurer l&#39;association mystique, 
avec ses variantes,- celles-ci vont de la simple préférence 
doctrinaire, ne comportant aucun groupement organique, 
au groupement organique, défini, codilié par une règle 
obligatoire. Mais on s&#39;est habitué par une systématisation 
très exagérée, à voir dans la >< confrérie musulmane » une 
société organisée, et cette valeur nouvelle du terme en 
rendrait lemploi tout à fait inexact dans le cas du » corps 
de doctrine » que représentait uniquement le Chàdhelisme. 
La « Voie » d&#39;Ach-GhAdhely n&#39;en eut pas moins au Maroc 
une influence considérable dans le domaine spirituel, et il 
suffit pour s&#39;en rendre «:omple de songer que beaucoup 
des écoles mystiques qui se développcrenl par l;i suiti&#39;, 
dans tout le Maghrib, s&#39;y rattachent par des rapports sou- 
vent étroits. Le rôle des chorfa idrisides, dans le mouve- 
ment religieux du Maroc, après le xT siècle, se trouve 
ainsi caractérisé, dès les origines, par l&#39;impulsion (|ui re- 
monte à Aboù al-llasan al-H&#39;omàrv ach-Ch;VdheIv, et à son 
maître &#39;Abd as-SalAm ben Machlch. Il s&#39;accentua par l&#39;in- 
tervention fréquente de leurs doctrines initiales, dans les 
« Voies » mystiques de tout genre, représentées par des 
saints, sans postérité spirituelle directe, comme l&#39;imam 
Sliman ad-Djazoùli, par des zaouias chéritieunes, comme 
celle de Kerzaz, ou par des confréries, au sens algérien du 
mot, comme celle des Derqaoua. Indépendamment de toute 
relation de cause ii effet, et des prétentions plus ou moins 
solides au litre de chérif, que suscitèrent les progrès du 
chérifisrae, on voit sans cesse l&#39;hérédité idriside, affirmer 
ses traditions et sa vitalité, par des exemples comme ceux 
des "Tayyîbyîn, des KiltanyJn et de tant d&#39;autres créations, à 
la fois doctrinaires et familiales, des chorfa iilr!syin. 

L&#39;impulsion donnée par les deux illustres descendants 
de Moubammad et d&#39;Omar, fiisd&#39;ldrjs. ;i l&#39;activité religieuse 
des chorfa, devait ainsi aboutir h une véritable rénovation 
des traditions idrisides. Favorisés par la faiblesse des 



22 ARCHIVES MAROCAINES 

gouvernants du Maghrib, à l&#39;époque de la décadence de 
Benoù-Merîn, les entreprises audacieuses des princes 
chrétiens d&#39;Espagne et de Portugal, en furent l&#39;occasion. 
Leur « guerre sainte m sur la rive de l&#39;Allantique et de la 
Méditerranée, provoqua la réaction de la « guerre sainte » 
musulmane, de la djihâd, abandonnée depuis les Almoha- 
des. Dans l&#39;affaiblissement de l&#39;Islam officiel, les initia- 
tives indépendantes de l&#39;Islam mystique galvanisèrent 
la foi menacée par la conquête chrétienne. Le grand élan 
des marabouts, des zaouïas, aboutit au triomphe du ché- 
rifisme, assuré dès le xiv" siècle, par le rôle de premier 
plan, réservé aux chorfa, dans la rénovation dont ils 
avaient donné l&#39;exemple. Sans reconquérir leur hégémonie 
temporelle, les Idrîsides, se reconstituèrent une puis- 
sance spirituelle prépondérante. 



Les traditions idrisides sont toujours vivaces, ainsi 
qu&#39;en témoigne la vénération des populations du Maroc 
septentrional pourMoulay &#39;Abdas-Salâm ben Machich dont 
la fin tragique frappa l&#39;imagination populaire. Le saint qui 
malgré l&#39;héritage d&#39;une noblesse vénérée avait renoncé 
aux biens et aux jouissances de ce monde pour mener au 
sommet d&#39;une montagne une .vie d&#39;ascète, l&#39;apôtre des doc- 
trines mystiques au Maghrib, ne devait pas finir comme un 
simple mortel. 

Il avait lutté toute sa vie pour propager les vérités su- 
prêmes au milieu des R&#39;omâra, ces Berbères crédules et 
superstitieux, si facilement dominés parleurs magiciens, et 
qui reconnaissaient aux femmes, elles-mêmes, des pouvoirs 
occultes&#39;. Leurs, superstitions avaient multiplié les hé- 
résies. 

Déjà, au x&#39; siècle de notre ère le prophète Hamin, sorti 

I. El-Bckri, op. cit., p. 187 et suiv. ; Ibii Khaldoûn, II, p. 144.



ESSA! SUR L&#39;HISTOIRE POLITIQUE dCI 

d&#39;une Iribu de l&#39;Oued RAs, avait imposé ses doctrines hé- 
réliques et son autorit»^ leniporeUe à toute la presi|u"iic 
comme plus lard sous le nom d&#39;Andjera*. Puis on avait vu 
Al-Izdadjoûmy essayer de fonder une autre religion mi- 
raculeuse &#39;. En 1228, les R&#39;omAra furent encore soulevés 
par le magicien Abou l-ïouadjin. natif de <^çar Kelama et 
nouveau prophète d&#39;une nouvelle doctrine, conçue pour 
la masse populaire. Mais un obstacle arrcHa la propagation 
de sa secte : &#39;Abd as-SatAm ben Machîch veillait «ur les 
R&#39;omâra, du haut du Djebel &#39;Alem. Adversaire acharné 
d&#39;Aboû t-Toiiadjin, il appela les malédiclious du ciel sui 
ses partisans et parvint a éloigner de lui la foute des Ber- 
bères, jusqu&#39;au jour où l&#39;imposteur, pour supprimer l&#39;obs- 
tacle lit assassiner le saint par ses émissaires*. 

Aboù t-Touadjin survécut peu de temps à ce crime : 
vaincu par la garnison de Ceuta, il fut lue par des Ber- 
bères. Ses descendants vivent encore aux environs de 
l&#39;Oued Ràs, formant une famille réprouvée, les Béni 
Touadjin, fraction des Béni Sa&#39;id, auxquels l&#39;accès du Dje- 
bel &#39;Alem est interdit*. En but au mépris et aux vexations 
de leurs voisins, ils n&#39;ont cessé de porter, au bout de sept 
siècles, le poids de ta malédiction que mérita leur ancôlre, 
par le meurtre de Taïcul des chorfa &#39;Alaniyin.On pourrait 
presque dire que cette haine vouée aux Béni TouadjJn est 
un des éléments du culte de Moulay &#39;Abd as-SalAm, de 
même que ta lapidation du diable fait partie du rituel des 
cérémonies au pèlerinage dé la Ka&#39;ba. 

C&#39;est aussi par le pèlerinage, que Rifains et Djebala té- 



I. Il avait couip08« un Qoriiu un luii)rue berbère et le faisait apprendre 
à ses lidèle», Cl, El-Bekri, op. cit., p. i8&#39;&#39;|. 
3. Ibii Kliiildoiin, Oft. cit., Il, p, 144. 

3. Ibo Khalitoûii, op. cit.. Il, p. (;&#39;»(J ot suiv, ; As-Slâouy, Kiiâli al- 
htiifcâ. éd. Boutàq, I, p. 197. 

4. Cf. A. he Cliatelier, Noies sur les villes et trihiis du .Varoc en 1890, 
p. 79, et Mouliéras, Le Maroc inconnu, 11, p. si&#39;iij et Buiv. 



54 ARCHIVES MAROCAINES 

moignent de leur vénération pour le plus grand marabout 
du Maroc septentrional. Il a lieu au mois de Cha&#39;bân et 
comprend généralement une visite aux tombeaux des an- 
cêtres et des descendants d"Ad as-Salâm, Mezouar, Ma- 
chîch, au village de Tâceroût, à Sidy Sallâm, à Sidy &#39;AU 
Berrâsoûl près de Sidy Heddi, le patron des Heddaoua, 
puis au sommet du Djebel &#39;Alem, à la tombe du saint&#39;. un
grand chêne recouvre le tertre tumulaire, dans un site 
agreste et sauvage, d&#39;où on aperçoit les plus hautes crêtes 
des montagnes du Rif, et que nul pied infidèle n&#39;a jamais 
foulé. Le chérlf n&#39;a pas voulu qu&#39;on lui construisit un 
tombeau en pierre, mais la piété des chorfa, ses descen- 
dants, a fait élever une barrière autour du chêne séculaire. 

Bien entendu, les pèlerins ne manquent pas d&#39;apporter 
des offrandes, ou ziàrât, destinées aux descendants du 
chérîf. Certains même, des chorfa principalement, y 
joignent leur &#39;achour. Cet impôt d&#39;obligation religieuse 
est en effet destiné en principe à l&#39;entretien des pauvres 
et des descendants du Prophète et les chorfa, qui n&#39;en sont 
pas exempts, usent de la latitude que leur laissent la re- 
ligion et le gouvernement chérifien, pour le verser à leur 
profit, comme offrande à Moulay &#39;Abd as-Salâm*. 

Les chorfa savent donc tirer parti du renom de sainteté 
qui s&#39;attache au Djebel &#39;Alem. Ils sont restés autour du 
tombeau^ vivant du produit des ziârât, comme c&#39;est d&#39;ail- 
leurs l&#39;habitude chez les descendants des marabouts. la
groupement des familles issues d"Abd as-Salâm, et vivant 
dans la région a donné lieu à la constitution d&#39;une tribu 

I. Cf. Mouliéras, op. cit., II, p. I74et8uiv. Les Djebala qui reviennent 
du pèlerinage rapportent du Djebel &#39;Alem l&#39;impression d&#39;un pays floris- 
sant, où coulent des sources d&#39;eau vive, où fleurissent les roses et mû- 
rissent des arbres fruitiers de toutes espèces. C&#39;est aussi le souvenir 
qu&#39;eu a gardé M. Pordicaris, prisonnier à Taraddân. 

r?. Cf. à ce sujet Michaux-Bellaire, Les impâtx marocains ui s&#39;affir- 
mait par une influence étendue. Les sultans la ménagèrent, 
en concédant aux chorla d&#39;Ouazzân le territoire de leur 
ville comme fief indépendant, en consacrant leurexemption 
de toutes redevances et, plus tard, en reconnaissant a 
Ouazzân le privilège d&#39;être « dâr damàna », maison d&#39;asile 
ou de refuge, pour toute personne poursuivie par l&#39;autorité, 
privilège qui n&#39;appartenait jusqu&#39;alors qu&#39;à la mosquée 
d&#39;Idris à Fès. Les chorfa d&#39;Ouazzàn reçurent an outre de 
nombreux fiefs ou &#39;cizib, disséminés sur le territoire ma- 
rocain et dont ils avaient la libre jouissance et la souve- 
raineté absolue&#39;. 

Tous les chorfa revendiquaient d&#39;ailleurs la même in- 
dépendance â l&#39;égard des droits du pouvoir souverain, en 
vertu de la tradition des premiers temps islamiques. Ceux 
qui surent se faire craindre virent consacrer leurs préten- 
tions par des actes authentiques. Les &#39;Alamyin furent ainsi 
exempts d&#39;impôts et de redevances, et avec eux, leurs 
clients les &#39;Ommyin; plusieurs tribus, alliées aux Béni 
&#39;Aroùs, bénéficièrent de la même mesure ; enfin le Makb/en 
leur concéda de nombreux &#39;azib aux environs du Djebel 
&#39;Alem&#39;. 

Les sultans allèrent plus loin : ils parurent reconnaître 



t. Sur U théorie des azilt, variaute du droit de propriété niuaulmao, 
e(. Mickaujc-Bellaire, op. cit., p. -jl. 

■1, L.e8 Oulad Berreisoùl, churfa &#39;alamyio, posaiidcal de même des pro- 
, dont utie »« trouve à Tclouuii, prca de 
Bih a*—Seflj. La pelitc ville de Tàceroùl, au djeb<:i 'Alciu vHt ausai cou- 
(iderée comme 'azib des chorfa et cxccuple d'iuipoi» et de chargea. 
xmoâ. tuMC. 3 



ARCHIVES MAIIOCAINIÎS 

taritemenl la siipùriorité d'origine des Idrisides, en allant 
demander aux chorta d'Oiiazzân la consécration religieuse, 
après leur élection au khalifat. Désireux d'entretenir avec 
le Maklizen des rapports qui leur assuraient l'indùpen- 
dance et de gros revenus, les Oiia/'.zânyln se prôliM-ent vo- 
lontiers à rendre au souverain un service qui aflirmait 
leur propre suprématie spirituelle. Ils mirent leur influence 
religieuse à son service, en désignant l'un d'eux pour 
accompagner le souverain dans ses liarfcu*. Des honneurs 
analogues lémoignôrent aussi de rinlluence des Alamyin : 
dans certaines cérémonies, le sultan avait un Ouazzâny à 
sa droite et un Raîsoiiny à sa gauche'. 

Les chorfa d'OuazxAn demeurèrent ainsi, aupointde vue 
de l'autorité spirituelle et du rang social, sur un pied d'é- 
galité avec les sultans, et les 'Alamvin s'enrichirent en for- 
lifianl leur parti local, jusqu'au moment où Moiilay Uasan, 
dont le long règne fut une lutte continuelle pour l'unité 
du pouvoir, comprit enfin que la puissance deschorfa idri- 
sides devenait un danger pour le Makhzen. comme l'insou- 
mission des tribus. Sans rien brusquer, en ménageant la 
transition, il s'efforça de réagir contre l'une et l'autre. 

Lorsque le chérif d'Ouaxzân, Sidy Al-IIfldj al-Arby, 
commença à nouer des relations avec la France, Moulay 
llasan tenta de détruire l'indépendance politique de sa 
principauté. Devenu protégé français vers 1RR3, le chérif 
s'était laissé compromettre l'année suivante dans des agis- 
sements imprudents, par un mouvement populaire qui 
l'opposail au sultan dans le nord du Maroc, Moulay lla- 
san répondit à celte attitude du chef de la maison 

I. Expi-dîtions dirigées parte sultan en personne rt nynnt pour biil In 
roiïtrce dus iiiipùts daus les tribus iusouniises. L.i présenrt' ilu «liérif 
RuKil suiivcnl pour n.ssurcr lo sarccs de l'cx|)Milion sans efTiiHion de 
sanpf. Cl. Micliaux-Iiulliiire, op. cit., p. 68-7!. 

3, Kc-ii^ei^iicTiicnL roninuiniquc par M. le capilaiau LarraS| de la Mis- 
sion militaire rraiicuitie. 




ESSAI SUR L'HISTOIRE TOLITIQUE DU NORD-MAROCAIN 35 

(l'Ouazzan, en lui enlevant le gouvernement de In ville, 
par la nomination «l'un caid. el Matlj 'Ahj al-Djebbar, chef 
lui-même d'une braïu'lie cadette et personnellement hos- 
tile à Sidy al-!lidj al Arby. Révoqué peu après, sur la pro- 
testation du ministre de France, ce caïd du Makh/en tut 
rétabli en 1890 dans ses fonctions '. A la mort du fhérif, 
dont l'influence considérable rendait délicates les attaques 
de front, le sultan affaiblit encore l'autorité de la maison 
d'OuazzAn, en enlevant à l'héritier direct de la Baraka la- 
miliale, l'administration temporelle de la zAouya, dont il 
était le chef tout puissant et exclusif jusqu'alors, par la 
nomination d'un Mezouar chargé de recueillir les ziârât' 
et d'en faire le partage, 

Apri'S une longue période de concessions, de faveurs, 
destinées A concilier au pouvoir souverain, la puissance 
spirituelle grandissante des chnrfa d'Oiiazzân, la politique 
de Makhzen évolue, elle tendu les diviser, â les amoindrir, 
à les atteindre au siège môme de leur autorité, jus(jue 
dans les revenus de leur zâouya. 



M«^me politique à l'égard du Djebel Alem; mais sesrhorfa 
n'ayant ni /.iliouya, ni cbet, le Makhzen [»rocéda autrement. 
Moulay l.lasan endormit la défiance des 'Alamyîn en leur 
témoignant un« déférence calculée. La désagrégation 
des B.eni Aroûs ne pouvait se faire qu'en détachant des 
chorfa, la caste bourgeoise, les Soumala, élément prin- 
cipal de la tribu. Après avoir achevé la pacification des 
provinces du Sud, le sultan vint en IH89 guerroyer chez 
les Djebala.au nord de Fès '. Son intention était de châtier 

I. Cr. A. L« Cbatelier, Notes sur les villes.., p. aa. 

•J. Cf. De Seg-onzac, Voyages au Maroc, p. ii-i-i. 

3. As-Sliiouy, Kilâli al-htiijcâ, IV, p. •x^'■>, passe très rapidement sur 




36



ARCHIVES MAROCAINES 



les Béni Messâra <|ui coupaieiil la roule <le Ouazzân, mais 
ces Berbères, à la vue des préparatifs militaires faits contre 
eux, envoyèrent leurs vieillards se posterner sous les ca- 
nons, en demandant l&#39;aman qui leur fut accordé. Moulay 
llasan annonça alors son înlentîon d&#39;aller en pèlerina<fe au 
tombeau de Moulay &#39;AJjd as-Sal;hii, et se rendit au Djebel 
&#39;Aletn. Son voyage (ut un triomphe. Aprùs une visite aux 
mausolées de Chechaoùn, il établit son camp à DiirM&ainla, 
au bas du Djebel &#39;Alem, et gravit la montagne avec une 
garde de cavaliers. Arrivé au tombeau du saint, il y trouva 
les chorfa et leurs familles qui s y pressaient en foule pour 
l&#39;attendre : selon l&#39;expression de l&#39;auteur arabe, « ils l&#39;en- 
toiirèrenL comme une bague entoure le doigt » &#39;. 

Moulay llasan leur lit alors, à pleines mains, de larges 
distributions d&#39;argent et partit couvert de bénédictions. 
Son séjour au Djebel &#39;Alcra avait été très court, et terminé 
par une distribution de hadya et â"uzlb aux chorfa; quel- 
ques jours après il arrivait à Télouan, et recommençait les 
mêmes largesses et les mêmes dons, en fiweur des chorfa, 
à la zâouya de Sidy "Ali ben Reîsoùn. Mais, en même 
temps que sa ziâral témoignait de sa dévotion à la mé- 
moire de Moulay &#39; Khà as-Salàm ben Machîh, Moulay Ha- 
san profilait de la satisfaction des chorfa pour accomplir 
un acte politique de grande portée, en séparant des Béni 
&#39;Aroùs les Soumata, constitués en tribu distincte et soumis 
à l&#39;impôt au même litre que les tribus Makh/en. En même 
temps, il nommait un qûid pour administrer les Béni Aroùs*. 

Cette politique de concessions, de division et consécu- 
tivement d&#39;autorité, n&#39;eutd&#39;ailleurs pas de suite dans ce cas 
particulier. Les réformes tentées ne modifièrent qu&#39;en ap- 



ccUe expcrlition. Ce» rcnsflgnemcnl" sont cxlrails du Huuiaf nl-tinhiiityn 
fi moiilotik ud-datda at &#39;alamiya, UKiuuBcril iiiiODyiiie de Kcs, que uous 

I . Houlul... p. îo&#39;i. 

a. CI". Le Chalulitr, op. cit., ji. H4,



ESSAI SUR L&#39;HISTOIRE POLITIQUE DU NORD-MAROCAIN 37 

parence la situation antérieure, et il n&#39;en resta plus trace 
à la mort du sultan. L&#39;équilibre politique du Djebel &#39;Alem 
semble redevenu re qu&#39;il lUait avant Moulay Hasan, entre 
une aristocratie religieuse, révérée, mais divisée, et sans 
autorité, et la foule berbère, fidèle aiux traditions lorales, 
dévouée à ses chorta idrîsialtenl pas ouverte- 
ment, parce qu&#39;ils les méprisent et voudraient ignorer 
leur existence. Ils ont également peu de sympathie pour les 
chefs militaires, les fonctionnaires makh/xn, et en général 
pour tous ceux qui détiennent nue parcelle d&#39;autorité. Ils 
se tienoent en défiance vis-à-vis des chorfa d&#39;Ouazzàn dont 
les relations avec les Européens leur paraissent une déro- 
gation à leur noblesse religieuse. 

Leur inlluenceest toute puissanteà Tétouan, où habitent 
beaucoup de Belsoùnyin.mais par ambiance seulement. Au- 
cun lien doctrinaire ou politique défini, ne contribue à dé- 
velopper chez les Tétouany l&#39;étal d&#39;esprit qu&#39;ils partagent. 
Ou peut le définir d&#39;un mot, en disant pour concl&#39;.ire, que 
le chérilisme idriside du Nord, déchu depuis de longs 
siècles dans le domaine temporel, a fait preuve d&#39;une vita- 
lité remarquable dans le domaine spirituel, par une réno- 
vation religieuse un moment brillante, mais qu&#39;il s&#39;est figé 
ensuite dans le souvenir confus du passé disparu. De la 
sainteté d".bdas-SaIâm ben Machîch, delà science d&#39;Aboù 
al-Hasan ach-Chadhely, il ne reste à leur lignée qu&#39;un as- 
cendant religieux et nobiliaire, sur sa clientèle berbère, 
des prétentions et des préjugés. La renaissance idriside 



Je



I. Nous avoas remarqué cette aversion clicz des tolba BeuJ &#39;Aroûs 
qui venaient visiter la biblLoltiëque de la Mission scieultCque à Tanger ; 
Us regardaient loagtieiiieul l^s cuaimeolaires du Qoràu et de Boukliàry, 
luéiue imprimés eu Europe, ninîa rejetaient avec {uclîirérence les ouvrages 
lii»lurique!> ou géojjrapbiques d&#39;Ibu Al-Atliir vi d&#39;Aboulféda, 



ESSAI SUR L&#39;HISTOHΠPOLITIQUE DU NORD-MAROCAIN 39 

semble avoir abouti pour le milieu du Djebel &#39;Alem à la 
stagnation. 

Une famille toutefois, celle des Rehounyln, paraît avoir 
échappé à l&#39;apathie des autres chorlà &#39;Alamyîn. Elle a pris 
ainsi, à une époque rapprochée, une importance sur laquelle 
il est utile d&#39;insister, ne serait-ce que comme exemple de 
la vitalité active qui subsiste sous l&#39;imuiobililé apparente. 



Descendants do Yoûnous, oncle d"Abd as-Salâm ben 
Machich, les Reisounyin tirent leur nom de Lalla ar-Rei- 
soùn, fille du saint, qui fut la mère de Sidy &#39;Ali ben Isa : 
celui-ci, le premier, porta le surnom de Reisoiiny, dont on 
lit plus tard Relsoùly. Ses descendants sont les Oulad Ber- 
reisoun ou Berreisoul (Henar-Reisoùl). 

Habitant à l&#39;origine le dchar d&#39;Al-Hit;n,au Djebel &#39;Alem, 
ils se sont dispersés vers le x&#39; siècle de l&#39;hégire, époque à 
laquelle le chef de la famille, avant la dispersion, était Sidy 
Abd ar-Rahman Al-&#39;Alamy Al-Voùnousy. Ce chérîf était 
plus respecté pour sa piété, que pour sa fortune qu&#39;il né- 
gligea; Jicouchait sur un lit de chêne-liège, dans une pièce 
nue, et passait sa vie à étudier avec le l&#39;dle^ "Abdallah Al- 
R&#39;azouâny, refusant de toucher à l&#39;argent et aux vêtements 
qu&#39;on venait lui olï&#39;rir, même quand on déposait malgré lui 
ces offrandes au milieu de sa chambre. Les chorfa Benoù 
&#39;Abd as-Salâm, descendants directs du saint, lui offrirent 
vainement leurs Éîlles eu mariage; il refusa toujours, vou- 
lant garderie célibat, et mourut sans enfant en ^154 (1547)&#39;. 

Le frère de ce personnage, "Ali ben &#39;Isa, était aussi un 
homme pieux, qui passa sa vie en prières et étudia pendant 

I, Noua* avons déjn expliqué ce mot : Al-R&#39;axouituy, saas èlre un des 
quatre 170.&#39;/&#39; iil-at/lâh, «^&#39;tiiit un célvbrc niaruboul du DjcLi-1 &#39;Alciu, qui 
vivait au cotnniencemeul du xvi* siècle. 

3. Al-Qûiiiry, Ad-Dourr aS&#39;Sany, p. ^7. 



«0 



ARCHIVES MAROCAINES 



longtemps avec &#39;Abdallah Al-R&#39;axoiiâny; il mourut en 963 
 t&#39;i suiv, 

•2. Cf. Goilnrfl, op. cit., il, p. 4()t i-"&#39; stii*&#39;. l&#39;Iiis tard Ips marnboul» de 
Dila g&#39;appti VPi-i&#39;iil sur Ips l&#39;orliig.iis, dans loiir liiUe conlrc le» chorlii. 

3, Cf. Eloiifràni, Nazhel-elhàdi, fiistoire de In e/ttiuslie sattdienne au 
Maroc, Iritd. Houdas, p. %•. et siiiv. 

4. C&#39;était justcmonl ïe molif des criliqites dirigil&#39;cs rontrc le maraboul 
par «eft envieux et par les partinans du sultan, qui prôtciidnienl que la 
guerre sainte n&#39;étail licite que houb les ordres d&#39;un prince. Cf. Elou- 
Irîioi, op. cit., p. 4^0. 





ESSAI SUR LHISTOmii POLITIQUE DU NORD-MAROCAIN 

ZaidAn, à qui sa renommée portait ombrage, le destitua et 
donna l&#39;ordre de le faire périr. Le marabout s&#39;enfuit alors 
a Salé, où il établit son quartier général, et poursuivit sans 
trêve la lutte contre les Chrétiens. Après les avoir défaits 
à Mahdya, il entreprit le siège d&#39;AI-&#39;ArAtch dont il ne put 
s&#39;emparer, par suite de la trahison des Andalous de Salé *. 
Cet échec fut compensé, pour lui, par la prise d&#39;Elhridja, 
dont les possesseurs portugais enirelenaient des relations 
cordiales avec les Musulmans&#39;. Mais la rigueur avec la- 
quelle il avait sévi contre les Andalous de Salé, coupables 
d&#39;intelligences avec l&#39;ennemi, lui aliéna toute la population 
andalouse, à laquelle les marabouts de Uila, jaloux de la 
puissance d&#39;Al-&#39;Ayyàchy, prêtèrent leur appui. Le vaillant 
défenseur de l&#39;Islûm fut victime de cette inimitié. Vaincu 
par les Dilaïtes, il lut trahi et tué par les Khiot, chez qui il 
avait cherché refuge (1051-1641)&#39;. Sa mort eut un grand 
retentissement dans tout le Maghrib; elle rendit aux Por- 
tugais l&#39;espoir de restaurer leur puissance au Maroc et 
^ plongea les Musulmans dans la consternation. Chacun 
ressentit la nécessité de continuer son œuvre d&#39;extermi- 
aation, et si son exemple ne fut pa.s immédiatement suivi, 
c&#39;est que la lutte des marabouts de Dila et des chorfa oc- 
cupait alors toutes les forces du Maghrib. 
Les compagnons d&#39;Al-&#39;Ayyâchy sont les premiers qu&#39;on 
qualifia dans l&#39;histoire locale du beau titre de Moudjahi- 
din» combattants pour la Foi >v, mais plus tard, cette appel- 
lation s&#39;étendit à toute entreprise dirigée contre les infi- 
dèles, ayant pour but de leur causer (juebjue dommage, et 
aotamcnent à la course. Les pirates salétins étaient des 
moudjahidin et leurs descendants, les Salétins actuels, 

/. Il l<'«r «T.iil deniando ilcn iTliflles pogi- vsvaliider les murs, mtii» 
U> tiiriièrvnl tant à les lui fouruir, que des rcnfortR eurent le temps d&#39;ar- 
rifer diiiis la TÎlle assiégée. Cf. liloufnini, op. cit., p. 444. 

a. Eloiirriiui, up. cit., p. 1^/(6.

3, Eloufrùni, op. cit., p. 4!jo. 



Je
Je



«s 



ARCHIVES MAROCAINES 



ont hérité de leurs ancêtres la haine du chrétien : ils i 
tolèrent pas la présence des Européens dans leur ville 
qu&#39;ils appellent une « cité de moudjahidin ». La piraterie fl 
était donc djihâd (guerre sainte) au môme titre que la 
•guerre ouverte. Celle-ci parait d&#39;ailleurs avoir subi un 
ralentissement depuis la mort d&#39;Al-&#39;Ayyâchy, jusqu&#39;à l&#39;ar- 
rivée au pouvoir des choH&#39;a ahiouyîn. 

Ces chorfa recommencèrent ellectivement, avec une 
nouvelle ardeur, la guerre sainte, et ne tardèrent pas à 
réunir, à cet effet, un corps de volontaires, en grande par- 
tie d&#39;origine rifaine, qui prirent le litre de Moudjahidin. 
Le premier commandant de celte nouvelle djiJiàd fut un 
qâid naliide la tribu des Béni Goriot, Al-KhiJr R&#39;allân, 
dont la famille était depuis longtemps riche et puissante&#39;. 
Sous le règne de Moulay Ar-Rachîdj il était parvenu à réu- 
nir autour de lui tous les Moudjahidin et à imposer sa do- 
mination dans tout le Maroc septentrional. 

L&#39;anarchie du pays favorisait alors les entreprises des 
qAîds indépendants. La lutte de Moulay Ar-Rachîd contre 
son frère, puis contre les marabouts dilâïtes, donnait aux 
Chrétiens l&#39;espoir de recompiérir leurs anciens comptoirs 
du littoral, et les habitants du Maghrib se[»tentrionai, 
n&#39;ayant plus à compter sur la protection des sultans, de- 
vaient songer à se défendre eux-mêmes contre l&#39;invasion. 
Tout concourrait à donner aux provinces du Nord, une 
indépendance dont pouvait profiler un chef militaire entre- 
prenant. Un des premiers faits d&#39;armes du qâid R&#39;ailàn fut 
d&#39;attirer dans une embuscade la garnison portugaise de 
Tanger (1601)&#39;, dont les débris durent évacuer la ville 



1. Plusieurs auleur», As-Slàouy entre nutres), pt-««uu(cut R&#39;aiina 
comme U)i Maure «iidiilous de Salù, un debceiidutil des Zcgrv dp Gre- 
u;»dc. Sa laniillc estl cepeadiiuL counuc chez les Bcui (jurfol, où il a de 
uoubri^ux descendants. Ct&#39;, Mortier, op. cil,, III, p. 378. 

2. Cf. Fcru. de Menczes, flistoriti de Tangere, p. ayoctauiv. 



ESSAI SUR 1/HISTOlRE POLITIQUE DU NORD-MAROCAIN 49 

pour l&#39;aire place aux Anglais. Ceux-ci rocciipèrenl en 
vertu d&#39;un contrat signé la nii^me année, pour le mariage 
de Galiïerine de Bragance, lille de Jean IV de Portugal, 
avec Charles II, roi d&#39;Anirlelerre &#39;. 

Mais la situation des Anglais ne fut pas beaucoup plus 
brillante que eclle des Portugais. Le nombre des pnrtisans 
de H&#39;ailàn augmentant sans cesse, la garnison de Tanger 
se trouva dans l&#39;impossibilité de s&#39;éloigner des remparts. 
En ltjfî4, le comte deTeviot, gouverneur de Tanger, tomba 
dans la même embuscade que son prédécesseur portugais 
et fut tué avec son escorte par les Moudjfthidîn &#39;. 

Ces exploits firent de R&#39;ailân un champion de l&#39;Islam; 
il se jugea bientôL assez puissant pour détourner un mo- 
ment ses regards de la frontière, et s&#39;occuper des affaires 
•Je l&#39;intérieur. H commença par attaquer et disperser les 
CherAga, aux environs de Fès, et[)orta !<t terreur dans la 
capitale. Mais l&#39;année suivante, Mouliammad Al-i,lAdj, ma- 
rabout dilaïle, maiire de Fès, repoussa le qûid et ses par- 
tisans, l&#39;obligeant à chercher refuge au Fahc &#39;. Après avoir 
rallié ses soldats, R&#39;ail;n s&#39;empara d&#39;.Al-Qçar, s&#39;y établit 
et y fit construire un palais dont on voit encore les ves- 
tiges ^ Confirmé plus tard dans son gouvernement de la 
province de R&#39;arb, il lit d&#39;Al-Qtar sa capitale, en conti- 
nuant à harceler les Anglais de Tanger. 

Quelques années après, Moulav .r-Rachîd maître de 
Fès, après la chute des Dilaïtes, voulut unifier ses Etats, 
sous son autorité souveraine et marclia contre R&#39;ailftn, si 
indépendant alors, (|ue le gouverneur de Tanger, Lord 



I. Cholmloy, .In account of Tangier, p. 6 et suiv. ; BudgeU Mcakiu,
The larid of tkc Moors, p. f2o. 
•X. Cf. Cholmley, op. cit., p. 65 et «uîv. 

3. Ezeiâni, £« Marne de i63i à t8i5, Irad. Houdas, p. ia-i3. 

4. Prés du Suûq : il sert nujourd hui de caserne aux &#39;askars. Lors du 
pa<«8.ige de I^idoude Saiiil-Olon (uîij&#39;î), il était déjà en ruine. Cf. Pidou 

Sainl-Olon, Estât présent de l&#39;empire du Maroc, p. 3o. 

Aaca. MAROC. 4



50 ARCHIVES MAROCAINES 

Bellasis, avait acheté son concours à prix d&#39;argent, en 
dépit de son ardeur religieuse&#39;. Cette trahison du chef des 
Moudjahidin fut châtiée par le nouveau sultan, qui s&#39;em- 
para d&#39;Al-Qçar et força le rebelle à s&#39;enfuir à Acîla, d&#39;où il 
s&#39;embarqua pour Alger. 

Lorsque Moulay Isma&#39;ileut succédé à son frère, R&#39;ailân 
reparut au Rîf avec un corps de Turcs qu&#39;il amenait 
d&#39;Alger. Fès était en pleine rébellion. Le nouveau sultan 
se trouvait dans une situation critique, mais la défaite et 
le massacre du qâîd et de ses Turcs, à Al-Qçar, brisèrent la 
résistance des provinces du Nord, en décidant le sort de 
l&#39;empire *, Cette seconde période de l&#39;histoire des Mou- 
djahidin est moins brillante que la première. Les deux 
partis rivaux, Chrétiens et Musulmans, paraissent plutôt 
s&#39;observer. L&#39;enthousiasme religieux des masses est moins 
surexcité, mais quelques chefs militaires sont sortis des 
rangs et ont donné nais^nce à une aristocratie guerrière, 
dont la puissance s&#39;affirme pendant une troisième période, 
lorsqu&#39;un élément nouveau, le contingent du Rif. seulement
renforcer les Moudjahidin découragés. 



Il 

Lks Rifains 

Le règne de Moulay Isma&#39;il, frère et successeur d&#39;Ar- 
Rachîd, tient, dans les annales du Maghrib, une place égale 
à celle de son contemporain Louis XIV, dans notre his- 
toire. A l&#39;avènement de ce prince, l&#39;ère des grandes con- 
quêtes était passée et le Maghrib, dominé depuis cin- 
quante ans seulement parles chorfa Filâlyîn, ne conservait 
son intégrité qu&#39;au prix d&#39;une administration solide et 

1. Cf. Cholmlcy, op. cit., p. 69 et suiv. ; Mercier, op. cit., p. 269.

2. Cf. Ezziàni, op. cit., p. 25 ; Mercier, op. cit., III, p. 278. 



tbSAl SUK 1, lUbTOlIΠl&#39;Ol.lilQL&#39;E DU NOdD-.MAKOCAIN 51 

puissante. C&#39;est à la développer, que Moiilay Isma&#39;ll con- 
sacra les premières années de son règne, cherchant à co- 
pier des institutions milflairLis td administratives turques, 
introduites depuis peu dans la régence d&#39;Alger. 

Celle réorganisation en bonne voie, le sultan aborda la 
seconde partie de sa t^che. l&#39;expulsion définitive des 
Chrétiens établis sur les côtes marocaines. A l&#39;avènement 
de Moulay Isma&#39;il, les eûtes du Maglirib, dejjuis ^ïelîlia 
jusqu&#39;à Habat, étaient parsemces de lolonies chrétiennes. 
Les Portugais possédaient Al-Mahdya, Al-&#39;ArAicIi, Aeila; 
les Anglais, Tanger qu&#39;ils avaient reçue <[es Portugais; la
Espagnols, Ceuta, Bûdis et Meliiia. Moulay Isma&#39;il voulut 
diriger ses cd&#39;orts sur tous les[)oints à la fois, et réunit 
une nouvelle armée de MoudjAhidtn, composée en grandi&#39;. 
majorité de Rifains, des tribus de TanisamAn, lieni Ou- 
rîâr&#39;el, Beqqoùya et Guela&#39;ya. 

Une famille influente jouissait alors de la faveur des 
mou, &#39;i&#39;!.

î. Cf. As-Slàouy. Kitûh iil-/.stitfrii, p. &#39;\ 
&#39;i. Cf. Moulicrus, op. cil., I, p. t&#39;i^. 



52 ARCHIVES MAROCAINES 

anonyme que nous possédons*. Il y est raconté qu&#39;en 1113 
de l&#39;hégire, le pacha &#39;Alî ben &#39;Abdallah Ar-Rîfy, contraint 
par le sultan d&#39;abandonner le siège de Geuta pour diriger 
celui de Badîs, laissa les assiégeants de Geuta sous le 
commandement de son cousin[ibn &#39;ammihï) le qâîd 
Ahmed bon Iladdoû. Il semble donc établi qu&#39; &#39;Abdallah et 
Iladdoû étaient frères. 

Les deux fils deHaddoù arrivèrentles premiers à la célé- 
brité. &#39;Amar ben Iladdoû, gouverneur d&#39;Al-Qçar, reçut en 
1092 (1681), du sultan Moulay Isma&#39;il, le commandement 
de l&#39;armée dirigée sur Al-Mahdya. Le siège était déjà 
avancé, lorsque le général rifain, voulant laisser l&#39;honneur 
de la victoire au souverain, l&#39;invita à se hâter vers Al-Mah- 
dya, où il arriva à temps pour assister au succès des Mou- 
djahidin. On partagea naturellement le butin entre les sol- 
dats du Fahç et ceux du Rif, et l&#39;armée revint vers Miknâsa ; 
mais &#39;Amar ben Haddoù mourut de la peste pendant le 
voyage de retour*. 

Son successeur était tout désigné par l&#39;opinion pu- 
blique : Ahmed ben Iladdoû, frère du défunt, avait pris 
part à ses expéditions et son zèle pour la guerre sainte 
était connu. Aussi Moulay Isma&#39;il confia-t-il le comman- 
dement des Moudjahidin à Ahmed, avec l&#39;ordre de conti- 
nuer la campagne dans la région de Tanger. Mais Ahmed, 
loin de garder pour lui seul la conduite des affaires, 
associa dans son commandement son cousin le qâld 
Aboû &#39;1-Hasan &#39;Ali ben &#39;Abdallah Ar-Rify. C&#39;est ce per- 
sonnage qui est le véritable ancêtre des Oulad &#39;Abd aç- 
ÇaJoq, celui dont la réputation de vaillant guerrier et de 
fidèle serviteur de la dynastie se maintint jusqu&#39;au bout. 

Les deux qâîd unirent donc leurs forces et, deux ans 
après, vinrent mettre le siège devant Tanger. Cette ville, 

I. Houlal al&#39;bahimya, p. 143. 

a. Cf. Ezziàni, op. cit., p. 43 ; Kitâb aUlstiqcâ, IV, p. 3o.



ESSAI SUR L&#39;HISTOIRE POLITIQUE DU NORD-MAROCAIN 53 

tombée an pouvoir des Portugais en 1471, avait été cédée 
par eux aux Espagnols, puis rétrocédée aux Portugais, et 
enfin donnée en dot à Catherine de Bragance, infante de 
Portugal, à l&#39;occasion de son mariage avec Charles II 
d&#39;Angleterre. L&#39;occupation anglaise dura de 1662 à 1683, 
époque à laquelle, le parlement anglais ayant refusé les 
subsides nécessaires pour continuer à Tanger les grands 
travaux entrepris pour l&#39;édification du môle et des défenses, 
et pour résister aux attaques incessantes des Rifains, 
Charles II, résolut d&#39;abandonner la ville après l&#39;avoir dé- 
mantelée. Tanger était à peine évacuée que les Mou- 
djahidin se précipitèrent comme un Ilot dévastateur, ayant 
à leur tête le qiîd "AU, qui ne manqua pas d&#39;attribuer sa 
victoire à la panique des infidôk;»&#39;. 

Cet événement eut un immense retentissement dans 
tout le Maghrib. Moulay Isma&#39;il, pour récompenser les 
Moudjahidin, leur disiribua en fiefs le territoire de Tanger 
et tout le district du Fai.iç. Tanger se trouva donc peuplée 
(le Rifains, dévoués corps et âmes à &#39;Ail i)en &#39;&#39;Abdallah. 
Celui-ci. pour leur donner satisfaction, édifia des mos- 
quées, des collèges, tles bains, releva les fortifications 
abattues et s&#39;installa dans la Qaçba, l&#39;ancienne citadelle 
anglaise, où il construisit son palais*. 

Après la chute de Tanger, le zèle religieux des Rifains, 
occupés à s&#39;installer dans leurs nouvelles terres, parut se 
calmer pendant quelques années. Ce n&#39;est que cin<[ ans 
après, en 1100 (1688-1689) qu&#39;Ahmed ben Haddoù put 
réunir de nouveau ses Moudj;|iid!n, pour entreprendre le 
siège d&#39;AI-&#39;Arâich, auquel &#39;AU Ar-RHy nu paraît pas avoir 
pris part. Résolus à se défendre avec la dernière énergie, 
les Portugais qui occupaient la place, se barricadèrent dans 
la citadelle d&#39;Al-Qoubaîbâl, construite par Aluned Al-Man- 

1. Cf. Ezzliioi, op. cit., p. 38 ; Litir/câ, IV, p. 3i. 

2. Sur ce» ovéuements, cf. Builgett Meakîn, op. cit., p. i3o, et SitlmoD, 
La qaelta de Tanger &#39;^Archives marocaines, I, p. 97 et siiiv.). 



54 ARCHIVliS MAROCAINES 

çoûr, sultan de la dynastie sa&#39;adienne. Les Musulmans 
qui avaient pu pénétrer dans la ville, grâce à une brèche 
produite par l&#39;explosion d&#39;une mine sous les remparts, 
durent assiéger les Chrétiens pendant une année, dans 
leur citadelle. Les Portugais se rendirent cependant en 
octobre 1689, et 1.800 d&#39;entre eux furent envoyés à Miknâsa 
pour construire les palais du sultan. Ahmed ben Haddoù, 
entré à la tète des Rilains dans Al-&#39;Arâîch, répartit la ville 
entre les combattants, sur l&#39;ordre de Moulay Isma&#39;il, 
comme on l&#39;avait lait pour Tanger, et construisit un grand 
palais qui subsista longtemps après sa mort, deux mos- 
quées, une médersa et divers établissements publics&#39;. 

A peine Al-&#39;Arâîch était-elle tombée au pouvoir des 
Moudjahidin qu&#39;Ahmed ben I.Iaddoù, voulant frapper un 
grand coup, en expulsant les Chrétiens d&#39;Acîla, leur der- 
nier rempart au Fahç, vint mettre le siège devant cette 
ville, qui ne se rendit qu&#39;au bout d&#39;un an. Son territoire 
subit le même sort que celui de Tanger et d&#39;Al-&#39;Arâîch : 
partagé entre les Rifains, qui y construisirent une mos- 
quée et une médersa, elle devint terre de conquête et fut 
incorporée dans le gouvernement d&#39;"Alî Ar-Rîty. 



La province de Tanger était tombée presque entièrement 
au pouvoir des Rifains. Deux places seulement restaient 
aux Espagnols, qui semblaient résolus à les défendre jus- 
qu&#39;à la dernière extrémité, Ceuta et Bâdis. Les deux cou- 
sins portèrent aussitôt leurs efforts sur la première, mais 
le siège promettant d&#39;être long, ils réunirent une armée de 
25.000 Moudjahidin et édifièrent en face de Ceuta une véri- 
table ville provisoire, où le qâld &#39;Alî fît construire une 
habitation et son fils Ahmed une mosquée*. 

I. Istiqçâ, IV, p. 34-36. 

•X. As-Slâouy dit que les ruines de ces deux édifices sont encore vi- 



ESSAI SUR L&#39;HISTOIRE POLITIQUE DU NORD-MAROCAIN 55&#39; 

A peine le siège était-il commencé, qu&#39;en cha&#39;bân 1103, 
le sultan Moulay Isma&#39;il prescrivit à &#39;Ali Ar-RHiy de con- 
fier le commandement des opérations à un chef de son 
choix et d&#39;aller s&#39;emparer de Bâdis &#39;. Le qâîd &#39;Ali, laissant 
à Ceuta son cousin Ahmed ben Haddoû, emmena les con- 
tingents du Rif et réussit au bout de quelques mois à s&#39;em* 
parer d&#39;un fort, où il fit un grnd nombre de prisonniers. 
Cet exploit accompli, il quitta Bâdis en confiant le comman- 
dement des Rifains à son lieutenant Al-Barnoùsy et revint 
à Ceuta, pour mourir peu de temps après (1103). 

Les historiens ne disent pas quel fut le lieu de sa mort, 
mais il est probable que ce fut Tanger, car on montre en- 
core, aux environs de cette ville, dans la vallée de Boû- 
bâna, un tombeau qu&#39;on dit être celui d"Ali Ar-Rîfy. Nous 
savons d&#39;autre part, par le témoignage de Pidou de Saint- 
Olon, qu&#39;il habitait en 1692 (1103) Tanger, où il faisait fonc- 
tion de gouverneur des provinces septentrionales. C&#39;est lui 
qui, en cette qualité, envoya à Miknâsa l&#39;ambassadeur de 
Louis XIV auprès de Moulay Isma&#39;îl. Pidou de Saint-Olon* 
était chargé de négocier le rachat d&#39;esclaves français; Is- 
ma&#39;il. à qui il se présenta comme ambassadeur du Grand 
Roi, trouva que ses pouvoirs étaient insuffisants pour dis- 
cuter avec lui au sujet de questions politiques et désigna 
pour s&#39;occuper de ces négociations « i&#39;alcayde Aly, fils 
d&#39;AbdalIa » qu&#39;il avait revêtu du commandement général 
dans les ports, villes, bourgs et tribus des côtes maritimes*. 
C&#39;est dire que la mission de Saint-Olon échoua en partie. 

«ibles : nous n&#39;avons trouvé personne qui les ait vues. Cf. Istiqçâ, IV, 
p. 37. 
t. Houlal al&#39;hakimya, p. i43. 

2. Pidou, chevalier de Saint-Olon, né en Touraine, obtint une charge 
de gentilhomme ordinaire du roiec 1672, puis fut désigné comme envoyé 
extraordinaire à Gènes, à Madrid et enfin au Maroc (1693). II mourut 
en 1720 à l&#39;âge de 80 ans. Sur sa mission, cf. Thomassy, Le Maroc et 
tes caravanes, p. iSg et suiv. 

3. Pidou de Saint-Olon, Estât présent de l&#39;empire de Maroc, p. 206, 



56 ARCHIVES MAROCAINES 

A cette époque, le qâîd Ahmed Haddoû était gouverneur 
d&#39;Al-&#39;Arâlch et d&#39;Al-Qçar et son frère &#39;Amr, appelé par 
Pidou « premier ministre et favori du roy de Maroc » &#39; était 
mort depuis cinq ou six ans. 

A la mort du qâîd &#39;AU, Topinion publique désigna pour 
succéder à son père, dans le commandement des Moud- 
jahidin, le jeune et actif Ahmed ben &#39;Alî Ar-Rîfy. leur
l&#39;élection fut aussitôt ratifiée par le sultan. Ez-Ziâni *, qui 
rapporte ces événements, appelle &#39;Alî ar-Rîfy, le chef de 
tout le Rîf, désignation certainement erronée, car le qâîd 
ne paraît pas avoir porté ses armes plus loin que Bâdis. 
Mais son ascendant sur lesRifains, ses compatriotes, était 
considérable, et sous le nom collectif de Rifains, on dési- 
gnait à cette époque l&#39;armée des Moudjâhidîn et les colonies 
rifaines qu&#39;elle avait semées dans la province de Tanger. 
Administrativement, le gouvernement de Tanger ne s&#39;éten- 
dait à l&#39;est que sur le Rif occidental, de Tétouan à Bâdis, 
mais il englobait, à l&#39;ouest et au centre, l&#39;Andjera, le Fahç 
et le Sahel d&#39;Acîla; le chef-lieu de ce gouvernement était 
Tanger, mais la résidence du pacha devait être tour à tour 
Tanger et Tétouan *. Quant à Al-&#39;Arâîch, et à la province 
de Habat, c&#39;est-à-dire le nord du R&#39;arb, elles étaient com- 
prises dans le gouvernement d&#39;Al-Qçar&#39; et devaient être 
annexées à la province de Tanger, à la mort d&#39;Ahmed ben 
Haddoû. 



I. Ihid., p. i5/|. 
&#39;2. Ezziùni, op. cit., p. 43. 

3. Cette supposition est basuc sur le fait qu&#39;Ahmed RiTy avait fait 
construire à Tétouan un palais que nous décrirons plus loin. 



ESSAI SUR L&#39;HISTOIRE POLITIQUE DL&#39; NORD-MAROCAIN 57 



111 



Le l&#39;ACllA AlIMEU 



L&#39;étendue du gouvernement rifain ne tarda pas à se 
trouvermodiGée, puisque, d&#39;après r/,ç//(7(:rt&#39;, Moulay Isma&#39;îl 
avait investi du gouvernement de Têtouan, peu de temps 
avant sa moit, un de ses anciens secrétaires, un Télouanais 
savant et d&#39;une l&#39;ainille respectée, le fqih Aboù IJafr "Omar 
Al-Ouqqàch, La notoriété de cette maison, dont ou trouve 
encore des descendants à Tétouan, montre ce qu&#39;était l&#39;état 
d&#39;esprit des Tétouanais, marchands andalous expulsés de 
Grenade, chez qui la richesse ou le renom de lettré sont 
plus estimés que la gloire militaire. Leurs prélérences 
s&#39;incarnaient assez bien dans un personnage, vieilli au 
service du Makhzen, ou il avait acquis, avec des qualités 
juridiques et littéraires inconteslablcs,une ambition et une 
vanité qui devaient causer sa perte cl la ruine de sa patrie. 

Tétouan avait conservé un mauvais souvenir de la domi- 
nation rifaine. Le passage des MoudjAhidin lui avait fait 
éprouver les brutalités de la soldalcst|uo; le pacha rifain 
lui-même l&#39;avait écrasée d&#39;impôts et s&#39;était fait construire 
un palais somptueux, sans payer le salaire des ouvriers*. 
Aussi, les Tétouanais étaient-ils résolus à conserver leur 
indépendance et à se g^rouper cUilour de leur vieux qùid 
AUOuaqqâch, dont la haine contre les guerriers ril&#39;ains était 
pour eux la meilleure garantie. 

De son côté, le fils d&#39;Alî ben &#39;Abdallah Ar-Rîfy, le pa- 
cha Ahmed, investi du gouvernement de la province de 
Tanger à la mort de son père, 1125* (1713), ne put suppor- 

I, As-Sliouy, op cit., IV, p. 5.5. 

1. Braitliwailc, Histoire des révolutions de l&#39;empire du Maroc, p, ifi. 

3. Les auteurs sont en dèauccorcl sur la dutc de la u]ortd"Ali ur-Kify. 



58 ARCHIVES MAROCAINES 

ter qu&#39;une portion du Maroc septentrional fût distraite de 
son autorité et mit tout en œuvre pour tirer des Tétoua- 
nais une vengeance éclatante, en les replaçant dans le 
joug rifain. De là, entre Tanger et Tétouan, une rivalité 
sourde dont l&#39;explosion n&#39;éclata qu&#39;après la mort de Mou- 
lay Isma&#39;il, lorsque la faiblesse et les débordements de 
son successeur Moulay Ahmed Adh-Dhahaby favorisèrent 
denouveaules entreprises desqâids indépendants. Jusque- 
là, Ahmed Rîfy se contenta du commandement des Moud- 
jahidin qui assiégeaient toujours Ceuta. 

D&#39;après l&#39;Anonyme de Fès*, cette armée ne comptait pas 
moins de 25.000 combattants. L&#39;Anglais Braithwaite, qui 
passa à Tétouan quelques années plus tard, en 1140 (1727), 
dit que la « garnison de Ceuta », c&#39;est-à-dire l&#39;armée assié- 
geante, comptait 4 à 5.000 hommes, tirés des districts en- 
vironnants et qu&#39;on relevait tous les mois, corvée d&#39;au- 
tant plus lourde pour la province, qu&#39;on obligeait ces 
soldats à se fournir eux-mêmes de vivres et de munitions*. 
Ce siège était d&#39;ailleurs une sinécure pour la famille d&#39;Ar- 
Rîfy, dont il fit en partie la fortune. Le voyageur MarmoP 
raconte qu"x4.1î ben &#39;Abdallah Ar-Rîfy avait trouvé moyen 
de faire cultiver par ses soldats la vaste plaine qui en- 
tourait Ceuta; ils faisaient ensuite la moisson et cueil- 
laient le raisin, au profit du pacha naturellement. Lorsque 
le sultan lui envoyait quelques renforts, il en avertis- 
sait secrètement le gouverneur de Ceuta. C&#39;est pour cette 
raison sans doute, que le sultan, perdant patience, avait 
déjà envoyé &#39;Alî, à Bâdis, pour hâter la chute de cette 
place. 

La date que nous donnons ici est prise dans le IJoulal, mais Ezziàni 
dit iio3, ce qui est certainement inexact. Ezziàni, op. cit., p. 43. 

1. Houlal al-bahtmya, p. i42. 

2. Cf. Braithwaite, op. cit., p. i4. 

3. Cf. Marmol, Relation de trois voyages, fait dans les Etats du roy 
de Maroc.,., p 34^ et suiv. 



ESSAI SUR L&#39;IIISTOFRE POl.JTIQUI- DU NORn-MAROCAIX 59 

Le pacha, décide à Iralner en longueur le siège de Ceuta, 
s&#39;iHait l&#39;ait construire une habitation et une most|uée sur le 
théâtre des opérations&#39;. Lorsqu&#39;il mourut en 1125, son 
fils Ahmed, qui lui succéda, continua cette paisible cam- 
pagne jusqu&#39;en 1133 (1720), époque à laquelle les Espa- 
gnols, tirés enfm de leur torpeur, firent une sortie, atta- 
quèrent le camp musulman, s&#39;emparèrent de la maison 
d&#39;Ar-Rily qu&#39;ils pillèrent et revinrent à Ceuta après avoir 
fait un grand carnage de Marocains. Sur ces entrefaites, le 
vieux sultan Moulay Isma&#39;îf était mort, laissant le trône à 
son fils Moulay Ahmed Adh-Dhahaby. Une grande partie 
du Maghrih avait refusé de pr(Her serment au nouveau 
souverain; Fcs lui était hostile; les tribus du nord com- 
mençaient â s&#39;agiter. Ahmed Pacha Rify, que la terreur 
inspirée par Moulay Isma&#39;îl retenait seule dans son camp, 
jigea utile de revenir à Tanger, abandonnant le siège de 
Ceuta. La Djiiuid était terminée; les derniers Moudjahiflin 
avaient perdu leur ancienne renommée, en cultivant les 
plaines de l&#39;Andjera; Ahmed pacha luiinémc. si riche et 
si puissant, n&#39;avait à sa solde que quelques milliers do 
Marocains rifains et un corps de nègres, &#39;oiW, que le sultan 
lui avait envoyé comme garde personnelle &#39;. 



Les événements ;imed Rify, soutenu par les Anglais de Gibraltar, qui lui 
envoyaient des munitions, montrait une grande activité à 
réparer ses pertes. Il avait juré qu&#39;il ne mangerait pas de 
viande et ne boirait pas de lait, jusqu&#39;à ce qu&#39;il pût s&#39;em- 
parer de Fès et la livrer au pillage *. 11 envoya à Moulay Al- 
Mostady 200 chevaux, 200 tentes, 1.000 fusils et 50.000 mi- 
thqals, à partager entre les &#39;abîd du prince ; puis il prit 
rendez- vous avec lui et partit de Tanger, en djoumàda l" 
1156 (février 1747)&#39;. 

Les deux armées réunies présentaient une aussi grande 
surface, et un appareil aussi puissant que dans la campagne 
précédente. Il fut impossible à Moulay &#39;Abdallah d&#39;éviter 
la rencontre : il implora donc de nouveau l&#39;appui des 
Arabes liyàyna, Charâqa et Oulad Djâma&#39;, des Sofiân et 

1. Istiqâ,l, p. 75. 

2. Istiqçâ, IV, p. 61; Ëzziâni, p. 97. 

3. Ihid&#39;. 



ESSAI SUR L&#39;HISTOIRE POLITIQUE DU XORD-MAROCAIX 79 



Je



des Béni Màlik, et écrivit aux Alt Adrasen et aux Dje- 
rouftn : « Si vous voulez de l&#39;argent et du butin, préparez- 
vous à partir pour Tanger! » Tous vinrent se ranger sous 
ses bannières et sortirent de Fès en bon ordre, ralliant en 
passant toutes les tribus alliées, pour en former autant 
d&#39;ailes de chaque côté de la colonne &#39;. 

Pendant ce temps, Al-Mostady avait pénétré à Timpro- 
viste à Miknàsa, avec ses &#39;abld et les Béni Hasan. la
y avaient commis les pires excès, aussi les habitants 
s&#39;étaienl-ils réunis pour les repousser et les chasser de 
leur territoire. Cet événement n&#39;avait servi qu&#39;à retarder 
la marche du prétendant, qu&#39;Ahmed Rify attendait dans la 
plaine d&#39;Al-Qçar, avec une nombreuse armée composée 
de tous les contingents des provinces du nord-marocain, 
Rifains, Fahçya, Djebala. Khlot, Tlîq. Bdaoua et des gar 
nisons de Tanger. d&#39;Al-&#39;Ariiîch et d&#39;Al-Qçar. Lorsque la 
nouvelle lui parvint de la marche d"Abdaliah, il n&#39;attendit 
pas Moulay Ai-Mostacly, mais s&#39;avança résolument vers 
l&#39;ennemi qu&#39;il rencontra sur les bords de l&#39;Oued Louqqoç. 

C est le 4 de Djouraâda II de l&#39;an 1156 qu&#39;eut lieu la ba- 
taille d&#39;Al-Manza, aux environs d&#39;Al-Qçar, où se décida le 
sort du Maroc septentrional. Les Arabes qui formaient 
l&#39;avant-garde d&#39;Ar-Rify ayant été culbutés, Moulay &#39;.Vbd- 
allah se précipita sur le centre composé de Rifains. la
combat fut très court; l&#39;armée de Tanger, mise en dé- 
roule, se dispersa de tous côtés. 

Les Ouadàyïlt partirent sur les traces des Rifains, tandis 
que Moulay &#39;Abdallah s&#39;emparait du camp ennemi. Parmi 
les morts, on trouva le pacha Ahmed Ar-Rify ; ein Soldat
lui coupa la tète et la porta au sultan qui la fit expédiera 
Fès et accrocher à la Porte brûlée[Bàb aL-Mahroi&#39;iq), iNe 



I. U>id. Le rvril d&#39;As-Stàouy «at beaucoup plus détaillé et précis qne 
celui d&#39;Eeeiiinî, mais tous deux oat utilisé les mêmes sources, 





80 ARCHIVES MAROCAINES 

voulant pas perdre de temps, afin d&#39;empêcher le parti 
ennemi de se reconstituer autour d&#39;Al-Mostaçly, le sultan 
poursuivit sa marche jusqu&#39;à Tanger; mais à son arrivée 
sur les hauteurs qui dominent la ville, il vit venir à lui les 
vieillards et les enfants, portant les Qorân sur leurs tètes 
et demandant Vaman. Il leur pardonna et n&#39;exerça de re- 
présailles que sur les parents et les intimes d&#39;Ahmed 
Ar-Rîfy «. 



La défaite et la mort du pacha de Tanger plongea les 
Rifains dans la consternation. Bien que la province de 
Tanger fût écrasée d&#39;impôts et de charges militaires, les 
Fahçya avaient depuis longtemps lié leur fortune à la cause 
d&#39;Alimed; les Rifains, survivants de l&#39;armée des Mou- 
djahidin, et qui formaient ses plus fermes soutiens, étaient 
animés par l&#39;espoir du butin : partout où ils passaient, les 
champs étaient ravagés. Cette période fructueuse avait 
duré plusieurs années et lorsque le sultan fut venu réta- 
blir la paix à Tanger, les Rifains s&#39;enfuirent de tous côtés 
pour échapper aux représailles. 

Moulay "Abdallah séjourna à Tanger quarante jours, 
qu&#39;il employa à pacifier la région et à faire l&#39;inventaire des 
biens du pacha pour les confisquer. Il fit venir un khodja 
de Fès et le chargea de cet inventaire : on trouva dans le 
palais d&#39;Ar-Rîfy, des sommes d&#39;argent, des armes, des 
étoffes, des tapis, des selles et des vêtements en nombre 
incalculable. On s&#39;empara aussi des esclaves, hommes et 
femmes, des chevaux, des mules et des troupeaux, qu&#39;on 
distribua aux Brabers. Les fermes furent pillées, les 
champs moissonnés et le palais de la qaçba, ruiné de fond 
en comble*. 

1. Istiqçâ, IV, p. 77 ; Ezziâni, p. gg; Ifoulal, p. i53. 
a. Ibid.



^SSAI SUR L&#39;HIbTOIfiE POLITIQUE DU N0RI>-MAROCAI>&#39; «I 

Les parents, courtisans et ofBcicrs du pacha subirent 
les mêmes châtiments. L&#39;historien de Saié compare les 
richesses d&#39;Ar-Rify aux trésors de Qâroùn. dont parle le 
Qorân&#39;, et dît rjue leur ronOscation enrichit le sultan el 
consolida sa puissance. Malgré les persécutions dont furent 
l&#39;objet, plus tard encore, les parents et les partisans d&#39;Ar- 
Flify. son nom resta vénéré parmi lesRifains, qui n&#39;ont pas 
cessé d&#39;attribuer à ce grand homme tous les travaux, les 
constructions défensives et les palais de la région de Tan* 
ger. Dernier représentant des Moudjahidin el héritier de 
leur gloire, c&#39;est avec respect que les Fahrya. Original
rifaine pour la plupart, montrent son tombeau, probable- 
ment apocryphe, dans un groupe de mausolées appelés 
Qoubour al-moudjâhidln , dans la vallée de BoùbAna&#39;. Per- 
sonne n&#39;oublie qu&#39;il porta à son apogée la puissance poli- 
tique et militaire du gouvernement du Maroc septen- 
triunnl, qui perdit avec lui tout espoir de recouvrer son 
autonomie. 



IV 



Les Oulad &#39;Abd aç-Caooq, gouverneurs de Tanger. 

La présence de Moulay &#39;Abdallah avait suffi pour calmer 
l&#39;effervescence qui régnait depuis tant d&#39;années dans les 
niilieu.x rifains. Mais Tinfluence de la famille d&#39;Ahmed était 
restée entière, el son parti se reconstitua sitôt après le 
départ du sultan. Celui-ci ne pouvait rester longtemps dans 
le nord : Al-Mostady tenait toujours la campagne dans la 
région de Miknilsa, quoique n&#39;ayant avec lui qu&#39;une petite 
armée de fidèles, car la défaite et la mort du « champion 

I, bour..t.&#39;s XL. vcrseU x&#39;i-aS; XXIX, 38; XXVIII. 76-82, 
:«. Cf. Saluion, Une tribu marocaine..., p. a54 ; Budgetl Meakin, op. 
«»«.. p. 98. 

AKCIi. «AHOC. S



/




SX 



ARCinVES MAROCAINES 



de l&#39;islamisme «, Ahmed Rîfy, avail ahaLlii le courage des 
plus audacieux. 

Moulay "Abdallah, se rendant à MiknAsa, ne rencontra 
aucun obstacle sur son passage el puise reposer quelques 
mois tlans la capitale, pour réparer ses pertes. L&#39;année sui- 
vante (1157), il se mit en roule vers le nord à la recherche 
de son frt*re ; mais il parcourut vainement le Ijaouz&#39; :
Moulay Al-Moslaijy sciait enfui chez les Doiikkâla, puis à 
Tamesnâ. Pendant qu&#39;on le poursuivait dans ces tribus, 
il accourut à Tanger et resta au Fahc, clioyé par ses anciens 
partisans et par la famille d&#39;Ar-ltify. 

La puissance de cette famille rifaine restait telle, en efTet, 
qu&#39;en dépit des persécutions et des confiscations exercées 
contre se.s membres, elle s&#39;était imposée de nouveau en 
deux ou trois ans dans la région de Tanger. Le l.laouz 
était encore peuplé d&#39;anciens moudjahidin, tout dévoués à 
sa cause et qui espéraient la voir rentrer en grâce. En 1158 
ils crurent la révolte d&#39;-Alimed oubliée el se hasardèrent à 
tenter une démarche auprès du sultan. Moulay &#39;Abdallah se 
trouvait à la Qaçba d&#39;Aboù Fekrân, près ele Miknâsa, lors- 
qu&#39;il vit venir à lui une centaine d&#39;anciens moudjâtiidln de 
Tanger et du Rîf, accompagnant la veuve du pacha yVhmed 
Rîfy et ses deux enfants, qui lui apportaient un riche pré- 
sent, en demandant l&#39;flmffH. La députation échoua complè- 
tement : le sultan courroucé i^iuorait les élans de "éné~ 
rosité et de grandeur d^àme qui conquièrent le peuple le 
plus farouche ; il accepta le présent, mais fit saisir et 
égorger les deux enfants et les cent Rifains &#39;. 

Loin de lerriller les Rifains, cette cruauté inutile les 
poussa à se grouper autour de leurs anciens chefs et à re- 
connaître pour sultan Al-Mostai^y, qui venait d&#39;arriver au 
Fatiç, &#39;Abdallah n&#39;osa pas s&#39;opposer à cette reslauralioa 



I. fstii/râ, IV, p. 87; Ezziiini, p, loa el suir. 
a. Ixdqcâ, IV, p. 7;); EzziAoi, p. loG.




ÎAI SUR LHISTÔIRR l&#39;OlJTIQUE DU NORD-MAROCAlN 83 

et en llfiO, nous trouvons Tanger gouvernée par le pro- 
pre frère du délunl pacha, le (&#39;Md &#39;Ahd al-Karîtn ben 
&#39;Ait Ar-Rîfy&#39;. Al-Moslady vivait donc à Tanger, où on le 
respectait à l&#39;égal d&#39;un sultan; mais celte bonno entente 
ne dura pas. Le prince laissa libre cours à son naturel vio- 
lent : il aijusa de rhospilalilc qui lui litait oÛTertc, s&#39;aliéna 
les Tétouanais qui, déjà indisposés contre les Rifains, re- 
fusèrent de lui prêter serment&#39;, et tyrannisa les Fah<*ya et 
les Tangérois. La discorde ne tarda pas à éclater entre lui 
elle qaîd "Abd al-Kariin Ar-Rîly. Il emprisonna ce dernier, 
confisqua tous ses biens et lui lit crever les yeux. Cette 
Ibis, la mesure était comble : les Ilil&#39;ains se soulevèrent, 
s&#39;emparèrent d&#39;Al-Mostady, pillèrent ses propriétés et le 
livrèrent à son l&#39;rère, Moulay &#39;Abdallah ^ 

Le sultan exila le rebelle à Actia, oit il fut logé dans le 
palais construit jadis par le qiid des MoudjAliidin, Al-Khit.lr 
R&#39;ailAn, à la Qaçba (Uô&#39;i). Mais là encore, ce prince turbu- 
lent chercha à réorganiser le parti de l&#39;opposition, en s&#39;ap- 
puyant sur les Chrétiens : il reçut des Anglais de Gibraltar 
des munitions et des armes et leur vendit en échange du 
blé et des approvisionnements &#39;. Moulay &#39;Abdallah, voulant 
mettre un terme à ces agissseraents, dut chasser son frère 
d&#39;Acîla et l&#39;exiler à Sefroù où il mourut en 1173 (1759)&#39;. 

L&#39;insurrection du nord-marocain pouvait être considérée 
comme terminée, et en livrant Al-Moalady au sultan, les 
Ril&#39;ains avaient fait preuve de soumission au Makhzen, 
Aussi la période qui suit cet événement, jusqu&#39;à la mort 

I. Ixtiqrâ, IV, p. 83, 87. 

a, Ibid., p. 83: lilzziàni, p. 114. 

3. liid,, p. 83, 87 ; Ezziàoi, p. ix, 

4. Èstiqçâ, IV, p. 87 ; Ezzi.ini, p. iiS; Thomassy, op. cil., p. a33 et 
suiv. C&#39;est MoutiaiDincd iils d&#39;ALdallali qui fut chargé d&#39;expulst-r Al- 
MoslaiJy, d&#39;Acîla ; il le lit conduire ii Fés, où le préleiidaiU se plaigaîl au 
sultan : on lui rendit ses rucubl^^a et eircls et ùù l&#39;etivoyii à Sefroù ctiea 
les Ujoi^titea. Il alla mourir ù ijidjilmàsn. 

5. liliqqâ, lY, p, 87 ; Ëzalâni, p. it5-ii6. 




84 ARCHIVES Marocaines 

de Moulay &#39;Abdallah, fut-elle une ère de prospérité pour 
le Çaouz, dont les habitants travaillaient à effacer les traces 
des derniers troubles. &#39;Âbd al-Karim, rendu impuissant 
par sa cécité, fut remplacé par &#39;Abd aç-Çadoq, fils du pacha 
Ahmed, dont la proclamation par les Rifains reçut la rati- 
fication du sultan*. 

Prévoyant le prochain avènement de Moulay Mouham- 
mad, fils d"Abdallah, &#39;Abd aç-Çadoq se rendit auprès de 
lui à Marrakech, où il exerçait les fonctions de khalifat 
pour son père, et lui offrit de superbes présents de la part 
des habitants de Tanger&#39;. Le jeune prince n&#39;oublia pas 
ce fidèle serviteur; en 1173, il partit de Marrakech et vint 
visiter les provinces septentrionales, où on le reçut triom- 
phalement. Les habitants de Tétouan, qui avaient re- 
couvré leur indépendance à la mort d&#39;Amed Rify, se 
pressèrent au devant lui, précédés de leur vieux qâld Aboû 
Hafç AlOuaqqâch*. Le sultan ordonna la construction du 
fort de Martil, sur l&#39;oued du même nom, puis alla faire une 
démonstration platonique devant Ceuta* et vint camper 
près de Tanger. Le pacha &#39;Abd aç-Çadoq Ar-Rify vint à sa 
rencontre, accompagné des chorfa de la région et de chefs 

1. Istiqcâ, IV, p. fj5. 

2. Ibid. 

3. Ezziâai dit : Moul.iammed ben al-Hàdj &#39;Omar Al-Ouaqqàch, c&#39;est-à- 
dire le (ils du vieux qàid Al-Ouaqqàch, ce qui est beaucoup plus vrai • 
semblable, puisque cet événement se passait trente ans après la prise 
de Tétouan p;r Al.imcd. Ce Moui.iamuad fut élu par les habitants après 
qu&#39;ils eurent assassiné leur qàid At-Tamîmy. Cf. Ezziàni, p, 120 ; 
Isliqçâ, IV, p. g.ï. D&#39;après Ezziàui, Al-Ouaqqâch ne vint pas au-devant 
du sultan à son arrivée ù Tétouan, car il venait d&#39;être révoqué et s&#39;était 
réfugié au mausolée de Moulay &#39;Abd as-Salàm ben Machich. 

4. « Arrivé devant cette ville, il s&#39;arrêta pour examiner les ouvrages 
qui défendaient la place ; il reconnut qu&#39;un homme sensé ne devait pas 
songer à s&#39;en emparer, et se contenta d&#39;ordonner à ses troupes d&#39;envoyer 
une décharge de mousqueterie à poudre ; les infidèles répondirent par 
une volée d&#39;artillerie à boulet qui fît trembler les montagnes ». Ezziàni, 
p. i3o. 



ESSAI SUR T/niSTOIRE POLITIQUE DU NORDMAROCAFN 85 

rifains, auxquels le sultan fit une distribution d&#39;argent et 
de propriétés. Puis, Mouhammad donna l&#39;ordre de cons- 
truire des galiotes à Martil, près de Tétoiian et désigna 
&#39;Abdal-HAdy, frère du pacha &#39;Abd aç-Çadoq pour prendre 
la direction des chantiers &#39;, 

Pendant près de dix ans, le pacha de Tanger s&#39;appliqua 
à faire régner la justice sur ses administrés rifains, à atti- 
rer leurs compatriotes au Fahç pour grossir son parti et à 
employer tous les stratagèmes pour faire rentrer Tétouan 
sous son autorité. Mais le Makhzen voyait avec crainte son 
parti se reconstituer et les relations d"Abd aç-Çadoq avec 
les chefs rifains se resserrer. En 1180 (1766) une grande 
révolte éclata au Rîf; Moulay Mouhammad ne put en venir 
ù bout, qu&#39;en s&#39;assurant des principaux chefs de famille de 
la région, 11 soupçonna à tort ou à raison le pacha de 
Tanger d&#39;intelligence avec les trilnis insurgées et résolut 
sa perte. Le convoquant donc à Miknâsa il le fit arrêter 
avec son escorte, puis envoya à Tanger l&#39;ordre d&#39;empri- 
sonner une centaine de personnes de sa famille ou de ses 
proches&#39;. 

Afin que le châtiment fût plus exemplaire et laissfll au 
Fahç une impression plus profonde, il se rendit lui-même 
à Tanger, confisqua les biens d"Abd aç-Çadoq et fit abattre 
sa maison. Piùa il exila les frères du pacha avec leurs 
enfants à Jlahdya en les plaçant sous la surveillance d&#39;un 
membre de leur famille, Mouhammad ben &#39;Abdal-Malik &#39;. 

Après avoir détruit entièrement la maison d&#39;Ar-Rîfy, le 
sultan, craignant que cette famille ne revint plus tard au 
pouvoir à lappel des Bifains, voulut ruiner l&#39;induence 
rifaine au Fahç, II exila tous les Rifains de marque et ne 

I. Itliqçâf IV, p. ç)r< ; EzziàDÏ, p. l&#39;Ju, 

a. Jstiqçâ, IV, p. io3; KzKiàDi, p. ]4u. 

3. Un oulcnr du nom d&#39;Aboù l-&#39;Abbtis At.imeil As-Sadràt^ dît que le 
transfert des Rifains à Mahdya n&#39;eut lieu que auatre nns après. CI, 
fêtiqeâ, l, p. io3 ; Ezziàai, p. i^a. 




86 ARCHIVES MAROCAINES 

laissa à Tanger que les gens paisibles et de peu d&#39;in 
fluence : un corps de 1.500 &#39;abld int de Mahdya pour les 
contenir et les surveiller (1180= 1766 &#39;). Cette fois, la puis- 
sance régionale de la famille d"Abd aç-Çadoq était bien 
anéantie. Le Fahç avait perdu définitivement l&#39;indépen- 
dance relative qu&#39;il conservait sous l&#39;administration d&#39;une 
famille de gouverneurs héréditaires. 



Les sultans comprirent que pour imposer leur autorité 
directe dans la région de Tanger, il devaient éloigner les 
Rifains et remettre le pouvoir aux mains de fonctionnaires 
venus du centre et appuyés sur des &#39;abld dévoués au 
Makhzen. Aussi voyons-nous les Oulad &#39;Abd aç-Çadoq 
écartés du gouvernement de Tanger pendant près d&#39;un 
Siècle. Après l&#39;exil de cette famille, le sultan Mouhammad
envoya à Tanger deux qâîds de Miknâsa, Ach-Chaîkh et 
Al-Ahrar ben &#39;Abd Al-Malik, qui se rendirent impopu- 
laires aux &#39;abîd. Ceux-ci se révoltèrent en 1190 (1776), 
voulant tuer leurs qâîds, qui s&#39;enfuirent d&#39;abord à Acila, 
mais purent ensuite tenir tôte à la sédition et en punir les 
instigateurs &#39;. 

Cependant, le sultan ne pouvait plus supporter la turbu- 
lence de cette milice, qui commettait les pires excès dans 
tous les ports de la côte où elle était casernée. Moulay 
Mouhammad s&#39;en rendit maître par la ruse; il convoqua 
tous les &#39;abîd à Dâr &#39;Arby, pour les ramener à Miknâsa. De 
toutes parts, de Tanger, d&#39;Acîla, d&#39;Al-&#39;.rùIch et de Rabat» 
ils accoururent en hâte à ce rendez-vous ; lorsqu&#39;il y furent 
réunis, le sultan les livra aux Arabes Sofiân, Béni Mâlek 
et Khlot qui les emmenèrent en esclavage*. Ils obtinrent 

1. ibid. 

2. Ezziâni, p. i4B-i49. 

3. Ezziâni, p. i5o. 




ESSAI S 



POLITIQUE DIT NORD-MAROCAIN 87 



il est vrai leur pardon quatre ans après, mais leur puis- 
sance militaire était détruite. Moulay Moutiammad décida 
de remplacer les aliid de Tanger par des Rifains, pen- 
sant que l&#39;effervescence était calmée depuis longtemps 
chez ces Berbères, Il y avait ainsi dans la ville, en 1200 de 
rhégire, une garnison de 3,600 soldats du Rîl&#39;. Mais les 
sultans, successeurs de Mouhammad, eurent soin de placer 
cette garnison sous les ordres d&#39;un gouverneur de MiknAsa 
et non du nord. En 12013 (1704), le propre frère de Moulay 
SolaîmAn, Moulay At-Tayylb, était gouverneur de Tanger&#39;, 

Plus tard, à la lin du règne de ce sultan, lorsque le 
jeune Ibrahim, insurgé contre son oncle avec l&#39;appui du 
chérit" d&#39;OuazzAn, Moulay al-&#39;Arhy, se réfugia dans les 
provinces septentrionales, la région de Tétouan et d&#39;AI- 
Qçar fut de nouveau en proie aux horreurs de la guerre 
civile. Tétouan acclama le jeune sultan et le reçut dans 
ses murs, où il resta jusqu&#39;à sa mort en 1821. Mais Al- 
&#39;Arâîch et Tanger, qui était alors gouvernée par un qâîd 
rifain du nom d&#39;Aboû Abdallah Al-&#39;ArbyAs-Sa&#39;idy, rehi- 
scrent d&#39;embrasser la cause d&#39;Ibrahim et restèrent fidèles 
au vieux sultan, qui vint se tixer à Tanger pour diriger 
les opérations contre Tétouan &#39;. 

Les Oulad &#39;Abd aç-Çadoq, pendant ce temps, avaient 
travaillé à rentrer en grince. Sous le rogne de Moulay 
SolaimAn, ils furent les plus dévoués parmi les fonction- 
naires du Makhzen. Remis en possession de leurs an- 
ciennes propriétés, ils prirent rang dans l&#39;entourage du 
sultan, en retrouvant leur ascendant d&#39;autrefois. En 1807, 
nous trouvons un petit-fils d"Ab aç-Çadoq gouverneur de 
Mogador, au moment où le sultan décidait d&#39;autoriser 
l&#39;importation des marchandises d&#39;Europe dans l&#39;empire 



I. Istiqçâ, p. 117. 

a. E/ziàni, p. 172-J73

3. Istiqçâ, IV, p. 162. 



88 ARCHIVES MAROCAINES 

chérifien&#39;. C&#39;est sans doute le même Ahmed ben &#39;Alî 
ben &#39;Aby aç-Çadoq ar-Rîfy, qui fut chargé en 1228 (1813) 
d&#39;aller, à la tête d&#39;un corps d&#39;armée, châtier la province du 
Rif, où on vendait des approvisionnements aux Espagnols 
de Melilia *. 

L&#39;obscurité subsiste sur l&#39;histoire de la famille» pendant 
la période qui suit le règne de Moulay Solaimân, jusque 
vers 1860. Les documents sur le nord-marocain nous 
font défaut et les Oulad &#39;Abd aç-Çadoq. devenus de 
simples fonctionnaires, ne jouent pas, dans la première 
moitié du xix* siècle, un rôle assez important pour trouver 
place dans le seul ouvrage historique que nous possédions 
sur l&#39;époque moderne, le Kitâb al-Istiqçâ. 

Quelle que fût la confiance accordée par Moulay So- 
laimân et ses successeurs, aux descendants d&#39;Ahmed pacha 
Rify, le Makhzen eut soin de les écarter systématiquement 
du gouvernorat de Tanger. Nous ne les y retrouvons, en 
effet, qu&#39;en 1860, date à laquelle un Ben Abboû exerçait les 
fonctions de khalifa du délégué du Sultan, Al-Khattb, à 
Tanger. Ces Ben Abboû, apparentés aux Oulad &#39;Abd aç- 
Çadoq, sont des descendants d"Abd al-Malik qui avait été 
préposé par Moulay Mouhammad à la garde des Rifains, à 
Mahdya, en 1766. Leur famille est encore influente à 
Tanger, où quelques-uns des leurs ont occupé plusieurs 
lois les fonctions de khalifa des gouverneurs rifains*. la
Ben Abboû, dont nous parlons plus haut, collabora aux 
travaux d&#39;Al-Khatîb pendant la guerre d&#39;Espagne, remplit 
les fonctions de gouverneur intérimaire et ne craignit pas, 
en cette qualité, d&#39;ordonner l&#39;exécution du chérîf filàly 



I. Tlioniassy, <>/). cit., p. 37;)«3So. 

•.», hlo/çii, IV, I». I î;) ; Hzzinni, p. i(i5. Le premier de ces deax ou- 
vrttjjo» (Ut Atmod biM» &#39;.ImI aç-Çatloi]simplement. 
&#39;<, l&#39;t, Siilnion, l&#39;n<' frihu murocainf..., p. aSp. 



ESSAI SUR L'HISTOIRE POLITIQUE DU NORD-MAROCAIN 8a 

Sidy Sa'ld, qui avait lue en pleine rue de Tanger un com- 
merçant français (18î>5)&#39;. 

Il fui remplacé par un compatriote rifain du nom de 
Sa&#39;Idy, de la grande famille des Sa&#39;îdyîn de Tanger&#39;, qui 
avait déjà fourni un gouverneur à la ville en 1820. Les deux 
gouverneurs suivants, Ben Kerroun et Si Hoù Selh.ïrn, 
étaient des Miknftsyîn, mais les Rifains reparurent avec le 
qAîd AI-&#39;Abbfts Anikechched, des Béni Ouriflr&#39;el, dont le 
long gouvernement vit commencer la lutte contre tes pré- 
tentions de la tribu d&#39;Andjera à rejeter l&#39;autorité du pacha 
de Tanger. 

La province de Tanger, qui avait englobé, à l&#39;époque 
d&#39;Ahmed Rîfy etd"Abd aç-Çadoq. tout le Rif occidental et 
une grande partie du R&#39;arb avec Al-Qçar, avait été amoin- 
drie à diverses éjioques. Tétouan s&#39;était détachée la pre- 
mière, et, à sa suite, le Rlf occidental ; sous Moulay &#39;Abd 
ar-Rahmân, Al-Qçar devenait la capitale du R&#39;arb qui cons- 
tituait un gouvernement indépendant du nord-marocain. 
Sous Moulay Hasan, la province de Tanger, le Haouz, 
comprenait encore dix tribus ; Faliç, R&#39;arbya, &#39;Amar, Me- 
zoura, Andjera, Béni Ouad RAs, Béni Mcawwar, Djebel 
Habib. BadAoua. et Béni Ider &#39;. 

La tribu d&#39;Andjera fut la première à s&#39;affranchir de la 
domination de Tanger. Elle ne commença réellement à 
s&#39;agiter, que lorsque Mouhammad bcn &#39;Abd aç-Çadoq fut 
nommé au gouvernement du Haouz. Les difficultés des 
Oulad Abd aç-Çado(]avec les Andjera sont dues, sans 
aucun doute, aux ïnduences idrisides, prépondérantes 
dans la région. Bien que cette tribu, issue des anciens 
R&#39;omAra et Çanhâdja dévoués aux Idrisides, ne se rattache 

1. Le tombonu du chcril, siLuû ,tu Marclian, est aujourd&#39;hui un but de 
pèlerinage. Sur cet yv<îiieirn;nt, c(. Oodard, op. cil., p. 'ia5. 
a. Cf. Salmon, op. cit., p. a58. 
3. Cl". A l.p Chdtelicr, îVoles sur lex illes,,., p. ((. 



90 ARCHIVES MAROCAINES 

pas au groupement du Djebel 'Alem, plusieurs familles 
chérifiennes s'y disputent la prépondérance religieuse : 
celle des Oulad Baqqâl, celle des Belalchich et celle des 
Relsoùnyin, influents surtout au sud, dans la région de 
Tétouan. Enfin, les Andjera appartenant en grand nombre 
à la confrérie des Derqaoua, ont naturellement une dispo- 
sition marquée à l'opposition au Makhzen. 

C'est sous l'influence de ceschorfaidrisides, qu'en 1884 
un grand mouvement se fit en faveur de la maison d'Ouaz- 
zftn. Les Andjera entretinrent des relations avec le chérit 
Ilftdj 'Abd as-SalAm, demandant à se placer sous sa pro- 
tection pour échapper au Makhzen, qui d'ailleurs s'en 
vengea cruellement. Ils eurent alors un qâid indépendant, 
du nom de Mouhammad Amkechched, frère d'Al-'Abbâs, 
ancien pacha de Tanger, puis furent replacés sous l'auto- 
rité de Mouhammad ben 'Abd aç-Çadoq, qui s'y fît repré- 
senter par un ckaikh; mais trois de ces fonctionnaires, 
soupçonnés d'entretenir des intelligences avec les in- 
surgés, furent révoqués successivement et, lors de son 
passage à Tanger en 1889, Moulay Hasan décida, malgré 
les protestations des Andjera, de les placer directement 
sous l'autorité du pacha de Tanger'. Le supplice du 
tabaçça*, que les Andjera firent subir à un délégué du 
pacha à la suite de cette mesure, montra que la tribu était 
décidée à résister jusqu'au bout. 

Deux ans après, en 1891, elle eut encore l'occasion de 
manifester son hostilité contre Tanger. Mouhammad ben 
'.bd aç-Çadoq, après avoir occupé pendant près de quinze 
ans le gouvernement de Tanger, fut remplacé par son fils 
I.lAdj Mouhammad, qui fit preuve d'une grande incapacité 
politique et se rendit odieux par ses exactions. A la fin de 



I. Cf. A. Le Chatelier, op. cit.. p. 70. 

-.>, Ce supplice consiste à crerer les yeux du patient au moyen d&#39;ane
faucille roupie au feu. 



ESSAI SUR r/HISTOmii POLITIQUE UV .OKU-MAROCAIN &#39;.H 

l&#39;année 1891, les IribuSj, mécontentes de l&#39;administration 
du pacha, se soulevèrent et mirent Tanger en j^rand 
danger. Naturellement, Andjera élail en tôte. Les puis- 
sances européennes, dans le lint de protén;er leurs natio- 
naux, dont les intért^ts étaient menacés, envoyèrent à 
Tanger des navires de guerre, auxquels le gouvernement 
français joignit un cuirassé et un croiseur&#39;. Ce déploiement 
de force amena la révocation du pacha; mais les Oulad 
&#39;Abd aç-Çadoq ne furent pas tous compris dans cette dis- 
grâce, et le Makhzen appela pour occuper ce poste délicat 
un des leurSj qui compte parmi les hommes d&#39;État les plus 
remarquables de la période contemporaine, Abd ar- 
RahmAn ben Abd aç-Çadoq. 



Ce descendant d&#39;Ar-Rlfy, né vers 1855, était klialifa de 
son oncle Mouhanimad ben &#39;Abd aç-Çadoq, pacha de Tan- 
ger. Lorsque le sultan Moulay Uasan passa dans celte ville 
en 1889, il remarqua les aptitudes et l&#39;intelligence iu jeune 
klialifa, qu&#39;il emmena avec lui à Fèfi. Peu de temps après, 
il le nomma pacha à Oudjda, sur la frontière algérienne. 
Au bout de deux ans, lorsque son cousin l.l;^dj Mouliam- 
mad eut été révoqué, à la suite du soulèvement des tribus 
du nord, &#39;Abd ar-RalimAn fut investi du gouvernement de 
Tanger qu&#39;il occupa pendant huit ans. Habile diplomate, 
il sut reculer de quelques années la sé|)aration de TAn- 
djera; musulman fanatique, il lutta de toutes ses forces 
Iconlre les empièleniculs des Européens, multipliant les 
obstacles contre leurs acquisitions de propriétés. 

Une mesure hostile aux Chrétiens le rendit populaire 
chez les Fahcya. Ayant remarqué que les ambassades eu- 
ropéennes qui se rendaient à Fès, rapportaient générale- 

I. Cf. Rouurd de Card, Les traités entre la France et le Maroc, p. 85
et sniv. 



92 ARCHIVES MAROCAINES 

ment des concessions de terres accordées par le sultan 
dans la banlieue de Tanger^ il prit les devants en offrant 
aux Fa|;içya et aux habitants de Tanger qui en feraient la 
demande, des terres domaniales inaliénables. II obtint 
même du sultan l&#39;autorisation d&#39;acheter pour le compte de 
l&#39;État les terres susceptibles de tomber aux mains des 
Européens, par suite de vente après décès des proprié- 
taires. Ces terres étaient ensuite prêtées à des fonction- 
naires, qui n&#39;en payaient même pas le loyer. Plusieurs ag- 
glomérations nouvelles, telles que Djàma &#39;al-Moqra&#39; et 
Adrâdib, se formèrent ainsi dans ces dix dernières années*. 

En 1899, &#39;Abd ar-Rahmân fut nommé gouverneur de 
Fès : son influence ne fît que grandir; sa présence conti- 
nuelle au Makhzen le rendit indispensable. Il fut chargé, 
tout en conservant son poste administratif, de missions 
d&#39;un caractère diplomatique. C&#39;est ainsi qu&#39;il alla, comme 
ambassadeur à Londres pour assister au couronnement 
d&#39;Edouard VII, puis en qualité de commissaire marocain 
À la frontière de Nemours, et enfin, tout récemment 
encore, à Meltlia avec une mission, auprès des qâtds du 
Rtf, pour organiser la police des tribus de cette région. 

Quelques-uns de ses parents profitèrent de cette in- 
fluence : son frère Si Qaddoùr fut nommé khalifa à Tanger, 
fonction qu&#39;il occupe encore; son cousin Hâdj &#39;Abd as- 
SulAm, fils de Mouhammad ben &#39;Abd aç-Çadoq et frère de 
IjLAdj Mouhammad, tous deux anciens pachas de Tanger, 
l&#39;ut appelé au gouvernement d&#39;Aoila. Après le départ d"Abd 
ar-Ra^imAn. le gouvernorat de Tanger fut occupé par Tâzy 
de Fès. décédé au bout de quelques mois et remplacé par 
Hargaoh pacha, fils de Sa&#39;id Bargach. de Rabat, qui avait 
succédé à Al-Khattb comme délégué du Sultan à Tanger. 
Au bout do deux ans ^1902), le pacha Bargach ayant été 
nommé .-Vmtn. l.lidj &#39;Abd as-Satâm, pacha d&#39;Acîla, lui suc- 
céda en cotte qualité à Tanger. 

». Cf. Salmon, op. ci*., p. 197, ac»-. 



ESSAI SUR L&#39;HISTOlIit: POLITIQUE DU NORD-MAUOCAIN 93 



Le jeune gouverneur, Agé seulemenl d&#39;une Irenlaine 
d&#39;années, fils, neveu et frère tle fonctionnaires, élevé par 
conséquent dans les milieux makhzen. et iialm en tni)ine 
temp>5 «ridées de grandeur nobiliaire, roniine dernier des- 
cendant d&#39;une longue lignée de chefs militaires, n&#39;était 
guère préparée faire l&#39;ace aux difficultés <fui surgirent, dès 
le lendemain de sa domination. Longtemps contenus par 
la politique d"Abd ar-Ral,iman, les Andjera recommen- 
çaient à s&#39;agiter, et il devint bientôt nécessaire de les 
détacher de la province de Tanger, pour leur donner une 
autonomie presque complète, avec un qAîd, un Amkech- 
ched&#39;, frère précisément de ce Mouliammad Amkechched 
qui avait gouverné l&#39;Andjera, douze ans auparavant. Puis, 
surgirent d&#39;autres difficultés, créées par la promulgation 
et le commencement d&#39;application du nouveau système 
d&#39;impôt, le ttrlib, que la population refusait de payer. En- 
fin. Moulay A^imed Ar-Reisoiily, après avoir vécu de bri- 
gandages pendant quelques années, parut prendre en main 
la cause du paysan opprimé, en organisant avec l&#39;appui 
des Andjera un mouvement insurrectionnel au Fahç, en 
menaçant la sécurité de Tanger, pour enlever ensuite un 
Européen, M. Harris, qu&#39;il ne rendit que moyennant ran- 
çon. 

La campagne de I.lAdj &#39;Abd as-Salâm avait manqué d&#39;é- 
nergie; le paiement de la rançon, donnant satisfaction aux 
exigences personnelles d&#39;Ar- Reisoùly , calma seul les 
insurgés, qui se séparèrent pour vaquer aux travaux des 
champs. Mais l&#39;hiver suivant ( 1*J04) était à peine achevé, que 
Moulay Ahmed, qui n&#39;avait cessé d&#39;inquiéter le gouverne- 
ment de Tanger, en battant la cam[)agne avec une poignée 

1. Amkecliolied a élii reuplucé ceUe ancioe dana l&#39;Andjei-a pur le qàid 

Douais. 




94 ARCHIVES MAROCAINES 

d&#39;hommes, de Zlnât à Acîlâ, recommençait à soulever les 
tribus du Haouz. Hâdj &#39;Âbd as-Salâm entreprit une expé- 
dition contre lui, en usant des procédés de pacification cou- 
tumiers aux troupes du Makhzen : un village convaincu 
d&#39;avoir fourni des approvisionnements aux rebelles fut 
pillé et incendié, d&#39;où protestations indignées des Fahçya. 
Ar-Reîsouly mit à profit cet état d&#39;esprit des Djebala : il 
se présenta à eux comme un libérateur, un protestataire 
contre les exactions et les cruautés des gouverneurs. 
Plein de haine contre les Oulad &#39;Abd aç-Çadoq depuis 
qu&#39;il avait été emprisonné par &#39;Abd ar-RahmAn Pacha, 
champion intéressé des revendications du Djebel &#39;Alem 
contre le Makhzen, pactisant avec les Européens, il eut 
bientôt réuni des bandes assez fortes pour tenir en échec 
la garnison de Tanger, 



L&#39;histoire des Oulad Abd aç-Çadoq devrait logiquement 
s&#39;arrêter à l&#39;enlèvement récent de M. Perdicaris. Mais 
dans ce petit drame qui dura plus d&#39;un mois, nous trou- 
vons encore quelques indications utiles pour l&#39;histoire des 
rapports de cette aristocratie militaire avec l&#39;aristocratie 
religieuse des chorfa, qui s&#39;est tenue à l&#39;écart, en surveil- 
lant de loin les événements dont le Haouz de Tanger était 
le théâtre. 

Les chorfa Béni &#39;Aroùs virent d&#39;un mauvais œil l&#39;arrivée 
du prisonnier de ReJsoûly au village de Taraddân, entiè- 
rement habité par les Oulad Berreisoûl. Jamais, disaient- 
ils, le Djebel &#39;Alem n&#39;avait été souillé par la présence 
d&#39;un chrétien. En réalité, les Béni &#39;Aroùs, soucieux de 
ménager le Makhzen, craignaient surtout d&#39;attirer sur 
leur tribu maraboutique les représailles qu&#39;il ne man- 
querait pas d&#39;exercer, pour recouvrer au décuple la ran- 
çon déjà importante qu&#39;Ar-Reîsoùly exigeait pour son 




■ ESSAI 



ESSAI SUR l/HISTOIKK POLITIQUK DU NORD-MAROCAIN &#39;JS 

prisonnier. Mais leur sympathie pour Moulay Ahmed et 
l&#39;œuvre qu&#39;il avait Taudace d&#39;entreprendre ne subit pas 
d&#39;atteinte, comme les nérrociations eu vue de la lilu^ration 
de M. Perdicaris en fournirent la preuve. Lorsque les 
chorfa d&#39;Oua/zAn eurent mis, une l&#39;ois Je plus, leurs bons 
offices, à la dis[)osition <les puissances européennes pour 
plaider au camp de Reisoùly la cause ilu[«risonnier. Si 
Mouhammad Torrès» délégué du sull;iii à Tanger, dont 
inous avons déjà eu l&#39;occasion de signaler le rôle joué dans 
l&#39;élargissement de Reîsoùly, prisonnier à Mogador, mit 
encore son influence au service île ses compatriotes té- 
touanais, les Oulad Berreisoùl : il délégua un Heisoùly de 
Tétouan, auprès de son cousin à TaraddAUj pour discuter 
les conditions de la rançon et contrecarrer les démarches 
des chorfa d&#39;Ouazzûn. 

Ar-Reîsoùly lrioinpli;i : le pacha &#39;Abd as-Sal:Vm fut révo- 
qué, en même temps {ju&#39;uu q;Udat fut créé chez les Djebala 
pour l&#39;agitateur. Moulay Ahmed, chérif "alamy, défenseur 
des droits des faibles contre les exactions des gouverneurs, 
champion de l&#39;Islamisme, déjà qâid, a tout à fait l&#39;allure 
d&#39;un chef «le parti. Si sa carrière ne se trouve pas brusque- 
ment interrom|)ue par (pielipie îiccident, facile à prévoir 
en pays musulman, nous le retrouverons plus tartl, per- 
sonnage politique influent ou chef d&#39;une congrégation ché- 
rilienne, peut-être de a frû/a fil-niiioùdi/a, confrérie des 
Oulad Berreisoùl de Fôs.. qui n&#39;attend plus qu&#39;un organi- 
sateur, pour prendre toute l&#39;activité â laquelle elle semble 
préparée. 

G. Salmon. 



Au premier abord, l&#39;élal politique du nord marocain 
parait d&#39;une définition facile. Exactions des agents du 
Makhzen, anarchie des tribus, influence dcschorfa, tels sont 
les lieux communs d&#39;une observation superficielle. ^Mais dès 



% ARCHIVES MAROCAINES 

quon fouille plus profondément, soit le présent, soit le 
passé, on voit se dessiner dans le mouvement actuel, comme 
dans ceux dont il procède par antécédents, quelques élé- 
ments essentiels d&#39;une situation complexe. 

L&#39;indépendance des chorfa idrisides d Végard du Makh- 
zen et leur ascendant sur la foule berbère retiennent 
Valtention, et bientôt, on constate qu&#39;en réalisant le concept 
d&#39;une aristocratie chérifienne homogène, on méconnaîtrait 
le fait capital des fractionnements et des localisations de 
son action. — V histoire montre ce que sont les origines des 
influences chérifiennes, leurs groupements variés, et leur 
rôle. 

Tout le nord du Maroc a été profondément dévoué au kha- 
lifat idriside — mais te khalifat n&#39;a pas tardé à se frac- 
tionner au profit des souverainetés provinciales. Celles-ci 
ont disparu, puis une renaissance de l&#39;Idrisisme temporel 
s&#39;est manifestée, par les destinées tourmentées du royaume 
idriside de Hadjar an-Nasr. H a disparu à son tour, et la 
persistance du dévouement au.v chorfa dans le milieu ber- 
bère, a facilité la reconstitution d&#39;un troisième état idri- 
side, celui des Hamoudites. 

Enfin, la lignée de Moulay Idris a définitivement perdu 
le pouvoir souverain. Ses représentants se sont disséminés 
dans les tribus, se faisant oublier des puissants du jour, 
sans cesser d&#39;être, pour les musulmans rifains et djebala, 
ce qu&#39;étaient pour les .Musulmans de l&#39;Irak, les héros et les 
marlt/rs de Kerbelà. 

Dépossédés de leur patrimoine temporel, les chorfa ont 
trouvé dans la ferveur de leur foi intéressée un patrimoine 
spirituel. Avec Moulay &#39;Abd as-Salam ben Màchich, avec 
Abou al-Hasan ach-Chàdhcly, ils sont devenus les apôtres 
d^une rénovation religieuse, qui était en même temps une 
nouvelle renais.&#39;iance idriside. 

Les « Voies » mystiques, propices aux associations, sont 
devenues la voie de leur relèvement; après avoir person- 



ESSAI SUR L&#39;HISTOIRE POLITIQUE DU NORD-MAROCAIN 97 

nifii le khalifat, émanation de Vlslam^ ils ont personnifié 
V Islam même, pour le Maghrib, inféodé par le Soufisme au 
culte des saints. 

Puis la décadence spirituelle a suivi le même ci/cleque ta 
décadence temporelle. Elle n&#39;a pus détruit cependant la vé- 
nération des Berbères du Nord, pour leur saint du Djebel 
&#39;Aient, Son culte est resté vivace, dans la montagne 
sacrée — le Djebel — oit chorfa et tholbo vivent autour du 
tombeau de l&#39;aïeul, comme les lamas d&#39;un Tkibet musul- 
man. Mais iaclivilr primitive tle l&#39; Jdrisisme religieux a fuit 
place à l&#39;apathique indépendance d&#39;une noblesse cantonnée 
dans la routine de son prestige. 

Autour d&#39;elle, les tribus voisines du Djebel Alem forment 
UN grand parti, fidèle aux chorfa contre l&#39;administration 
du .Makhzen, sans les craindre cependant, ni les suivre eux- 
mêmes, dans leurs rivalités d&#39;intérêts. 



On conçoit ainsi dans le mouvement politique du nord 
marocain un premier élément, d&#39; activité variable, désagrégé 
aujourd&#39;hui par une anarchie organique, divisé par les 
antagonismes des clans ehérifiens, des tribus, de leurs frac- 
tions, et de leurs villages — mais n&#39;attendant peut-être 
qu&#39;un nouveau saint, un nouveau prophète pour s&#39;affirmer 
avec une énergie rénovée. Tel qu&#39;il subsiste, le parti du 
Djebel&#39; Alem ni pas cessé deconstituer un facteur prépon- 
dérant de l&#39;équilibre si longtemps dominé, sous tant de 
/ormes, par le chérifisme idriside. 

Déjà, l&#39;essaimage de la maison d&#39;Ounzzan, a montré 
comment des rejetons vigoureux peuvent sortir du vieux 
tronc, toujours vivant. Avec Moulay &#39;Abd-.llah Chéri f, avec 
le saint d&#39;Ouàzzan, la lignée de Moulut/ &#39;Abd as-Salam a 
connu des jours de grandeur et de prospérité. Comme les 
&#39;Aluniyln,les Ouazzanyln ont eud compter aveclc Makhzen, 
avec sa politique de concessions opportunes et de divisions 
habiles. Leur étoile semble moins brillante. Mais un autre 



AHCII. 31AII0C. 



98 ARCHIVES MAROCAINES 

essaim, venu lui aussi de la Montagne Sacrée, s&#39;agite e,i 
grandit à son tour : celui des Reisounyln avec leur confrérie 
chérifienne si activement croissante des Kitlanytn, et leur 
fra-Diavolo, coupeur de routes, dont le banditisme chérifien 
émeut V Europe par ses coups d&#39;audace, et renverse les 
pachas. 

La Montagne Sacrée, prélude-elle par ces spasmes à un 
réveil de VIdrisisme militant? S&#39;endort-elle, en s&#39;agitant 
au hasard, dans la léthargie de ses lamasseries chéri- 
fiennesl Si le passé montre ce qu&#39;est le présent, il ne soulève 
pas les voiles de l&#39;avenir. Mais VIdrisisme, sous tous ses 
aspects, le Chérifis me local avec toutes ses variantes, rien 
comptent pas moins dans la politique du nord marocain, 
comme facteurs, définissables et variés, d&#39;un problème délicat. 

D&#39;autres facteurs interviennent enchre, précisés par la 
trame d&#39;un autre enchaînement de faits historiques. A la 
suite des Moudjahidin, combattants pour la Foi, les milices 
rifaines ont pris pied, par une colonisation héréditaire, 
dans la région de Tanger. Avec elles, sont venus les pachas 
ri/ains, feudataires du sultan, dans leur duché du Haouz 
— grands vassaux militaires qui ont investi et renversé les 
souverains, au temps de leur puissance. Elle s&#39;est éclipsée 
à son tour, mais le souvenir en est rappelé au xix&#39; siècle, 
et conservé jusqu&#39;à nos Jours, par les pachas Oulad &#39;Abd 
aç&#39;Çadoq, héritiers de l&#39;aristocratie militaire jadis rebelle, 
asservie maintentini, et dévouée au Makhzen. 

La trace du passé subsiste dans l&#39;antagonisme persis- 
tant de Tétouan, comme dans r hostilité des Andjera et de 
leurs voisins, contre les gouverneurs rifains de Tanger. Elle 
se manifeste par les rivalités traditionnelles de la féodalité 
reli-itieuse contre l&#39;aristocratie militaire et administrative. 
Elle surfit Jusque dans la concurrence faite aux chorfa 
d&#39;Ouazzan.par les chorfa de Tétouan, dans les négociations 
engagées avec Reisotîli/. 



ESSAI SUR L&#39;HISTOIRE POLITIQUE DU NORD-MAROCAIN 99 

Peut-être V histoire priciset-elle ainsi quelques directions 
de grandes lignes, dans la formation du chaos apparent. 
— Elle signale, en tous cas, quelques acteurs de premier 
plan, sur la scène politique, où s&#39;agitent confusément les 
masses berbères. 



CONFRERIES ET ZAOUYAS DE TANGER 



La plupart des confréries religieuses du Maroc sont 
représentées à Tanger, mais avec un nombre d&#39;adeptes 
très variable. La majeure partie de la population appar- 
tient aux &#39;Aissaoua et aux Hamadcha. et surtout les Ri- 
fains, les soldats et la population pauvre. Mais beaucoup de 
soi-disant &#39;Atssaoua, ne suivent que très irrégulièrement 
les réunions. Les noms des adeptes ne sont d&#39;ailleurs 
inscrits sur aucun registre et il esta peu près impossible, 
d&#39;en dresser une statistique, même approximative. 

Lorsque des &#39;AJssaoua de profession, c&#39;est-à-dire ceux 
qui font de leurs pratiques un métier lucratif, se rendent 
dans une habitation de Tanger, ou dans un village des 
environs, pour faire une lemma. une nuit de danse rituelle, 
dans un but ordinairement médical, il n&#39;est pas rare de 
voir la presque totalité des assistants — et surtout les 
femmes — enthousiasmés, prendre part à leurs exercices, 
jusqu&#39;à l&#39;extase : cela suflit pour qu&#39;ils se disent &#39;Atssaoua 
et ils ne manquent aucune occasion de recommencer ces 
exercices, lorsque des Icmma sont annoncées dans leur 
quartier. Mais la plupart ignorent totalement les doctrines 
de Mouluunmad bon "Isa. dont ils connaissent seulement le 
nom, et pour eux. les pratiques extérieures, qui sont 
censées représenter les miracles du saint, remplacent 
toutes les doctrines de la confrérie. 

0\ peut donc diviser les ".issaoua en deux catégories : 
l<" ceux qui connaissent les vraies doctrines de Mouham- 
nuul bon 'Isa. récitent le /*;s/', et suivent les réunions de 



fRÉRTES ET ZAOUYAS DE 



ÎGER 



101 



la zAoïiya; ils désapprouvent généralement les pratiques 
extérieures^ telles que danses, extases, prédictions, etc. ; 
2* ceux qui ne connaissent que les pratiques extérieures, 
superstitieuses, aux([ucl[es ils doivent une ivresse mo- 
mentanée, dans laquelle ils oublient les misères de l'exis- 
tence. Les premiers sont des gens instruits, fonction- 
naires, marchands, /o^ôûe; les seconds se recrutent parmi 
les paysans et dans le bas peuple. 

Ces observations peuvent s'appliquer aussi aux Ha- 
madcha, dont une fraction, les Dr'our'ijin, fondée par Sidy 
Ahmed Ad-Dr'our'y, se livre à des excentricités qui dé- 
passent encore celles des 'Alssaoua: ceux qui les pra- 
tiquent sont des paysans grossiers et ignorants ; elles 
sont généralement désapprouvées par les liamadcha bons 
musulmans. 

A côté de ces deux confréries, auxquelles se rattache la 
masse de la population, on trouve des représentants de 
confréries d'origine cliAdhelienne, aux doctrines plus 
savantes, telles que les Tidjftnyîn, les Derqaoua, les 
Mâceryln, les Kittânyîn, etc. Les adeptes de ces confré- 
ries, en petit nombre, se recrutent ordinairement dans la 
population instruite ; lolba, 'adoul, fonctionnaires et mar- 
chands, qui suivent régulièrement les réunions des 
zAouyas et possèdent le ouerdàe leur ordre. 

Certaines confréries sont récemment établies à Tanger, 
par exemple les Tidjànyîn, qui n'avaient aucun adepte il y 
a douze ans et les KittAnyîn dont la branche de Tanger a 
été fondée il y a un an, au détriment d'autres confréries 
plus anciennes, car le succès d'une confrérie est souvent 
une question de mode, et beaucoup de gens, fonctionnaires 
principalement, se laissent guider par l'opportunité du 
moment, dans leur adhésion. 

On trouve aussi à Tanger des zàouyas de confréries qui 
n'ont pas d'adeptes dans la région, par exemple celle de 
Moulay Tayylb, fondée par la maison d'Ouazzân pour y 




102 ARCHIVES MAROCAINES 

déposer le corps du chérif Hâdj 'Abd as-Sâlam, mais où on 
ne fait aucune réunion de f ayylbyîn, ceux-ci n'étant pas 
représentés, à Tanger, ou encore la zâouya d'Ahl Tekklt, à 
laquelle aucune confrérie ne se rattache. Enfin certains 
ordres ont des adeptes à Tanger, mais sans zâouya, ni 
marabout, ni lieu de réunion : tels sont les Heddaoua, 
mendiants généralement nomades, et les Gnaoua, nègres 
du Soûs, qui donnent plutôt l'impression d'une corpora- 
tion de bateleurs des rues, que d'une confrérie religieuse. 
Les pages qui suivent, résument les notes que nous 
avons recueillies, sur les confréries qui ont des adeptes à 
Tanger. 

'AtssAOUA '. — Le lieu de réunion officiel des 'Alssaoaa 
est à leur z&ouya, qu'on appelle moulât an-nakhla (celle 
au palmier), parce qu'au milieu de la cour, se dresse un 
grand dattier qui se voit de fort loin aux alentours, sur- 
tout lorsqu'on arrive par mer ; elle est située près de 
Soùq ad-dàkhel, à côté de la mosquée neuve « DJâma' al- 
djadida ». Vaste et bien construite, elle est assez ancienne, 
dtt-on, bien que la date de sa fondation ne soit fixée par 
aucune inscription, comme c'est d'ailleurs le cas pour 
toutes les autres zftouyas. Beaucoup d"AIssaona s'y font 
enterrer, moyennant une somme assez importante, versée 
au nâdher. On y conserve une 'ammàrya (palanquin pour 
les cérémonies de mariage) *, donnée en habous pour les 

I. Ordre le plut important du Maroc, fondé par Sidy Mouhammad ben 
'Isa, mort versi i5a3-iS24 de notre ère à Miknàsa, où se trouve son tom- 
beau, La confrt^rio est administrée par un conseil de trente-neaf 
inemkrt>s, présidé par le chaikh, qui se tient à Miknftsa. Cf. Rinn, Mara- 
bouts ft Kkounn, p. 3o3 ot suiv. ; Le Chatelier, Les confréries musut-
mtines tiu Hetijaz, p. loo et suiv. ; Depoul et Coppolani, Les confrérie*
rflifiifusts mus>4lmanes, p. ^(^ ot suiv.; Montet, Les confréries reli- 
flienses d^ l&#39;Islam nmrocain, p. S et suiv. 

•V Cf. lî. Salinon, Les «iiirirt^vs musNintans il Tanger {Archives maro- 
ftiînes, p. &#39;x-&#39;^ et suiv,). 



CONFRÉRIES ET ZAOUYAS DE TANGER 



lo;* 



îiivres et dont ceux-ci peuvent se servir gratuitement. 
La zûouya est affectée aux prières de chaque jour, mais 
pas à celle du vendredi ; on y entretient à cet effet un 
iniâra et un moùadhdhin payés sur les revenus des hahous 
de la zAoLiya, qui sont très nombreux. Le nadher, admi- 
nistrateur des liabous, I.lddj Alimed Ahardane&#39;, pourvoie à 
l&#39;entretien de l&#39;édificej paye le personnel et envoie le reli- 
quat des revenus à la zâouya-mère à MiknAsa. 

Le chef des adeptes de Tanger est le moqaddcm, Sî 
Abd as-SalAm Ouad-RAsy dont les pouvoirs s&#39;étendent 
sur tout le Fahç. Il dirige les réunions [hadra] de la
&#39;Aissaoua, qui ont lieu chaque vendredi à quatre heures du 
soir à la zâouya et consistent en une récitation du hizb 
spécial qu&#39;on appelle hizb ad-Dàym (de t&#39;Eternel), parce 
que ce mot « DAym » revient souvent dans le lii/b, de 
même que dans leur litanie de danse {ijdheb) ; après cette 
récitation en commun, a lieu Yi/dbeb, danse rituelle diri- 
gée par le moqaddem. Tous les soirs, après la prière du 
xMaghrib on récite en commun le hizb, sous la direction de 
l&#39;imAm. Le moqaddem a encore pour attribution d&#39;annon- 
cer aux adeptes, et surtout à ceux qui en font une profes- 
sion lucrative, les letnma qui lui sont demandées, c&#39;est-à- 
dire les séances de danse, de jour ou de nuit, suivie 
d&#39;extase [tahayyar], au cours desquelles les exécutants 
donnent des prescriptions médicales. Certaines personnes 
se croient obligées de renouveler ces lemma chaque 
année, à la même date, sous peine de tomber malades* ; 

I. Descendant d&#39;une ancieune famille qui a donné san nom ù l&#39;Oued 
Ahardaae, uucien égout, deseeiidiinl de la QanLu otsejetunt dans tu lucr 
à l&#39;est du môle, après avoir Iniversé Tanger. Gel é^&#39;aul, autrefois n ciel 
ouvert, a été recouvert et des liabilations ont été coostruiles au-dessus : 
le quartier a gardé niors le nom d&#39;Oued Ahnrdane ou Saùq Ahardane, 

a. Il y a inôrae des femmes qui preaiienl l&#39;habitude, dé» leur jeunesse,
d&#39;assister aux ijdheh périodiques des &#39;Aissaouu. Le cas est fréquciiL à 
T^touan. Eo ce cas, le père qui a uue Glle &#39;aîssaouya doit prévenir son 




104 ARCHIVES MAROCAINES 

d&#39;autres font des vœux en présence du moqaddem, lui 
promettant de faire une lemma ou de déposer une aumône 
à la zâouya, si tel événement se réalise conformément à 
leurs désirs. Entin, le moqaddem dirige le pèlerinage à 
Mikn&sa et ramasse les zyârât destinées au moûsem, ou 
aux descendants de Mouhammad ben &#39;Isa. 

L&#39;appel au moûsem se fait une quinzaine de jours avant 
la fête du Moùloùd (nativité du Prophète). Il est dirigé 
par le moqaddem, assisté de musiciens; les sommes 
recueillies {zyârât) sont divisées en quatre parts : deux 
pour les chorfa, une pour le moqaddem et une pour les 
musiciens. Le moûsem a lieu au tombeau de Sidy Mou- 
hammad ben &#39;Isa à Miknâsa, le 1"&#39; jour du Moùloùd. Les 
&#39;Atssaoua qui ont pris part à ce pèlerinage reviennent à 
Tanger, le 8* jour du Moùloùd, le lendemain de la fête de 
la poudre, la&#39;b al-baroûd. Avant d&#39;entrer en ville, ils se 
rassemblent devant le Mçalla pour attendre les &#39;Aissaoua 
restés à Tanger, qui se réunissent à leur zâouya et vont à 
la rencontre de leurs frères, précédés de drapeaux, &#39;aloûm, 
et de tambours de basque, tarât. Ils rentrent ensemble 
en ville, en exécutant la &#39;âda (coutume), consistant en une 
danse marchée, où les femmes, à demi-nues, se font remar- 
quer par leurs excentricités; ceux qui ont les cheveux coif- 
fés en natte les dénouent et les laissent pendre pendant 
cette danse. Arrivés à la zâouya, ils se laissent tomber à 
terre, et y restent pendant deux minutes environ, au 
bout desquelles ils se relèvent et se séparent pour rega- 
gner leurs demeures. 

Les &#39;Atssaoua sont très nombreux à Tanger (plusieurs 
milliers), mais il est impossible d&#39;en évaluer le nombre, 
môme approximatif; la majorité des Rifains sont adeptes 

futur jîcn&#39;lre de celle particularité et exiger de lui rautorisation pour •• 
Hlle de quitter le domicile conjugal, uu jour fixé, pour assister i la 
l.tndrn. La rcinmc no s&#39;en dispense en aucun cas et n&#39;hésite pas à deman- 
der le divorri-, si son mari, préalablement prévenu, s&#39;y oppose. 



CONFRÉRIES ET ZAOUYAS DE TANGER 



lOft 



de cetle confrérie, ainsi que les Fahoya qui font leurs ha- 
dra au marabout di; Sitly l-&#39;Arhy al&#39;Aîdy, à GaouJrit, et 
viennent en corps à la renconlre de ceux de Miknrisa, le 
8&#39; jour du Moùloùd. Aucune particularité dans le costume 
ne distingue les &#39;Aissaoua ; cependant les fervents adeptes 
portent la Gueltàya, natte de cheveux derrière lu tête, 
qui se distingue de la natte rifaine {garn), en ce que celle- 
ci part du côté droit de la tûte. 

Hamadchx&#39;. — La zâouya des llamâdcha est située dans 
le quartier (hauma) de Gzennâya. Elle est petite, assez an- 
cienne, sans architecture et dénuée de toute ornemen- 
tation extérieure. On y achète des tombeaux, moyennant 
60 ù 80 douros qu&#39;on verse au moqaddem; celui-ci les lait 
parvenir au chaîkh du Zerhoùn. La zâouya est ouverte 
aux prières journalières, mais pas à la prière du vendredi •, 
elle possède un imûni et un moùadhdhin, appointés par le 
nadher. Celui-ci n&#39;est autre que le moqaddem, un commer- 
çant du nom de Sallâm Acharqy, qui cumule ces deux 
fonctions; les habous de la zâouya sont d&#39;ailleurs peu 
nombreux. 

Les IlaniAdcha se réunissent le vendredi vers quatre 
heures et font la &#39;âda, danse rituelle, sous la direction du 
moqaddem, mais ils n&#39;ont pas de ht/.b particulier. Ils font 
des Lemma à domicile comme les &#39;Aissaoua; tandis que
ces séances, qayouly lorsqu&#39;elles ont lieu de jour, le&#39;da 
lorsqu&#39;elles se passent la nuit, ils font plus d&#39;excentricités 
encore que les &#39;Aissaoua. Leur nioûsem a lieu le 8° jour 
du Moùloùd (au lieu du l^jour comme les &#39;Aissaoua), au 
mont Zerhoùn, au tombeau de Sidy &#39;AU beUI.Iamdouch; la
pèlerinage (|uitte Tanger le 1" jour du Moùloùd, en fai- 
sant la môme &#39; àd<i que les Aissaoua exécutent au retour. 

I. Ordre fomJé par Sidy &#39;Ali hen Hamdourh, contemporain et disciple 
de Sifly Miitinined bc-n &#39;Isa. Son toiubi?au se trouve au Zerhoùn près de 
Miknàsii. Cl Moulei, op. cit., p. la-r&#39;l. 




106 ARCHIVES MAROCAINES 

C&#39;est au cours de cette &#39;âda que les Dr&#39;our&#39;ytn. *, fraction 
de Hamâdcha, ont coutume de lancer en l&#39;air de lourdes ha- 
ches, qu&#39;ils reçoivent sur la tôte, en continuant à danser 
malgré les flots de sang qui les aveuglent. Ces moeurs 
sont naturellement réprouvées par les disciples sérieux de 
Sidy &#39;Alî bel-Hamdouch. 

Les Hamâdcha sont nombreux à Tanger et au Fahç, sur- 
tout dans la population rifaine, beaucoup moins cependant 
que les &#39;Aîs-saoua ; ils se recrutent surtout dans la corpo- 
ration des honch&vs {djazzcîrin), comme dans les autres ré- 
gions du Maroc. 

TiDJANYiN * : — Il n&#39;y a pas à Tanger de zâouya tidjânya : 
les adeptes de cette confrérie se réunissent en ce moment 
à la zâouya de Sidy Chaikh. Cette zâouya située au quar- 
tier de Fuente Nueva, est très ancienne, et on ignore l&#39;o- 
rigine de sa construction par quelque client des Oulad 
Sidy Chatkh. Les Tidjânyîn n&#39;existent à Tanger que de- 
puis douze ans. A cette époque, un habitant de Rabat, 
membre de la confrérie, appelé Az-Zoubatr, était venu 
s&#39;établir daus une maison de l&#39;Ouad Ahardane. Il avait 
enseveli plusieurs membres de sa famille dans une des 
chambres ; cette maison ayant été convoitée par des Juifs 
et des Chrétiens qui voulaient l&#39;acheter, on déplaça les 
tombeaux, autour desquels on éleva une enceinte. 

On fit ensuite de ce mausolée une zâouya à l&#39;intention 



1. Leur patron, Sidy Ijlanied Dr&#39;our&#39;y, parent de Ben IjEamdoucb, était 
originaire du Zerhoûn. Il avait coutume de se frapper la tète à coup de 
hache : c&#39;est cette pratique que ses adeptes veulent imiter. Cf. Montet, 
op. cit., p. i3. 

2. Ordre fondé à *Aîn Mahdy près de Laghouat par Sidy Al^med ben 
Mouhammad ben Al-Moukhtàr at-Tidjàny, mort à Fès en i8i5. la
branche marocaine a sa maison mère à Vva. Cf. Rion, op. cit., p. 4i6et 
suiv. ; IjC Chalelior, op, cit., p. lo.^ et suiv. ; Dcpont et Coppolaai, op.
cit., p. 439 et suiv. ; Montet, op, cit., p. i4 et suiv.



iTÔNtRÉRUîS ET ZAOUYAî 



fANGER 



1Ô7 



des Tidjânyîn de passage à Tanger, venant de Fès et de 
Rabat. Les Tijftnyin s&#39;étant multiplies a Tanger, la zAoïiya 
leur parut trop étroite el ils obliiirent du nîlnjlier de la 
Grande Mosquée, dont dépendaient la zâouya de Sidy 
Chai&#39;kh et ses habous, laulorisation de se réunir dans cet 
édifice. Il fut alors remis à neid&#39;, pourvu d&#39;un imàni et 
d&#39;un moùadhdhin payés par le n;^(jher des Tidjânyîn, et 
affecté aux prières journalièros (à l&#39;exreption de celle du 
vendredi). On constitua en sa laveur ([uelques habous 
qui sont conliés à l&#39;administration du nAdher, Sidy 1&#39; Arby 
Al-&#39;Arfaouy, de Miknâsa, khalifa du pacha, qui ajoute aux 
revenus des habous le produit des ventes d&#39;emplacements 
tumulaires à l&#39;intérieur de la zâouya. 

la[moqaddem des Tidjânyîn, Al-&#39;Arfaouy, exerce en 
même temps les fonctions de nàdher : ces deux fonctions 
sont laissées à la nomination du mezouar de la confrérie, 
lequel, nommé pai- le sultan, est muni par lui d&#39;un (cachet, 
tfiba Les Tidjâiiyin se réunissent à la zftouya, sous la 
direction du moqaddem, chaque vendredi après-midi el 
récitent en commun leur hizb spécial; ils ne dansent pas, 
ne l&#39;ont pas de lemma el n&#39;ont pas de moùsem ; ils ne visi- 
tent pas les marabouts. 

Leur nombre s&#39;est accru rapidement à Tanger depuis 
douze ans et ils ont actuellement une certaine importance 
numérique, surtout dans l&#39;élément commerçant. On n&#39;en 
trouve pas dans le Fahc. 

DjrLALA.&#39;. — La zâouya des Djilâla, ou de Moulay &#39;Abd al- 

I. C&#39;e»l l&#39;ordre qui est appelé Qàdrya en Algérie el en Orient; il a
été foodë par Sidy &#39;Abd al-Q.nder al-Djilàny ou DjiJàly, mort en nGG à 
Baghdàd. La branche maroc^iiae a sa zâouya-mi.-re .■ Marrattecli. I.e 
chaikh des Djilàla dn sud-marocain. Ma al^&#39;Aînia al-Cliandjîly, cal tout 
puissant à ta cour de l&#39;&#39;és, Cr. Rinn, op. cit., p. 173 et suiv, ; Le Cbate- 
lîer, op. cit.. p. 31 et 8ui%&#39;. ; Depont el Coppolani, op. eil., p. 3g3 et
•niv. ; Monlet, ùp, cit., p. 4M9-





108 AKCHIVES MAROCAINES 

Qâder, se trouve dans la rue zanqat az-zàouya, au quartier 
àeDAr al-Baroûd. Affectée au culte musulman, sauf pour 
l&#39;office du vendredi, elle est pourvue d&#39;un imâm et d&#39;un 
motîadhdhin payés sur les habous, d&#39;ailleurs peu nom- 
breux. La zâouya n&#39;a pas de nâ^her; les biens sont admi- 
nistrés par le chérîf djilâly qui vit des revenus de l&#39;édifice : 
il vend les emplacements de tombeaux dans l&#39;enceinte du 
mausolée, recueille les offrandes qu&#39;on y dépose, bougies, 
cadeaux, argent même, et surtout les coqs. Les gens qui 
font des vœux à Moulay &#39;Abd al-Qâder, ont coutume, en 
effet, de déposer dans la zâouya des coqs blancs qu&#39;on 
appelle alors maharrar (libre, respecté) ; ils ne les égor- 
gent pas, mais les lâchent en liberté dans la zâouya, où ils 
ne restent pas longtemps : le chérH" qui habite à côté vient 
les prendre pour les manger. Le dernier chérîf, Moulay 
&#39;Abd al-Qâder, mort il y a quatre ans, a laissé des filles qui 
continuent à vivre des revenus de la zâouya et à enlever 
les coqs maharrarin. L&#39;une d&#39;elles est mariée à un chérif 
djilâly de Chechaoun. On a vu arriver récemment à Tanger 
deux jeunes chorfa djilâla, porteurs d&#39;arbres généalo- 
giques[chadjara), mais d&#39;une branche différente de celle 
des chorfa de Tanger. 

Les Djilâla sont assez nombreux à Tanger, où ils ont 
pour moqaddem leur chérîf. Il dirige les réunions au 
cours desquelles on récite le Qorân, sans prononcer le 
hizb de Moulay &#39;Abd al-Qâder, et on exécute des danses 
analogues à celles des &#39;Aissaoua. Les Djilâla font des 
lemma à domicile, comme les &#39;Aîssaoua et récitent le hizb 
en commun. Le 1" jour du Moùloûd, on pratique la cir- 
concision à la zâouya et beaucoup de Djilâla y conduisent 
leurs enfants, bien que cette cérémonie ait moins de vogue 
que celle qui se pratique à Sy Mouhammad Al-Qâdj, patron 

I. C&#39;est en co moment le chérif de Chechaoun, dont nous avons parl^, 
et qui va et vient de Tanj;pr à Chechaoun. 



CONFRÉRIES ET ZAOUYAS DE TANGER 



109 



de la ville. La nuit qui[irécède ce jour, les DjilAla font une 
séance de nuit, lella. dans la /.Aouya, récitent le l.iizb sous 
la direction du nioqaddein et préparent le local pour l&#39;opé- 
ration de la circoDcision, On ne trouve pas de Djilâla au 
Fatȍ. 

Dkrqaoua.&#39;. — La petite zûouj&#39;a des Derqaoua se trouve 
au quartier de Dàr nl-B(iroûd; elle est assez récente, bien 
que la confrérie des Derqaoua soit ancienne à Tanger. 
Affectée au culte musulman, elle est pourvue d&#39;un imûm 
et d&#39;un moùadhdhin, mais n&#39;a pas de habous. Il n&#39;y a donc 
pas de nâdlier, mais on y trouve un fi^ai&#39;dien. chargé de l&#39;ad- 
cninistration et de l&#39;entretien du bAlinient, &#39;Abd as-SAlam 
Toùzâny, et un moqaJdem, IbUlj Mouhammad Zougary, 
amin chargé par le sultan de recevoir les fonds de l&#39;em- 
prunt marocain et d&#39;assurer le <&#39;ontrôle français des 
douanes. Les Derqaoua, très nombreux à Tanger, se réu- 
nissent sous la direction dece moqaddem, chaque vendredi 
à quatre heures, ainsi que les jouis de l&#39;étKS religieuses; 
ils exécutent la danse rituelle, mais n&#39;ont pas de hizb. Ils 
se rendent â domicile pour faire des lemma comme les 
&#39;Aissaoua, mais la zàouya ne reçoit aucune offrande. Les 
Derqaoua n&#39;ont pas <le moùsem; certains d&#39;entre eux, dé- 
signés soit par le mocjaddem, soit par ^ chatbh, passent 
aux domiciles des adejites pour demanrier l&#39;aumùnc au 
profit de la zâouya. du chaikh de la région, et de la zàouya- 
mère à Bou-Berlh (Beni-Zeroual), où ils envoient des 
offrandes annuelles. Enfin, quelques Derqaoua viennent de 
Fès, Je Bou-Berih ou du Talilelt aux grandes fêles reli- 

I. Ordre fondé par Sidy l-*Arby Ad-Darqûouy, mort on iSaS et ense- 
Teli dans s» zjirmy:! de Bnu-Burih v^içï les Betii-Zcl&#39;ounL 11 est jiclirclle- 
meiit scindé en dcuv ou Irois branches qui ont leurs zi&#39;ioiiyaa i-l leurs 
rilcs spiiciauK. Cf. R inn, op. cit., p. 233 el Buiv., I.e Chiitelier, op. cit., 
p. io8 el auiv. ; Uepout et Coppolani, op. cit., p. ,5u3 ut suiv. ; Moatel,
op. cil,, p. t6 et ttuiv. 




110 ARCHIVES MAROCAINES 

gieuses, pour récolter des aumônes personnelles; nous
appelle des moudjar radin : ils se distinguent par le port 
de la hherqa, ordinairement au turban, au bâton et au 
chapelet&#39;. 

On trouve au Fahç beaucoup de Derqaoua, qui dépen- 
dent, comme ceux de Tanger, du chaikh de l&#39;Andjera, de 
même que la zâouya de Tanger relève de celle de Ben 
Adjiba dans l&#39;Andjera. Il n&#39;y a pas de chaikh des Derqaoua 
à Tanger, mais on y trouve des Oulad Ben Adjiba, fils du 
célèbre chaîkh de l&#39;Andjera : ils sont respectés à l&#39;égal des 
chorfa. Comme nous l&#39;avons dit, lus Derqaoua sont nom- 
breux à Tanger, mais cette confrérie a perdu plusieurs de 
ses membres les plus influents, qui sont entrés dans la 
nouvelle confrérie des Kittânyin, récemment installée à 
Tanger. 

Naceryin". — La zâouya des Nâceryîn, vaste et assez 
ancienne, est située au quartier de Sqaya djedlda (Fuente 
Nueva). Affectée au culte musulman, on y fait non seule- 
ment les prières quotidiennes, mais aussi la prière du 
vendredi comme dans les mosquées. Elle possède un imâm 
et un moûadhdhin payés sur les revenus des (labous de la 
zâouya; la vente des tombeaux à l&#39;intérieur constitue éga- 
lement un revenu important, ainsi que les bougies, l&#39;huile 
et les aumônes qu&#39;on y dépose. Le nâdher, qui cumule en 
même temps les fonctions de moqaddem, est Moulay 
A^med Al-Iladjar. Lorsque les dépenses de la zâouya sont 
payées, le nâdher envoie l&#39;excédent des revenus aux chorfa 
nâceryn vivant au tombeau du fondateur de la confrérie, 
Mou^ammad ben Nâcer Ad-Drâ&#39;y, à Tamegrout. 

I. Cf. plus loin notre article sur la Kherqa des Derqaoua et la kkerqa 
soûfya . 

•X. Ordre issu des Chàdlielya, fondé au xvit< siècle par Mou^ammad 
ben Nàcer Ad-Drà'y, mort eu t6(>g. La zàouya-mère est à Tamegrout 
(Oued Drâ&#39;a). Cf. Rinn, op. cit., p. 277 et suiv. ; Depont et Coppolani,
op. cit., p. 467 et suiv. ; Montet, op. cit., p. 20-21.



CONFRERIES ET ZAOUYAS DE TANGER 



Itt 



Les Nftceryîn ou NAcerya se réunissent le vendredi sous 
la direction du moqaddem et récitent le Qorân en commun, 
mais ne se livrent à aucune danse rituelle. Ils n&#39;ont pas de 
moûsem et les aumônes qu&#39;ils récoltent sont peu élevées : 
ils sont d&#39;ailleurs très peu nombreux à Tanger et on n&#39;en 
trouve pas au Fahç. 

KiTTANYiK *. — Celte confrérie, fondée il y a quelques 
années à Fus par dos chorfa idrisides, n&#39;eut d&#39;adeptes 
pendant longtemps qu&#39;à Fès et à Rabat. Le groupe de 
Tanger a été créé il y a un an par le chérîf Kittâny, fonda- 
teur de la confrérie, qui se rendait au pèlerinage de la 
Mecque. Ce cbérif rectruta ses premiers adhérents parmi 
les fonctionnaires et les commerçants originaires de Fès : 
plusieurs quittèrent les Derqaoua pour entrer dans la nou- 
velle confrérie, dont ils n&#39;ignoraient pas les attaches avec 
le Makhzen à Fès. 

Les Kittinyin n&#39;ont pas encore de zâouya, mais ils se 
réunissent provisoircmenl au marabout de Sidy Mou^iam- 
mad Berreisoûl, devant la porte Btb al-&#39;Açi de la Qarba, à 
cause des dimensions de cet édifice, et probablement aussi, 
a cause des relations du nAdher de ce tombeau, I.lâdj &#39;Abd 
ar-RahmAn Larmich avec les chorfa KittAnyin. Le moqad- 
dem des KiltAnyln est Sy Bou Beker, de Salé, un des 
commis (tolba) <le Sy Mouhammad Torrès. C&#39;est sous sa 
direction qu&#39;ils se réunissent au marabout, chaque vendredi 
soir, pour réciter en commun le oiierd donné par le chérlf 
et se livrera Vijdheb&#39;. Cette confrérie parait plutôt aristo- 



I. A l&#39;origine, corporation des liascurs de lin. 

3, E. Montet {op. cit., p. g et suir.) donne, d&#39;après Von Maltzan, Drei 
Jakre ini Nordwesten von Afrikn (t. IV, p. •.•^6 cl siiiv.) une intéressante 
description de cette diinse rituelle des &#39;Aissaoua. l&#39;IusicurH coiirrérics 
la pratiquent, luais diCTéremineal. Au dernier passage à Tanj^er du chérit 
SJttâoy, frère du fondateur île la confrérie des Kittânyin, revenant du 
tlerÏDage de lu Mecque, nous avons été témoin d&#39;une Uadra donnée en 



112 ARCHIVES MAROCAINES 

cratique : ses adhérents, encore peu nombreux à Tanger, 
se recrutent parmi les fonctionnaires de la douane et les 
riches commerçants. On n&#39;en trouve pas au Fahç. 

Tayyibya». — Il n&#39;y a pas de Tayyîbya à Tanger, où il 
existe cependant une zâouya de Moulay Tayyîb, construite 
par la maison d&#39;Ouazzân, sur le tombeau du dernier chérîf, 
Al-Hâdj &#39;Abd as-Salâm ; plusieurs membres de cette 
famille sont ensevelis à ses côtés. Cette zâouya, située au 
quartier (hauma) des Béni Ider, comprend plusieurs corps 
de bâtiments, parmi lesquels se trouve une école primaire ; 
elle possède des habous dont l&#39;administration et la jouis- 
sance sont laissées aux chorfa d&#39;Ouazzân. Le moqaddem 
est un suivant des chorfa, Ma&#39;allem Boû Beker. On fait les 
prières quotidiennes à la zâouya, mais il ne s&#39;y tient aucune 
réunion de Tayyîbyîn. 

En dehors des chorfa d&#39;Ouazzân. Moulay Ahmed, de- 
meurant au quartier de Dâr al-Baroûd, en face de la zâouya 
d&#39;Ahl Tekivît, et Moulay &#39;Alî, habitant sur le plateau du 
Marchan, il n&#39;y a pas d&#39;autres Tayyîbya à Tanger que les 
domestiques et suivants des chorfa, originaires de Ouaz- 
zân ; on n&#39;en trouve également qu&#39;un très petit nombre au 
Fa|jç, dans les &#39;aztb des chorfa. 

riionucur de celui-ci par I.Iàdj &#39;Abd ar-Rahmàn Larmîch, dans sa maison, 
avec les Kittânyîn de Tanger, Après plusieurs heures de lecture du 
Qoràu, il y cul uu ijdhcb qui dura exactement cinquante minutes ; la
adeptes paraissent peu exercés : pendant le dernier quart d&#39;heure, ils 
étaient visiblement fatigues. 

I. Confrérie fondée en 1678- 1679 par Moulay &#39;Abdallah, chérîf 
d&#39;Ouazzân, organisée par Moulay Tayyîb, son petit-fils, qui lui donna 
sou nom, et réorganisée par Moulay At-Touliùmy, mort en 1715, d&#39;où 
elle tire le nom de Touliàmya, sous lequel elle est ordinairement connue 
au Maroc. La zàouya-mère est à Ouazzàn, résidence du chérff, grand- 
maitre de l&#39;ordre. Cf. Rinn, op. cit., p. 369 et suiv. ; Le Chatelier, op.
cit., p. 106 et suiv. ; Dcpont et Coppolani, op. cit., p. 484 » Montet, op.
cit., p. i3-i4. 



CONFRÉRIES ET ZAOUYAS DE TANGER 



113



Je



Chxikhya&#39;. — La confrérie des Ghaîkhya (Oulad Sidy 
Chaîkh) n&#39;a aucun adepte à Tanger, quoiqu&#39;il existe une 
âouya de Sidy Chaîkh, au quartier de Fuenle Nueva. Cette 
7.iouya, assez ancienne, a apparlunii aux i.iaboits de la 
Grande Mosquée, jusqu&#39;au moment où les TidjAtiyin s&#39;y 
sont établis. Elle ne conserve plus de son origine et de son 
ancienne destination, que son nom de Sidy Chaîkh&#39;. 



Zaouya d&#39;Aiil Tekkit. — Cette vieille zûouya, située au 
quartier de D;r al-Baroûd, à côté de l&#39;hôtel Cunlineutal. 

^ vis-à-vis de la maison du chérîf d&#39;OuazzAn, ne relève pré- 
sentement d&#39;aurune confrérie, mais la tradition veut 
qu&#39;elle ail été fondée par des gens de Tekkît, Elle est af- 
fectée aux[jrières quotidiennes et pourvue à cet eflTet d&#39;un 
im.Am et d&#39;un moùadhdhin payés sur les habous de la 
Grande Mosquée. La ziVouya contient des tombeaux dont 
les emplacements sont vendus[lai" le n;^dher de la Grande 
Mosquée, qui administre également les habous de la 
2àouya d&#39;Ahl Tekkît. Cette conirérie n&#39;a à Tanger, ni mo- 
laddem ni adhérent. 



Meddoua. — On rencontre quelques Heddaoua à Tan- 
ger, mais ils mènent plutôt une vie nomade, mendiant de 
marché en marché, et couchant dans les mosquées ou dans 
les cafés qui bordent le grand Sokko. Ils n&#39;ont ni zAouya, 
Mïi hiérarchie, ni organisation comme les autres confréries, 
licur unique marabout est Sidy lleddy, au Djebel Moulay 

I&#39;Abd as-Sal:m (Djebel &#39;Alem), oii ils vont en pèlerinage*. 
I, Congréguliou sahai-icune, fondt&#39;e pur Sidy &#39;Abtl al-Qùiiur bcu 
lloutinnuiiad, snrQomraé Siily ChaîLh, morl en itiiâ, qui fonda le qçar 
«d&#39;AI-Abiod. Au Mui&#39;OC, ses ropréseutanls sont fixtîs sur la rrouUère de 
Figuig jusqu&#39;au Touat. Cf. Rina, op. cit., p. 349 61 suiv.; Deponl el Cop- 
;^olaui, op. cit., p. /|G8 et suiv. ; Moalet, op. cit., p. &#39;ai.
1. Voir plus hiuit le paraj^raplie Tidjdnyln. 

1. Sur ce péterLu.-k|{e el sur la coulrérie, cf. Mouliéios, Le Maroc l&#39;n- 
^=onnu, II, p. i83 el suiv, ; Mootet, »p. cit., p. ly-uu. 



AHCB. KAROC. 




114 ARCHIVES MAROCAINES 

Gnaoua. — Il n&#39;en existe aussi qu&#39;un très petit nombre à 
Tanger,où ils exécutent des danses d&#39;un rythme monotone, 
en s&#39;accompagnant de petites cymbales de cuivre, dans le 
but de recueillir quelque argent des touristes étrangers. 
C&#39;est donc une corporation de bateleurs des rues. Ils se 
réunissent en fête annuelle^ deux mois avant le Ramadan, 
en l&#39;honneur de leur patron, Sidy Bilâl Âl-Habachy, 
moûadhdhin du Prophète à Médine, et se livrent à cette 
occasion ù des pratiques semblables à celles des &#39;Aissaoua. 
Enfin ils ont au mois d&#39;avril la fête des fèves, hadi al-foûl^ 
dont nous avons parlé ailleurs, et qui consiste à sacrifier 
un bœuf, un bouc et des poules, sur les rochers de Râs al- 
môle*. 

Ils n&#39;ont pas d&#39;autre lieu de réunion consacré et ne pa- 
raissent pas jouir d&#39;une organisation hiérarchique. 

G. S. 

I. Cf. G. Salmon, Notes sur les superstitions populaires dans la ré — 
gion de Tanger[Archives marocaines, p. 262 et suiv.). 



MARABOUTS DE TAN&ER 



Je

Je

Je



Les établissements religieux de Tanger se divisent en 
trois catégories : les mosquées, au nombre de trois, comme 
nous l&#39;avons dit ailleurs, leszflouyas, sièges des confréries, 
auxquelles est consacrée la note qui précède, et les mara- 
bouts. 

Les marabouts, appelés en arabe Sid, et quelquefois 
qoubba (dôme) lorsque le sid est surmonté d&#39;une coupole, 
ou encore oualy (saint), sont simplement des tombeaux de 
personnages pieux, de ehorfa, quelquefois de fous. Lors- 
qu&#39;un de ces saints locaux vient à mourir, on l&#39;enterre le 
plus souvent dans une dépendance de son liabitation, et on 
construit ensuite un édifice sur le tombeau, en l&#39;isolant de 
la partie habitée de la maison. Le renom de sainteté vient 
quelquefois longtemps plus tarti; les descendants du saint, 
les chorfa, ou les habitants du quartier font alors une col- 
lecte pour édifler un dôme ou un simple fueouch, mur carré, 
sans toit, autour du tombeau. On plante sur ce mur une 
hampe avec un lambeau de drapeau et voilà un marabout : 
aucune inscription ne date ces édifices, souvent assez an- 
ciens pour que le souvenir des personnages qu&#39;ils recou- 
vrent soit entièrement perdu. Alors se forme autour du 
tombeau, devenu anonyme, toute une auréole de légendes. 
Souvent la construction d&#39;un marabout est due simple- 
ment à une révélation, que prétend avoir eue un habitant 
du quartier ou une femme, sur l&#39;emplacement occupé par 
la tombe ignorée d&#39;un saint; enlin il existe des marabouts 




116 ARCHIVES MAROCAINES 

anonymes, très anciens, dépourvus de tombeaux, et dont 
l&#39;origine est totalement inconnue : ce sont les Sidyl-Moukh- 
fy (caché), les Sidy Boû Qnâdel (père aux lampes), etc. •. 

Lorsque le Sld recouvre un chérîf, surtout un chérif 
idrîsy ou filâly, rédiOce est plus luxueux, les chorfa ap- 
portant toute leur sollicitude à loger dignement leur aïeul, 
afin de grandir sa renommée dans la région, et parfois de 
recueillir des zyârâl plus importantes. Le marabout est 
d&#39;ailleurs administré par la famille du saint qui y est 
enseveli: elle récolte les offrandes en nature, les aumônes 
et le produit des moûsem. 

Le moûsem, qu&#39;on pourrait appeler le « Pardon du Sîd », 
est une fête annuelle, célébrée au tombeau du saint. Les 
frais en sont couverts par une souscription publique, faite 
par les descendants du marabout, ou le moqqadem, si ces 
descendants n&#39;existent pas. Ceux-ci vont à domicile recueil- 
lir les souscriptions et passent sur le marché, accompagnés 
souvent de musiciens, pour convoquer au moûsem et ra- 
masser les collectes. Les sommes ainsi recueillies servent 
à payer les frais de la fête, à rémunérer le personnel du 
marabout (moqaddem, gardien, etc.), à acheter des bou- 
gies, le surplus étant laissé aux descendants s&#39;il y en a. 

Lorsque le marabout a une renommée régionale, comme 
Sidy Mouhammad Al-Hâdj à Tanger, la collecte se fait par 
quartier : les habitants d&#39;une rue ou d&#39;un quartier entier 
désignant l&#39;un d&#39;entre eux, une personne honorable et 
ayant peu d&#39;occupations, pour ramasser les cotisations à 
domicile et les verser à la caisse du marabout. Outre les 
moùsems particuliers à chacun d&#39;eux, les marabouts ont 
encore leur fête générale le 27° jour de Ramadan. Ce jour- 
là, équivaut à notre Toussaint; les marabouts sont illumi- 
nés et ouverts toute la nuit. 

L&#39;emplacement sur lequel ou construit un marabout 

1. G. Salmon, Notes sur les superstitions populaires..., p. 268 et 
E. Doullé, Les marabouts, p. 54. 



MARABOUTS DR TANGER 



«7 



Je



n&#39;appartient à personne. Si te tombeau se trouve dans un 
cijriPtière. on y construit l&#39;êdince. en prenant aiitnnt de 
place qu&#39;on le désire; s&#39;il est dans une maison particulière 
ou sur une place, on n&#39;hésite pas à empiéter sur le terrain 
de l&#39;Etat pour élever le irarahoul. Une fois édifié, celui-ci 
est inviolable et inaliénable : il appartient en quelque sorte 
au raort, en faveur de qui il constitue un ha bous. Le terrain 
qui jouit de ce privilège est souvent plus vaste que l&#39;édi- 
fice : la partie du terrain laissée libre, forme alors un ter- 
ritoire sacré, une zone de protection, sur laipielle s&#39;étend 
l&#39;influence du marabout et, qui, inviolalile, peut servir de 
refuge à toute personne poursuivie. On appelle ce terrain 
honn (gardé) : c&#39;est tantôt un jardin laissé aux soins du gar- 
dien du tombeau, comme à Sidy l-Moukhlar (Marchan), 
tantôt un terrain vaji;ue, à peine didimité, comme à Sidy 
Mouhammad .&#39;l-lj.-dj, tantôt une ou plusieurs ailes de bâ- 
timent, écoles ou boutiques, constituant des habous pour 
le marabout, comme à Sidy Mouhammad Berreîsoùl. L&#39;en- 
trée de ces terrains horm est généralement interdite aux 
Chrétiens et aux Juifs. 

Ces observations générales s&#39;appli<|uent à tous les « ma- 
rabouts » de Tanger intlistinclement. Elles ne sont pas 
reproduites dans les renseignements, qui suivent sur cha- 
cun d&#39;eux. 



Sidy Mouhammad Al-IIàdj Boii-&#39;^Arrûqya &#39;. 

Ce marabout, situé au sud du marché extérieur, Sokko 

d&#39; barra ou Grand Sokko, au milieu d&#39;un vaste terrain 

fue, où se pressent déjà un certain nombre de tombes 

&#39;ntusulmanes, est le sanctuaire le plus vénéré de la région 

de Tanger, Le personnage enterré là, Sidy Mouhammad 



I. ■ Lk père à la &#39;arrâi/yu », boiiuel poiiilu brodif- d&#39;or qiio[lorteol les 
enfants h Tétouan. 





118 ARCHIVES MAROCAINES 

Al-Hâdj, était le fils de Sidy &#39;Allai Al-Hâdj, chérîfbaqqâly, 
enseveli dans la tribu de R&#39;zaoua au R^arb*. Lorsqu&#39;il 
mourut, il y a 150 ans, on lui éleva un tombeau entouré 
d&#39;un simple haouch; ce n&#39;est qu&#39;à une époque récente que 
plusieurs habitants de Tanger firent construire, à leurs 
frais, le minaret carré et la mosquée au dôme blanc, qu&#39;on 
voit émerger au dessus des arbres, sur la route de la Mon- 
tagne. 

Le marabout est entouré d&#39;un grand terrain horm (sacré) 
dont le cimetière musulman occupe déjà une partie. Bien 
que ce terrain tout entier soit horm, ce n&#39;est que récem- 
ment qu&#39;on l&#39;a délimité, en construisant un petit mur d&#39;en- 
ceinte; étant le territoire sacré, auparavant ouvert à tout 
le monde, on a dû fixer une zone de protection autour de 
l&#39;édifice* Cette zone commence au bouquet d&#39;arbres appe- 
lés chadjar al-mezawwaguin (arbres des protégés) et s&#39;é- 
tend jusqu&#39;au marabout. Toute personne poursuivie, même 
par les soldats du Makhzen, qui arrive àce bouquet d&#39;arbres, 
se trouve sous la protection du marabout et devient sacrée. 
Ce territoire échappe à la règle des terrains horm, inter- 
dits aux infidèles : les Chrétiens et les Juifs ont pris l&#39;ha- 
bitude de le traverser, pour passer de la route de la Mon- 
tagne à celle de San Francisco, et c&#39;est surtout pour 
empêcher ce sacrilège, qu&#39;on a commencé à construire le 
mur d&#39;enceinte, qui n&#39;est pas encore achevé. 

La mosquée est affectée aux prières quotidiennes, mais 
pas à celles du vendredi. Elle est pourvue d&#39;un imâm et 
d&#39;un moùadhdhin, payés par le mezouar des chorfa baqqâ- 
lyîn. 

Le saint n&#39;a pas de descendance directe, mais son frère, 
Sidy IR&#39;azouàny, enseveli à côté de lui dans le même édi- 
fice, a laissé des descendants à Tanger et dans l&#39;Andjera. 
Ces chorfa sont tous pauvres, mais très vénérés dans la 

I. Cf. Moulii^ras, op. cit., II, p. yâS et suir. 



ÎABOUTS DE TANGER[!9 



Je



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région, bien que leur origine chérifienne soit contestée, 
comme celle de tous les Oulad BaqqAl &#39;. Ils sont environ 
deux cents à Tanger, en comptant les femmes et les en- 
fants, et habitent ta rue des chérîfs, zauqal ach-ckorfa, au 
quartier de Fuente Nueva,ou vivait leur aïeul Mouhammad 
Al-IIAdj. Le plus connu d&#39;entre eux est Sidy QAsem, qui 
se tient en costume vert et en manteau rouge, un trident 
à la main, à la porte du grand Sokko, les jours de marché, 
donnant sa bénédiction à tous les Falujya, qui viennent lui 
baiser les mains et lui demander des prédictions sur l&#39;ave- 
nir. 

Les Oulad Baqqâl vivent des revenus du marabout : 
vente des tombeaux aux alentours de l&#39;édifice, produit du 
moiîsem, fête annuelle, des zyâràl (bœufs, moulons et ar- 
gent) qu&#39;on y dépose journellement, et du revenu des ha- 
bous dont l&#39;administration est laissée au mezouar, actuel- 
lement Sidy 1-Madany, fils de Sidy Al-IIâdj Al-Hàchem. cette
mezouar a des fonctions analogues à celles du ni^dlier; elle
appartient lui-même à la famille desBaqqilyîn et tient son 
titre du sultan. Tous les vendredis, les Baqqftlyîn de Tan- 
ger se rendent au marabout et le mezouar procède devant 
eux à l&#39;ouverture de la caisse commune, pour faire le par- 
tage. Les parts sont égales, pour les enfants comme pour 
les vieillards, mais celles des femmes sont la moitié seu- 
lement de celles des hommes. 

Le moûsem de Si<ly Mouhammad Al-HAd)*, patron de 
Tanger, est le plus important de tout le Faliç. 11 a lieu les 
7* et 8* jours du Moûloùd, le Séjour étant réservé à la cir- 

I. Ce sont, parail-il, des dcsceadaDts de Moul.iy BoiV Chtà, mais ili 
•ont vénérés l&#39;i l&#39;égal des cliorfa. I^eur nom de Baqqntyin ou Oulad Bnq- 
qAI rient de ce qu&#39;un sullaii ayant décidé de les meUi&#39;c tous à luorL, un 
baqqàl lépiciep), père de deus cuJ°nnlB, rocueilLii deux jeunes chorfa de 
cette i&#39;amille et préréra livrer ses propres (ils, pour laisser In vie sauve 
& SCS protégés. Il les .&#39;vdopla alors et leurs descendants furent appelés 
Oulad Baqqàl. 




120 ARCHIVES MAROCAINES 

concision {tahara). Ce jour-là, tous les Fayçya et lesTan- 
gérois amènent leurs enfants au marabout où on les cir- 
concit gratuitement, grâce à la libéralité de quelques per- 
sonnes riches de la ville; mais les familles des enfants 
opérés ne quittent pas le marabout, sans y laisser des 
offrandes en nature et en argent. Outre ces zyârât, on fait 
à Tanger, quelques jours avant le moûsem, une grande 
collecte, par quartier, en faveur des chorfa. Chaque rue ou 
chaque quartier désigne un de ses habitants, honorable et 
inoccupé, qui passe de maison en maison, un couffin à la 
main, recueillant les aumônes. Cette somme s&#39;appelle &#39;âda 
(coutume). 

Les Tétouanais qui habitent Tanger, au nombre de deux 
cents environ, payent souvent deux fois : une fois dans 
leur quartier et une fois avec la collecte des Tétouanais, 
qui font un versement spécial à Mouhammed Al-Hâdj. 
Après avoir offert un cadeau important au marabout, ils 
versent le reliquat, tantôt au marabout de Mouhammad Ber- 
relsoûl, tantôt à celui de Mouhammad Al-Baqqâly. 

Outre ce moûsem, Sidy Mouhammad Al-Hâdj est encore 
en fête à l&#39;arrivée des pèlerins de la Mecque. Ce saint est 
en effet le patron des pèlerins, qui ne quittent pas Tanger 
sans être allés y faire leurs dévotions, quelles que soient 
les régions du Maroc dont ils tirent leur origine. Aussi 
dit-on : 

a Sydy Mouhammad Al-Hâdj, meselfat al houdjâdj » 

« Sidy Mouhammad al-Hâdj, qui expédie les pèlerins 
pour la Mecque ». 

En revenant de la ville sainte, les pèlerins se rendent 
directement au marabout pour y passer au moins une nuit, 
avant laquelle il ne leur est pas permis de quitter leurs 
vêtements de voyage. Cette nuit écoulée, les pèlerins de 
l&#39;intérieur se mettent en route, tandis que ceux de Tanger 
attendent l&#39;arrivée de leurs parents et amis qui viennent 
les chercher avec des musiciens et des drapeaux pour faire 



MARABOUTS DE TANGER 




avec eux unR dernière prière au saint et les arrompaprner 
triomphalement à leurs domiciles. On leur l&#39;ait alors une 
dàkhla (entrée), fôtede bienvenue, consistant en repas en 
commun, musique, récitation de QorAn. etc. 

Sîdy Mouhammad Berreîsoùl. 

Ce marabout, le plus v<&#39;&#39;nér6 à Tanj^er après Mouham- 
mad AI-HAdj, est situé devant la porte Bàb al-&#39;Açà de la 
*Qat;ba, au pied d&#39;un monticule, d&#39;où ou découvre le plus 
beau panorama de ta baie de Tanger. Le Saint est un 
membre de la famille des chorCa Heisoânytn*, Mouham- 
mad, frère d "Abd as-Sahm et fils d&#39;Ail, tous deux en- 
terrés à Télouan. 11 n&#39;a pas laissé de descendants, et au- 
Bcun Reîsoimy (Berreisoùl) ne réside à Tanger. 

Le mausolée date de li^BG environ, épo(jue à laquelle 
mourut Mouhammad. Il est entouré de boutiques enclavées 
dans rédifice et qui constituent pour lui des habous laissés 
à radmiriistralion du nâdher, l.iâdj &#39;,bd ar-RahmAn Lar- 
mirli, d&#39;Andjera, capitaine de douane à Tanger. Ces bou- 
tiques sont liorm, comme le reste du bitiment et quicon- 
que s&#39;y réfugie ne peut être poursuivi*. 

^F I. Sur celle famille, nf. Ibn At-Tayylb AlQâdiry, Jd-Dourr as-Sany, 
p. /b et Buir. ; G. Salman, Les ckorfa idrisides de Fès (Archives mnru-

^—caines, p. 449 "^ suiv.). 

^P 3. Les Oulad BerreîsQûL ont n Télouan une maison tout enlière, qui 
jouit de ce privilège acccn-<]t' par le sultan : elle est dâr dama na au mèioe 
titre que le» villes de Ouiiiiiin et Tùceroût, Le ras d'une maiKon ou 
d'une boutique, prolêgé'eB par un iii^iraliout, est frcquenl. A Rabat, il 
etiBtc une lonj^ue rue, de quelques ccutaincs de tnélres, inviolable dans 
tonte sa longueur. Elle s'appelle rue ridjâl ap.caf{a hommes en rang), 
parce qu'elle est bordée d'un cût(5 par des marabouts, qui exercent »u- 
lonr d'eux une prolectiun rayonnant aux alciiloiirs. Depuis deux .-ins, au 
hoiniTio qui n assassiné sa rpiumi> liubile dans une maison de celle rue et 
lient boutique, sans que les soldais du Miiklizen aient pu pénétrer jus- 
Iqu&#39;à lui el l&#39;iirrrMer. Il se proiuône lous les jours le long de celle rue; 




122 ARCHIVES MAROCAINES 

On fait dans ce mausolée les prières quotidiennes, mais 
non celle du vendredi. Il est pourvu d&#39;un imâm et d&#39;un 
moûadhdhin payés par le nâdher. La moqaddem est Hâdj 
"Abd as-Salàm Hâder, parent du nâdher. Le marabout n&#39;a 
pas de moûsem, mais on y apporte des zyârât en nature; 
l&#39;excédent des revenus est envoyé au mezouar des Berrel- 
soùl àTétouan. 

Le marabout de Berre!soûl a été choisi comme lieu de 
réunion provisoire des Kittânyîn, qui n&#39;ont pas encore de 
zâouya&#39;. 

Sidy l-Hosny. ^i»^| ^-^ 

A côté de Sidy Mouhammad Berreisoùl, devant la porte 
BAb al-&#39;Açâ de la Qaçba. 

Ce personnage, apparenté aux chorfa d&#39;Ouazzân, vivait 
autrefois dans une maison située à cet endroit, et fut en- 
seveli il y a quinze ans dans une dépendance sur laquelle 
les chorfa d&#39;Ouazzân élevèrent une qoubba. 

On n&#39;y fait pas les prières quotidiennes et il n&#39;a pas de 
^abous. Les chorfa prennent soin de son entretien. Les 
zy&rât sont recueillies par une sœur de Sidy l-Hosny, qui 
vit encore. 

Sidy &#39;Allai Al-Hàdj. ^lAl S^ ^x^ 

Petit marabout très ancien, composé d&#39;une seulechambre 
renfermant un tombeau sans aucune inscription, au quar- 
tier de G/ennaya, au pied de la Qaçba; il n&#39;a ni moqaddem 
ni haboùs, ni mousem. L&#39;identité du personnage enterré 
n&#39;est pas connue. Le marabout porte le nom du père de 

mais il est évident que si le gouTerneur était décidé à s&#39;emparer de lui, 
il pourrait lui couper les vivres et interdire à ses roisins de lui céder 
quoi que ce soit. 

I. Voir, plus haut) le paragraphe consacré aux Kittânytn. 



MARABOUTS UE TANGER 



123 



tMouhammad Al-Hâdj, patron de Tanger; mais on sait que 
ce chérif&#39;IjaqqAly est enseveli à Al-IIariViq, Iribu delî&#39;zaoua 
où il a encore de nombreux descendants&#39;. La tradition 
veut que ce mausolée recouvre le tombeau du célèbre 

I voyageur Aboû &#39;Abdallah Mouhammad AI-LaouAty, plus 
connu sous le nom d&#39;Ibn Batoùta, natif de Tanger. Mais 
Ibn Batoùta, qui mourut en 779 (1377-1378), paraît plutôt 
avoir passé les dernières années de sa vie à Fcs, à la cour 
des MérinidesV Les auteurs arabes ne donnent pas le lieu 
de sa mort. 



Sidy Mouhammad Al-BaqqaL JLLJI jy^ ^-^ 
A la Qaçba, rue zatiqut taoullu, vis-à-vis de la caserne 
d&#39;artillerie. 
■ Tombeau de Mouhammed, chéril baqqfdy, mort au com- 
mencenientduxix"siècle. On yfaiL les prières quotidiennes. 
L&#39;administration en est laissée aux chorl&#39;a baqqàlyîn. 

^^^L Moulay Boit Chtà. f^j> ^y 

^r^ la Qaçba, à l&#39;angle nord-ouest de la grande cour s&#39;ou- 

™vrant par la porte du Marchan. Ce mnusolée construit par 

les chorfa baqqàiyin, apparentés à Moulay Boù Chtâ, en 

I l&#39;honneur de ce marabout, patron des tireurs et des gym- 
nastes, enseveli dans la tribu de Fichtala, au nord de Fès*, 
I. Sur le pèlerinage ù Sidy &#39;Allai, cf. Mouliéras, op. cit., II, p. ySS. 
a. C&#39;est pendant son aéjauc ù ceUe cour, que le sultan Afaotl &#39;liiân
chargea son secrétaire, Iba Djozay de Grenade, de rédiger les vovajîes 
d&#39;Ibn BatoiUa, d&#39;après les notes du voyag^eur : ce travail fut achevé en 
(rois mois (i 356). Ibn Ualoùla ue niourul que viugi au» plus tard. Cf. 
jDefréroery el Sauguinelti, Voyages d&#39;Ibn liatoiiiak, I, p. XXI ; Mac 
uckio de Slane, Voyage dans le Soudan par Ibn Batoùta {Journal asia- 
tique, 1S43, p. 182-183). 

3. Mouliéras (op. cit., II, p. 11 et auiv.) s&#39;étend longuement sur le 
oiiaem de ce marabout, dan» la Irihu de Fichtala. 




1X4 



ARCHIVES MAROCAINES 



n&#39;a ni habons, ni raoqaddem, ni moûsem. On n&#39;y fait pas 
les prières quotidiennes ; un seul gardien a soin de son en- 
tretien. Il est surtout fréquenté par des femmes, qui 
viennent demander la giiérison de leur stérilité. La légende 
veut que, par un temps clair, on voie de ce marabout le 
Djebel Moulay &#39;Abd as-SalÂm. 

Sidy Ahmed Boîi Koudja. ^^S ^ >x?.&#39; v_Ç-^ 
A la Qaçba, quartier de Goiima, à l&#39;ouest du palais du 
Sultan&#39;. 

Tombeau d&#39;Ahmed Boù Koudja, surnom qui signifie 
« l&#39;homme aux cheveux en broussaille », mort il y a une; qua- 
rantaine d&#39;années. Il n&#39;est pas affecté au culte quotidien. 
Le saint a des descendants A Tanger, qui recueillent les 
zyârât. 

Sidy Ben DAoùd. jjb ^ v^>V- 
A côté de l&#39;holel Continental, au quartier de DAr al-Ba- 
roùd. 

Ce personnage, rifain de la tribu des Béni OuriAr&#39;el, 
est morl il y a une vingtaine d&#39;années. Il n"a pas laissé de 
descendants à Tanger. Le mausolée n&#39;a ni habous, ni mo- 
qaddem, ni zyârât, mais on y fait les prières quotidiennes, 
L&#39;imâm et le moùadhdhin sont des habitants du quartier, 
désignés à tour de rôle par leurs voisins, et ne reçoivent 
aucun salaire. 

Le moûsem a lieu le 8&#39; jour du Moùloûd. Les Rifains du 
dchar de Mcalla y viennent, ce jour-là, faire une deblha, sa- 
critice d&#39;un bœuf à la porte du marabout. Après quoi, ils 
emportent la viande et la mangent en commun. 



Je



Sy &#39;Ammftr &#39;Alilich. ^Ue jL^ ^__ 
A côté de la légation des Etats-Unis, quartier des Béni 

I. Cf. G. Salraon, La Qacba de Tanger Archives marocaines, p. t23). 



MARABOUTS DE TANGER 



125



1er, au-dessus de la tour des Irlanddis (enceinte de la 

ville). Ce piirsonnage élait un ritain qui chantait dans les 

rues et prédisait l&#39;avenir ; il mourut il y a quarante ans et 

Hion rensovelil dans une pièce de sa maison, sur laquelle 

^on éleva plus tard une qoubba. 

Le mausolée n&#39;est pas alTeclé au culte quotidien. H n&#39;a 
pas de nio(&#39;, et qui fut 
mis à mort, à la demande des représentants des puissant^es 
européennes, sur Tordre du pacha Ben Abboû&#39;. Ce mau- 



I. Cf. li, Godard, Description et histoire du Muroc, 11. p. 62^. 



126 ARCHIVES MAROCAINES 

solée n&#39;a ni moqaddem, ni zyârât, ni moùsem. Il est peu 
visité. 

Sidy Boû &#39;Abld At-Tandjy. ^siiJ! .x^ ^ v^"^ 

Au sud-ouest du grand Sokko. Ce mausolée date de sept 
ou huit ans. A cette époque, un habitant du Soùs prétendit 
avoir appris en songe qu&#39;une vieille tombe, qui se trouvait 
là, contenait les restes d&#39;un descendant de Mouhammad ben 
Moûsa du Soùs. C&#39;est alors que les Soussy résidant à 
Tanger se cotisèrent et élevèrent ce tombeau qu&#39;ils nom- 
mèrent Boù &#39;Abld de Tanger*. 

On y fait les prières quotidiennes, mais on n&#39;y dépose 
pas de /.yârât. Il y a un imAni et un moûadhdhin, mais pas 
de moqaddem ; Tadministration est confiée à un Soussy. 
Sidy Boù &#39;Abld, patron des Soussy a son moùsem le 8* jour 
du Moûloud. Ce jour-là, les Soussy se réunissent et font 
une debiha, en abattant un bœuf, dont une moitié donnée 
au chérîf soussy, qui vient de mourir laissant deux sœurs. 
L&#39;autre moitié sert à l&#39;aire une letla. 

Sidy 1-Moukhfy. .»s\ ^^^ 

Marabout anonyme, au milieu du grand Sokko, composé 
d&#39;une enceinte de quatre murs sans toit ni tombeau à l&#39;in- 
térieur. Cet édifice n&#39;a ni moqaddem, ni moùsem; on n&#39;y 
dépose pas de zyârât et on n&#39;y fait pas les prières quoti- 
diennes. 

G. S. 

I. Cf. G. Salmon, Notes sur les superstitions populaires... {Archives 
marocaines, p. uGS). 




LA KHERQA DES DERQAOUA 



129 



mépriser les prescriptions les plus élémentaires de l&#39;hy- 
giène; ils se recouvrent des lambeaux les plus malpropres 
qui leur tombent sous la main et qu&#39;ils cousent, sans au- 
cune symétrie : ils appellent cette tunique Derbala. 

Certains Derqaoua, observant strictement les prescrip- 
tions hygiéniques qu&#39;on leur recommande, tout en adop- 
tant un costume qui, selon eux, les rapproche des Arabes 
primitifs et du khalife modèle Omar ben Al-Khal^àb, se 
couvrent d&#39;une derbala de laine, analogue à la robe qui, 
au dire des auteurs arabes, a (ait donner aux premiers 
philosophes mystiques le nom de soii/i* : ils ne lonl en 
cela que suivre l&#39;exemple du célèbre Al-llasan Ach Châ- 
dhcly qui adopta la kherqa de laine blanche, en quittant 
son maitre Monlay Abd as-Salûm ben-Mechîch, pour se 
diriger vers l&#39;Orient. 

Dans ce cas, la derbala n&#39;est pas rapiécée; elle est for- 
mée d&#39;une simple couverture de laine li-ès propre, en- 
roulée autour du corps et sanglée à la ceinture par une 
grosse corde: les Der(|aona l&#39;appellent haltàiiya. Nous en 
avons vu un exemple à Tanger : un Derqaouy venu de Fès 

I. De ;_» j -^ coiif K laînc ", parce que Irs premiers boùBs se vê- 
tBÏpnt de laine blanclie ; le Hroplicle le recoinni^iiuJiitt el lii forme gram- 
maiicalc est correcte; od peut uiter en faveur du celle élymologie, ce 
fait que le^s derrickcs persaus s&#39;appellent pechmineh poiicb u vêtu de 
laiae a. Cependant quelques auteurs fout venir ce mot de "^ « -^ c pu- 
reté «, ou du grec nofo;, sage, ou enJin de a » .^^ l^lfti, •< biinc h, 
parce que les premiers conipagnoas du l*roplictc s&#39;appcluieut Ahl ae- 
Çotl&#39;n u les geos du banc ». On appelle aussi Çoufa une tribu aalé- 
isluoiique qui s&#39;i-taîl séparée du rnoode, pour se vouer ;&#39;i l&#39;eutretieu du 
temple de la Mecque. Signalons enlin l&#39;Iiypothcse émifle par L. Kinn, qui 
rattache ce mol à la racine berbcru XQ. ■S- ^- [«-'"celler). Cf. Rian, 
op. cit., p. 25 ei. Essai J^etudes Uiiiiuistiques et ethnoiùgiquïs sur Les ori- 
gines herliéres (Hevue africaine, i88i, p. a5 i et suiv. ; Arnaud, Étude 
tur le Soufisme {Hevue africaine, 1887, p. 3Ô2) ; Deponl et Coppolani, 
op. cit., p. 76 et SUIT. ; Montel, op. cit., p. 26 (note). Nous conservons 
diDii notri- article la trauscription soùfî, ou lieu de çoûfi, comme étant 
cousacrée par l'usage. 

AHCa. MAROC. 9 




1 



130 



AHCHIVRS MAROCAINES 



pour ramasser <|uelques aumônes chez ses frères Djebala, 
chantait à haute voix des versets du Qorân, sur le grand 
Sokko, le jour de la l'iîte du mouton (al-'id al-kebir). Il était 
vêtu d'une couverture de laine f^rossière à raies rouges 
et vertes, comme on en e.[)or(i; de Habat, dans toutes les 
régions du Maghrib; un pan de celle ballAnya était rabattu 
sur la tûte et formait comme un ra|)iiclion pointu, retenu 
par ua serre-téte; une grosse corde entourait la ceinture. 
Ce costume était très propre et en très bon état; le Der- 
qaouy qui le portait, nullement fanatique, se laissait vo- 
lontiers photograpliiei* par les louristes. 

Les Derqaoua moiidjarradin ne portent pas tous la mou- 
raqqa'a, ni la batjânya : beaucoup se contentent de la kherqa 
au turban. Lea turbans derqaoua sont de trois couleurs : 
vert, noir et blanc; les khouati (frères) les portent, suivant 
qu'ils appartiennent à l'une ou à l'autre des branches de 
cet ordre résidant au Maroc. Les adeptes marocains de 
Sidy l-'Arby ad-Darqaouy se rattachent en effet soit à la 
branche de Boi'i-Berih, zâouya-môre située dans la tribu 
des 13eni-Zeroual, où Sidy l-'Arby fut enseveli en 1823, 
soit à celle de MaJr'Ara (TafileU), fondée par Sy Ahmed Al- 
Badaouy, dont le tombeau se trouve à F<^8 '. Ces Derqaoua 
portent un volumineux turban vert, et, à défaut, un turban 
noir. Au contraire les adeptes de lîoù-Berlh se contentent 
d'un turban blanc, très haut et lourd, enveloppant une 
longue chéchia pointue. 

Outre ces pièces d'habillement, qui constituent la 
kherqa, au sens soùfî, les Derqaoua portent encore, autour 
du cou, un chapelet [lasbih] analogue a celui que les bons 
musulmans ne quittent jamais, mais qui est formé 



I. La coDgrëgalioii des chorfa de Madr&#39;arA, foodée par Sy Atimed AJ- 
Badaouy, « été réorganisée pnr son successeur Atimed ben A!-Hiicliem 
beu Al-&#39;Arby, iiiorl en iSga, à g) ana. Ce ch.iîkh était aussi hostile au 
Makhzen qu&#39;à la Frapce ; il essaya plusieurs foi» de prêcher la guerre 
■.aiatc coalre aoue. Cf. Dcpoul et CoppoUai, op, cit., p, 607 et auiv. 



I.A KHERQA DES DERQAOUÀ 



181 



d*énorniai||j|;[mins de bois, — dont certains atteignent la 
grosseur a&#39;une noix, — enfilés sur une cordelette gros- 
sière, tombant jusqu&#39;à terre. Ceux qui font usage de ce 
chapelet sont surtout les montagnards. Enfin on peut 
classer parmi les attributs delà Icherqa le bAlon de voyage, 
&#39;okkâz, de grande dimension, souvent plus haut que celui 
^■qui le porte, et terminé chez quelques-uns par une pointe 
de lance. 

En langage popidaire, l&#39;expression &#39;okkûz derqaouy est 

souvent employée pour désigner un gros hAton; on dit en 

manière de plaisanterie, en rencontrant quelqu&#39;un armé 

d&#39;un gros bûton : n Oulliti Derqaouy&#39;^ Vous voilà devenu 

Derqaouy? "

B La raouraqqa&#39;a ou dcrbala, le turban vert ou noir et 

T&#39;okkAz sont absolument facultatifs. LesDerqaoua instruits 

•^- et ceux des classes aisées s&#39;en abstiennent généralement, 

^B et taxent même volontiers d&#39;excentriques ceux qui les por- 

^1 tent. C&#39;est que tous, à l&#39;exception des &#39;Oulamà, ignorent 

l&#39;origine soûfi de ces attributs. Les Derqaoua marocains 

adoptent ce costume&#39;, disent-ils, pour faire pénitence et 

témoigner de leur humilité : c&#39;est une sorte de cilice qu&#39;ils 

s&#39;imposent, de môme ([ue les adeptes d&#39;autres confréries 

se mutilent ou s&#39;astreignent à des jeûnes et à des morlifi- 

cations. On nous a cité, à Tétouan, le cas d&#39;un Derqaouy 



i 



I. Il est curieux que ni Jacob Schandt qui a parcoura le Maroc avec 
le chapelet du Derqaouy, ni Isnac Durmbu, qui a otudié spéciak-menl 
celle secte, uu parlent de ce costume, qui constitue la khcrqa dos Der- 
qaoua. Rappeloas que le nom de Derhalya qu&#39;on doune parfois, au 
Maroc, aux Dcrqaoun, vicol du mot derhala que nous avons cité comme 
désignant le haillon des fuqirs. Cf. Voyages au Maroc de Jukob Schaudf 
{Bulletin de la Société de géographie d&#39;Alger, igoi, V trimestre) ; Dar- 
mou, Élude sur lu secte... dite le< Durkaiva {Compte -rendu de l'associa^ 
tion franiHiise pour C avancement des sciences. Congrès d'Ûran, 1888, 
p. 339 et suiv.); Montât, oo. cit., p. 17-18; MoulitSras, op. cit., 11, 
p. 785. 




t/ 



132 ARCHIVES MAROCAINES 

qui passe sa vie à balayer les rues de la ville, sans accep- 
ter aucun salaire. 

C'est cependant dans les doctrines du soufisme qu'il faut 
cherchef l'origine de la kherqa. 

Tous les auteurs musulmans qui ont écrit sur cette doc- 
trine, ont consacré au moins quelques pages à préconiser 
la kherqa, comme propre à établir un lien entre le maître 
et le disciple. Il existe même des opuscules traitant exclu» 
sivement de l'investiture [talqln) de la kherqa; d'autres 
traitent des pratiques adoptées par les ordres monastiques, 
la kheloua (ermitage), la kherqa et le dhikr (danse rituelle). 
Parmi ceux-ci nous pouvons citer le petit traité du Seyyid 
Aboù Bekrben 'Abdallah Al-'Aîderoùsy, intitulé Al-Djouz' 
al-latif fi kalfya labas al khirqa as-§oûfya, et le Faouâid 
fl kalfya labas al-khirqa oua talqln al-dhikr du Chaikh 
'Abdallah ben Ahmed*. Mais nous trouvons une admirable 
démonstration des mérites et de l'évidence de ces mani- 
festations de la vie mystique, dans l'œuvre capitale de Soh- 
raouardy, le Kitâb 'Aouàrif al-Ma'ârif « Les bienfaits des 
connaissances mystiques*. » C'est de ces ouvrages princi- 

1. Manuscrit de l'an 1280. Bibliothèque de Tanger, n" 66. 

2. Kitâb 'Aouârif al-Ma'drif fi l-tasawwoûf, éd. du Caire, 129a, p. 5i 
et suir. Chihàb ad-Dîn AboA Hafç 'Omar As-Sohraouardy, qu'il ne faut 
pas confondre avec son homonyme, le philosophe Sohraouardy MaqtoAI, 
est connu comme un des plus cminents docteurs soufis. Né en SSg de 
l'hégire (ii44-ii4^ ^- ^•) '^ Sohraounrd, en Perse, d'une famille de sou- 
fis, puisque son oncle, entre autres parents, était élève du célèbre 
R'azzàly, pour qui il professait lui-même une admiration profonde, il 
composa plusieurs ouvrages sur le Soufisme et mourut à Baghdâd en 
632 (i234-«235 J. C). Son tombeau y est encore visible, au centre de la 
ville, entouré de grands jardins et de fondations pieuses. Sohraouardy 
est le fondateur de l'ordre des Sohraouardya ou Seherourdya, comme 
on dit en Egypte, dont les doctrines soufiqucs sont orientées dans un 
sens panthéistique où l'on reconnaît évidemment l'influence indienne. Le 
Kitâh 'aouârif al-ma'drif fax composé pour le khalifa An-Nàcir li-din 
Allah, qui avait placé le philosophe à la tête des chaikhs de Baghdâd. 
Cf. Barbier de Meynard, Dictionnaire géographique de la Perse, p. 33o; 



LA KHERQA DES DERQAOUA 



1S8 



paiement que sont extraites les notes qui suivent, sur la 
kherqa, son origine, son investiture et sa signification. 

Définition de la kherqa. — Le mot kherqa d'après le 
chaikh Ahmed ben 'Abdallah', s'emploie pour désigner la 
tdqya* (bonnet de laine), la qamîç (chemise), le 'amàma 
(turban) et le tailasàn [manteau vert), tout ce qui sert à se 
vêtir. C'est donc un sens très large, puisqu'il s'étend à tous 
les vêtements, depuis la chemise jusqu'au manteau et au 
turban, les habits de dessus et ceux de dessous, qu'ils 
soient d'étoffe grossière ou fine, mince ou épaisse. « Il est 
nécessaire, dit le chaikh, que ce costume noble soit dési- 
gné particulièrement sous le nom de kherqa, à cause des 



Rinn, op. cit., p. 202 el suiv. ; Deponl el CoppalaDÏ, op, cit., p, 172. Sur 
Sohraouardy Maqtoùl, nf. Carra de Vaux, La philosophie itluminative 
{Journal asiatique, 1907, XIX, p. 6'i et suiv.), 

[. Littéralement à. — », t. , ihiri/a^ lumbeau, hiiillan dt; ^. ^, tha- 

raqa, lacérer, déchirer, d'où l'expression Ae/iâlt a!-Ahiraq [com>aga<iDS 
de» Kherqa) pour désigner les SouKs. Voici ce que dit le cLaîkh As- 
Senouasy de cette coutume : k II y a encore parmi les Seherourdia, la 
pratique qui coDsiste à se couvrir d&#39;un vêtement composé d&#39;un grand 
nombre de pièces d&#39;éloRes dilTércntes et n se souvenir que l&#39;homme est 
constamment nu (c&#39;est le sens même de moudjarmd ou mouladjarrad) 
et observé par Dieu. 

3. « L&#39;explication de ce vfitement symbolique est donnée par diverses 
autorités ; elle est entièrement intellectuelle. La création se compose 
d&#39;une multitude de choses diverses, dont la plus parfaite est Thomme et 
sa raison; les pièces du vêlement représentent cette iiiullitude de choses, 
et l&#39;homme qui le porte rappelle que c&#39;est pour lui que Dieu les a fait 
exister. Quiconque .irrîve ù saisir la portée de cette figure a iilteint la 
perfection ik laquelle il doit prétendre. 

« L&#39;institution de ce vêtement a pour but de modifier la nature 
humaine, de la pénétrer des oeuvres saintes et de lut iaire renoncer à ses 
tendances profanes ». Cf. Colas, Li&#39;re mentionnant les autorités sur les- 
quelles s&#39;appuie le Cheikh Es-Senoussi, p. 91. 

3. C&#39;est la tekkieh des Persans et des Turcs orientaux. Au Maghrib, 
on l&#39;appelle &#39;arrûqya. Sur ces termes d&#39;habillement, cf. Dozy, Diction- 
naire des noms des vêtements chez les Arabes, AmBlerdaon, 5845. 




134 




ARCHIVES MAROCAINES 



choses excellentes que renferme le sens de ce mot, des 
indications et des connaissances qui sont comprises en 
lui. "

Cependant, bien que la kherqa soit le costume du faqîr* 
et du sotifi&#39;, les faqîrs et les soùfis ne se distingueraient 
nullement des rois, des princes, des savants et des qAdIs, 
si cette kherqa ne Retrouvait transformée dans leurs mains, 
par suite du grand désir qu&#39;ils ont d&#39;arriver à la sainteté. 
Car il y a des hommes qui revêtent ce costume pour res- 
sembler aux soùfis et s&#39;aHicher comme eux, et d&#39;autres qui 
le revêtent pour leur ressembler et le devenir : ceux-là 
seuls font partie des faqirs. 

Il semble que les faux soùtis, ceux qui en portent le vè- 
temenl. mais non le cœur, aient été bien nombreux dès 
l&#39;apparition de cette doctrine dans le monde islamique, 
puiscpi&#39;on a dû leur laisser une place dans la hiérarchie du 
soufisme. La deuxième classe des adeptes de cette doctrine 
comprend en ellet les monrid, disciples, qui travaillent 
sous la direction d&#39;un chalkh à passer dans la première 
classe, celle des soùfis proprement dits, et les maldmati&#39; 
qui n&#39;aspiront qu&#39;à gagner le paradis par leurs œuvres pies 
et leur vie sainte : leur but est donc intéressé. Mais il y a 
encore une distinction à établir, parmi les mourld, entre 



t. Le ^A?&#39;** * pauvre » est celui qui se prive volontairement des bieu 
et des jouissances du monde, renonçant à tout pour gagner le paradis. 
Ce mot a pris aux Indes une signification particulière, diflercate de celle 
que lui donne le SouOsme ; au Maghrib, oti l&#39;emploie pour détigner les 
adeptes {khouan) Ae% confréries religieuses. Cf. Hughes, A Dictionary 
of Islam, p. ii5 et suiv., et Blochet, op, eil, {Journal aëiatique, 190a, 

I,p. Sm). 

a. Le soâp, ici, n&#39;est pas une personne quelconque adonnée aux doc-
trines du rariiivKtid/&#39;, mais un membre de la première classe de la hié- 
rarchie «uiWiiiue, ta classe des purs, des rhaîkhs, supérieure i celle des 
faqirs. Cf. Bluchet, Voc. cit., p. bot et suiv. « Le Soali est l&#39;Iiomme par- 
venu à l&#39;union absolue avec l&#39;être unique ». Ibid. 

3. Cf. Bloohet, op, «&#39;l., p. 5o8. 



i 



LA KHERQA DES DERQAOUA 



135 



Je
Je







le moulasaawif, celui qui aspire réellement à devenir 
Boûn, et le moustasawify qui veut se faire passer pour 
Boûfî* &#39;, celui-là est évidemment un hypocrite, et le port 
de la kherqa ue prouvera pas qu&#39;il est soufl ni faqîr. 

D&#39;ailleurs, la kherqa n&#39;est pas toujours un costume : elle 
peut être symbolique ou bien consister en un simple tur- 
ban, comme nous en verrons un exemple, en un chapelet, 
un bâton ou une pit;ce d&#39;étoffe. Les premiers soùfis por- 
taient des tissus de laine blanche, et les auteurs arabes 
attribuent à cette particularité le nom même de leur doc- 
trine". 

Mais lorsque la kherqa est un vêtement, elle est telle- 
ment honorée, que les grands de ce monde cherchent à 
l&#39;imiter; ils se précipitent aux pieds de ceux qui la portent, 
se pressent poui^ la nettoyer de leurs propres mains, ou 
seulement pour en toucher le pan, enfirv ils appellent sur 
elle les bénédictions du ciel&#39;. 

La couleur <le la kherqa n&#39;est pas absolument fixée par 
les textes, cependant les chaikhs approuvent et recom- 
mandent le bleu; mais si un chaîkh veut conseiller une 
autre couleur â son mourîd, personne n&#39;y verra d&#39;incon- 
vénient, car l&#39;avis des chaîkhs est souvent motivé par l&#39;op- 
portunité de telle ou telle chose. Mais s&#39;ils choisissent la 
kherqa bleue, c&#39;est qu&#39;elle est plus agréable au faqîr. parce que
qu&#39;elle supporte le mieux la saleté et n&#39;a pas besoin d&#39;être 
lavée trop souvent. 

A ce sujet, le chaîkh Sadîd ad-Dîn Aboû l-Fakhr Al-Ha- 
madâny raconte l&#39;anecdote qui suit : « J&#39;étais à Baghdèd 
chez Aboû Bekr 7ch-Charouty, lorsqu&#39;arriva vers nous un 
faqîr qui sortait de sa zâouya, portant un vêtement sale. 



ùufk»<, fbid , 



1, Voir plus liaut, note 4. 

3, Cf. Chaîkh "Abdallah hcn Al!.imed, Faouâld ft katfya iabat at- 
kherqa... Fol. 2o, rerso, 




136 



ARCHIVES MAROCAINES 



Un des faqirs lui dit alors : « Pourquoi ne laves-tu pas ton 
vêtement? — O mon frère, répondit-il, je n'en finirais pas! »> 
Alors le chafkh s&#39;écria : « Je ne cesserai pas de penser à 
la douceur de la réponse du faqîr : Je n&#39;en (inirais pas ! Car 
il est sincère dans ce qu&#39;il dit. C&#39;est un plaisir pour moi 
que d&#39;entendre sa parole et une bénédiction de me la rap- 
peler &#39;. I) C&#39;est pour cette raison que leschaikhs choisirent 
les tissus colorés, afin de ne pas perdre leur temps à des 
travaux matériels. 



Origine de la kherqa. — Dja&#39;far Al-Khalidy, compagnon 
du célèbre Djonaîd de Baghdâd, raconte ce qui suit : « J&#39;en- 
trai un jour chez un chaîkh qui me gratifia d&#39;un bonnet de 
laine (qalansoua); je le posai sur ma tête et sortis de la 
ville. Je passai près d&#39;une caverne d&#39;où sortirent des lions : 
ils s&#39;approchèrent de moi et se mirent à se coucher et à 
s&#39;humilier devant moi. Je revins de mon saisissement et 
compris qu&#39;ils s&#39;étaient prosternés devant le bonnet du 
chaikh*. "

La kherqa est en effet une garantie, une protection pour 
le faqir. Un faqîr prescrivit en mourant à son fils d&#39;ense- 
velir avec lui la kherqa de son chaikh. Or, peu de temps 
après, un homme pieux le vil en songe et lui demanda : 
» Qu&#39;a lait de toi Allah? — Les deux anges&#39;, répondil-it, 
m&#39;ont interrogé, mais je leur ai dit : « Ne m&#39;interrogez pas 

I. &#39;Abdallah ben Al.imeil, loc. cit. Cependant il n&#39;est pas défendu d&#39;être 
propre c( correclement viMu. Un homme dit .lu Prophète ; aie veux que 
mes acticaa soient belles et mes vêtements beaux ». Et il se rcpeatit 
aussitôt, pensaul qu&#39;on l&#39;accuserait d&#39;orgueil, mais le Prophète lui dit : 
Il Dieu est beuu, il aime la beauté et il a voulu qu&#39;on l&#39;aime paretlle- 
meat ». Ibid. 

a. &#39;Abdnllah ben Ahmed, op. cil., fol. 21, recto.

3. Moiuikir et Nnkir, les deux anges de I.1 mon, plac<'8 au chevet de 
tout moribond pour recueillir son ànie au passage, l'interroger sur sa 
religion et. suivant sa réponse, lui faire souEFrir toutes sortes de toar- 
m^iits L-n ullendaul le jugement de Dieu. Cf. Hughes, op. cit., p. 27. 



LA KHERQA DES DERQAOUA 



137 



I 



I 



«« tant que la kherqa de monseigneur Un tel est avec moi. » 
Ils s'en allèrent donc et me laissèrent tranquille. » 

Ce pouvoir mystérieux tle la kherqa vient de son ori- 
gine, qu'elle tire du Prophète. 

D'après la tradition musulmane, c'est pendant la nuit du 
Mihr;dj, que Mouhammad, enlevé au septième ciel par 
l'animal fantastique Borak. fut mis par l'ange Gabriel en 
présence d'un coffre renfermant des vêtements de toutes 
couleurs. 11 les rapporta avec lui, les revêtit, et plus tard 
les distribua à ses disciples'. 

A cette légende, s'ajoutent des faits plus précis. 

Le Prophète coilîa du turban, de sa propre main, 'Abd 
ar-RahmAn ben 'Aoùn, et laissa pendre en plus, la longueur 
de quatre doigts*. Plus tard, envoyant AH ben Ail Tâlib 
assiéger la ville de Khaibar, il le coiffa du turban, de sa 
main, et le laissa pendre sur son épaule gauche. Voici 
comment 'AU, au dire de Belhaqî, rapporte cet événement : 
M Le Prophète me coiffa du turban, le jour de l'étang de 
Khaîbar, puis il laissa pendre l'extrémité sur mon 
épaule*. >i 

Une tradition plus concluante encore, parce qu&#39;elle est 
consignée dans le Çahih du célèbre Boùkhâry* est le 
liadltli d*&#39;Oumuv KhAlid. Cette femme raconte : « Le Pro- 
phète apporta des vêtements, parmi lesquels se trouvait 
une qamiça petite et noire et dit : « Qui croyez-vous que je 
vêtirai de cette robe? » Tous se turent. Alors l&#39;Envoyé 
d&#39;Allah dit ; « Amenez-moi Oumm Khâlid. » On m&#39;appela 
donc, et le Prophète me mit cotte robe de sa main, en disant : 
« Use et rApe! » qu&#39;il répéta deux (ois; puis il examina 



I. Cf. A. Le Chutclier, op. cit., p. Sfi. 
•X, FaoïiiUJ fi R&#39;iiifra,.., M. ■i, verso. 
3. lliid.. fol. 25, reclo. 

^. Sur les traditions <lu Prophète relaUvca au costume, pf. IluRhes, 
op. cit., p. 92. 



138 



ARCHIVES MAROCAINES 



une marque jaune et rouge sur la robe et dit : u O, Ouram 
KhAlid, voici un sanù&#39; ! » et le mot sana , en langue abjs-
sine, désigne la beauté &#39;. » Mais à cette époque les ehaikhs 
n&#39;avaient pas encore adopté la mode de revêtir la kherqa. 

Investiture de la hherqa. — Les soûfls appellent Tal- 
qtn &#39; l&#39;initiation qui clôt d&#39;une façon définitive la période 
préparatoire, pejidant laquelle l&#39;aspirant, le mourhl, sert 
ses frères, les khouàn, et la zâouya, en s&#39;astreignant à 
des fonctions domestiques, afin de passer au rang de tal- 
midh, adepte. L&#39;investiture de la kherqa, qui consacre 
cette initiation, est comprise également sous ce vocable. 

Le talqln do la kherqa est un lien entre le chalhh et le 
mourtd, et un acte de soumission du inourld envers le 
chaîkh, car, d&#39;après la loi religieuse, la soumission est 
permise pour ce qui concerne le monde d&#39;ici-bas. la
chafkh montre le chemin au mourid, le conduit et l&#39;instruit 
de la route de la Gloire, lui fait voir les vices, la corrup- 
tion, et le met en garde contre les embûches que lui 
tendent ses ennemis; aussi le mourid se donne-t-il de lui- 
mi&#39; me, au chaikh, se soumettant k son avis et à son appré- 
ciation, dans toutes ses manières d&#39;agir&#39;. C&#39;est alors que 
le chaikh lui fait revêtir la kherqa, comme manifestation 
de sa prise de possession sur lui : l&#39;investiture de la kherqa 
est donc un signe de confiance et d&#39;abandon, d&#39;entrée 
dans l&#39;obéissance du chaîkh, et par là-mêtne dans l&#39;obéis- 



I. Sohraouardy, Kitâli &#39;Aouàrif al-ma&#39;ârif, p. Bu. 

1. Cl, A. Le Ctialclier, op. cit., p. GS. On doone aussi ce nom à la 
prière des morts. Cf. Circin de Tnssy, L&#39;islamisme, p. aSfl, 

3. « Ils auront pour leur chaikh uue obéissance passive, disait le fon- 
dateur de l&#39;ordre dea Dcrqaoua n ses adeptes, et, à tous les instants, ils 
seront entre ses mains comme le cadavre aux mains du laveur des 
morts ». C&#39;est le perinde ac eadaver d&#39;Ignace de Loyola. Cf. Montet, 
op. cit., p. 17. 



LA KHERQA DES DERQAOUA 139 

"Bânce de Dieu, de son Envoyé et de ceux qui ont la passion 
de lui obéir. 
H Dans le mot kherqa est contenu le sens de contrat^  la 
kherqa est le seuil de la porte d&#39;entrée dans la société du 
i-liaîkh&#39;. Le mourid a l&#39;intention fermement arrêtée de 
devenir le compagnon [çàhih] du chaikh, et d&#39;obtenir le 

^plus grand bien de cette compagnie, car il connaît cette 
p0ntence d&#39;Aboii Yazîd Beslâmy : « Qui n&#39;a pas de maître 
;e [taftktm), sur leur litige; 
ensuite ils ne trouveront rien j redire ù ce que tu auras jugé et ils se 
soumettront ;imed nous en donne la liste&#39; :
les &#39;Aîderoùsya, les Qâdrya, les Ahmadya, les Rafâ&#39;ya, les 
Sohraouardya, les Qochaîrya, les Karaouya, les R&#39;azâlya, 
les Djabartya, les Khelouatya, les Châtirya, les Naqchi- 
bendya, les Aouîsya, les Kha^irya, les Madînya, les Djou- 



I. Kitâb ^aouârif al-ma&#39;ârif, p. 53. 
3. Faouâtd fi katfya.,,, fol. 32, verso. 



LA KHERQA DES DERQAOUA 143 

chya, les Firdoûsya, les Taifourya, les Hamadânya et les 
Ghâdhelya. 

Voici d&#39;autre part la chaîne spirituelle formée par la 
kherqa, transmise de chatkh à mourtd, depuis le Prophète 
jusqu&#39;au cbaikh des Ghâdhelya, contemporain de notre 
auteur (1090 = 1679 J.-G.)*- (On sait que la confrérie des 
Derqaoua est issue de la doctrine châdhelienne) : Moul;iam- 
mad, &#39;Ali, Al-Hosain, Aboû Mouhammad Djâber, Sa&#39;ld 
Qalrouâny, Aboû Moul;iammad Fati^i As-Sa&#39;oùâdy, Aboû 
1-Qàsem Ahmed Al-Marouâny, Aboû Ishâq Ibrahim Al- 
Baçry, Mahmoud Al-Qazouîny, Ghams ad-Dîn, Tâdj ad- 
Din, Aboû 1-Hasan &#39;Ali, Fakhr ad-Din, Al-Fou-qayir, 
Meziât Al-Madany, &#39;Abd as-Salàm ben Mechich*, Aboû 
1-Hasan Ach-Ghâdhely, Aboû l-&#39;Abbas Al-Morsy, Nadjin 
ad-Din AMçfahâny, Djamâlad-Din Al-Inchikâhy&#39;, Borhân 
ad-Din Al-&#39;Alaouy, Al-Doudjâ&#39;y az-Zabidy, Ismâ&#39;il ben 
Ibrahim Al-Djabarty, Ahmed ben Mouhammad Al- Ma. 
dany. 

G. S. 

I. Nous donnons cette chaine parce qu&#39;elle diffère un peu de la Silsila 
al-haraka des Ghâdhelya, citée par Depont et Coppolani, d&#39;après Moulay 
AI-*Arby, fondateur de l&#39;ordre des Derqaoua. Op. cit., p. 5o5 et suiv. 

a. &#39;Abdallah ben A^ined dit : &#39;Abd as-Salâm ben Bachtch ^^<^^»_«&^> 
arec un fatha sur le ba et un kesra à deux points diacritiques (^. Fa- 
ouâtd..., fol. 4o, Terso, 

3. Lecture douteuse. 



QUELQUES PARTICULARITES 

DE LA 

PROPRIÉTÉ FONCIÈRE DANS LE R&#39;ARB 



Nous avons dit, dans un précédent article *, qu&#39;en pays 
musulman et conformément au chara (loi qoranique), 
toute propriété est constatée par un titre &#39;aqd mention- 
nant les noms de tous les propriétaires successifs. Cette 
règle admet naturellement un grand nombre d&#39;exceptions, 
dans les régions du Maroc où se sont établies à titre de 
contingents militaires, des tribus nomades qui n&#39;ont adopté 
la vie sédentaire qu&#39;après quelques siècles de déplace- 
ments et de luttes. Ces pasteurs, devenus laboureurs, ont 
conservé quelques-unes des habitudes de la vie nomade, 
tandis que le pouvoir central était trop faible pour con- 
tenir leurs instincts de pillage. Il en est ainsi au R&#39;arb * 

1. Les renseignements contenus dans cette notenousont été fournis par 
M. Lucien Bruzeaud, qui rient d&#39;elFectuur un voyage de plusieurs mois 
au R&#39;arb. Nous lui adressons ici tous nos remerciements. 

2. G. Salmon, Une tribu marocaine : Les Fahçya (Archives marocaines, 

p. 225). 

3. Lo R&#39;arb proprement dit commence au-dessus d&#39;Al-Qçar, s&#39;étend 
depuis le Tlîq, en largeur jusqu&#39;au Seboû, et, en longueur de l&#39;Océan aux 
tribus de Mcjat et Cherarda. Il est limité le long du Seboû par les Che- 
rarda et les Béni AJ^sen jusqu&#39;à Mahdya. Il se divise en deux tribus : 
les Soliàn et les Beni-Màlek. Les premiers se subdivisent en Rogoa, 
Menassera et Bahane. Les Bcni-Mâlek se subdivisent en cinq fractions : 
Oulad &#39;Isa, Oulad Khalifa (chorfa), Oulad &#39;Âcem, Zouayit (chorfa) et 



LA PROPRIÉTÉ FONCIÈKE DANS LE RARB 



145 



>ù sont établies des tribus arabes, des tribus berbères 
arabisées et môme des frat-lions de tribus sahariennes&#39;. 

Dans la vallée dti Seboù, notamment dans les fractions 
du R&#39;arb et des Ueni Ahsen, il est très difficile, sinon im- 
possible de se procurer des titres de propriétés : de tous 
les renseignements obtenus des habitants, il résulte qu&#39;il 
n&#39;existe pas de titres de propriété; les terres se lèguent 
de père en fils sans que les possesseurs connaissent l&#39;ori- 
gine de Unirs droits. Ils sont assez, embarrassés pour ré- 
pondre aux questions qu&#39;on leur pose au sujet de cette ori- 
gine: « Nos pères sont arrivés ici les premiers » disent-il 
simplement. C&#39;est le droit du premier occupant. Cette la- 
cune n&#39;empôche nullement les transactions : lorsqu&#39;ils veu- 
lent vendre leurs terres, ils font dresser une motiikya, acte 
de notoriété par douze témoins, on une 6tï«a(deux&#39;adoul), 
attestant devant &#39;adotil que le propriétaire a toujours été 
connu comme possesseur de la terre, en question. Cette 
moulkva devient la base d&#39;un titre qui portera mention 
clés ventes successives de l&#39;immeuble. 

Il résulte de ce fait que le droit de propriété est établi 
par l&#39;usage, et que cet usage plus ou moins prolongé 
donne lieu à un droit réel constaté par la raoulkya. Aussi, 
le possesseur d&#39;un immeuble peut-il en être spolié. Il 
suffit qu&#39;un individu plus puissant lui oppose une autre 
^loulkya, en l&#39;imposant. 

C&#39;est précisément ce qui a lieu le long du fleuve Seboû, 
OÙ les Béni A^isen et les fractions du R&#39;arb exécutent les 
Vins contre les autres de fréquentes r&#39;azzya. 11 e.xiste une 



%eoi Beltkar. Une légende veut que les Benï-Mniek et les SoEînn, s&#39;étant 
••encontrés sur les bords du Si&#39;boù, un »aiul du pays aurait pris une 
jatte de lait, et «près avoir versé de l&#39;eau dedan.H, iiurait dit : n Ue même 
qu&#39;il est impossible de séparer l&#39;cnu de ce lait, les deux tribus resteront[^ternellemeal voisines et alliées », 

I. rs&#39;olamiucut les Ouiad Yahya, les Oulad Sidy Cliaîkb et les Doui-[Meaia. Cf. De Ségonzac, Voyages au Maroc, p, 93-97. 

AICB. HAKOC, (0 




1^ 



146 ARCHIVES MAROCAINES 

zone située entre les territoires des deux tribus et qu&#39;on 
appelle blad zerouatadt&ys de matraque), terrain de force, 
appartenant à la tribu qui a obtenu un avantage momen- 
tané sur l&#39;autre. On en a vu un exemple cette année (1904) : 
les Béni Ahsen, ayant expulsé de la rive du Seboû de nom- 
breux douars arabes, qui y étaient établis depuis plusieurs 
années, ont labouré pour leur compte les terres aban- 
données par ces derniers. 

En ce cas, il n&#39;y a généralement aucun partage : le droit 
du plus fort, qui a motivé l&#39;acquisition de la propriété par 
la tribu, règle aussi la situation des membres de la tribu, 
vis-à-vis de cette nouvelle acquisition. Ceux qui ont le 
plus contribué à la r&#39;azzya, c&#39;est-à-dire les plus audacieux 
et les plus intrépides, s&#39;approprient le blad zerouaia, à 
moins qu&#39;il n&#39;y ait un parti, un &#39;azoua &#39;, assez puissant pour 
se tailler la plus large part : en tout cas, on cultive géné- 
ralement par &#39;azoua et on récolte de la môme façon. Les 
hostilités étant suspendues pendant les mois de culture, 
la tribu spoliée paraît reconnaître tacitement ce droit de 
possession, qui ne dure guère plus d&#39;une année, car les 
troubles de l&#39;année suivante apportent toujours une mo- 
dification à cet état de choses. 

Cependant, certaines particularités remarquées au R&#39;arb, 
feraient croire à l&#39;existence d&#39;une propriété tirant son ori- 
gine de ce droit de conquête : tel est le cas de la commu- 
nauté des biens entre les habitants d&#39;un même village, 
dont nous avons un exemple remarquable. Le douar de 
Nedjdjâra (charpentiers), tribu des BeniMâlek, situé sur la 
rive gauche du Seboû, à 10 kilomètres environ de la qarya 
du qAîd Al-&#39;Abbâsy, a tous ses terrains réunis en com- 
mun, sans qu&#39;aucun de ses habitants puisse se prévaloir 
d&#39;un droit de propriété personnel. Au mois d&#39;octobre, 



I. Équivalent djebalien et rifain du /e^ berbère et du ço;/* kabyle. Cf. 
Salmon, op. cit., p. 214. 



LA l&#39;EîQPRIÉTE FONCIÈRE DANS LE RARB 



147 



Je



lorsque les labours vont commencer, la iljamà&#39;a^ du 
douar procède, sous la direction du mo(nmmnaàm en Europe, les quatre 

«mar»A Qrt. n-^ufTtm Msa mtaàu, Xewd>hi, R&#39;arnit. 

.^a*im-, — o«r Mite t* l«tr inimitié Morde, da désir qu&#39;a- 

"&#39;tit .-tia^nn i ^nx le * irmaRr :&#39;»itariCé,de £ûre le premier 

•s^ lœ ^oruateax es- mtrR». ■^ ien& laisser à aucun d&#39;entre 

^tx .* znnv^iiraKJtUiru. ti le» 4i&tr>» -in Xakhzeo, auxquelles 

Off* tnir»nt vmcnurrp — tumiierait d&#39;accord, après une 

&#39;"Xça« teîifaesainn. «ir la aécessté ie poair celui d&#39;entre 

^** 1*11 ^*v.inrxc ine &#39;anrdha * -ia soltan, une gratifica- 

Tït te Tiieifiue aatur^ lue^ ci» fiit. oa on présent, d&#39;après 

-*=* ï*^4rea lu aoiiToir -MUT^^n. Us décidèrent de lui in- 

"^^^T. -ia. 7:u.soii. te *ja maniTuemenC a lenr convention), 

me aiinitioa tu lis ieciiieraieat«ux-afè«aes et de l&#39;éloigner 

ta. aniiv^araeinenr. &#39;lonâiraieiBent au servent qu&#39;ils avaient 

?^&#39;5t*î- Ha r«t5flLiir>»nt i&#39; istreimire toos les fonctionnaires 

tu. 2fiii7>inenient •riieriàen i prêter serment, sur le QorÂn, 

^ jccnmniir âiy^iement leur serrice. de ne pas divulguer 

&#39;ijss «îcr-t3 ie L""Etat. ju les trahir, t^t de ne pas recevoir 

i^irzeot ni ie <:adeaa «ie ipii que ce soit d'entre leurs 

ximimâGKS. Tous eeurqui Dirent investis d'une autorité 

'Xueicaocne lurent prêter sinsi le serment de ne pas 

~ Exîrsîr ta. msuxaaerx tnamjmit de Fcs, doat noas avons déjà 
■■*y— r»^ l'bnoaccaace -iaiis -inix arbcles. c£. Arekire* mtmroeaines. p. 129 

2. EiKvaî et po«se9«aa raae propcâété da Makhxen. Cf. Salmon, 
îT ««£i«irtiï£!-Ki«« tÊiu^iatiie -t T*itser Jrràires tmmrocaines, p. 33-34). 



LE TERTIB 155 

continuer les exactions qu'on leur reprochait auparavant, 
et tous les pachas, oumanâ et qâdys du Maroc se rendirent 
à cette prescription. 

« Ils tombèrent aussi d'accord sur. la promulgation du 
tertib, sur le conseil de l'Angleterre. Ce procédé fiscal 
consiste à dresser un recensement de la population, chorfa 
et plébéiens, riches et pauvres, militaires et civils, à éva- 
luer la fortune de chacun en zouijas de labour, en mou- 
tons, chevaux, mulets, ânes et arbres, puis à établir les 
impositions suivantes : 

Soc de charrue à cheval ou à mule 10 douros par an. 
Soc à bœufs 5 douros, 

Soc à âne 2 douros 1/2, 

Chameau 1 douro. 

Mule et âne 1/4 douro, 

Génisse 1/4 douro, 

Chèvre 5 oukya, 

Palmier 2 douros 1/2, 

Cheval 1/2 douro, 

Vache et taureau i/2 douro, 

Agneau 7 oukya (0,25 c), 

Olivier 5 douros, 

Arganier (arbre particulier au Soùs al-Aqçâ et dont on 
extrait une huile semblable à l'huile d'olive, mais bien su- 
périeure) 2 douros 1/2, 

Vigne et figuier 1 douro 1/4, 

Tout arbre jeune, produisant des fruits d'été comme le 
prunier, le pommier, etc., 1 douro 1/4. 

« Ils désignèrent dans chaque tribu, pour faire Ja statis- 
tique de ce qu'elle contenait, des choses énumérées ci- 
dessus, un amin et, avec lui, deux 'adoiil, pour témoigner 
de la fortune de chaque individu et l'inscrire sur un re- 
gistre {doflar) : l'aniin avait comme traitement six douros 
par jour, pris sur le trésor musulman et chaque 'adel, trois 
douros du même trésor. 11 y eut donc un grand nombre 



156 



ARCHIVES MAROCAINES 



d'oumanâ et d"adoûl qui vo)'agèrent à travers le Maroc, 
pour établir cette comptabilité dans toutes les tribus, jus- 



"à ce qu'ils 



it fini d^évaluer le total de 1' 



lia df 



amai 
chaque gouverneur, dans son registre particulier. Après 
cela, ils partagèrent celte somme en deux parts et prescri- 
virent aux habitants d'en paver la moitié au bout de six 
mois et l'autre moitié à la fin de l'année, à partir du jour 
de la répartition. On devait procéder ainsi chaque année. 

« Cette mesure fut approuvée par la population écrasée 
auparavant par les exactions des qâlds, les fortes contri- 
butions qu'elle devait payer chaque mois, parfois chaque 
semaine, pour toutes sortes de raisons, pour les commis- 
sions du sultan, pour la justice qui se payait, pour les pu- 
nitions injustes, et indignée de voir ces qâids conserver 
tout cet argent pour eux et pour les grands vizirs qui les 
avaient nommés, pour leurs protecteurs et les grands de 
l'empire, qui, après cela, fermaient les yeux sur leurs exac- 
tions : tout cela était évidemment de mauvaise administra» 
tion et tout à fait contraire à la religion '... 

a Mais il était aussi de mauvaise administration d'établir 
ce tertlb, comme le firent ces hommes d'Etat, ainsi que 
que nous l'avons dit, avant que les représentants étrangers 
fussent tombés d'accord à ce sujet, parce qu'ils sont par- 
faitement au courant des affaires du Maroc. Cette mesure 
causera un rapprochement des musulmans et des étran- 
gers, parce que ceux qui sont protégés par les puis- 
sances ne payent pas, et que le peuple se soucie fort peu fl 
de la religion, lorsqu'il s'agit de sauvegarder les biens de 
ce monde. _ 

M Si nous avons dit qu'on avait approuvé le tertlb, c'est | 
uniquement parce que chacun juge d'après son propre in- 
térêt et que, d'autre part, chaque jour voit augmenter l'im 



I 



I 

I 
I 

I 



I. L'MUtear donne ici une longue citation poétique dlbn Al-Kha^tb, 
qui n'offre pas d'inlérét pour noire sujet. 



Le TERTIB 



189 



pot Mais il ne faut pas oublier que tout ce qui n'est pas 
conforme à la loi du Propliète est mauvais, et l'ignorant 
seul peut l'approuver. Si ceux-ci connaissaient les obliga- 
tions qui découlent de la loi, ils seraient froissés de la 
promulgation de ce tert!l> et ne l&#39;approuveraienl pas... 

« La loi religieuse, en effet, n&#39;ordonne de payer que le 
zakàt pour celui qu&#39;elle désigne, qui a de l&#39;argent, des 
animaux et autres choses, grains, huile, etc; mais celui 
qui n&#39;atteint pas la limite fixée par la loi n&#39;est pas obligé 
de le payer. Le tertib, au contraire, oblige celui qui n*a 
qu&#39;une brebis, par exemple, à payer, et, parmi les Maro- 
cains, il y en a beaucoup qui, conformément à la loi qora- 
nique, ne devraient pas payer et qui, en vertu du lertîb, 
seront lé.ses. Bien jdus, tous ceux qui ont été désignés par 
le passage du QorAn relatif au zak;t, comme devant payer 
l&#39;impôt, seront aussi opprimés, et voici pourquoi : le con- 
tribuable qui possède quarante moutons doit payer qua- 
rante fois sept oukya, tandis qu&#39;en vertu de la loi qora- 
nique il ne paierait qu&#39;un mouton. Le prix du mouton peut 
être égal à celte somme; il peut aussi être supérieur ou 
inférieur; s&#39;il est supérieur, le gouvernement perdra sur 
ce qu&#39;il devait loucher auparavant. Mais où le contribuable 
est opprimé, c&#39;est lorsqu&#39;il a 120 moutons, car en vertu de 
la loi qoranique il ne doit payer jusque-là qu&#39;un mouton, 
tandis que, d&#39;après le système du tertib, il devra payer six 
douros. Il en est de même pour le propriétaire de chevaux, 
de mules, d&#39;ânes, de bœufs en nombre inférieur à trente, 
d&#39;arbres fruitiers et autres choses, sur lesquels la loi reli- 
gieuse n&#39;impose pas de zakAt : tous seront lésés. 

&#39;< Personne n&#39;en sera dispensé : il est clair que les sujets 
de l&#39;empire seront opprimés : c&#39;est une cause de décadence 
et de ruine. Le trésor des musulmans ne sera rempli que 



1/ 



I. Sur cet impôl, cf. Michaux-BelJaire, Les impôts marocains (Archives 
marocaines, p. 56 el euÏT.). 




158 ARCHIVES MAROCAINES 

de larcins, puisqu&#39;on aura arraché cet impôt par la force : 
il ne sera jamais pur ni béni. Celui qui exige de ses sujets 
plus que ne prescrit la loi est comme celui qui arrache de 
la terre des fondations de sa maison, pour la déposer sur 
sa terrasse; en agissant ainsi, il doit savoir que sa maison 
s&#39;écroulera un jour ou l&#39;autre. C&#39;est ainsi que ces gens 
s&#39;imaginent qu&#39;il y a un bénéfice pour le trésor et pour les 
musulmans. Cependant, ce qui n&#39;est pas bon, en vertu de 
la Sounna, ne peut être bon pour Dieu. Les khalifes et les 
rois musulmans qui suivaient les enseignements de la 
Sounna étaient toujours vainqueurs; ils possédaient de 
vastes Etats, leur gloire était bien établie et leurs victoires 
nombreuses : leurs noms sont restés consignés dans les 
annales; ils ont gagné à la fois les deux demeures; que
d&#39;ici-bas et celle du monde futur. Comparez ceux-là avec 
ceux qui ne se conforment pas aux exigences de la loi, 
comme pour les taxes fiscales, se livrant à des expédients 
et à un quémandage mesquin, bien qu&#39;ils sachent très bien 
ce que la loi oblige à payer comme zakât, pour chacun, 
afin de remplir le trésor des musulmans! "

G. S. 



A5GIR8. — IMP. ORIEnrALB A. BLRDIN BT c&#39;«, 4, «CE OARRIBR. 



f 



OUVRAGES EiXTRÉS A LA BIBLIOTHÈQUE 

{Suiie 4e V Inventaire], ttoi.iiH.&#39;N. itix ait» n ir^vcr** &#39; 1-rnii» rii&#39;^/j, iJim, iii-8&#39;i

(AcrjuitUion.) 
I7î9. Bffypt Exploration Kund. Arclia«ologic«l Report. Londres, iOOi, iu.4». 

{Oy« (/« M. 6°a/m«n.j 

A«/-«t»JAOVt, Al-F»rlila an-Sâûja li&#39;l-&#39;Aniftl «l-djibya. Aln<^r, 1904, In-*». 
AuUuniT f«i.-llASA»Y. RlHtlla latlfa. Alytr, 9tH, lo-S". 

I»!i 'Ah»«m NiiiU al-lablli bi-akbbar «r-rlbta lia 't-tiablb (fraguent). Atgtr, 

190i, m-8". 
FA.l!l.-^ ii,»ir,ir.- .1. i'Af.,.(,iL- .,1 .ii> fEspiigoi), iotllulée &#39;. Al Payaao &#39;I- 
Ml &#39; 
103t. Gflii&#39; i:;on«eiI «ap^riour du noavernofa«ul 

iie s&#39;il s&#39;agit de pressurer le eontribiiaide maro- 
cain. Kn présence de réchimalionsdii personnel consulaire, 
il se dérobe en invoquant son incompétence. Tenu d&#39;ad- 
mettre les enchérisseurs européens, aux soumissions pour 
les services de l&#39;Etat qui doivent être alTeraiés, VAnilu el 
Moustafail de Tanger apporte toute la régularité désirable 
dans l&#39;exercice de ses (onctions. Une pense pas â en tirer 
profit, jouissant d&#39;un traitement proportionné à son rang! 
dans la hiérarchie du Makhzen. A El-Oçar, au contraire, 
où les Européens n&#39;alTerment pas les services publics, 
l&#39;amiii, dont le traitement est dérisoire, exploite lui- 
même ces services, au mieux de ses intérêts particuliers. 

l)tr tni*me oucorc. le iiâilhir, et surtout le ino/jiasih f[iii, 
convenablement payé à Tanger, y est soumis au contrôle 
journalier des autorités locales, sotis les yeux du corps 
consulaire. A El-Q<;ar, le nâdhir çar elles commencent à dispa- 
raître, mais il est encore possible d&#39;en étudier l&#39;organisa- 
tion, el la désagrégation par la protection consulaire qui 
mine lentement les vieilles inslitutions marocaines. Mais 



Croquis 
d&#39;El Qçar elKebîr 

d&#39;après Je plan 
deliCle Capitaine Larras. 



là



/



J: 



IcheBe de -n^W" .^.&#39;■&#39;&#39; 



MmzaÀ 



vrr» Tttouan c! Tëngmr 






bdFrdu 
Hiri 

Zahbâla 




i* &#39;" Jardins &#39;l:r!i 

Eemparis .^^^^ 



EL-QÇAR EL-KEBIR 5 

de l&#39;Oued, Ei-<,rar n&#39;est plus qu&#39;une petite ville misé- 
rable, de sept à huit mille liabitants. Elle est située sur la 
rive droite du Louqf{0{ qui porte à ret endroit le nom 
d&#39;Oued el-Djedld (nouvelle rivirre). Un rutaseaii, issu de 
la source à" Ain Magouz, à l&#39;Est de la ville, la coupe en son 
milieu. Il est connu sous le nom de Khandaq al-lîaccn, et 
passe sous une voûte, au Soùtj, pour se jeter dans le 
fleuve près du gué d&#39;Oued el-Djediil. C&#39;est ce ruisseau dont 
les inondations détruisent lentement les édifices qui bor- 
dent le SoLiq. Torrent l&#39;hiver, à sec l&#39;été, il est soumis 
au même régime que ses voisins le Taraout, sur la rive 
droite, en amont de la ville, et VOued Mkhazen, en aval, 
sur la même rive, dans lequel le Ouarour se déverse, à 
travers l&#39;élanti; mtirdja) de Sidy Salànm, 

La ville a<:luelle est nelleinent divisée en deux empla- 
cements, de (orme allongée, représentant en quelque 
sorte deux villes : Arh-Chart'a la ville lép;ale, la ville des 
gens de loi), au nord, et Bàh et- Oued (la porte du fleuve), 
au sud, séparées par un marché, As-Soâq. 

La route de Tanger à Fès débouche au sanctuaire de 
Moulai) 'Ali Doù li'àleb, patron d'El-Qçar, contourne la 
ville en longeant le Miuzah ', éininence couverte de 
tombes musulmanes, pour tourner au sud-est jusqu'au 
Loii(]qnr, qu'elle traverse au gué des liandif/iu, ou se 
trouve le bac. On entre dans le centre de la ville en sui- 



I. Le mot minzah indique un lieu do proracnnde large, décourert et 
un peu élevé, d'où on jouit d'une belle vue. A. El-Qçnr, le la'iazah est le 
champ de bataille où Atimei] Hif' périt sous, le^ coups dp Mout.ny 'Ab- 
dallai, aussi y trouvc-lOD iJe rii>iubt&#39;cuses tooibes de combulliinla, qui 
en foiil une véril.ible nécropole. I^trs nitisMlniiiiiK eiilerri-s lii «ont iippeli&#39;s 
Alil fii-Miniah, on fiidjtlt nl-Mintiih. Il 3- ;i, entre «utres, uiif di/.aine ilc 
in,Triibouls, dont plusieurs MerbiVhya, une vieille inralla en ruiue, et, un 
peu plui nu Sud, une autre rèccnimeDl construite, sans mur d&#39;enceinte, 
et rédifice appelé Hamfa (jjrdin), uionumeut commémoratif de Moulay 
Boû Clilî), de Ficlitala (Irts rûcent). 




« ARCHIVES MAROCAINES 

vant la longue chaussée pavée&#39; qui pari de Moulay &#39;AU 
lioii R&#39;Aleb, passe devant la villa de Moulay T&#39;Arby al- 
Otiazziiiiy, pour se diritrer vers le Soùq, où elle débouche 
prés du luarabouL de 5/f/^ AL- Ilàdj Ahmed alTatamsàiiy. 

Trois autres routes conduisent directement dans le 
quartier d&#39;Ai;h-Chari&#39;a. La première aboutissant au Mers 
(lieu oïl se trouvent des silos) &#39;, laisse à gauche lu quar- 
tier A&#39;El&#39;Hery (l&#39;aire) et la mosquée de Sidy Al-Mançoùr, 
et pénètre dans la ville (quartier d&#39;Et-Mers) par Bdb Sebta, 
la porte de Centa, 

La deuxième, à l&#39;Est également, passe près du mara- 
bout de Sidtj &#39;Ali ben Frc/ta, patron des laboureurs, puis 
devant la ih&#39;tra, qui serait une ancienne léproserie ruinée. 
Arrivée à une pierre dite Iftidjva al-Mauqaf (oii on at- 
tend debout), elle se partage en deux branches : l&#39;une, à 
gauclie, entre dans la ville par Bàb al Mejoùli/in, traverse 
le quartier du même nom, puis celui à&#39;Ai-Meteiinar (les 
silos), passe devant les mosquées de Djùma al-Djaziry et 
Djàma&#39; al-flaiiirà, et arrive au Soùq ; l&#39;autre, entre tout 
droit daas h ville, par Dcîh Djàma&#39; aa-Salda (la porte de 
la mos([uée heureuse), derrière laquelle se trouve la zAouya 
des Touh^hna d'Ouaz/.An. Laissant ensuite, à gauche, la 
médersa en ruine qui borde la place, elle continue, adroite, 
en longeant la mosi|uée, et après avoir traversé le quar- 
tier de Djàma as-Sa'ida parvient au Mers. 

Le Mers est une vaste place oi'i on voit encore les traces 
des anciens silos du Makhzen, aujourd'hui comblés. C'est 
un ancien horin des Oulad Haqqàl. A liroile de cette place 
se trouvent le quartier et le tombeau de Sidy Mouhammad 

1, Conhtruilc en iHHç) pour le passade du sullao Mouluy Al-Hasau qui 
ae rcudii de Moulay 'Ali Goû R'àlcb à Lallu Fiitmii AI-AiidaloiHya, suns 
entrer dans la ville. 

u. Anuiea» silos du Makhzea qui oat été désaflectés et combles, lorsqu'on 
s'est itperçu que les Juifs d'El-Qçar y uraieat déposé leur blé ; ou ea voit 
encurc lus traces. 





EL-QÇAR EL-KEBIR 7 

Al-Qoujelry, en face la Zâouya des Qttàfra, consacrée au 
célèbre marabout Sitly 'Abd ar-Rahniân Al-Mad|doùb. 

Trois rues principales partent du Mers. L'une d'elles, à 
droite, passe devant la zftouya des Tidjûnyin, la mosquée 
de Sidi/ Ya'goiîù, très pittoresque avec son vieux niin;iret 
carré et ses palmiers, prend le nom à' AL-Qachchâchln (les 
marrhands de poteries), et arrive au Soù({. A gauche, la 
rvivAiiS Nyùtin (fabricants de peignes pour métiers à lisser) 
traverse le quartier de ce nom, arrive à la petite place dite 
As-Souaiqu (le petit marché), où se trouvent une mosquée, 
une Zàouya de Moulay 'Abd alQAder Al Djîlâny et le tom- 
beau de Sidy Mouhammad Chérîf; elle sort ensuite de la 
ville par Dàù as-Soual(ja, et, au bout d'une centaine de 
mètres, débouche au SoÎkj, iui sépare les deux fractions 
de la ville. Une troisième rue, à gauche encore, appelée 
Darb Sidy Slimi^n (du nom du sanctuaire de Sidy Slimân 
ben 'Abd al-Ouah;b, à l'angle que forment cette rue, celle 
des Nyàrin et la place du Mers], se dirige vers l&#39;Est, per- 
pendiculairement au iN&#39;yârin, et va rejoindre les Mejoùlyin, 
entre la Ziiouya de Sidy Boù Fanir et le tombeau de Sidy 
M o u ba m m ad Al M ej o ù I . 

La troisième roule eniin, contourne le quartier d&#39;Ach- 
Charl&#39;a, sur la gauche, traverse l&#39;enceinte en ruine de la 
ville, passe sur un pont de briques, l&#39;ancien lit de la ri- 
vière, au lieu dit Ai-Mi&#39;.riita, près du marabout de Sidi/ 
Makhloùfy et là, se partage en deux chemins : L&#39;un va au 
Soûq en passant près du loinbeau de Sidy liou IlAmed, l&#39;an- 
cien patron de la ville avant Moulay &#39;Ali Boù R&#39;âleb. L&#39;autre, 
longe extérieurement le quartier de Bâb el-Oued et va 
rejoindre la roule de Fès près de la tannerie {Dàr Dabbâr). 



Le Soùq, qui sépare Ach-Charî&#39;a, de Bâb el-Oued, est 
une place longue cl irrégulière, sous laquelle passe, cou<&#39; 
verl d&#39;une voùle, l&#39;ancien lit du fleuve Louqc[oç. 





laisse à droite le f[narlier mal famé des Mzebla, le tombeau 
de Ldlla Fatmu Al-Andatoihya (sœur de Moulay &#39;Ali Boû 
R&#39;âleb) et va rejoindre à Dir DahbAr" la route de Fès. En 
face de Lalla Fatma Al-Andaloùsya, une petite route, con- 
duit à droite au cimetière Israélite et au gué des Hanfltj&#39;în, 
où se trouve le bac qui sert à traverser le Louqqoç en 
hiver. 



Je



Du Soùq, trois portes donnent accès à BAb el-Oued : à 
droite, Bâb al-Khalinln, par laquelle on entre aux mar- 
elles aux haïks et aux Ijabouehcs, à gauche, Bàb al&#39;Attârin 
al-&#39; Bâlya niBàb al-&#39; Aifàrine/idjadida, conduisant, comme 
leur nom l&#39;indique, au bazar des épiciers (marchands de 
parfums). En face delà porte Al-Khattaîn, se trouve la mos- 
quée de Sidy l-Aumiry (le Smyrniote). Une rue qui se dé- 





EN-yÇAK EL-Kt:UIK 9 

tache à droite, traverse les (&#39;liefioii/f/a{f[or, au nidckra&#39; (gué) de l&#39;Oued el 
Djedld. C&#39;est la grande route de Fès. 



Bâb el-Oued et Ach-Chart&#39;a sont plutôt deux arrondis 
semenU < 
4o3; 4>o; liii. 
a. Cf. R. C»gaat, L Armée romaine d&#39;Afrique, p. i!^-j et 257.




16



ARCHIVES MAROCAINES 



correspond an règne de l&#39;empereur Claude (41-54), et est 
précisément celle de l&#39;arrivée de Galba dans la Mauritanie. 
On a retrouvé d&#39;autre part à Chemtoujl&#39;épita phe d&#39;unL. Fla- 
minius mort au Maroc, et dont le monument daterait de 52- 
57. Ces faits peuvent se prêter à des conjectures, sans 
fournir d&#39;éléments positifs d&#39;identification. Qufint à l&#39;Évan- 
géliste Marc, son intervention s&#39;explique d&#39;elle-nii^.me. Ibn 
Khaldoun&#39; mentionne son apostolat au Maghrib. H n&#39;en 
serait pas moins difficile de proposer une interprétation 
satisfaisante de la version arabe. 

Il serait curieux de savoir comment l&#39;auteur arabe, 
anonyme, de la note, a pu déchiiTrer 1 &#39;inscri|)tiou rédi- 
gée, serable-t-il, en langue latine. D&#39;aprè.s les rensei- 
gnements que nous avons pu riicueillir sur place*, cet 
ingénieux traducteur ne serait autre que le fqih Mouliam- 
mad Al-Ouriâgly Al-Qaçry, qui faisait un cours sur les 
quatre rites orthodoxes, à ta médersa de la grande mosquée 
suus le règne du sultan Ahmed Al-< Uialtâsy'. 



I. Cf. îbn Khaldoun, Prolégomènes. Trad. de Slune, I, p. ^74. 

:>.. Noire iuforiuiiteur l&#39;t.ut le fqili Abd ars-Sul;itfi Sel&#39;riouy.qui avnil dlé 
jadis en posEcssioii du uinnuscrit eu ([ueslion, aiast que de beaucoup 
d&#39;aulrcs qu&#39;il avait di&#39;i vendre diins un oioiDf^nt de détresse. 

3. La Rihia d&#39;A£-!^ynoy raconle sur lui une légende trèa coaDue à £1- 
Qçor, Un jour, en venant ;• la inédcrsii pour y faire sou cours, il trouvai 
la aalle viJe, ses éiëres «-tant tous surlis. Il s&#39;euquit de In cause de Ccl 
abiiudou et apprit que les jeunes ^eus ccoiiliiient uu individu venu on 
ne suit d&#39;où, qui préleiidait i-tre Jésus, fiJs de Marie. Le fqili fit cotiipt- 
raltre cet homme deviint lui et riulcrrogca, lui demnudiini des preuves 
de la vèriicilé de ses pnroles. « Ce niiuiiret en ii^moigtiera n, dit-il, en 
déaignaiit le minaret de Iji i^rande mosquée. On intcrroj,&#39;i&#39;a le ininaret 
qui répondit : h tl&#39;esl l:i vérité : c&#39;est bien Jésus, iilb «le Marie. » Le Iqih 
s&#39;écria alors : « Je rherche refuge en Dieu contre Swluu le lapidé! » 11 
lit ensuite emprisonuei- el irupper l&#39;impoisleur jusqu&#39;.! ce que, le croyant 





EL-QÇAI^ EI.-KliblR 



IJ 



L&#39;épigra|jhie, somme toute, ne duime encore que peu 
de renseignements sur les origines grecques ou romaines 
d*El-Qçar el-Kebir. 



De nombreux vestiges alteslenl, en tout cas, l&#39;existence 
d&#39;un centre commercial ou militaire en ce lieu,[iendanl la 
période romaine. 

La grande mosquée elle-même, où se trouvent encas- 
trées les deux inscrifitions dont nous venons de parler, 
parait contenir quelques vestiges d&#39;anciens édilices. Il 
est inipossil)le de n&#39;être pas l&#39;rappé du style tout parti- 
culier qu&#39;alTecle le minaret carré, avec deux fenêtres côte 
à côte, sur chaque face : on retrouve là, semble-t-il, une 
influence byzantine. Ce minaret est construit jusqu&#39;à mi- 
hauteur en grosses pierres, en moellons lires très proba- 
blement de constructions romaines&#39;. Au dire des habitants 
d&#39;El-Qçar, la chambre t&#39;iinéraire (batt al-guenAiz) de cette 
mosquée, près de Bâb al Khanzira, serait une ancienne 
chapelle chrétienne; nous avons aperçu nous-mômes, 



mari, on le Jeta sur un tas d&#39;ordures. Deux ans .ipr<>s, le suvunL ac pro- 
jncDaît eo dehors de Bî&#39;ib el-Oued, lorsqu&#39;il vil venir à lui uu homme 
qui se proslernat et lui baisu les pieds : ■< Qui cs-lu, 6 mon fr^re? » dit 
lu fqih. i( Je suis Beo Zïz qui étais reau j^dis aouteuir que j&#39;étais Jésus, 
liis de Marie. J&#39;éluis possède&#39; du dèoioa, mnis ù l.i suite des coups que 
j&#39;ni reçus, le démon in&#39;;< quitté et je viens m&#39;iiuiuilier devant toi, o II le 
suivit alors, et resta ua de ses disciples assi ilu minaret, qui avaient dû la trouver dans tes enrirrins. 

ARCII. MAHUC. 2



ib 



AHCHIVES MAROCAINES 



cette branche qui donna son nom à Çovr Danhàdja ou 
Qaçr Kelâma^ ancien nom d&#39;E!-Qçar. 

Edrisi, qui écrivait en 548 de l&#39;iiégire {1154 J. -G.) cite 
les Danliâdja et les Kelâma comme deux peuples habitant 
les vallées des deux affluents du Louqqoç. Le premier 
fondtiteur d&#39;EI-Qrar fut lui-même un Kelftmy. Az-Zyâny 
dans sa RiJda, dit en uffiil que cette ville lut édifiée par 
l&#39;émir &#39;Abd el-Kerim al Kettlmy, en 102 de l&#39;hégire, sous le 
règne du Khalife omayyade &#39;Omar hen &#39;Abd al-&#39;Axiz&#39;. 
Ce fut la raison pour laquelle la nouvelle ville garda 
pendant plusieurs siècles le nom de Qçar &#39;Abd el-Kerim*. 
On trouve celte appellation dans Edrisi, qui y signale des 
bazars importants, ce qui indique qu&#39;à l&#39;origine la petite 
ville aurait été un marchéj à l&#39;intersection des routes de 
Baçra à Tanger, d&#39;Acila et de Tchemmich à Fus». 

El-BeUri donne d&#39;ailleurs à cette localité le nom de 
Soiiq Kelàiitu (ou Kolama), mais il fait une dîHérence entre 
Soûq Ktitâma et Qaçr Danhàdja » château qui s&#39;élève sur 
une colline et qui domine une grande rivière »*; lijn 
Khaldoùn au contraire identifie ces deux localités, disant 



I, 11 y n là un aDarhronismc : le Khalife Omayyade régnanl à ccUc 
époque éLait Yezîd ben &#39;Abd nl-Malik. Kn loi de l&#39;hôgirc, c&#39;esUà-dîrc 
raDDCc prilcédeoLe, ce Khalire avail nomiuo Yeztd lUa d&#39;Aboi&#39;i Mnuslim, 
gouvurneur de l&#39;Itrîqya. Cf. Ibo K bal ci où n, op. cit., I, p. &#39;!&#39;)(). 

3. Ojl peul s&#39;ciooDcr qu&#39;ldris le Gi&#39;uiid uil parcouru tout l&#39;espace 
compris entre Tanger el Oualili saus trouver de ville sur sun passage. 
Les débuts de Qçar &#39;Abd el-Kcriin sout 1res obscurs, de même que les 
circonslanccB de sa fondalion. Peut-être &#39;Abd el-Kerim ^tait-il ud «.-hef 
Kelainy nonvcllemeat converti à l&#39;islamisme. 

3, &#39;rcheininich ouTicliems e*(t la ville berbère qui s&#39;éleva sur Templa- 
cemenl de Lîxus cl ne disparut que plusieurs siècles aprè» la faadation 
d&#39;Al-&#39;Aràit&#39;h. 

4. Le géographe Yàqoùt tombe dans une erreur plus grossière encore, 
lorsqu&#39;il indique Qçar &#39;Ahd cUKprini rammê se lrauvnnl siip la mer. h 
cÇAR EL.KEBIR 

que les Danhâdja étaient une ramifif.ilion des Ketima&#39;. 
ALoulfèila cite Qçar &#39;Abd el-Kerim et dit que c&#39;est la môme 



ville qii 



e Ocar KetAma&#39;. 



El-Qçar était donc le chef-lieu des Kelâma et cette tribu 
remuante n&#39;ambitionnait rien moins que d&#39;assurer sa su- 
prématie sur le Maroc septentrional, puisqu&#39;un dire des 
habitants de la moderne El-Qçar el-Keblr. les Qaçryîn 
libellaient ainsi les adresses de leurs lettres, pendant les 
premiers temps de la fondation de Tes « de la ville d&#39;Bl- 
Qçarau bourg de Fès* «. Quoi qu&#39;il en soit, El-Qcar ne fut 
jamais érigée au ranji;&#39; de capitale : les Idrîsides la délais- 
sèrent pour Baçra et lladjar an-Nasr*. 



Le règne du Khalife almohadc Ya&#39;qoùb al-Manroiir 
paraît cependant lui avoir rendu une nouvelle vie. cette
prince y avait construit des rendez-vous de chasse et des 
villas pour s&#39;y reposer des falig^ues du pouvoir. Une nou- 
velle prospérité en était résultée pour El-Qçar, au point 
que Léon l&#39;Africain n&#39;hésite pas à affirmer que Ya&#39;qoùb al- 

I. BudgcU Meiikin fait une conlusion lorsqu&#39;il donne lea noms «le Qnar 
&#39;Abd el-Kcrim el Qçar Kctanii, d&#39;après le Itittidh et-Qarlas, dit-il, à 
Qçar el-Mejiiz qui n&#39;cftt .nutre qu*El-Q(J»r eç-Ccr&#39;ir, sur le dL&#39;lroit de fîi- 
brnlUr. I) esL inexuct aussi qa&#39;Fdrisi [>lace en ce lieu Qçiir-Mnçinouda 
qui est le intime que Qçar tç-Cerir, Cet auteur attribue à Kl-Qçjir el- 
Kebir le tiotn de Qçar 'Abd el-Kurim et dît que cette ville était hubilée 
par des Daiihadja, ce qui est coufarine à Ibii Klialdoila et au liaudli el- 
Qiirtns. Cf. Edrisi, loc. eil, ; Budgett Menkiu, The land o{ tke .Voors, 
p. 338-339. 

a. Cf. Reinaud et De Slnne, Géogriiphie d'Àlwiilfeda, p. irr. 

3, ct^^ ^.y^ cJ>' j-'«a*J^ ^.^ Js^ ^,-«, [^es hnbilauts d'EI-Qi^jvr croyaient 
ainsi rabaisser ceux de Fès, le mot madlna désigaaat uue ville et qârya 
no gros bourg. 

4. Cependaul, d'après EI-Bckri, elle aurait <5té cn|iitali' des <'tat9 gou- 
Teraés par Idris, iils d'Al-Qâseiii, Tils d'ibraliiiii. Cf. ElBekri, op. cit., 
p. 3aa. 




it 



ARCHIVES MAROCAINES 



Manroiir fut le fondateur de cette ville'. Il n'est pas 
douteux que l'enceinle ruinée dont on voit encore les ves- 
tiges au nord et à l'est de la ville date de celte époque. 
Elle englobait une superlicie au moins double de 
celle de la ville actuelle', et se composait d'une seule 
muraille haute de 6 mètres environ et épaisse de 75 centi- 
môtres tout au plus. Elle était flanquée de bastions carrés 
dont n- 
ginaire d&#39;une des plus riches familles des Benî Gorfot &#39;, 
R&#39;aîlAn, après s&#39;Être distingué dans les troupes du marabout 
Al-&#39;Ayyâchy, lors de la guerre coiilre les Portugais, se 
rendit presque indépend. inl au Maroc septentrional, sous 
le règne du sultan &#39;alaouite Moulay Ar-Rachîd. En 1061, 
il attira dans une embuscade la garnison portugaise de 
Tanger; en 1664, la garnison anglaise qui avait remplacé 
les Portugais dans celte ville, se laissait prendre à son 
tour par le terrible moudjAhid. Mais celui-ci commença à 
abuser de la puissance qu&#39;il avait acquise en combattant 
les infidèles, et chercha à s&#39;emparer de Fès. Repoussé 
par le marabout dilaïle Mouhammad Al-Hâdj, il rallia ses 
troupes à El-Qçar et en fil la capitale de tout le nord ma- 
rocain. Confirmé plus lard dans son gouvernement, il Ot 
construire quebjues édifices à El-Qçar et notamment un 
palais (|ui dut être pillé à la mort du qùîd, puis<|u&#39;il était 
déjà en ruine lors du passage de Pidou de Sainl-Olon en 
1093&#39;. 

Cet édifice existe encore, à l&#39;extrémité de la rue Darb 



I. D&#39;après Scliefcr[Léon l&#39;Africaia, II, p. aiîS. note), le mol llihl est 
seul correct; cepeiiilaul iL existe plusieurs familles porliint te nom de 
Hably. 

a. Nous avons déjà parle de ce pemonauge {Archives marocaines, 11,
p, i)8 et sq.), 

3, Pidou de Siiinl-Olon jirésnUc K&#39;iniliui comme uu Miiure ntiduliiu» de 
Salé, desceudanl ilcs /ei^cy de Cïrenadc ; la taniillo It&#39;ail.lii csl rcpeiiditnt 
connue chez les Benî Gorfo^, comme nous le verrons plus loin. 

4. Pidou de Saiul-Olon, Estât présent de iempire du Maroc, p. 3o. 




aè AHCHIVËS MAROCAlNEâ 

ad-Dîwân, où il sert de caserne aux &#39;askar. C&#39;est un grand 
bâtiment t:arré, d&#39;une trentaine de mètres de côté, composé 
d&#39;une cour centrale entourée de (juatre grandes salles 
sans galerie ni étage supérieuf&#39;. Adroite de l&#39;entrée, se 
trouvait une petite mosquée dont on distingue encore le 
niihri&#39;ib, et ii gauche, plusieurs salles de bain. Un grand 
jardin occupait remplacement de la rue du Diwàn. On re- 
marque encore des restes de «laitage en mosaïque dansles 
piècL&#39;S ; la cour elle-nK^ine était revêtue de mosaïques 
émaillées et ornée d&#39;une vasque au milieu Dans ces der- 
nières années, le qâîd Al-Khalkhaly* ût, pour y mettre ses 
chevaux, paver toute la cour, recouvrant ainsi la mosaïque. 
D&#39;après De Guevas*, ce palais aurait été considérablement 
restauré de 1840 à 184G par le pacha d&#39;Al-&#39;Arûkh, Si Boù 
Selhiim ben Astôt. 

Moulay Ar-Raeh!d supportait difficilement la turbulence 
de R&#39;ailân. 11 profita de ce (]ue le <[âid venait de conclure 
une alliance avec lord Bellasia*, gouverneur de Tanger, 
pour marcher contre lui et le chasser d'El-Qçar. R'aîlàn 
s'enl'uit à Acîta, et s'embarqua pour Alger, d'où il revint 
quelques années après avec un corps de Turcs. Débarqué 
au liif, il rentra bientôt à El-Qçar. Moulay Isma'îl, qui 
venait de succéder h son frère, fut assez heureux pour 
s'emparer de la capitale du Maroc septentrional et mettre à 
mort le turbulent qAtd. Pour enlever à la ville tout espoir 
de recouvrer son indépendance, Moulay Isma'îl lit abattre 
ses murailles (1G73)'. 



1. Le palais a dû avoir ua éUge aupéricur cl une galerie autour de lu 
cour, oiuis CCS bùlirucals sout dejiuis toagLeiups ilûiaolis. 

2, AI'Khatklialy ûiuil à celte époque gouverneur d'EI-Qçar : il a cld 
récemmenl assiissiué par nés admiaistrés à Acila, où il exer^'uil le» 
méiDois fuiictioiiH. 

'i. Cf. Estttdio gênerai, p. Ujg. 

/|. Cl. Archives maroctiines, 11, p. 5o. 

b. Cl, I>e Cucvas, op. cit., y. &#39;-tij. 




EL-QÇAR EL-KEBIR 



94 



Bien que le q&id n&#39;ail aucun descendant à Ël-Qçar, les 
souvenirs qu&#39;il y a laissés sont encore vivaces. La famille de 
R&#39;atlân existe toujours chez les Béni (îorfot, où elle occupe 
une situation considérable. On considère ses membres 
comme chorfa, bien qu&#39;au dire d&#39;iim Rahmoiin ils ne le 
soient pas : eux-mêmes prétendent descendre du cjiérîf 
Sidy Ali ben Ahmed, dti Djebel Çarçar. Ils possèdent une 
zAouya, n&#39;ayant d&#39;ailleurs qu&#39;une iniluence locale, au drdiar 
d&#39;Al-Khloùt,,[Béni Gorfol) habité par Sidy al-IIàilj Ahmed 
R&#39;ailân et sa famille. Sidy &#39;Abd as-SahVm R&#39;ailAn habite de 
son côté, le dcharde Ouarmoùt. et Sidy Al.imad belllâdj, 
celui de Skhrah dans la même tribu. Une autre branche^ 
enfin, réside au Sâhel d&#39;Actla&#39;.Ce sont en général des &#39;ou- 
lamà et des tolba, très versés dans le chara&#39;; ils ont la ré- 
putation de donner des ^/OM« (consultations juridiques) et 
c&#39;est à eux qu on s&#39;adresse dans ce but, dans toute la ré- 
gion d&#39;El-Qçar, du Sâhel aux Bcni Gorfol", 



Sous les règnes d&#39;Isma&#39;il et de ses successeurs iraraé- 
diats, El-Qçar fut gouvernée d&#39;abord par les deux chefs 
rifains &#39;Amar ben Haddoù et Ahmed ben Iladdoù, son 
frère, qui reçut Pidou do Saint-Olon en 1692, puis par le 
fameux pacha Ahmed rtîfy. Ce ne lut pas une époque flo- 
rissante pour la ville, (|ui se trouva souvent ravagée, tantôt 
par la fureur du pacha", tantôt par suite des combats qui 
se livrèrent autour de cette place, au cours des luttes 
soutenues par les divers prétendants au trône. C&#39;était là 



I. Oo remarque encore à la Qaçba d&#39;Acilit le palais construit par R&#39;al- 
lân. Le préleiidaul Al-Moslacly y fut oafi^rmé en 1750. Cf. Istif/râ, IV, 
p. 87. 

&#39;A- Ce sont des ^tiih (riine iiilelli^uiii&#39;c uu-dcssus de In rnoycuuc, ni.i!:i 
très inlrigauls et ptJuvauL ôtru Jangcreux. 

3. Cf. Brailhwailc, Histoire des révolutions de l&#39;empire du Maroc, 
p. 368. 



81 



ARCUIVJiS MAEIOCAINES 



qu&#39;Alimed et Al-Mostady rtiunissaienl Leurs troupes pour 
marcher contre Pès, jusqu&#39;au jour où Moulay &#39;Abdallah 
brisa la puissance rifaine, à la bataille d&#39;AL-Mcnzah, aux 
portes d&#39;El-Qçar, où Ahmed trouva la mort (1742), On 
montre encore son tombeau, sur la colline du Minzah&#39;, au 
milieu des tombes musulmanes ajipelées iWo<iitant El-Qçar. L&#39;émoi fut 
grand à Fès : le sultan envoya à El-Q(;ar le qftîd nègre 
Farrâdjy, gouverneur de Fès el-djedid, qui livra quelques 
engagements aux Oçariens;le résultat restait indécis, 
lorsque les Tlîq trahirent les Ivhlo^ en passant du côté de 
Farrâdjy. Les Khiol s&#39;enfuirent alors et lesQçariens durent 
se soumettre. Bon SelhAm al-Qart, qui s&#39;était réfugié chez 
les Béni Aroùs, obtint l&#39;amAn, mais fut emprisonné plus 
tard sous un prétexte quelconque et mourut en prison&#39;. 



En 1889, le sultan Moulay Al-IIasan passa à El-Qçar au 
cours de son voyage dans les provinces septentrionales. 
C&#39;est en vue de son entrée qu&#39;on construisit la chaussée 
pavée qui part du marabout de Moulay &#39;AH Boû R&#39;âleb 
pour pénétrer jusqu&#39;au Soùq. Le souverain devant faire 
une prière dans chaque marabout situé sur son passage, 
les autorités d&#39;El-Qçar n&#39;hésitèrent pas à lui faire gravir 
les monticules d&#39;immondices accumulés à l&#39;ouest de la 
ville, afin qu&#39;il pût aller directement de Moulay &#39;Ail Boù 
R&#39;âleb[situé au nord d&#39;Ach-Ghari&#39;a) jusqu&#39;au mausolée de 
la sœur du saint, Lalla Falma al-Andaloùsya (situé tout au 
sud de BAb el-Oued), avant de pénétrer dans les rues de 
la ville dont ces deux personnages sont les patrons. 



^ 



I. Oa dil qu&#39;il pos9<»dait le fameux tehrld, talisro.iD pour refroidir les 
ball«s de fusil sitôt qu&#39;elles touchaient ses vètcineals. Après cbuque 
engagement, il secouait sa djellaba, faisant tomber uue quantité de balles, 
au grand ëtonncraent des assistants. 



AACil. IIAHOC. 





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ARCHIVES MAROCAINE^ 



Peuplement. 

L&#39;élémenl Ketamien, qui a dû constituer à l&#39;origine le 
fond» de la population d&#39;EI-Qrar, paraît s&#39;être laissé absor- 
ber dans les invasions posUirieures. Le pi^npleinent actuel 
est très compliqué. Il est hien diiliciU&#39; d(ï reconnaître un 
type unique à ces neuf mille habîtaiils, vivant côte à côte 
dans une ville qui en contiendrait, par son étendue, trois 
fois autant. 

Les éléments les plus importants sont originaires des 
tribus de Khiot et de Tjiq, dont l&#39;habitat, de nos jours, est 
autour d&#39;El-<^)çar. jusqu&#39;à Al-&#39;ArAîch. Les Khlnt sont mftme 
si nombreuxqu&#39;ilsi&#39;oruiontaiitourde leur q;î(l, habitant El- 
Qçar, un groupe politique qui émet la prétention d&#39;échapper 
à l&#39;autorité du Ivhalifa de la ville, pour se placer sous celle 
de leur qâîd. Rien dans le costume ni dans le type de ces 
Khlot et de cesTliq ne les distingue de leurs voisins cita- 
dins. Les Djebala sont aussi nombreux que les Khlot et les 
Tliq. Ils appartiennent aux tribus, voisines d&#39;EI-Qçar, 
d&#39;Ahl Serîf, Benî Gorfot, Henl &#39;Aroùs (Reisoùlyîn), Béni 
Messiira (ou Mestâra), Djebel Çarçar et R&#39;omàra. Enfin, 
on trouve quelques Rifains de différentes tribus, chas- 
sés récemment de leur pays à la suite d&#39;événements graves, 
ou de luttes de familles. Les Djebala et les Rifains se recon- 
naissent, comme dans tout le nord -marocain, au port de la 
djellaba brune ou rayée bleu et blanc; les Rifains habitent 
dans des nouait, comme dans la banlieue de Tanger. Les 
événements qui ont bouleversé, au cours des deux derniers 
siècles, le peuplement du Maroc septentrional, ont en 
outre provoqué l&#39;émigration à El-Qcar de nombreuses fa- 
milles de Tétouan et de Fès. Actuellement, les principales 
familles d&#39;origine tétouanaise sont les Oulad Souîqa, les 
Rouqqach (rifains], les Qardenach (esp. Cardenas ?), les 





ËL-QÇAR EL-KEUm 



3S 



Amrànyîn (chorfa). Les Fasiens sont plutôt des commer- 
çants ou des correspondants de commerçants de Fès; cette
sont les Ben Kirân, Bennany, Bennîs, Reis Chreihy, On 
compte aussi quelques familles d&#39;Al-&#39;Arâich, du R&#39;arb (Hi- 
lâly) et d&#39;Ouazzàn. 

Une colonie algérienne assez importante s&#39;est, enfin, cons- 
liluée à El-Qçar, au cours du dernier siècle. Ce sont pour 
la plupart des Algériens chassés de la province d&#39;Oran lors 
de la conquête turque ou, plus récemment, à répo([ue de la 
conquête i'rancaise. lis occupent en général des situations 
importantes et détiennent la majorité des propriétés fon- 
cières de la région. Leur type algérien s'est assez bien 
conservé, par suite de leur coutume de s'allier entre eux. 

Les Juifs d'El-Qçar, au nombre de 2000 environ, sont 
aussi originaires de différentes régions. Leur arrivée dans 
cette ville parait môme assez récente, puisque l'ancien 
Mellâh ne contient pas la dixième partie de la population 
israélite actuelle. Us sont, pour la plupart, originaires de 
Tétouan, oit ils s'étaient réi'ugiés lors de leur expulsion 
d'Espagne. Mais il semble s'être produit, à une époque 
que nous n'avons pu déterminer, une immigration de juifs 
de Marrakech ^ Aucune particularité de type ne distingue 
ces deux colonies. Leur langue, outre l'arabe, est l'espa- 
gaol, mais un espagnol chargé d'archaïsmes * où on re- 
trouve facilement l'ancien andalous du xvi* siècle, époque 
à laquelle ces Juifs furent chassés d'Espagne. 

La population musulmane, quelle que soit son origine, 
parle uniquement la langue arabe '. 

I. Cette bjrpolliéae est foudée sui' ce que le grand rabbia d'El-Qçar, 
jasqu'à ces dernières années, relevait Je celui de Marrakech, el aussi sur 
les légendes relatives au marabout juif de Sidy Bel 'Ahbàs. 

a. Nolammeut de toui-uures portugaises, saus couipler beaucoup de 
mots de cette langue imporli'-s diina leur dialecte espagnol. 

3. Ou compte en outre à El-Qçar ciaq ou six Européens et une quiu- 
uiue de prolcgcs dout sept Fronçais (algériens). 





El-Qçar el-Kebîr était jadis la capitale Ju R'arb, mais 
cette province lui fut enlevée à une époque déjà ancienne ', 
et, au cours du dernier siècle, le gouvernement d'El- 
Qçar comprenait les villes d'EI-Qçar, Al-'Ar;îch, Ouaz- 
zin, et les tribus de Khlot, Tiîq et Ahl Serîf. A la mort de 
Moulay ï.lasan, celte répartition fut modiliée et on nomma 
un gouverneur spécial pour El-Qçar, avec le titre d"nmel 
et un cachet /fiia'); ce gouvernement ne comprenait que 
la ville seule. Deux gouverneurs furent nommés l'un après 
l'autre, 'Abd nl-Mûlek Sa'iily et Si TAher Aç-Çafry; puis, 
au bout de deux ans, un nouveau système fut adopté, qui 
dure encore de nos jours : l'Annel d'Al-'ArAîch gouverne 
en môme temps El Qçar et Ouaz/.ïtii mais n'a aucune tribu 
aous ses ordres. 11 est représenté par trois khalifa^ un au- 
près de luià Al-'Arâich, un â El-Qçar et le dernier à Ouaz- 
zân; mais celui-ci n'exerce aucune autorité et ne corres- 
pond même pas avec t"ftmel. 

Actuellement, le gouverneur d'Al-'Arâich, Si Mouham- 
mad ben Mouhamraad al-Mokhtary al-Gueddary, est en 
même temps q&îd des lledjaoua, tribu du lA'arb, mais cette 



I. Il De parait pas que le R^arb ait £té rénm au goarernemcnt d'El- 
Qçar après la ctlul(^ de la puissance rifitinc; le gouyernemciit de Boû 
ScU.ulm bcu A5lôt cotuprcnoil El-Qçar et le R'arb, mais le clier-licu était 
AI-'Àr&Icli. 




EL-QÇAR EL-KEBIR 



W 



¥ 



dignité est toute exceptionnelle, attachée à sa personne et 
non à son gouvernement. r'H-Qirar est donc administrée 
directement par un khallfa de l'àmel d'AI-'Arâîrh, mais 
elle est encore la résidence des deux qAîds du Khlot et du 
Tliq, dont les tribus ont été détachées du gouvernement 
d'EI-Qçar. 

Comme nous l'avons vu à Tanger, l'organisation admi- 
nistrative comprend trois ordres de fonctionnaires ; poli 
tiques, financiers et religieux, reliés chacun directement 
avec le Makhzen, mais n'ayant aucun rapport de dépen- 
dance eutre eux. Celui des trois qui a le moins d'autorité, 
à El-Qçar, est justement le khalifa. sorte de sous-préfet, 
qui logiquement devrait concentrer entre ses mains la 
direction des différents services '. 



§ 1. — Le khallfa. 



Le khalifa, représentant du Makhzen, administre la ville 
au nom du gouverneur, de T'i^mc], dont il lient ses pou- 
voirs. Nommé par le gouverneur, il ne dépend que de lui 
et ne possède d&#39;autre titre qu&#39;une simple lettre, écrite par 
r&#39;jlrael. Il ne correspond qu&#39;avec lui : le Makhzen l&#39;ignore 
absolument. 

11 ne reçoit aucun traitement, mais il a dû payer pour 
obtenir celte fonction^ de même que l&#39;âmel a dû payer à 

I. Nons n&#39;avons pas fait entrer la foDCtioa de motitasib dnna l&#39;exposé 
<1« l&#39;organisation administrative, l&#39;imporlriiice do cette charge dans In rie 
économique de la cilé la réscrvaat pour un autre chapitre. 




M



ARCHIVES MAROCAINES 



Fès : cette obligation n&#39;est pas officielle, mais elle est 
d&#39;usage. Le khalifa actuel, &#39;Abd ar-Rahmàn Al-Ya&#39;qoûby, 
de Tùtouan, a payé sa charge deux cents douros; er sendet
de plus à r&#39;ftmel, chaque vendredi, un certain nombre de 
poulets, de pig^eons et de pots de beurre, en un mot ce qui 
est nécessaire à son entretien, puisque Al-&#39;Arâich, étant 
gitich, est dispensée de toutes redevances&#39;. Il verse en 
outre au gouverneur, chaque année, le produit des kadya, 
dont il garde une partie pour lui, puis, le produit des 
amendes, des rançons de prisonniers et des taxes sur les 
lilles publiques. 

Il n&#39;a ni pouvoir réel, ni situation administrative, n&#39;étant 
vis-à-vis du Makhzen qu&#39;un secrétaire particulier du gou- 
verneur, délaché par celui-ci à El-Qçar. Aussi son auto- 
rité est-elle parfois contestée. De fréquents conflits éclatent 
entre lui et les qâlds du Khlot et du Tliq, au sujet des 
Kholly et desTllq&#39; habitant la ville, qui invoquent leur ori- 
gine pour résister aux exactions du khalifa. 

Le khalifa est logé dans un bâtiment des habous appelé 
D/îr Makhzen. En entrant en fonction, il choisit cinq ou 
six individuSj principalement des derrA/.a (tisserands)&#39;, 
auxquels il confère le titre de mokhazny et qui font l&#39;office 
de gendarme; mais il ne les paye pas, aussi continuent-ils 
à exercer leur industrie chez eux; les sokhra &#39; qu&#39;ils tou- 
chent, les indemnisent de leur service auprès du khalifa. 

Ces mokhazny ne s&#39;occupent en aucune manière de la 



1. El-Qçar nu cnnlraire eit nnîba, c*esl-à-dîre taillabte et corvéable • 
merci. Il y a vingt ans, El-Qçar fournissail une iiaiba, force année irré- 
gulière, de 35o homiues pour le quarlter do Cb.irî&#39;a et de fioo honimea 
pour celui de Bàb el-Oued. Aujourd&#39;hui elle aea iouriiit plus. Cf. De 
Cuevas, op. cit., p. iig, 

2. S.-tns doute parce qu&#39;elle esl la corpomlioa la plus importaalc! na mé- 
riquemcnl. 

3. Indeninili" de commission; cf Michaux-Uellaire, f.e.<i Impôts maro- 
cains {Archives marocaines, 1, p. 71). 



L 






EL QÇAR EL-KEBIR 



police, qui est exercée seulement sur l&#39;initiative des habi- 
tants. <lans les moments de panique. Les tentatives faites 
par le M;»lchzen pour instituer des moqaddemin al-hauma, 
chefs de quartiers, comme dans les grandes villes, ont 
H échoué, mais il arrive fréquemment que les principaux 
habitants d&#39;un quartier se réunissent le soir, dans un car- 

■ relour, et décident de faire payer une cotisation par mai- 
son (0 fr. 50 par mois, par exemple), pour payer des gar- 
diens de nuit ou des &#39;askar, qu&#39;on demande alors au qAîd 
ar-rahâ; quelcjuefois ce sont les habitants eux-méraes qui 
veillent à tour de rôle. Chaque quartier entretient de 

Imérae les portes qui le ferment et paye les portiers. 
La prison est encore placée sousTautorité du khalîfa. II 
y avait autrefois deux prisons à El-Qçar, une dans irhaque 
quartier {Bâb el&#39;Oued et Gharla); mais elles ont disparu 
pour faire place à la prison actuelle, située dans (a rue dite 
Darb ad-Diwân, presqu&#39;en face la DAr R&#39;aildn. Cette pri- 
son a été construite vers 1248 de l&#39;hégire, sous Moulay 
H &#39;Abd ar-Rahmân, à qui un nommé Ibn &#39;Amara avait donné 
deux maisons lui appartenant, dans le ]but d&#39;en faire une 
prison. Le Makh/.en, ayant accédé à ce vœu singulier, ac- 
^ corda, par firman chéritien, à cette famille, Théridilé de la 
fonction de Çâid cs-sidjiri, directeur de la prison. La fa- 
mille d&#39;Ihn &#39;Amara s&#39;étantéteinle, la prison est revenue en 
toute propriété au Makhzen. 

Elle est administrée par un Qf&#39;n&#39;d as-sidjin, nommé par 
le Makh/.en mais payé par les prisonniers, et assisté de 
trois gjrdiens sans traitement. Il n&#39;existe aucun registre 
d&#39;écrou. Lorsque le khalifa a donné l&#39;ordre d&#39;emprison- 
ner un individu, un mokhaxny va l&#39;arri^ter et le conduire 
dans la prison, où on n&#39;accède que par un étroit guichet 
carré, placé à 1",50 au-dessus du sol : on fait entrer le pri- 
sonnier la tàle la première et on le laisse retomber à l&#39;in- 
térieur. La prison est une longue salle rectangulaire à ciel 
ouverl mais pourvue sur les côtés de galeries couvertes ; 




&#39;.0 



ARCHIVES MAROCAINES 



on n&#39;y trouve aucun ameublement, mais les familles des 
prisonniers leur apportent quelquefois des nattes. Les 
gens de la campagne ont les fers aux pieds etj la nuit, la 
chaîne au cou; les citadins sont dispensés de cette me- 
sure. Enfin on ne donne aucune nourriture aux prison- 
niers ; ce sont leurs familles qui doivent subvenir à leurs 
besoins. Il n&#39;est pas rare de voir des prisonniers mourir 
de faim ou d&#39;épuisement. 

La police intérieure de la prison est faite par un moqad- 
dem, prisonnier Iui-m<>me, ayant également les fers aux 
pieds, et désigné par le qâîd as-sidjin. C&#39;est une charge 
qui s&#39;achète, car elle rapporte quelque argent à celui qui 
l&#39;exerce. Quand un prisonnier entre, le moqaddem le me- 
nace de lui mettre la chaîne au cou, à moins qu&#39;il ne paye 
quelque gratification. Il réunit ainsi les sommes néces- 
saires à l&#39;achat de l&#39;eau, de la lumière, et au nettoyage qui 
est fait par un autre pri.sonnier |)ayé. Lorsqu&#39;un prison- 
nier refuse de verser sa quote part, on confisque les ali- 
ments que ses parents lui a[>portent. Les droits perçus par 
le moqaddem servent à rétribuer le qâld as-sidjin et les 
geôliers. Ils comprennent le droit d&#39;entrée ou de chaîne, 
haqq as-silsila, 5 réaux (1 fr. 25); le droit de sortie, lors- 
qu&#39;on quitte la prison, ftagq al-habs, une peseta pour les ci- 
tadins, deux pour les campagnards(sans compter la rani;on 
qu&#39;il faut offrir au gouverneur ou au khalifa pour obtenir 
la libération, rançon qui peut varier entre 6 et lOOdouros, 
suivant la position et la fortune de chacun); enfin le pri- 
sonnier libéré doit encore payer asokkra (commission) 
du raokhazny qui l&#39;a amené en prison et celle du mokhazny 
qui a apporté l&#39;ordre d&#39;élargissement. Les juifs sont en- 
fermés dans la même prison, mais leur condition est 
moins misérable, parce qu&#39;ils s&#39;entr &#39;aident et mettent en 
commun leur nourriture. 



Je
Je





EL-QÇAR EL-KEBIR 



&#39;.1 



S 2. — Lamln al-Moustùfad. 



%



Au point de vue financier, le Makhzen est représenté 
directement à El-Qçar par r«min al-Moustafad. Cetamin, 
nommé par le sultan, reçoit une solde mensuelle de 
dix douros qu&#39;il prélève lui-môme sur ses receltes. Tl a 
comme attributions la gérance des immeubles du sultan, 
l&#39;exploilalion de la régie et de la poste du Makhzen, la 
perception des droits des portes, de marché et d&#39;abattoir, 
la liquidation des dépenses de l&#39;Etat (paiement des fonc- 
tionnaires, à l&#39;exception du qâdî et du personnel des éta- 
blissements religieux, qui sont payés par les habous), et 
l&#39;entretien de la ville (voirie). Il a son bureau au fondaq du 
sultan et dirige un nombreux personnel : un secrétaire 
{kàdb) nommé et payé par lui (2 douros par mois) qui 
lient la comptabilité, des percepteurs de {Iroils et des em- 
ployés pour la régie et la poste; il les choisit et les paye 
lui-mfime (généralement 50 centimes par jour). 

Les immeu!)les du sultan sont peu nombreux : ils pro- 
viennent pour la plupart des biens du qi!d Ben "Aouda, 
confisqués sous le règne de Sidy Motihammad. Il y a môme 
à El-Qi;ar un amîn spécial, chargé de l&#39;administration des 
oliviers de Ben &#39;Aouda dans la tribu desMaçmouda. Outre 
le fondaq du sultan, qui appartenait autrefois à la famille 
Taoud, comme nous le verrons plus loin, le Makhzen pos- 
sède à El-Qrar un fondaq, une maçrya&#39;, la Dâr R&#39;aibln, qui 
sert de caserne aux &#39;askar et quelques propriétés, cédées 



I. Mot à mol : égyptieune. Pièce au premier étage d&#39;une maison, à 
laquelle on accède pur un escalier particulier donnant sur In rue. 




4S 



ARCHIVES MAROCAINES 



par lui au vizir El-Menebhi, el qui sont actuellement sous 

séquestre, 

La Régie, çâqa, comprend ileux monopoles : 1° celui de 
la fabrication et tle la vente du tabac, iabo&#39;a, indigène, à 
priser et en feuilles, du A*//&#39;elde l&#39;opium, afioun; 2&#39; celui 
de l&#39;extraction et delà vente du soufre, kehr[t La régie 
du tabac et du kif, généralement affermée, est exploitée 
directement à El-Qrar par t&#39;amin al-moustafad, dans un 
petit fondaq, appelé fondaq aç-Çàqa ou fondaq contrata; 
c&#39;est là que se trouve la manufacture, dont l&#39;outillage se 
compose seulement de deux mortiers de bois et de deux 
pilons maniés par deux nègres; un Juif lait les paquets. la
tabac à priser se fait en pilant ensemble du piment, felfela, 
de la cendre, ramàd, et une quantité minime de labac de 
mauvaise qualité. La deuxième régie, celle du soufre, est 
louée aux enchùres chaque année : c&#39;est en ce moment un 
nommé Si Moubanimad Al-l*&#39;ichtaly qui Ta allirmée à El- 
Qçar. 

La poste est exploitée directement par l&#39;amîn al-Mous 
tafad, dans son bureau du fondaq du sultan; elle est d&#39;ail- 
leurs très peu active depuis l&#39;installation des postes fran- 
çaises et allemandes. 

Le droit des portes (octroi) est appelé nekn.i onmeka, ce 
dernier mol ayant plutôt un sensdéfavorable&#39;(risc, gabelle). 
11 est payé contre délivrance d&#39;un récépissé, conformément 
au règlement du 2 juin 1890, concerté à Tanger entre Sî 
Mouhammad Torrès, Sidy Abd al-Kerîm Bereicha et les 
représentants des puissances&#39;. Ce droit peut être affermé, 

1. La vente du salpêtre el du plomb en lingot, san«i «&#39;•Ipe monopole du 
Maklizen, ««l inlorijile, parce qii(? ces matièn&#39;seulreiit itaiislu fnbriralion 
de la poudre el des bailles, Le soufre vendu à El-Qçnr provient geoéra- 
lement du Djebel Selfàl {sidfntus?) ii nii-cheinîn entre El-Qçar et Vi». 

2. It n&#39;y a pas de régie d&#39;opium ii El-Qçar, mais ou vend de l&#39;opium de 
coalrcbande. 

3. C&#39;est par erreur que noua aroDS donné uo sens diOéreat à chaciiD 




ET.-QÇAR EL-KEBIR &#39;.3 

mais l&#39;amin d&#39;El-Qçar en dirige lui même l&#39;exploitation, en 
plaçant à l&#39;entrée de chaque roule pénétrant dans la ville 
un poste composé de deux hommes accroupis sous une 
tente. Ces employés, payés 50 centimes[lar jour, perc-oi- 
vent les taxes, les inscrivent sur un carnet, versent l&#39;ar- 
gent dans une caisse en bois percée d&#39;un trou et délivrent 
à l&#39;intéressé un récépissé écrit à la main&#39;. La ville n&#39;ayant 
pas d&#39;enceinte, il est fat-ile d&#39;y pénétrer par des sentiers 
détournés, sans passer au nekas, aussi l&#39;amin percoit-il, à 
la Qà&#39;at a/-zara&#39;, une taxe de 5 onas (20 centimes) par bis- 
Beutel[tellis) de blé apporté au marché, à moins que le mule- 
tier ne présente un récépissé constatant qu&#39;il a déjà p;iyé à 
l&#39;entrée. 

Les droits de marché, &#39;achoiir, sont perçus par Tamîn, 
avec rintermédiaire d"adoul installés dans une guérite à 
l&#39;entrée de chaque marché, mais ils peuvent être alFermés. 
En vertu d&#39;un règlement chérilien promulgué en 18%*, les 
droits à payer par les étrangers et les sujets du sultan 
indistinctement sont 10 0/0 sur les fruits secs et assimilés, 
5 0/0 sur les chevaux, mulets, ânes et chameaux, par moi- 
tié entre acheteur et vendeur, i/4 de réal sur les chèvres&#39;, 
et les moulons et 4 réaux sur les boeufs ; les peaux Irairhes 
payent un droit calculé en raison de l&#39;usage local; la
droits à payer par les sujets marocains seulement sont les 
taxes conformes ;« l&#39;usage local, sur les cuirs Isinnés, les 
haïks, les batbouches, les légumes, le bois et le charbon. 
Enfm, les impôts sur les grains, les vieux bibelots, le sel, 



de ee« dpux mois daas un prëcëdcDt article[Archives marocaines, l, 
p. G4)- O" appelle miisi ce droit &#39;afr hi-bâli. 

1. Nalurclleincat. les opérations de ces agents a&#39;ëUnl jamaîa contrd- 
lées, il» ne maafjuent pas dt- s&#39;oclroyer une larjçe part «ur le» taxe» per- 
çues diins la jourDi&#39;-e, 

2. Traduit dans Michaux-BeDaire, op. cit., appendice n» f, 

3. Dans le même article au lieu de « tête de chieo ■> lire a tJ^tc de 
çlièTrc >» (AreM-es marocaines^ loc, cit.). 






«« 



ARCHIYRS MAROCAINES 



l&#39;épicerie, la laine filée, les tanneries, les objets d&#39;argent 
et les mortiers à café ont été supprimés : nous verrons 
comment ces droits se sont trouvés en partie rétablis par 
les taxes arbitraires du niohtasib. 

Les droits d&#39;abattoir, ou plutôt d&#39;égorgemenl(o-or/ottwia) 
sont perçus par l&#39;amîn al-moiistafad qui doit les employer 
à l&#39;entretien de la ville. Ils sont de deux réaux (0 <r. 50) par 
tftle abattue, plus trois centimes par mitliqal {environ 
40 centimes) sur la valeur de la peau, à payer par moitié 
entre vendeur et acheteur (de cette peau). Ces droits 
seraient un bon revenu pour le Makhzen, puisqu&#39;ils 
étaient autrefois affermés à El-Ççar^ moyennant cent dou- 
ros par mois, mais l&#39;amin, qui devrait les dépenser pour 
l&#39;entretien de la ville, n&#39;en fait aucun usage. 

La voirie n&#39;est, en effet, l&#39;objet d&#39;aucun soin de la part 
de l&#39;amin al-Moustafad, Non seulement les ordures, dépo- 
sées dans les rues, devant les portes, ne sont jamais enle- 
vées, mais encore, le réseau d&#39;égout aboutissant à un tronc 
central — l&#39;Oued el-Malous ^ qui se jette dans le Louqqoç 
et qui pourrait rendre les plus grands services, serait 
continuellement obstrué et provo([uerait des inondations, 
si les habitants de chaque quartier ne se cotisaient de 
temps en temps, pour procéder au nettoyage partiel de leur 
branche. Nous avons vu cependant opérer celte année des 
travaux en vue du curage des égouts : cette opération 
n&#39;avait pas eu lieu depuis trente ans. L&#39;amin al-Moustafad 
répondait dernièrement aux habitants du quartier des 
Mnjnùlyin. presque tous indigents, qui se plaignaient du 
manque d&#39;entretien de la ville ; « Mangex-vous de la 
viande? — Non. — Alors vous ne payez pas la taxe de gor- 
jouma : vous n&#39;avez donc pas droit à la voirie! "



On peut ranger parmi les fonctionnaires d&#39;ordre finan- 
cier ri46où-A/cfoufî/i//i, chargé de recueillir les héritages, 




EL-QÇAR EL-KEBIR 



45



"



el faisant fonctions en môme temps û&#39;oukll ai-r&#39;oyâb, 
représentant des absents. Nommé par le sultan, sur la 
proposition du gouverneur, il prélève son traitement sur 
les perceptions qu&#39;il exerce, el se fait aider de deux &#39;adotil, 
nommés el payés également parle Makhzen. 11 emploie en 
outre un khadini al-r&#39;ourbà (serviteur des étrangers sans 
famille), inspecteur dont les l&#39;onclions consistent à cons- 
tater et a signaler les décès survenus en ville. 

L&#39;Aboû-Maouârith est chargé : 1° de recueillir au profit 
du Makhxen les successions en déshérence; 2° de percevoir 
les droits du Makhzen sur les successions où il n&#39;y a pas 
d&#39;héritiers ^rrf et où il vient comme &#39;«ceè; 3° d&#39;adminis- 
trer pour le compte des absents les successions <|ui leur 
sont dévolues; 4° de procéder à rensevelissement des 
pauvres et des personnes sans famille. Ces fonctions, qui 
exigeraient beaucoup de tact et de discrétion, donnent 
lieu, par la façon brutale et intéressée dont elles sont 
e.xercées, à de rrécjuenls scandales. Nous avons vu notam- 
ment l'aboû-maouârith apposer les scellés sur la boutique 
d'un commerçant moribond, avant de s'être a.^suré s'il était 
bien morl, el le malade, revenu subitement à la santé, 
arracher lui-même les scellés. Une autre fois rabon-ma- 
ouârith dépouilla un voyageur dans un fondaq, parce 
qu'il le croyait atteint du choléra; quelques personnes 
charitables arrivèrent à temps pour le couvrir de vêlements 
el de couvertures, les siennes ayant été enlevées, et le 
sauver ainsi d'une indisposition passagère. 






A la ttMe de l'administration religieuse se trouve le 
nàdhcr dont ilépenJ tout le temporel. Il y a deux nâclher 
à El-Qçar, l'un venant du Fès et Taulre pris généralement 
dans la famille Taoui.l, du Djebel Habtb. Nommés par le 
sultan, ils doivent seconlrôler muluellemenl ; mais comme 
leur traitement (2 fr. 50 par jour), pris sur les revenus des 
^abous, est insuffisant à leur entrelien, ils s'entendent 
tous deux pour tirer le plus d'avantages possibles des 
intérêts qui leur sont confiés. Ils présentent les dépenses 
comme égales aux recettes, ce qui leur permet de ne rien 
envoyer au trésor public'. 

Autrefois, les habous de chaque mosquée étaient gérés 
par un nâdher particulier, sous la surveillance générale du 
Qàdî. Mais ces fonctions furent centralisées, il y a une 
trentaine d'années, sous le règne de Sîdy Mouhammad, 
entre les mains d'un seul nAdher, à l'exception de quelques 
tiaboûs particuliers, gérés par les descendants des chorfa 
ou des marabouts, ces babous ayant été constitués en 
faveur de leurs zAouyas. Le premier nAdber général fut 
Al-Hadj Moul.iammad ben-Djelloul, venu de Fès; St 'Abd 
as-SalAm Taoud lui succéda, et depuis cette époque, les 
babous sont restés sous radminislration d'un membre de 
la famille Taoud, bien que Sî Abd as-Satâm ait été accusé 
d'avoir commis de nombreuses malversations. Sesdescen- 



I. Eq revaaclie, le jNâdtier envoie de l'argent ù Fcs, pour rembourser le 
(iriï (J'iicliiil Av su charge qui lui a ct6iiv;>Dcé jiarqui&#39;lque liauquier juif. Il 
existe aitisi à Fcs, des juifs qui l&#39;uul des uvauces aux caudid^iis en iuBtaoce 
auprès du Makbzen, pour l&#39;obteatiua d&#39;une fouclioa admiuiiitrative. 



L 




EL-QÇAR EL-KEBIR 



49 



dants ont continué d&#39;ailieurs à s&#39;attribuer beaucoup de 
propriétés de Ijaboùs, en détruisant les anciens registres 
pour en faire de nouveaux. Il est certain que les anciens 
registres n&#39;existent plus et qu&#39;on ne trouve plus actuelle- 
ment que des registres écrits |jar des membres de la fa- 
mille Taotiil. 

Les deux nAdher actuellement en fondions ont deux 
&#39;adoul, désignés aussi jiar le sultan et payés sur les habous. 

Les fonctions des nâdlier consistentà louer aux enchères 
les maisons, boutitjues et fondaqsapparleuant aux habous, 
à faire les réparations nécessaires ;i leur entreLieii et 
à rétribuer le personnel ecclésiasiique. Ce personnel, 
nommé parles nât.lher, à l&#39;exception de iVmcî/jide la Grande 
Mosquée, désigné direclemeut par le sultan, comprend 
pour chaque mosquée un imàm, rétribue 2 à 5 douros par 
mois et chargé de diriger les cinq prières journalières, un 
khfitlb, prédicateur faisant le prône le vendredi, plusieurs 
moùadkdhin, crieurspour appeler à la prière, payés deux 
douros par mois, et, pour la Grande Mosquée, un mouqii, 
chargé de régler les pendules en se servant de l&#39;astrolabe 
et de prévenir le moùadhdhin eu frappante la porte du mi- 
naret lorsque l&#39;heure est venue d&#39;appeler à la prière : c&#39;est 
donc le moùadhdhin de la Grande Mosquée qui appelle le 
premier, donnant le signal à tous les moùadhdhin de la 
ville. ^ Enfin les nâ^lher rétribuent le personnel judi- 
ciaire. 

Si nous avons rangé le Qâdl parmi les fonctionnaires 
d&#39;ordre religieux, c&#39;est que ses fonctions d&#39;interprète du 
droit qorûnique font de lui le personnage le plus éminenl 
et le plus respecté de la société musulmane, et que, quoicjue 
tenant ses pouvoirs du sultan, il est rétribué sur les fonds 
des habous, c&#39;est-à-dire sur les revenus des fondations 
religieuses. 

LeqtVdIî est nommé par le sultan; il est généralement 
originaire de Fès, jamais d&#39;El-Qrar. il reçoit du nàdher un 





48 



ARCHIVES MAROCAINES 



traitement de dix douros par mois et une maison des 
habous, contigiië au Dftr Makhzen, la Dàr chera ou Dàr 
al-qndî. Son personnel se compose seulement de deux 
&#39;aoun, huissiers payés par les plaignants, mais il nomme 
les &#39;arfoî^i (notaires), qui sont une vingtaine à El-Qçar. 

Le qâdî juge au civil, conformément à la loi qorânique, 
dite chera&#39;, niais il ne lient pas de tribunal; il siège quand 
on va lui demander une décision qu&#39;il ne rend pas publi- 
quement et n&#39;écrit mAme pas : ce système laisse naturel^ 
lement la porte ouverte à l&#39;arbitraire ; mais, le plaignant qui 
ne recule pas devant un sacrilice d&#39;argent pour obtenir 
gain de cause, peut en appeler du jugement du qâdi à un 
moufti, un fqih versé dans le droit et (pii rend des fetoua 
(décisions juridiques) susceptibles de peser sur le juge- 
ment du qAdî, bien que celui-ci ne soit pas tenu de s&#39;y 
conformer. On va généralement chercher des l&#39;etoua dans 
la montagne, chez les Djebala, les BenrAroùs par exemple, 
renommés pour leur connaissance du chera&#39;. Cette insti- 
tution serait utile si rautorité du raouftl élaitgénéralement 
reconnue comme dans les pays d&#39;Orient; mais il arrive 
fréquemment que deux adversaires s&#39;adressent à deux 
moufti qui se contredisent. 

Outre le qâdi de la ville, El-Qçar est encore la résidence 
du qâdi des tribus de Ktilot et de Tliq, dont le frère est 
qâîd du Khlol. Les Ivholly et Tlic|y viennent le consulter 
ordinairement les jours de marché. 



ËL-QÇAR EL-KEl^IR 



^ 



§ 4. — Hadya ci redevances diverses. 



Je



La hadya est iin don régalien fait par le peuple au 
sultan, à l&#39;occasion des trois grandes fêtes religieuses : 
el-&#39;ld el-Kebir, el-&#39;ld eç Cer&#39;ir et al-&#39;Achoùra. Elle est 
perçue assez longtemps d&#39;avance. Autrefois El-Qçar en- 
voyait au sultan, pour tliaqui) fètc, deux mètres de drap, 
cinq mètres environ de cotonnade et cinq mètres de 
mousseline, hadya représentant l&#39;industrie parliculière 
de la région. Ce don en nature fut remplacé, voici une 
quinzaine d&#39;années, par celui d&#39;une somme de 50 pesetas, 
à laquelle s&#39;djoulërent 25 pesetas pour les frais, soit en 
tout 75 pesetas. Puis, cette somme fut doublée, il y a 
huit ans, et actuellement, bien que le don envoyé au sultan 
reste fixé à 50 pesetas, le gouverneur d&#39;Al-&#39;Arâîch de- 
mande cent douros, et le khaiifa d"El-Qçar, trois cents. La 
seule corporation des tisserands, qui compte plus de 

ent métiers, a été imposée à raison d&#39;une peseta par 
métier; enfin un impôt de 1 à 5 pesetas a été perçu sur 
chacune des 1.800 maisons d&#39;El Qçar&#39;. 

La hadya fait donc Fobjet d&#39;un farda*, perçu par Tamin 
de chaque corps de métier. Le khaliia fait venir l&#39;amîn et 
lui donne le chifire à verser par sa corporation, en lui 
conGant deux riiokhazny pour l&#39;aidera vaincre la résistance 
de ses administrés. Les récalcitrants sont emprisonnés 
et on ne les relâche que moyennant une somme dix fois 

supérieure à celle qu&#39;ils devaient payer. Les protégés et 



I. Archive» marocaines, I, p. 6&#39;j. 

a. Ihid,; le farda est la part ù payer par chncan dana une taxe collee-



ARCB. lunoc. 




50



ARCHIVES MAROCAINES 



it di 



de hadya, 



leurs gens y sonl 



mais
aslreinls. Lors(|ue I atnin de corporation a ainsi réuni la 
somme demandée, il en prélève une partie pour lui, verse 
une sokhra aux mokliazny et porte le reste au khalifa qui 
s&#39;en contente généralement. Pour la hadya des maisons, 
les mokha/ny passent de maison en maison, invitant les 
propriétaires, et non les locataires, à passer chez le 
khalila, qui les fait payer en raison de leur fortune. Lcb 
familles riches, qui font de fré-
hin a, en dehors de ta ville, entre celle-ci el la ([açba des 
Uulad Acîla, originaires des Oulad Al-lfabty ". Plusieurs 
maisons du mellàh actuel sont des halioùs musulmans, 
mais la plupart sont des /ff?A&#39;(/fl&#39;, propriétés juives réelles, 
plus ou moins grevées de hazaqu. La hazaqa est le droit 
qu&#39;exerce sur une maison neuve le premier locataire de 
cette maison, qui continue à percevoir sur les locataires 
postérieurs un droit de h((z(iqa. L&#39;origine de cette cou- 
tume, qui tombe en désuétude dans les villes de la côte et 
notamment à Tanger, remonte à l&#39;expulsion des Juifs 
d&#39;Espagne. La lutte pour l&#39;existence étant devenue très 
âpre en pays musulman, et les Juifs trouvant difflci- 
lement à se loger dans des maisons musulmanes, l&#39;auto- 
rité ecclésiastique voulut mettre le locataire Israélite d&#39;une 
maison musulmane, Iv l&#39;abri d&#39;une expulsion causée par 
une surenchère venant d&#39;un de ses coreligionnaires, fîlle 
interdit aux Juifs, sous peine d&#39;excommunication, de 
louer le local à un prix supérieur au prix payé par le pre- 
mier occupant. Le propriétaire musulman s&#39;en souciait 
peu, puisque cette règle n&#39;avait pas d&#39;efTelsur les locataires 
musulmans. 

Mais par la suite, les premiers locataires trafiquèrent 
de ce droit de payer le prix fixé à l&#39;origine. Ils cédèrent 
eux-mêmes leurs places à d&#39;autres Juifs, en continuant à 
percevoir sur eux un droit dit de Iiazdqa, qui s&#39;exerce 

i. Les Oula l&#39;iniàm Al-Hahty enterré au Zer- 
hoûu, claicnt v(?nitft ici nu momeDl île la Djiiuid iivec toute leur famille, 
el s&#39;claient insl.ill<!s iLuis une cjiifba aîlur-e ù un forlroil, connu aujour- 
d&#39;hui sous le nom d&#39;Al-Mecila el couvert d&#39;oliviers. Les Oulad a!-tlab|y 
d&#39;El-Qçar se sont éteints depuis longtemps. 






les obligalions qui leur avaient été imposées, à leur entrée 
au Maroc, après leur expulsion d&#39;Espagne, et ne payent 
aucun impôt. Ils ne sont pas maltraités par les miisul- 
mans; ils sont même jusqu&#39;à un certain point redoutés 
par eux et considérés par les autorités marocaines comme 
jouissant tous, à un titre quelconque, de la protection d&#39;une 
nation européenne. Un très petit nombre de familles 
juives d&#39;EI-Qçar sont à leur aise, la grande majorité vil 
dans un état de pauvreté voisin de la misère. Les princi- 
paux commerçants israéliles ne trafiquent pas d&#39;ailleurs 
avec leurs propres capitaux, mais avec ceux de négociants 
Israélites de Tanger ou de Tétouan. 

Les Juifs d&#39;El-Qçar, comme tous ceux du Maroc, sont 
régiSj pour leur statut personnel, par la loi du Talmud et 
suivent le rite portugais. Malgré la rac.ulté (|ui leur est 
laissée d&#39;épouser deux femmes^, la polygamie y est très 
rare, de mùme que le divorce. Le fanatisme a complète- 
ment disparu chez ces Juils ; ils sont cependant restés très 
attachés à leur religion, dont ils suivent les prescriptions, 



I. C&#39;est pourquoi, dans corlainos ville* du litlornl, les chréliens 
éprouvent de grandes dilficuUés à louer des propri6Us juives : ceuK qui 
possèdent la hnzaqa s&#39;opposent par tous les moyens à celle locnlian parce 
qu&#39;ils ue peuvent percevoir le droit de l.iazaqa inr un chrétien,[.a inSme 
coutume existe en Galicie (Aulrichc). Les Juifs d&#39;KI-Qçar, i.&#39;n nous l&#39;ex- 
pliquant, traduisaient hazarfft par ermcttre 
de célébrer convenablement le jour du sabbat et les f^&#39;Stes 



I. Antrefois, en cas de persécution de la part de Icnri roÏKinii ittiiNiil- 
mans ou même de* qàid, ils poavaicnl se r(^>fu^icr sou* la %aivcy^»ric du 
qàdi. CeUe coulnme est tombée en désuétude, depuis qu&#39;ils sont éiuan- 
cipéa, dans le blad ai-Makhzen du moins. 






SB ARCHIVKS MAROCAINES 

relij,&#39;ieuseR. Elle rontrihuo, en outre, à l&#39;œuvre Israélite 
générale. Tous les ans, des raliliins viennent de Jérusalem 
et parcourent les mellâh du Maroc en recueillant des of- 
frandes; ils sont logés chez, les Israélitf^s notables de la 
ville et leurs exigences ne laissent pas que d&#39;être parfois 
indiscrètes. 



Au point de vue rabbinique, le grand rabbin d&#39;EI-Qrar 
relevait autrefois de Marrakech, où on faisait appel de 
ses jugements, ce qui peut constituer une preuve à l&#39;appui 
de Phypothose d&#39;une immigration à ILI-Qçar, de Juifs 
originaires du Sud&#39;. Depuis une cinquantaine d&#39;années, 
El-Qçar est rattachée à Télouan. II y a quelques années 
encore, le grand rabliin de Télouan prononçait des juge- 
ments d&#39;excommunication contre des Juifs d&#39;El Qcar*. 

Aujourd&#39;hui, le personne! rabbinique est ainsi composé: 
un grand rabbin nommé par le grand rabbin de Tétonan. 
et trois rabbins faisant fonctions d "adoul. Le traitement 
du grand rabbin est : 1° une part de la taxe sur la viande ; 
2* une part des aumônes; 3° le droit d&#39;êgorgement des pou- 
lets, opération qu&#39;il pratique lui-même; il se promène à 
cet eiïet dans le mellAh, le vendredi soir, un rasoir à la 
main. On le paye par abonnement, de 2 pes. 50 à 10 pese- 
tas par an, suivant la quantité de poulets qu&#39;on fait tuer, 
le 9&#39;" jour du mois de Tisry (l"" mois) Les Juifs sont tenus 
de laire tuer leurs poulets par lui, mais tout rabbin indé- 
pendant peut tuer lui-même. 

Il y a quatre synagogues à EI-Qçar : trois au mellAh et 
une grande qui est aujourd&#39;hui détruite. Une seule appar- 

1. Ud autre argument en fareur de cette hypothèse est l&#39;existence d&#39;un 
marabout juif placé bous l&#39;invociitioa de Sidy Bel &#39;Abbàs de MiarràkecK : 
Duus en parlerons plue loin. 

2. CtB jugements sont une source de difficultés et d&#39;obatnclea pour les 
autorités coDsulaireB, luraqu&#39;ils sont exercés aurdcB protégea européens. 



Je





EL-QÇAR EI-KEBÎR 57 

tient à la Junla; les deux autres sont à deux particuliers, 
Nahnii et Mellon!. 

L&#39;instruction est donnt-e aoLuellement dans trois écoles 
rabbiniqiies payantes (1 pes. par mois), toutes trois dans 
une mi^me maison, appartenant aux haboùs de la mosquée 
d Ibn Rahmoi&#39;in, louée deux douros par mois. On n&#39;y donne 
qu&#39;un enseignement exclusivement religieux et incompa- 
tible avec les besoins de la communauté israélite &#39;. 



t. L&#39;alliance iar-iélile universelle enIrcLrnail autrefois une érole à El* 
Qç.-ir; l&#39;Ile iiVii il |]lus aujourd&#39;liiii. rendant plusieurs uiiui5ch, In Heuie 
instriirtion donnée aiut cnfnnta juila compren.-iit riic&#39;&#39;l)rcu, enseigné par le 
rabbin, el lu IccUire Hcb livres de relijîion. Eu iHçfg., l&#39;AlHiiuce trançaise 
envoya un prolisseiir h El-Qçnr. Ce profesieur rëuntt une soixnnlaine 
dV&#39;lèves israt&#39;liles, qui (irciil d&#39;asHeK rapides progrèi dans noire tangue. 
L&#39;Alliance ne disposant pns de fonds suflisantn pour donner une indemnité 
convenable au professeur, le Délégué à Tanfjer demanda h la commu- 
nauté d"EI-Qçar de contribuer à Fcotrelien de t&#39;etle école. Les fonds né- 
cessaires furent votés par In oommunnuté, mais iiu lieu de les attribuer 
au professeur del&#39;AIlInncc, ceux qui &#39;ïlaienlchiirgés de les employer, s&#39;en 
servirent pour ouvrir une école exclusivement israélite, dont ils coofiéronl 
la diri-clion à un Jtiif do fiibrallar, qui .&#39;oseiffna aux enfants l&#39;hébreu, res[);v 
giiol et un peu de frarirais. Dansces conditions, l&#39;école de l&#39;Alliance, réduite 
à ses seules ressources, végéta pendant quatre ans, puis disparut. Il sem- 
ble d&#39;ailleurs que les Israélites d&#39;EI-Qçar préfèrent voir leurs enfants 
apprendre IVspa^nnl, pluli^l que le français, la langue espagnole élan 
la plus répandue, après l&#39;arabe, parmi les Juifs marocains. 





58 ARCHIVES MAROCAINES 



IV 



La. vie domestique et la famille. 



§ 1. — V Habitat. 

El-Qçar n&#39;a pas moins de 1.800 maisons, d&#39;inégale gran- 
deur, mais se rattachant à un type unique de construction* 
celui des petites villes du nord-marocain, où les usages 
européens n&#39;ont pas encore pénétré. Les maisons sont en 
briques cuites au feu ; ce sont les fakhkhârtn, potiers, 
qui les fabriquent et les vendent directement. Elles ont la 
même forme que les nôtres, mais sont moins épaisses de 
moitié. Les jardins sont généralement clos de murs en 
briques : les maçons placent deux rangées de briques 
obliques, puis quatre ou cinq rangées horizontales, puis 
deux rangées obliques, et ainsi de suite, disposition par- 
ticulière qui donne à ces clôtures un aspect très étrange 
et spécial à El-Qçar. 

Les murs des habitations sont en briques, toutes hori- 
zontales, crépies et blanchies à l&#39;intérieur seulement, 
dans les maisons aisées; dans les maisons pauvres, elles 
sont simplement blanchies. L&#39;usage des tâbya, dont nous 
avons expliqué la fabrication et l&#39;emploi, dans l&#39;ancien 
Qçar, est complètement tombé en désuétude ; die einwohner
éprouvent même une sorte de répugnance à se servir de 



EL.QÇAR EL.KEBIR 

ce procédé; ils refiisenl de faire aucune ponstniction en 
tâbya, ce qui pourrait Hiire croire que le Makhzen aurait 
interdit à certaine époque ce mode de construction, à El- 
Qçar seulement, caries édifices de Fôs sont presque tous 
en lî^bya. 

Les toitures étaient autrefois en tuiles, fabriquées à El- 
Qçar et aiïectant ta forme d&#39;un demi-rjlindre ; on plaçait 
en ce ras deux rangées de tuiles, la rangée supérieure le 
dos en haut et la rangée inférieure le dos en bas. Ces tuiles, 
qui étaient rouges pour les bâtiments civils et émaillées en 
vert pour les mosquées et marabouts, semblent disparaître 
de plus en plus, en raison de la tendance à construire de^ 
terrasses. 

Les habitations d&#39;EI-Qçar, riches ou pauvres, sont géné- 
ralement construites sur le m^me plan, On entre par une 
porte basse, de peu d&#39;a[)parence&#39;, et on se trouve dans un 
couloir coudé, conduisant dans une cour ou patio carré, 
autour duquel s&#39;ouvrent quatre pièces sans fenêtre, 
longues et étroites, parce que les poutres servant à cons- 
truire les plafonds, en ccdre ou en arar, venant de Ghe- 
chaoun. n&#39;ont jamais plus de 2°, 50 à 3 mètres <le longueur, 
On commence, il est vrai, à importer des bois du Rif par 
Al-&#39;ArAicli et il est probable que celte circonstance influera 
sur l&#39;architeclure civile d&#39;EI-Qçar. Le patio et les salles 
des maisons riches sont généralement ornés de mosaïques 
et de carrelages. Ces derniers sont fabriqués à E[-()çar 
par les Qachchàchîn, mais les mosaïqnes viennent de Tes 
ou quelquefois de Tétouan. Elles se reconnaissent alors 
facilement, les procédés de fabrication étant diiïércnts*. 



1. La préoccupation de loiit proprit^lairc est en elTel rl&#39;atlircr le moiii» 
possible l&#39;attention du Makiizcii slip son habitalioD, nfin <)ti ne pas exciter 
ses convoitises. 

2. Les mosaïstes de t'es propareut d'nbord de* carreaux de «"".tf) de 
cAtë, colorés et Ternis de dilTt^rcoLes couleurs et cuits. Ils prennent ensuite 
un ciseau à froid à large tête et frappent cliaque earreau avec benucoup 





60 



ARCHIVES MAROCAINES 



Le premier étage est conslrtjit sur le môme plan : quatre 
pièces longues cl étroiles s'ouvrent sur une terrasse don- 
nant sur le patio. C'est là que se trouvent la cuisine et 
l'appartement des femmes. 

La maison pauvre est plus simple : le sol est en terre 
battue ; les portes et les galeries manquent; on trouve gé- 
néralement deux pièces aurez-de-chaussée, un puits et un 
réduit pour la meule. Au premier étage est ménagée une 
pièce appelée roifa al-qanoùn, parce qu'elle contient un 
fourneau de terre : c'est la cuisine. 

La disposition des maisons jtiives ne diffère pas beau- 
coup, mais on accède dans !e patio directement, par un 
couloir faisant face à l'entrée, au lieu d'tHre coudé, comme 
dans la maison musulmane*. Un grand nombre de Juifs 
vivent dans les fondaqs; ils y louent une pièce où ils 
s'installent avec tonte leur famille. 

Quelques personnages riches d'El-Qçaront commencé à 
construire des mînzah, villa.q, aux environs immédiats de 
la ville, au milieu des jardins'. Ce sont des maisons 
luxueuses, hautes de deux étages et surmontées d'une ter- 
rasse; la disposition intérieure n'est pas la môme que 
celle des maisons ordinaires :il n'y a pas de patio, mais on 
y trouve généralement tme grande pièce au premier étage, 
percée de nombreuses fenêtres basses à ras du sol, proté- 
gées par des grilles en fer. Le dallage est luxueux et les 



d'hr.biletd, de fnçon à briser le carre»u pu «uiv^int les lignes du ilessin 
qu'un a imcé dessus. IjCb morceaux éUiil nînsi découpés, ils les placent 
sur le sol, en le» assptiibliinl jjour rcconstiluer le dessin prîmilif. A Tc'- 
louan, au coiitrniro, on iJonofl à l:i inosiiïque le dossin voulu, îiv.inl de la 
cuire. Celle diffémncc de proc-dé lient à In (|i];ililc de la lerre employée. 

1. La raison de ccUe coutume est, lorsqu'on ouvre In porte d'entrée, 
d'empêcher les regards indiscrets de pt^nélrcr jusqu'au palio ou donncat 
les appartement» des femmes, dans les ■n.-iisons musulitiiines. 

2. Les trois principales sont celles de Moulay l-'Arby, chérif d'Ouazzio, 
de l'Algérien Chnoucli et du goareroeur At-Klialkhaly, 



I 
I 




EL-QCAR EL-KEBIR 



61 



murs revêtus de faïences de provenance espagnole et d'or- 
nements en stuc. 

Les Rifains habitent aux environs immédiats d*El-Qçar, 
dans des nouait (pi. de nouwâla), huttes de branchage et 
de chaume, comme dans la région do Tanger. 




S 2. — Lt Vos lu 



me. 



Le costume des habitants d'Ei-Qt;ar liiflcre peu de celui 
le tous les citadins du Maroc septentrional, mais il n'est 
pas le môme qu'à Fès, où ou porte le haïk. Ce manteau, 
qui parait avoir été porté à El-Qt;ar à l'époque de Léon 
l'Africain et de Marmol ', lesquels déclarent que les habi- 

fmts de cette ville s'habillaient avec recherche et élégance, 
'ê8t plus porté qu'aux grandes l'iMes de famille ou aux 
ftrémonies : c'est le vêlement makhzen. 
Les bourgeois aisés ont généralement deux costumes : 
un costume d'hiver en drap (melf), et un d'été en salin de 
laine [toubit]. Le premier porte le nom de kisoua mnhçoâr 
(costume ajusté). Il se compose d'une veste ouverte [mak- 
^Mçodr), de deux gilets [badù'ya], l'un fermé el l'aulre ou- 
vert au-dessus, d'un pantalon large [serouat fjtindrîsa), 
d'une ceinture de lanie ou de soie [koui'zyà), d'un surplis 

>{jouqya) sans manche, et d&#39;une chemise ouverte sur le 
coté, qu&#39;on endosse par-dessus la ceinture[hanimya). cette
, costume, confectionné i Fès ou à Tétouan, revient à 24 ou 
25 douros. 

Le vêlement d&#39;été comprend un caftan en drap ou en 

I. LéoM l&#39;Alricaio, op. cji., Il, p. aia; Marmol, op. cit., p. 208. 






62



ARCHIVES MAROCAINES 



salio de laine, une ceinture {mdamma) en cuir brodé de 
soie, à boucle, serrée sur Je caftan ; une tunique de mous» 
seline blanche {J&#39;aràdjya); uu pantalon mokhazny en drap 
brodéj ordinairement bleu, à longues jambes, pour monter 
à cheval. Le eaftau, conleclionné à Fus, vaut environ huit 
douros; le reste du costume est fait à El-Qçar : on peut 
l&#39;évaluer à cpialru douros. 

Enlin, lorsqu&#39;un citadin sort, il passe, sur ces vêtements, 
une djtUaba de huue blanihe ou de drap bleu foncé, cou- 
pée à Fès ou à Ouatzân, mais cousue à El-Qçar. La coiffure 
est uniformément le tarbouche et le turban[r&#39;azza). la
chaussure est la babouche (ie/r&#39;a) en cuir jaune, faite à El" 
Qrar, et. pour l&#39;intérieur, le .ve/&#39;c/ùvy, confectionné à Fès; 
c&#39;est la babouche du ilakhzen ; elle est plus légère et plus 
(ine que le Itelr&#39;a, et la samelle, au lieu d&#39;être ovale, est 
coupée suivant la forme du pied. Enlin un citadin aisé ue 
sort pas sans son ta[»is a[irière (lnùda), en feutre bleu ou 
rouge, soi<:rtieusemeut plié sous son bras. 

Le costume des femmes est plus simple. Il se compose 
d'une chemise ihuiiunaya) ouverte sur le devant, d'un 
seroual, pantalon en drap ou en soie, d'une tunique de 
mousseline brodée (te/lu) et d'une ceinture [hazain) très 
large, brodée à Fès, ou une mdamma de cuir, ornée de 
paillettes d'or et de sequins [mouzeiis Betizekry)'. Elles 
se couvrent la léle d'un ou deux foulards de soie, et sont 
chaussées à la maison de c/icrùit, [lelites babouches de cuir 
rouge, souvent ornées de broderies. Lorsqu'elles sortent, 
elles se couvrent d'un haik, lourde couverture de laine, et 
chaussent des re/it/u, babouches de cuir noir confection- 
nées à Fès. Ce costume complet peut coûter environ une 
vingtaine de douros. Mais certaines pièces atteignent par- 
fois des prix bien supérieurs, suivant le luxe de broderies 

I. C'est-à-dirt' moinauna (petite pièce île moaniiie), suivi du nom du 
fabricant, Beazekry. 





EL-QÇAR EL-KEBIR 



«3 



d'or qu'on y met, dans les familles riches : une ceinture 

brodée à Fès, par exemple, peut valoir de six à quatre- 
vingt douros; mais les l'amilles très l'orlLinées élanl peu 
B nombreuses à EI-Qt-ar, le costume des femmes dans cette 
ville est plutôt simple. 

Quoique les Marocains, en jjénéral, fassent beaucoup de 
frais pour leur habillement, et compensent par un certain 
luxe de vôtemenls, le confort qui leur manque dans leur 
intérieur, il s'en faut que les costumes que nous venons 
de décrire soient ceux de la majorité des citadins. Les 
hommes de condition pauvre suppriment les pièces les 
plus coûteuses de ces vêtements et surtout le caflan. Il 
ne leur reste plus qu'une chemise, quelquefois deux ou 
trois l'une sur l'autre, un pantalon de toile ou de coton- 
nade blanche, une ceinture de laine rourje [kourzya], sou- 
vent munie de libres de palmier nain habilement tressées, 
une tunique de laine sans manche {kachchàba) et une djel- 
laba en grosse laine blanche ou jjjrise. 

Le vêtement des femmes pauvres est encore plus rudi- 
menlaire : une chemise, un tefiii très long et un foulard 
sur la tête ; dépourvues de pantalon et les pieds nus, elles 
n'ont pour se dissimuler dans la rue (|ue l'inévitable haïlv 
dans lequel elles s'enveloppent en se couvrant complète- 
ment le visage. Le costume des hommes du peuple ne 
coûte pas cinq douros; celui des femmes en vaut à peine 
deux. Les haïks et tissus de laine sont fabriqués àEl-Qçar, 
comme nous le verrons plus loin. 




M 



ARCHIVES MAROCAINES 



S 3. — L'AUmenUilion. 



Si quelques-uns des mels qui sont la base de tout repas 
marocain se retrouvent ici, les habitants d'El-Qçar ont ce- 
pendant certains plats qui leur sont particuliers. Les gens 
des classes aisées apjjorlent autant de raflinements dans 
leur alimentation que dans leur liabillemenl. Il font quatre 
repas par jour, servis à terre ; on pose le tajiH sLâouy (plat 
de Salé) sur une inalda, petite table ronde et très basse, 
avec un rebord; on dispose les pains tout autour et les 
convives, assis par terre sur des tapis, autour de la mafda, 
mangent en trempant leur pain dans la sauce et en arra- 
chant la viande avec leurs doigts, pour s'ollVir les uns aux 
autres les plus beaux morceaux. 

Le premier déjeuner, servi le matin de très bonne heure, 
se compose de ta (tarira, potage à la viande, avec un pou- 
let, du beurre, des œufs, du levain et de la semoule ou du 
riz. Vers 10 heures du matin, on sert le déjeuner (/tor) 
dont le plat principal est le qahàb, viande de mouton cou- 
pée en petits morceaux et cuite en brochette, ou le qitfta, 
petites saucisses de viande de bœuf eu brochette, Ibrte- 
ment épicées et aromatisées. Quelquefois on y ajoute des 
s/tind/, beignets frits dans l'huile et semblables, comme le 
nom rindi(|ue, à une éponge; enlin on boit du thé à la 
menthe [nânà] en mangeant du pain et du beurre. 

Le dîner [r'da) a lieu à V'açr, de 2 à 3 heures : c'est le 
plus grand repas de la journée. Il se compose de viande 
{qabàb alqa/ïa), volailles, thé, etc. Le souper {'«c/ia) est 
de 7 heures à b heures du soir; il est représenté par ua 





EL-QÇAR EL-KEBIR 



65 



des deux plais nationaux, le lajlii et le siksoiî. Le tajin est 
un ragoût tle mouton aux patates, aux navets ou aux car- 
dons (A/iorcAi/), jamais aux pommes déterre, ce tubercule 
étant laissé aux Chrétiens et aux Juifs. Le siksoû est un 
couscous à la volaille, ou au sucre, saupoudré de cannelle 
et qu'en ce cas on appelle ceffa. Le couscous se mange 
toujours sans pain. La lioisson est invariablement l'eau 
pure, quelquefois parfumée à la fleur d'oranger {mâ-zur) 
on boit généralement à la lin du repas, dans le même bol 
ou la mt*ime gargoulette qu'on se passe de main en main, 
Il est très rare qu'on mange des desserts et friandises : 
celles-ci sont réservées aux festins des létes religieuses 
ou des mariages. 

Dans les grandes maisons, on prépare trois sortes de 
pain : le pain de semoule pour les lionimes, le pain de fa- 
rine inférieure pour les femmes et les servantes, etie pain 
de ichich (son et farine) pour la domesticité. Ces pains 
sont pétris à la maison, en galettes rondes ; on les recouvre 
alors d'un haïlc pour laisser fermenter la pâte et on les 
porte au four banal qu'on paye au mois, suivant la quantité 
de pains qu'on lait cuire chaque jour; ce prix est d'ailleurs 
très minime : il [leut varier de 2 sous 1/2 à 5 sous par mois. 
Les grandes maisons ne payent pas d'abonnement, mais 
donnent un mouton au fouruadjy, à la fête de l"ld el-lvebir. 
Certaines maisons consomment, avec les clients et les do- 
mestiques, un motiddde blé par jour (40 kilog.) 
k Généralement, le mari mange dans la plus belle salle 
"avec ses parents ou ses amis, rarement seul; les femmes 
se contentent des restes qu'elles partagent avec leurs ser- 
vantes. Souvent, lorsque le mari est seul, son épouse 
vient le servir et retourne achever les restes à la cuisine 
avec les domesti(|ue8. Il est assez, rare que le mari et la 
femme mangent ensemble, à moins que ce ne soit dans la 
petite bourgeoisie. 

L'alrmentation de la classe pauvre, ([iii esl natu Tellement 

ÀHCU. MAkOC. S 






fie ARCHIVES MAROCAINES 

la plus nombreuse à El-Qçar, est des plus rudimentaires. 
Il n'entre jamais, dans les maisons pauvres, que du paia 
d'orge ou du doura et pas de viande : la plupart ne man- 
gent de viande qu'une fois par an, à l"Id el-Kebîr, fête du 
mouton. Ils sont d'ailleurs d'une sobriété extraordinaire, 
vivant toute une journée avec un morceau de pain et un 
oignon ou une tomate, ou quelquefois une tranche de me- 
lon. Ils n'ont aucune provision d'avance; la journée finie, 
ils achètent, avec l'argent qu'ils ont péniblement gagné, 
de quoi faire le pain de doura que la femme moudra et 
pétrira le soir, pour le lendemain matin. 

Ils n'ont en réalité qu'un repas par jour, V'acha (souper), 
qui se compose de fèves ou de pois chiches préparés de 
différentes manières : il y a le balsar, purée de fèves à 
l'huile, ail et épices; le raïb, pâtée au lait aigre ou caillé; 
le mengoub, ragoût de fèves entières, potiron, piment, 
lentilles, le tout assaisonné d'huile ; le halheul, couscous 
de doura ; le saïkok, couscous de doura au lait aigre avec 
fèves vertes, pois chiches ou fèves grillées ; le barkokchy 
couscous gras au lait; le bouden, pâte de farine arrosée de 
lait; le zaloq, compote de potiron sans sucre, etc. 

Cette alimentation est très peu coûteuse, mais ne suffit 
pas à donner à la classe ouvrière la force et l'énergie né- 
cessaires à l'accomplissement de travaux quelque peu la- 
borieux. 



§ 4. — Le Mariage. 



Les coutumes du mariage à El-Qçar se sont mieux con- 
servées qu'à Tanger, où elles ont subi l'influence des mi- 
lieux européens. L'habitude de déployer un faste exagéré 



I 
I 



I 
I 



ËL-QÇAR EL-KEBIR 6? 

& roccasion de cet événement est complètement disparue 
à Tanger; il n'en est pas de uiôme en province, où les ja- 
lousies et les rivalités tle familles sont plus accentuées. 
Chacun essaye d'écraser son voisin. Nous avons vu nn 
fqîh, gagnant à peine une trentaine de pesetas par mois, 
dépenser à I occasion de son mariage avec la fille d'un 
marchand de qafta (saucisses) une somme de près de 
mille pesetas, dont les trois quarts étaient empruntés. 
Aussi les fêtes sont-elles plus longues, mais les réjouis- 
sances consistent presque uniquement en festins olTerts à 
tous les amis et même à des personnes avec qui on n'a que 
des rel.itions éloignées. 

Il y a quatre catégories de mariage : le mariage complet, 
deux fiancés n'ayant jamais été mariés, le muriage d'un 
homme déjà marié, veuf ou divorcé avec une vierge, celui 
d'une veuve ou divorcée avec un célibataire et celui d'un 
homme marié, veuf ou divorcé, avec une veuve ou divor- 
cée. Les réjouissances vont en diminuant depuis le ma- 
riage complet just[u'au quatrième mariage, qui n'est plus 
qu'une simple lorinalilé suivie dun dîner entre intimes. 
La polygamie est assez répandue à El-Qçar, mais il n'est 
pas d'usage d'avoir des concubines; en revanche, les es- 
claves négresses sont très recherchées. 

Dans une petite ville oii toutes les familles se con- 
naissent, la Khaftàba ' de profession n'existe pas. Souvent 
deux jeunes gens sont destinés l'un à l'aulre par leurs fa- 
milles, dès leur enfance. Enfin le mariage entre cousin et 
cousine est très fréquent. 

Lorsque les familles se sont mises d'accord sur la dot, 
le père du jeune homme va faire la demande officielle au 
père de la jeune fille. Cette demande donne lieu à une 
petite manifestation. On va chercher les lanternes du ma- 

I. La KhuUàba est une fi>iiiiui- qui se chariot de l&#39;L-uIitirchur les jeunes 
(illcs il marier, de piéfiarei- <.lt;s iiuiuiis i-l de iiietlre les tutnîlles en rela- 
tiou daus ce but; il y eu a deux uu truis à Taugcr. 







consignent eiisiiitu ce fait par une simple note appelée 
tklda. Le fiancé annonce à la jeune fille qu'il est prêt à 
commencer les cérémonies, en lui envoyant le blé, le 
beurre, un bœuf, de l'huile, du bois, du charbon, des bou- 
gies, du henné, et deux ou trois douros pour payer le ham- 
mam (bain) de la fiancée. On fixe alors la date du mariage. 

Le premier jour est le nahf al-bedoù (commencement) 
pendant lei|uel le fiancé désigne ses vizirs et leur offre nu 
dîner. Le lendemain, al-hadya^ est le jour que nous avons 
appelé à Tanger iiahr addablha. Le jeune homme envoie 
chez sa fiancée le taureau et le beurre, avec accompagne- 
ment de labal et de r'aita (tambourin et flûte). La journée 
se passe en fête pour les femmes et vers le soir on tue le 
taureau, pendant que les maddà/tni (fqîra de Tanger) 
frappent sur leurs agoual. Le lendemain a lieu la grande 
nuil{lellal el-Kebîra) : c'est la grande fête des femmes. 

Elles viennent le soir à la maison de la fiancée', appor- 
tant leurs plus beau.v vêtements et leurs bijoux, souvent 
empruntés, dans un petit sac porté par une servante ; elles 
s'habillent dans une pièce réservée à cet effet, et vont s'as- 
seoir sur des chaises, dans une grande salle illuminée; lors- 
qu'une chérifa entre, les maddâliat vont à sa rencontre et 
l'introduisent en musique, d'abord dans le cabinet de toi- 
lette, puis dans le salon. Elle s'asseoit alors sur une chaise 



I. Quelques jours avajii lu Ipiliil el-KL'bifii on a eu so'tii iJ'eiivoyi,'r les 
'itrrâlja, IiuiuujI'b el fumiucs, cburgcs de fuiru lus iavilulioa!) vccbiile- 
lueul à luuB lus uuiÏH cl cunaiiisEanutii, 




EL-QÇAR EL KEBIR 



69 



et reste sans bouger, mais en s'éventant avec un foulard 
de soie neuf; on l'appelle hailàra (qui est en évidence). Les 
invitées exécutent alors, à tour de rôle, la danse appelée 
rdeih : c'est un pas marché que les femmes exécutent en 

I tenant un foulard dans chaque main, croisant les mains et 
lialanrant les bras en cadence, les yeux baissés, l'air céré' 
monieux et prétentieux, nullement lascif, au son des 
agoiial. Celles qui ne veulent pas danser, payent les mad- 
dAhat pour danser à leur place. Lorsque la famille de la 
fiancée a conclu un marché à forfait avec les maddAhal, 
celles-ci doivent lui verser les g^Aa/'rtHttt (gratifications) (|ue 

Iles invitées leur donnent. La fête se termine très tard dans 
la nuit et les invitées qui demeurent trop loin couchent 
souvent à la maison. Quant à fa fiancée, elle reste absente 
pendant toute cette cérémonie ; ses vizirats seules la 
voient; si sa maison ne contient pas de chambre où elle 
puisse se réfugier, elle se rend chez une voisine et reste 

i cachée {mahdjoùba). 
Cette nuit-là est, pour le fiancé, la nuit du henné. On 
l'emmène d'abord aia marabout le plus proche et on récite 
en cœur la fâtiha, en demandant la bénédiction du saint, 
puis on le ramène à sa maison où on le rase ; on le conduit 
une deuxième fois au marabout avant de lui enduire les 
I doigts de henné, très légèrement : cette opération est tou- 
jours pratiquée par des laboureurs qu'on a le soin de faire 
venir. Le henné est fourni par un chérif ou un personnage 
I de marque à qui on a été demander cette faveur, ce qui est 
considéré comme un grand honneur. Ce henné se présente 
dans unfdat recouvcrtd'un couvercle pointu, avec un autre 
plat coiitenantdu rouad[[>stvïuxs mélangés). Lorsque l&#39;opé- 
■ ration est terminée, on pose au milieu du plat de henné un 
bracelet d&#39;argent, et chacun y dépose les gharAma, tandis 
qu&#39;un crieur, barràh, annonce les sommes versées ainsi 
pour le Dancé ; ce n&#39;est donc pas un cadeau discret, mais 
une dette qu&#39;on acquitte ou qu&#39;on impose au liancé qui 






70



ARCHIVES MAROCAINES 



devra rendre exactement la même valeur dans les cas ana- 
logues, d&#39;où le mot de gharànta >li>iil le sens est rembour- 
sement &#39;. 

Le r|ualrième jour, na/ir roua/i ou na/ir al &#39; ammârya 
se passe à mettre le henné à la jenm; fillt! et i rédiger le 
contrat, d&#39;après la ikida prise préc6&#39;liMiimetit. Les &#39;adoul 
viennent en conip;iui est usé Ils vont alors demander au fiancé 
s&#39;il acce[)1e c<?s cfuiditions et. en i-e cas, apposent leurs 
signatures sur l&#39;acte; mais, " s&#39;il est un homme », disent les 
habitants d&#39;Ei-Qçar. le fiancé refuse, ne voulant pas admet- 
tre que sa femme entre dans le ménage avec un droit 
quelconque. En ce cas, le mari n&#39;est plus responsable de ce 
qu&#39;il plaît à sa femme d&#39;apporter. En tout cas, c&#39;est une 
simple formalité qui ne peut rompre le mariage. 

Avant le maghrîb, on l&#39;;iil sortir la &#39;ammûrya, toute 
parée, on la[iromène en ville et on vient chercher la jeune 
fille, qui y enlre vêtue seulement d&#39;un i;aleçon et d&#39;une 
chemise, sans ceinture, c&#39;esl-à-dire prèle à être déposée 
sur le lit nuptial. Celte cérémonie donnait souvent lieu, 
autrefois, à des scènes vioIenle.s, chacun cherchant à arra- 
cher aux autres la ammârya pour la porter lui-même; la
porteurs liraient leurs couteaux et se ballaicnl avec achar- 
nement, tandis que la ammârya tombait par terre el que 
la fiancée, à demi-nue, roulait dans la rue. Les mœurs des 
Qçariens sont aujourd&#39;hui beaucoup plus pacifiques : on 



t.Ce reoibourspiQcnt est exigé, surtout chez les remmes, d&#39;une façon 
t^^8 rîfçoureuse. On a vu des farailles ponruuivirs dev-aiil le qàdî et con» 
dncnnt^es pour avoir négligé de rendre des gharnmn qu&#39;elles avaieat reçus 
ii ToTasion de fcles de fîtmillc, on pour avoir rdidii des samiues inld- 
rieures à celles qu&#39;on leur iivail upporU-es, 



Je



EL-QÇAR EL-KEBIR 



71



se contente d&#39;amener sans lirait la &#39;ammArya à la maison 
«Jli liancé; les amies conduisent la jeune llUe dans la 
chambre nupliiile et la déposent sur le lit, tandis qu&#39;une 
viiira reste seule à attendre de l&#39;autre côté du patio. la
fianié, occupé avec ses amis, tarde souvent à venir; lors- 
qu&#39;il sort de la chambre, la naggAfa &#39; pousse un you-you 
strident annonçant que le mariage est consommé, et le 
jeune liomme s&#39;en retourne achever la nuit avec ses amis, 
La naggîila entre dans la chambre, prend le seroual et va 
le montrera toutes les invités, qui lui donnent quelques 
gratifications; elle garde en outre les vêtements que por- 
tait la fiancée celte nuit-là. 

Le lendemain matin, çbouh, arrive chez le marié un 
immense couscous porté par six hommes et venant de la 
maison delà mariée ; le taba! et lar&#39;alta appellent les invités 
et la journée se passe en festin, tandis que la mariée reste 
enfermée dans la chambre&#39;. Pendant les sept jours qui sui- 
vent, le déjeuner du matin est apporté de la maison de la 
famille de la mariée. Le 8&#39; jour a lieu la khanlja[sortie)^ 
pendant laquelle la nouvelle mariée, qu&#39;on a conduite au 
bain * la veille au soir, sort dans le patio où sont réunies les 
femmes. Elle a revêtu pour cette réception trois cadeaux 
apportés par le fiancé en plus de la dot : la cherbya, voile 
de mousseline de laine noire brodé d&#39;or, le kambouj, voile 
rouge doré, et le hazam, ceinture de Fcs. C&#39;est la première 
fois depuis le jour de la &#39;ammirya qu&#39;elle met sa cein- 
ture. Les invitées versent alors des gharàma au profil de la 
mère de la mariée. Celle-ci ne sortira pas dans la rue, si 

I. Ordinairement une aégresse, esrlave ou domestique, qui entre seule 
dans la cliitrribre nuptinli&#39; el vp&#39;ille :"i lu porte pour on interdire l&#39;accès. 

1. Ce jour-là lu liaocé achète &#39;les fruits secs pour manger avec sa femine 

et SCS amis pendant la seinaiue qui suivra Nous avons remarqué une 

coulunie <t peu prés analogue au Fnliç. 

I 3. Il existe à cet elfet dans chaque bain une pièce réservée aux fiancés 

ou aux nouveaux -ma ries; on l&#39;appelle hait ai-&#39;&#39;arâis (chambre des fiancés. 





Dès les premières doulenrs de l&#39;enfantement, les plus 
proches parents de la femme et du mari se réunissent dans 
la chambre de la femme. L&#39;accoucheuse, al-fjàbta. est
auprès d&#39;elle, assise parterre; une ceinture de laine, géné- 
ralement rouj^e, est attachée au plafond par un anneau, et 
pentl devant la femme, afin (|u&#39;el]e puisse s&#39;y accrocher 
pour aider à l&#39;accouchement. Celte ceinture ainsi placée 
s&#39;appelle rt^mrt7H<^>l l&#39;aide ». Au moment où l&#39;accouchement 
va avoir lieu, on tend un haïk d&#39;un mur ix l&#39;autre, à 1 aiJe de 
clous, séparant etcachanl la femme qui va accoucher. II ne 
reste avec elle que Taccoucheuse et une aide quelconque, 
mais assez forte, qui soutient l&#39;accouchée sous les bras, et. 
une fois l&#39;opération accomplie, secoue vigoureusement la 
malheureuse en la soulevant et en la laissant retomber à 
plusieurs reprises, pour faciliter l&#39;expulsion du placenta, 
til-khiaç. Ce khlaç est ensuite enterré dans un coin quel- 
conque. 

Quel que soit le sexe de l&#39;enfant, les parents présents 
poussent immédiatement des you-you stridents appelés[-QÇAR EL-KEBIR 



73



Je



Je



Je



zfirarit, et préparent le festin composé de pâtes quel- 
conques, te plus souvent celle appelée r&#39;/àïf, et de thé. 
Les piirentes plus éloignées, les voisines et les amies vien- 
nent à ce repas. Le tabal, la r&#39;aita et les maddiïhat (joueuses 
d&#39;agoual) viennent accompagner la fôte et continuent pen- 
dant sept jours à jouer un petit air malin et soir, dans la 
rue, à la porte de l&#39;accouchée. Au moment de la naissance, 
l&#39;accoucheuse peint les sourcils et les cils du nouveau-né 
au kol.ieul et lui met un peu de henné entre les cuisses et 
aux aisselles. 

Le huitième jour a lieu la fôte dite as-sàba ou tasmya 
(nomination). Vers huit heures du matin, le mari réunit 
ses parents et ceux de l&#39;accouchée, ses amis et ses voisins; 
il immole un mouton selon le rite, c&#39;est-à-dire tourné du 
côté de la Mecque, après avoir placé à terre un bracelet 
d&#39;argent, afin qu&#39;il soit arrosé par le sang du mouton. Au 
moment de regorgement, qui peut être fait par le mari, 
s&#39;il remplit tes conditions requises pour l&#39;aire le sacrifice, 
ou par un étranger, le sacrificateur prononce les paroles 
suivantes : BisiniLlali al-akbar "ala dabnhl al-halùl bi- 
nyat ar-roudjou foulàti ben fotitàn, ou foulàna binl fou- 
lân, « Au nom Je Dieu le 1res grand, j&#39;ai immolé celle bt&#39;te 
licite, avec l&#39;intenlion de recommencer, un tel fils d&#39;un 
tel, (ou) une telle tille d&#39;un tel. » Après le sacrifice, on boit 
du thé et on déjeune, avec accompagnement de musique 
violon, lulh, elc ). S&#39;il ne doit pas y avoir de fêle pour les 
femmes, ce qui est facullatir, les hommes restent à festoyer 
jus(|u&#39;au soir; si au contraire, il y a fête de femmes, les 
hommes sortent vers midi et les femmes arrivent l&#39;une 
après l&#39;aulre, jusqu&#39;au soir, car la lêle se prolonge lard 
dans la nuit. La fête des femmes, qui consiste en un ban- 
quet interminable, est égayée par la muddâhat. L&#39;accou- 
chée est, toute la journée, sur son lit, cachée derrière un 
rideau de mousseliue appelé dardka, légèrement relevé 
du côté de la tête. Chaque invitée, au moment de partir. 




74 ARCHIVES MAROCAINES 

va déposer derrière ce rideau la gharâma, c&#39;est-à-dire une 
somme d&#39;argent, équivalente à peu près à celle que l&#39;accou- 
chée leur avait apportée à une fête précédente. 

Au bout de quarante jours, on rase l&#39;enfant tout autour 
de la tôte très légèrement. Cette opération, qu&#39;on appelle 
tadoutr (action d&#39;arrondir), donne lieu à une fête de famille 
où n&#39;assistent que les femmes proches parentes; letadouir 
n&#39;est pas pratiqué par un barbier, mais par un des hommes 
de la famille. 

L&#39;enfant n&#39;est lavé qu&#39;un an après sa naissance : c&#39;est là 
une règle générale qui ne souffre que de très rares exep- 
tions&#39;. II est nourri par sa mère pendant un an et demi ou 
deux ans, à moins qu&#39;avant ce temps la mère ne soit grosse 
de nouveau, auquel cas elle cesse de nourrir. 



§ 6. — La circoncision. 



La circoncision, Khitâna*, est pratiquée à partir de trois 
ans, mais parfois retardée jusqu&#39;à sept ou huit ans. Dans 
certaines familles, elle se fait très simplement, sans mu- 
sique ni cérémonie. On réunit simplement les voisines et 
quelques parentes; le barbier, al-hâdjem, est appelé et 
fait l&#39;opération dans un coin de la chambre. 

Beaucoup de familles ne procèdent pas de leur propre 
consentement à la circoncision de leurs enfants; nous devons
les leur vole, pour les circoncire et les renvoyer après l&#39;opé- 

1. Dans ce cas, on lave l&#39;enfant huit jours après sa naissance, jamais 
avant. 

2. A Tanger, on l&#39;appelle ahâra. 



EL-QÇAR EL-KEBIR 



7S 



ralion faile. Cet enlèvemenl se fait naturellement avec la 
complicité des parents enx-mômes, ou tout au moins du 
père : voler un enl&#39;ant pour le faire circoncire est considéré 
comme une action louable, une œuvre pie. 

Lors(|uc la rirconrision se fait avec cérémonie, le père, 
ou le voleur de renfanl, le conduit dans une mosquée ou 
un marahoul.au son du l^bal el de la r&#39;aita. Le barbier pré- 
sent lait Topéralion avec des ciseaux et met sur la plaie 
de la poudre de henné. L&#39;enfant est rapporté chez lui à 
califourchon sur le dos d&#39;une femme, entourée de parentes 
ou d&#39;amies, portant des binons ornés de foulards et 
d&#39;autres étoffes de couleur. Le cortège marche dans l&#39;ordre 
suivant: l&#39;enfant et les femmes, l&#39;étendard de la confrérie 
religieuse à laquelle appartient le père, ou d&#39;une confrérie 
ayant sf» sympathie&#39;, quelques membres de celte confrérie, 
le tabal et la r&#39;aita, et les amis de la famille. Si l&#39;enfanta 
été volé, le père ne paraît pas à la cérémonie. 

Le lendemain, les femmes invitées viennent dîner à la 
maison du circoncis, en apportant des gharf.ma. Les 
maddàhat, qui n&#39;ont pas cessé leur office pendant toute 
cette cérémonie, et qui le continueront, ainsi que le labal 
et la r&#39;aita, pendant sept jours encore, sont payées par la 
mère. Le tabal, la r&#39;aita et les niaddâhal, qui viennent 
donner laubade, matin et soir, che&#39;/: le circoncis, pendant 
une semaine soûl nourris, les deux premiers dans la rue, 
et les dernières dans la maison. 



Je



1. Chaque porit&#39;ur d&#39;étendard reçoit une peseta ; le labal l&#39;I la r&#39;iiita sont 
payé» également par le prre ou 1p voleur de retifaut, et tes assislaols 
r douoeot des pourboires. 





76



ARCHIVES MAROCAINES 



§ 7. — C enterrement. 



Lorsqu&#39;une personne est supposée morte, un des parents 
présents lui attache les deux orteils avec un linge, pose 
un bandeau sous sa mâchoire pour empocher la bouche de 
s&#39;ouvrir et lui ferme les yeux, puis on laisse le cadavre ■ 
dans !a chambre où il se trouve et dont oa pousse les 
portes. 

L&#39;enterrement se fait à trois moments dîfTérents de la 
journée, selon l&#39;heure de la mort, au dhohr, à T&#39;açr ou fl 
au maghreb, en sorte que l&#39;ensevelissement coïncide 
avec une de ces trois prières. Si le décès a lieu trop pri-s 
du maghreb ou après, l&#39;enterrement est remis au lende- J 
main, au dhohr. Il n&#39;y a jamais d&#39;inhumations le malin 
avant une heure et demie, sauf celles des petits enfants. 
Une heure environ avant la levée du corps, arrivent à la 
maison mortuaire le rassiH et le rachchàch, les laveurs, fl 
pour procéder au lavage du mort &#39; ; ces deux hommes sont
tolba de préférence; s&#39;il s&#39;agit d&#39;une femme, ce sont deux 
femmes connaissant les prières d&#39;usage. ■

Les mêmes personnes qiii ont lavé le corps procèdent à 
l&#39;ensevelissement. Elles font avec une pièce de colon blanc 
de 18 coudées sept morceaux : un linceuil pour entourer 
le corps, doux babotiches, un pantalon, une chemise, un 
tarbouche et un turban, le tout cousu très grossièrement. 
Lorsque le mort est habillé, on le roule dans ie linceul, qui 
estattaché au dessus de la tète et sous les pieds, de manière 
à former un sac&#39;. Pendant cette opération, les tolba vien- 



Je



r. I.,orsque le cadavre esl roulé dans It- liaceul, on le porfuine avec de 
V&#39;atar, des épicéa, safriia, camphre, benjoia, etc., pour dissimuler l&#39;odeur 
du morl. 



L 



BL-QÇAR EI.KEBIR 



77



nent dans la maison el y disenL des prières, puis arrivent 
les confréries ou les membres de la seule confrérie du dé- 
funt, selon le désir de ce dernit^r ou de ses parents. Les 
amis et parents se réunissent dans la rue et, le moment 
venu, c&#39;est-à-dire à l&#39;instant correspondant à l&#39;une des trois 
prières du jour, on emporte le corps sur ta civière, na&#39;ch, 
où il est couché sur le dos, recouvert d&#39;un haïk et souvent 
du drapeau, &#39;alain, de la confrérie du défunt. 

Au cimetière, on dépose la civière près de la fosse, pré- 
parée d&#39;avance; les assistants lont la prière du moment, 
c&#39;est-à-dire une des trois prières que nous avons indi- 
quées, puis on descend le mort dans la (osse en prenant 
les deux bouts liés du linceul, un h la tète et l&#39;autre aux 
pieds. On recouvre ensuite le corps de dalles ou à leur 
défaut de planches et on rejette la terre dans la fosse, sur 
laquelle on fait un petit monticule qu&#39;on recouvre de 
pierres. 

Pendant ce temps, les parents du mort, restés à la 
maison, olfrenl aii.v assistants du pain et des ligues sèches. 
Le soir de l&#39;enterrement, les lolLa viennent prier à la 
maison mortuaire, oii ils mangent du couscous; amis
envoient V&#39;acha, le souper, pendant trois soirées consé- 
cutives : le malin, les Jolba vont prier sur la tombe, et au 
bout de trois jours, on les paye. Les gens fortunés l&#39;ont, 
le quatrième jour, au matin, la fêle appelée al-na&#39;i : on 
lue un mouton, el on prépare un couscous, dont on porte 
une partie au cimetière, sur la tombe, tandis qu&#39;on partage 
le reste entre les tolba, les pauvres, les prisonniers el les 
personnes qui ont envoyé le souper, pendant les trois 
jours suivant l&#39;inhumation. 

Sept jours après, a lieu dans les familles riches, la 
feditih, grand dîner, où on invite les tolba en renom, qui 
disent des prières en faveur du mort. Entin, on paye 
pendant quelque temps un {Aleb qui va dire le vendredi 
des prières sur la tombe. 




78 ARCHIVES MAROCAINES 



RÉGIME ÉCONOMIQUE. 



§ 1 . — La propriété et les biens haboûs. 

La petite propriété est très répandue à El-Qçar. Chaque 
famille est propriétaire d&#39;une maison, d&#39;une masure, si 
pauvre soit-elle; seuls, les commerçants louent des mai- 
sons ou des boutiques aux haboûs. 

Les habitants d&#39;El-Qrar ont tous des titres de propriété 
en règle, mais ces titres sont relativement récents : nous 
n&#39;en avons pas vu qui datent d&#39;une époque antérieure à 
Moulay Soulaimân. Ce fait prouve évidemment qu&#39;avant 
cette époque les titres n&#39;existaient pas, les transmissions 
se faisant verbalement en présence d"adouI. L&#39;existence 
de la propriété était de notoriété. Il en était de même des 
mariages qui s&#39;effectuaient sans actes. On peut constater 
encore aujourd&#39;hui la môme particularité dans les cam- 
pagnes (Khlot, Tliq, R&#39;arb), où il n&#39;existe pas de titre de 
propriété. 

A l&#39;époque où les actes écrits commencèrent à jouir de 
la priorité sur la notoriété, les propriétaires firent dresser 
des moulkya, actes de notoriété. Les actes que nous avons 
été à même d&#39;examiner ont tous pour base, en effet, soit la 
moulkya, dont nous avons exposé précédemment l&#39;orga- 
nisation, soit la mouqâsama (partage) après décès. Voici 
comment on procède dans ce dernier cas. 



EL-QÇAR EL-KEBIR 



19



Lorsqu&#39;un individu vient à mourir, les &#39;adoul dressent 
l&#39;acte mortuaire appelé /taqq almoûta al-otiaratha, an- 
nonçant que l&#39;homme est mort et que sa succession est ou- 
verte ; cet acte est paraphé parle «|;di. Les adoul rédigent 
ensuite un second document appelé zamâm at-trihuy 
ou mulrouk, inventaire des biens meubles et immeubles 
avec indication des biens <[ui pourraient être en associa- 
tiation avec des haboùs. Enfin le troisième acte, rédi^jé 
par les&#39;adoul etparaphépar le tjàdl, est la vwuqàsama, le 
partage, parfois très compliqué lorsqu&#39;il n&#39;y a pas que des 
hérilicrs/i7/Y/,et «jiiedes &#39;act&#39;b viennent réclamer leur part. 
Ces trois actes sont généralement inscrits à la suite l&#39;un 
de l&#39;autre sur le m<^^le papier et chacun des coparlageants 
peut en prendre copie. La copie de la mûU(|âsama, ainsi 
précédée du zamAm at-trika, tient lieu, au copat-lageant. 
de litre de propriété; et lorsqu&#39;il vendra son bien, la vente 
sera consignée par les adoul sur le même parchemin, qui 
sera remis à rac([uéreur par le vendeur. C&#39;est ainsi ijuon 
constitue des titres de propriété, açlt après la mort de 
propriétaires ne possédant aucun titre. Quand à la consti- 
tution par moulkya, ce <{ue nous disons ici ne fait que 
confirmer les conclusions d'une étude précédente sur le 
raôrae sujet  

Outre les propriétés particulières, on trouve encore à 

EI-Qçar (juelques propriétés du Sultan, administrées par 

l'amin al-Moustafad qui les loue. Ce sont pour la plupart 

des biens du qâîd Ben 'Aouda, confisqués sous Sidy Mou- 

tkammad. Les principales sont le fondaq du sultan, le 

fondaq al-Khodra (des légumes) loué 90 douros par an, la 

t)âr R'ailân (caserne), une meçrya et quelques bâtiments 

Sans valeur. 



I. Cr, Archiifea marocaines, I, p. wi-y cl scq. 






M 



ARCHIVES MAROCAINES 



Enfin la plus grande partie de la propriété immobilière 
ap[>artient aux liaboûs. L&#39;importance considérable des 
biens liaboûs résulte de la grande quantité d&#39;établisse- 
ments religieux, mosquées, zAouyaset marabouts, existant 
à El-Qcar, et qui avaient cliacuii leurs haboûs particuliers, 
jusqu&#39;au jour ou, il y a une trentaine d années, tous ces 
biens furent réunis entre les mains d&#39;un seul nâ(Jher 
dépendant du sultan. La plupart de ces haboùs sont loués, 
et leur gérance, si elle était en de bonnes mains, serait 
d&#39;un bon revenu pour le Makhzen. 

Une grande superficie de terres de la banlieue d&#39;El-Qçar 
appartient aux haboùs; elles se louent aux enchères. On 
distingue deux catégories de L;iboùs ; 1* les haboùs al- 
Koubra (grands haboù.s) ceux des mosquées de la ville, 
que les gens des douars ne peuvent pas louer : ils sont 
administrés par le nâijher; 2" les haboùs aç-Çougra {^eiiis 
haboùs) appartenant aux établissements religieux de la 
campagne et qui ne peuvent être loués qu&#39;à des gens de la 
campagne. Les loyers des haboùs at-Koubra, comme ceux 
de la ville, sont perçus par des agents au service du nâdher, 
appelés djânjln (coureurs). 

Les haboùs de ta ville comprennent plusieurs centaines 
de maisons d&#39;habitations (d.mt beaucoup, il est vrai, ne 
sont aux haboùs que par moitié ou par quart) et la grande 
majorité des boutiques. Les loyers sont 1res bas. Outre ces 
immeubles, voici la liste à peu près complète des haboùs 
avec leur valeur approximative et le montant des revenus 
qu&#39;ils rapportent à radministralion du nftdher : 

Tous les ateliers de tisserands (derrâza) : il y a 13 ateliers 
de 10, 2U métiers et plus, chacun payant 5 à 6 réaux 
(1 fr. 25, 1 fr. 50) par mois de location (valeur approxima- 
tive : 4000 douros). 

Tous les fours de boulangers. On en compte 14 dont le 
loyer, pour chacun, est ea moyenne 1/2 douro par mois 
(2.40U douros). 





ËL-QÇAR EL-KEBIR 



a 



Le fondaq al-&#39;awwâd, loué 385 douros par an, payables 
au mois (5000 douiros). 

Le fondaq al-haut, loué 357 douros (5000 douros). 
Le fondaq al-melah. loué 285 douros (2000 douros) 
Le fondaq a^-Tarnfin, pour la moitié seulement, l&#39;autre 
noitié appartenant aux hahoûs de la grande mosquée d&#39;Al» 
"Arâîch, loué 200 pesetas (600 douros, dont 300 pour El- 
Qrar). 

Le fondaq al-Ourred, loué 300 douros (5000douros). 
Le fondaq al-&#39;Attârîn, en construction depuis plusieurs 
amnées (1000 douros). 

Le fondaq Djanhar, en ruine, loué cependant 5 pesetas 
{:»ar mois (600 douros). 

Le fondaq al-djeld, loué environ 200 douros (2000 dou- 
•■&#39;os). 

Le fondaq al-qû&#39;a, loué 300 douros (2000 douros). 
Le fondaq az-/.ara&#39;, loué 145 douros (600 douros). 
Le fondaq aç çÂqa (régie), à la disposition de l&#39;amtn al- 
&#39;Moustalad (600 douros). 

Le fondaq Moulay &#39;Alî Boù R&#39;âleb, pour la moitié seule- 
ment, l&#39;autre moitié appartenant à &#39;.M-&#39;.rby al-Oudeîny, 
loué 50 douros par mois (1000 douros par moitié). 

Le fondaq al-Guez/àrin, pour les 3/4 seulement, 1/8 ap- 
partenant à Mezoury et 1/8 à Fichtaly, loué 20 douros par 
mois (500 douros). 
La Dàr rà&#39;y, louée 50 douros par an (200 douros), 
La Dâr Dabbâr&#39;, une partie seulement, qui se loue par 
trou &#39; (2000 douros). 

Tous les Soùq, dont chaque boutique est louée tout au 
plus 2 pes, 50 par mois, mais sous-louée 4 et 5 douros 
(20.000 douros). 

Une partie des fakhkliikhîn, dont chaque atelier est loué 
8 mithqal (4 pesetas) par an (200 douros). 



I. fjofra, pour conserrcr le cuir ilans le lan. 

AMCU. MA HOC. 



tt ARCHIVES MAROCAINES 

L&#39;emplacement des ateliers de Sellâlin. qui ne payent 
pas de loyer, mais ont la charge d&#39;entretenir le marabout 
de Sidj Boù Hâmed[100 douros). 

La Dâr Makhzen, à la disposition du khallfa (1000 dou- 
ros). 

La Dâr al-Qâdl, à la disposition du qédi (800 douros). 

Le bain de Sidy Mlmoùn, loué habituellement 100 dou- 
ros par an, mais le locataire actuel, qui est le maître maçon 
des haboûs, ne paye pas (2(X)0 douros). 

Le bain de Sidv A^med al-Haddàdji, loué 100 douros 
(20O0 douros). 

La valeur totale de ces biens est approximativement de 
près de 60.000 douros; les loyers rapportent en tout 
3.146 douros par an, sans compter les boutiques des Soùq. 

Ces ^aboûs peuvent être loués indistinctement à des 
chrétiens ou à des juifs, comme à des musulmans. Cer- 
taines maisons du mellâh, notamment, appartiennent aux 
baboùs. Mais il existe des immeubles où non seulement 
les chrétiens et les juifs ne peuvent habiter, mais encore 
où ils ne peuvent même pas pénétrer : ce sont les horm. 
Nous avons déjà parlé plusieurs fois de cette institution 
religieuse qui commence à tomber en désuétude. Les 
établissements religieux étant très nombreux à El-Qçar, 
les horm, de même que les haboûs, se sont multipliés ; 
mais la plupart perdent de jour en jour leur qualité et on 
peut prévoir le moment où l&#39;institution disparaîtra com- 
plètement. 

Sont horm, en principe, tous les édifices religieux, mos- 
quées, zâouyas, marabouts et simples tombeaux, les jar- 
dins et dépendances de ces édifices; la tannerie (dâr dab- 
bâr*); le quartier d&#39;El-Mers tout entier; la maison des Benf 
Mestâra, borm de Moulay Soulalmàn à Bàb el-Oued ; l&#39;im- 
passe conduisant à la villa récemment achetée par Moulay 
l-&#39;Arby, chéri f d&#39;Ouazzân; le fondaq de Moulay &#39;Alî Boù 
R&#39;âleb, dont la moitié est aux (jiaboùs de la ville et la moitié 



EL-QÇAR EL-KEBIR 83 

à Al-&#39;Arby al-OucIeîny; enfin les environs immédiats des 
habitations des personnages influents, et notamment des 
maisons des agents consulaires européens. Ce dernier 
horm a une origine et une signification toutes différentes, 
il est vrai, et il n&#39;est horm qu&#39;en tant que zone de protec- 
tion pour les individus poursuivis, mais il y a une parenté 
étroite entre ces deux horm de destination diflTérente. 

La tannerie (dâr dabbâr&#39;) est horm. parce qu&#39;on y trouve 
le tombeau de Moulay &#39;AU Chérif ben Motihammad ben 
Achqiloùla, un des gouverneurs d&#39;EI-Qoar sous les Méri- 
nides et plusieurs marabouts sans importance, tels que 
celui de Soultân Semmaroj, roi des djinns, vénéré par les 
Gnaoua. Non seulement la tannerie est interdite aux chré- 
tiens et aux juifs, mais leur argent même ne peut pas y 
pénétrer; il y a peu de temps encore, les musulmans n&#39;y 
entraient que pieds nus comme dans une mosquée. 

Le quartier d&#39;El-Mers, où on voit encore les traces des 
^gilos du Makhzen, qui ont donné son nom à ce quartier&#39;, 
^contient la maison des Oulad BaqqAl, concédée à Sidy al- 
HAdj &#39;Abd as-SalAm Baqqâly Boû Qtlb, lorsqu&#39;il fut devenu 
le favori du sultan Monhammad. C&#39;est par firman rhérifien 
que ce horm fut constitué, mais il ne tarda pas à tomber 
en désuétude. Il y a une vingtaine d&#39;années encore, les 
Juifs ne traversaient ce quartier que pieds nus et les ga- 
mins assaillaient de pierres et d&#39;injures les chrétiens qui 
V pénétraient. Ce horm est aujourd&#39;hui éteint *. 
pi Enfin le ^orm de Moulay Soulaîmân est une maison qu&#39;a 
Babitée ce sultan, dans la rue Darb al-Meslary à Bftb el- 
Oued; les Béni Mestâra qui résident dans celte rue depuis 
un siècle, conservent le firman chérifien qui leur accorde 

^i. II y arsît aussi des siloa an quartier de Mefeimar (pinr, de maf- 
lOÛra, silo) Mer», que nous avons vu désifçner l&#39;aire, dans la région de 
anger, est ici le lieu où il y a des silos. 

a. C&#39;était un lieu de protectioo pour les oiarulioaDs poursuivis. Celui
qni criait : « ^na fi horm Oulad Baqqâl ! • était sacré. 



8Î ARCHIVAS MAROCAINES 

cette faveur. Il est entièrement tombiien désuétude: une 
personne poursuivie n&#39;y trouverait pas de refuge. 



§ 2. — Le commerce et les soûq. 



Le mouvement commercial d&#39;EI-Qçar est très peu actif. 
Malgré la position exceptionnelle qu&#39;occupe cette ville à 
Fintersection des routes de Tanger à F6s et d&#39;Al-&#39;Arâich à 
Ouaz/ân, situation qui en avait fait, à l&#39;épo4|ue des Ketama, 
un des premiers marchés du Maroc septentrional, son 
commerce est de nos jours exclusivement régional. Il est 
facile de s&#39;en rendre compte en examinant les variétés 
ethniques qu&#39;on rencontre sur son marché : les marchands 
de bestiaux sont pour la plupart des Khlot et quelques 
Tlîq ; les montagnards sont en général d&#39;Alil Serif, la tribu 
djebalienne la plus proche. Les caravanes venues de Fès 
ne font que passer, se rendant à Tanger, sans vendre sur 
le marché d&#39;El-Ocar, 

11 y a marché tous les jours au Sonq, ciilrc les deux 
fractions de la ville, mais beaucoup de marchands de la 
campagne ne viennent (]u&#39;une fuis par semaine. Le plus 
grand marché est celui du dimanche, jour où les bestiaux 
arrivent en grand nombre. Le marché aux bestiaux a lieu 
le dimandie matin^ de très bonne heure, sur la chaussée 
pavée qui longe le marabout de Moulay &#39;.lî Boù R&#39;àleb, au 
nord de la ville, à un endroit appelé Al-Ouza&#39;y [g partage 
après pillage) recouvrant l'ancien quartier de ce nom. Les 
vendeur.s sont tous des Khlot et des Tlîq, les acheteurs 
des habitants d'El-Qcar, d'Al-'ArAîch et qiieI<]ucfois de 
Tanger. Les bœufs, vaches, moutons et chèvres sont ven- 
dus à l&#39;amiable et dirigés tout droit sur l&#39;abattoir où à la 



EL-QÇAR EL-KEBIR 8S 

Dâr RiVy (moutons). Les chevaux, mulets, mules et ânes 
Be vendent aux enchères par dellâl. La monnaie en cours 
est exclusivement Thafisanie. 

Les seules coutumes particulières à la région qui soient 
restées usitées sur ce marché sont Vouze&#39;a et le bàb Ailak. 
L&#39;ouze&#39;a est une association de plusieurs personnes pour 
acheter une hôte, en payant chacun sa part et en la parta- 
geant ensuite ; ce mode d&#39;achat est très fréquent. Le bâb 
Allah (porte de Dieu) consiste en ce que le vendeur con- 
sent à Tacheteur sur le prix de vente et au moment du 
paiement un petit rabais appelé l^lib Allah, sans qu&#39;il y ait 
aucune discussion préalable à cet égard &#39;. 

»Un vétérinaire [beiiàr) se promène sur le marché pour 
prêter assistance aux acheteurs : il examine si les bétes 
achetées n'ont pas de vice rédhibitoire^ et trouve ordinaire- 
ment (juelque défaut pour motiver une réduction de prix 
<]u&#39;il partage avec l&#39;acheteur. Les achats de bétail donnent 
rarement lieu à l&#39;établissement d&#39;actes de vente. Le per- 
cepteur de P&#39;achoùr, employé de l&#39;amln al-Moustafad ou 
du concessionnaire, se tient sous une petite tente [qitoi'in) 
 T^s (0,08). — II, Gamboura (i pes.). — 12, Guedra, ou Tandjera 
(0,12). — i3, Boûch (0,75). — i4, Tandjya (0,20). 



lOR 



ARCHIVES MAROCAINES 



rabl)in, mahfar al-hnzzâny dans la banlieue d&#39;El-Qcar. et
1



e m 



otlèlc 



avec ses mains nu 



liUt 



d&#39;abord. 



is avec 
une tige de roseau et une petite lanière de cuir. Avec un 
bloc semblable, il peut faire cinq ou six vases de petites 
dimensions en une demi-heure. Un autre ouvrier vient 
ensuite poser Tanse, ied, qu&#39;il façonne avec un boudin 
de terre glaise roulé d&#39;avance, et sort les pots au soleil 
pour les faire sécher, puis les rentre et les sort de nouveau 
alternativement pendant deux ou trois jours. Au bout de 
ce temps, on les porte au four. 

Le four, /Àr/Y//?, est en briques, recouvert de terre, et 
affecte la forme d&#39;une calotte ovoïde de 4 mètres de profon- 
deur, sur 3 mètres de haut et un peu plus d&#39;un mètre de 
large. Il sert en même temps de four » chaux et à briques. M

Les poteries, au nombre de plusieurs centaines, sont ■ 
empilée-s en bon ordre dans le fond du four; les parois 
sont couvertes de chaux idjlr) venant de Djebel R&#39;any, et U 
les briques placées à l&#39;entrée. On met le feu à l&#39;entrée et " 
on bouche l&#39;ouverture avec des pierres et des briques em- 
pilées, en laissant un trou par lequel le veilleur jette le fl 
combustible, des ordures, des branchages et tout ce qu&#39;on 
peut trouver. La fumée s&#39;échappe par un trou ménagé dans 
le plafond. Au bout de 36 heures de cuisson, on abat la 
porte, on laisse refroidir le four pendant quatre jours et 
on retire les poteries encore brûlantes. Les qachchAchtn 
achètent la fournée tout entière moyennant un prix dé- 
battu d&#39;avance et qu&#39;ils payent h la semaine. 

Vannerie. — Les selldUn sont établis à côté du marabout 
de Sidy Boù Ahmed, à rexlrémité du soi&#39;iq. Ils fabriquent 
des paniers et des cages à œufs et à poules et principale- ■ 
ment ces grands paniers en forme de jarre ovoïde, tron- 
quée des deux côtés, hauts de l&#39;°,.&#39;>0, qu&#39;on appelle sella 
(pi. selâl). Ces paniers sont faits en roseaux venus des 
marais des environs, où ils sont coupés par de pauvres 
gens qui les vendent une peseta le cent; ils servent à con-- 





EL-QÇAK EL-KEBIK 



lO&#39;J 



server les graines et peuvent contenir de 5 à 30 moudd 
suivant leurs dimensions. On les enduit souvent de terre 
glaise au dehors et on les blanchit à la chaux : ils rem- 
placent alors les silos. 

Les ateliers de sellâlin sont au nombre d&#39;une dizaine, 
sous des pailloltes construites par eux-mêmes; l&#39;emplace- 
ment qu&#39;elles occupent, pavé autrefois par lea premiers 
locataires, appartient aux haboùs du marabout voisin de 
Sidy Boû Ahmed. Les sellAlîn ne payent pas de loyer, 
mais ils versent à leurs prédécesseurs, en prenant posses- 
sion de l&#39;emplacement, un droit de jouissance peu élevé 
et, par la suite, doivent pourvoir à l&#39;entretien du mauso- 
lée. Ce terrain constituait jadis un horm, tombé en désué- 
tude. Chaque sellai a sa boutique et vend directement; 
un lamin perçoit les farda. 

11 existe d&#39;autres selJ;llîn, à côté du marabout de Sidy 
Al-Hiklj Ahmed Tlenisàny, sur un terrain haboùs de ce 
mausolée. Il était occupé autrefois par une famille de 
selliVlin appelée Moro, dont un ancêtre avait été fait prison- 
nier par les Espagnols à Al-&#39;Arâîch et s&#39;était enfui avec sa 
chaîne; celle-ci est restée accrochée h la voûte du marabout 
de Sidy Qâsem ben Zoubair. Celte famille s&#39;est éteinte; 
les huttes, détruites, n&#39;ont pas été rebâties : on n&#39;y travaille 
«ju&#39;en été. 

Industries diverses. — Outre les corporations dont nous 
venons de parler, il existe encore à El-Qçar plusieurs petites 
corporations qui exercent leur métier sur le soùq : ItiHtarrâ- 
fin (unedixaine), savoliery ou rcssemeleurs juifs et musul- 
mans, dont beaucoup sont installés sous des tentes, et qui 
fabriquent entre autres choses des seaux en cuir appelés 
edlo; les qasdirya (quatre ou cinq), ferblantiers juifs qui 
font principalement des /«/««r (lanternes); les semmàrin, 
maréchaux-ferrants, six boutiques aux haboijs, occupant 
une quinzaine d&#39;ouvriers avec un l(imiii:es haddàdin, 
forgerons, trois ou (juatre ateliers aux haboùs occupant une 




110 



ARCHIVES MAROCAINES 



douzaine d&#39;ouvriers, presque tous hamAdcha, sans lamin; 
six ateliers Je nadjdjàrtn (charpentiers); quatre de zanà- 
dyu (armuriers); deux de srulrya (fabricants de crosses de 
fusils); deux ou trois tourneurs et une dizaine de hadjd- 
jàma, barbiers, avec un lamln, occupant pour la plupart 
des ^ial)oùs de la zftouya des &#39;Aissaoua. Ils exercent en 
mâme temps les Ibnclions de chirurgiens, dentistes, par- 
fois médecins, et guérissent, en cette qualité, les maux de 
tôte en pratitjuanl derrière la tùlc des ventouses au moyen 
d&#39;un appareil en fer blanc appelé kauràra. 

Les Tours de boulangers {farrnn) appartiennent aussi 
aux haboùs ; ils sont au nombre de quatorze, loués un 
demi-douro par mois. Nous avons dit que le pain, pétri à 
la maison, était porté au four banal pour y être cuit moyen- 
nant un prix d&#39;abonnement de 12 à 25 centimes par mois. 
Les gamins {tarra) qui portent le pain ne sont pas payés; 
chacun leur donne un morceau du pain qu&#39;ils portent. la
blé est moulu à la machine, au moulin espagnol, moyen- 
nant 1 pes. 50 par moudd. 

Bains publics. — On trouve à El-Qçar trois bains très 
malpropres et dénués de confort. Le personnel de chaque 
bain se compose d&#39;un patron[moid al-hammâm), d&#39;un 
chaufournier {/oMrwfff//^) el d&#39;une verseuse d&#39;eau chaude 
tyaba). Le prix d&#39;entrée est uniformément de 6 centimes; 
les hommes y vont du lever du soleil jusqu&#39;au dhokr 
(1 h. 1/2 et les femmes, depuis le rf/ioAr jusqu&#39;au maghrlb. 
Les juifs et les chrétiens ne sont pas admis au tiammâm. 

Le hainmàm Sidy Mimoùri, au quartier de Bàb el-Oued, 
près de Djâma&#39; el-Kebîr, est le plus grand de tous ; elle
comprend six ou huit salles dont plusieurs, paraît-il, ren- 
fermeraient des vestiges d&#39;anciennes constructions, co- 
lonnes, cryptes, etc.; il est d&#39;ailleurs très ancien&#39;. C&#39;est 

I. Le nom de Sidy MiraoïVa est souveut doaué à des ëdiGces ea ruine 
Sidy MimoûD t-lunt un djiun nègre dont l&#39;habitude est de hanter les lieux 
nbaudouués. 




EL-OÇAR EL-KEBIR 111 

une propriété des haboûs de Djâma&#39; el-Kebîr, qui se loue 
aux enchères chaque année, à l"aehoiir. 

Le hammam Sidy Fa &#39;(70H&, quartier de Charî&#39;a, en face 
de la mosquée de Sidy Ya&#39;qoùb, appartenait autrefois aux 
Oulad Daouya, famille d&#39;oumanà du R&#39;arb, qui l&#39;avaient 
fait construire à une époque récente; ils l&#39;ont vendu de- 
puis peu à un juif d&#39;Al-&#39;Ar;ich qui le rail en vente de nou- 
veau. Il est beaucoup plus petit que le précédent et ne 
contient que trois salles. 

Le hammam Sidy al-Haddâdjy, quartier du Mers, à 
côté du marabout du même nom, appartient aux haboùs 
de ce marabout, bien qu&#39;il soit administré par lenâ^her de 
la ville. C&#39;est le plus petit des trois : il contient trois 
salles. 



§ 5. — L&#39;agriculture. 



El-Qçar est un centre agricole assez important. Beau- 
coup d&#39;habitants ont en effet, non seulement des associés 
agricoles dans la tribu de Khlot, mais encore, à El-Qçar 
même, de véritables établissements de grande culture, avec 
les animaux nécessaires, des ouvriers (khàmes) habitant 
la ville, des charrues remisées en ville et, à certaines 
époques, des femmes, des citadins, qui viennent aider à la 
moisson ou au sarclage. Les terres cultivées sont aux en- 
virons immédiats de la ville: le labour se fait au taureau, 
à l&#39;automne, après les premières pluies, comme dans la ré- 
gion de Tanger. 

Les principales cultures bekry (précoces), semées en 
automne, sont le blé, Forge et les fèves ; les cultures ma- 
2oùzy (tardives), semées au printemps, sont les mêmes, 





vêts, patates, carottes, oignons, 

persil, et coriandre. Les ouvriers jardiniers {rabùâ&#39;) sont 
des associés comme pour la grande culture, mais ils 
touchent le quart des récoltes, moins les arbres fruitiers. 

Un grantl nombre de propriétaires d&#39;El-Qçar ont des as- 
sociés dans la tribu de Khiol. Us leur donnent 1/2 attelée 
{/ard)y comprenant un bœut, la moitié du prix de la char- 
rue et la moitié de la semence qui doivent être rendus 
une fois la récolle terminée. Le partage de la récolte se fait 
sur la base de 1/5, Le contrat est fait verbalement et pour 
une année. 

L&#39;association pour l&#39;élevage du bétail est aussi prati- 
quée. Le propriétaire achète lui-même son bétail ou donne 
une somme d&#39;argtmt à l&#39;associé pour l&#39;acheter, puis il fait 
rédiger par les &#39;adoul un acte d&#39;association[cherka). L&#39;as- 
socié a généralement le tiers des bénéfices, mais il est 
responsable des vols, à moins qu&#39;il ne les prouve par 
document d&#39;adoul; l&#39;arrangement à l&#39;amiable est toujours 
préféré. Un autre genre ira.ssociation est très fréquent, 
pour les moutons : le citadin vend au paysan la moitié du 
troupeau, payable en cini]ans; le paysan, propriétaire de 
sa moitié, la rembourse avec la moitié de la tonte <le la 
laine. Au bout des cinq ans, on partage le troupeau ea 
deux et, s&#39;il y a lieu, l&#39;associé achève de payer sa dette 
avec ce qui lui revient. Pour les bœufs, l&#39;association n&#39;est 
jamais faite à temps. Les frais d&#39;entretien, de construction 
et autres sont toujours aux frais du capital. 

Les habitants d&#39;El-Qrar qui possèdent des bestiaux en 
ville les envoient jjuitre tous ensemble aux environs. Il y 




:ar bl-kebir 

troupeaux communs à loule In ville, où chacun en- 
voie ses he^^liaux : deux troupeaux de hœ.uïs^ doiiia al- 
baqnr, un à Charî&#39;a et un à HAl) elOuc J, et un troupeau de 
mules, ânes et chevaux, appelé doula al-beràl. Chaque 
troupeau est placé sous la surveillance d&#39;un mouled-doida 
t|ui emploie des domeslic|ues ; les propriétaires les payent 
au mois en raison du nombre de bêles qu&#39;ils lui confient. 
Autrefois cette organisation était laissée au Makhzen, qui 
exigeait du moul td-doula un répondant touchant une part 
des Lénélices et remplaçant les pertes, sauf en cas de 
force majeure {^rt&#39;rf«) : c&#39;était en quelque sorte une assu- 
rance contre les risques du troupeau. Cette coutume est 
tombée en désuétude; le Makhzen ne s&#39;occupe plus de la 
doula qui continue à exister sans contrat, ni responsabilité 
du surveillant. 

Les négociants et propriétaires européens ont des cen- 
saux et des associés agricoles. Il n&#39;y a pas de censal fran- 
çais à El-Qçar, mais il y n un censal belge et un anglais. 
Le censal est un agent commercial, un correspondant de 
commerçant d&#39;Europe; il travaille généralement pour l&#39;ex- 
portation et reçoit une commission sur ses alTaires. la
nombre des cen^îaux a été limité à deux par maison de 
commerce établie au Maroc ou par comptoir au Maroc de 
maisons européennes. Le censal est protégé; sa qualité 
lui est confirmée par une carte que délivre sa Légation 
et dont le prix est de 31) fr. la première année, 15 l&#39;r. pour
le renouvellement annuel&#39;. 

Il y a deux associés agricoles français à El-Qçar et plu- 
sieurs anglais; cette qualité ne leur confère pas la protec- 
tion. Ils reçoivent une carte renouvelable chaque année, 
moyennant 8 fr. par an. 



1. Règlemcal du ly noùt (863. Cf. Rouard de Card, Les traités entre 
la France et le Maroc, p. xn. 



AKCB. MAROC. 




qui l&#39;exploite. Mais celte exploitation ne peut cVlre exercée 
qu&#39;aux environs d&#39;El-Qçar; les derniers filets en remon- 
tant le fleuve sont à Zhadjouka dana la tribu de Khlol. Les[jûcheurs établissent quelques Jjarrafjes sur l&#39;Oued Oua- 
rour, mais ils ont à lutter contre Fliostilité de la Crilni qui 
leur conteste ce droit; ils ne vont même pas à TOued 
Mkhftzen. 

L&#39;exploitation consiste à barrer la rivière avec de longs 
filets, en remontant chaque jour vers la source; celte 
pêche se fait au printemps pour l&#39;alose {ckahel), en élé 
pour le bouri (goujon); on lais&e les petits poissons aux 
pécheurs indépendants tolérés par le concessionnaire; ils
pèchent la boutgii. Les pêcheurs sont au nombre d&#39;une 
vingtaine, payés 50 ou GO centimes par jour. Le contrôle 
est fait très vaguement par l&#39;un d&#39;eux, intéressé dana les 
bénéfices. 

Le service tout entier est dirigé par un rets (capitaine) 





EL.QÇAR EL-KEBÎR 

qui commande en môme temps le bac. Lorsque le gué n&#39;est 
plus praticable, c&#39;est-à-dire pendant six mois de Tannée, 
le bac transborde toutes les caravanes de Fès ; le tarif est de 
pes. 50 par bête, le transport des hommes étant gratuit. 
Les habitants des douars environnants ne payent pas, 
mais apportent au concessionnaire, aux ûpotjues des 
grandes fêtes, du blé, du beurre et des moutons. Celte 
coutume tombe en JésuéLude : il y a une vingtaine d&#39;années 
seulement, les transactions (mouç/z/&#39;a/h) en espèces étant 
très rares, les services se payaient en nature. 

Lorsque la pèche est terminée, les pécheurs portent leur 
poisson au foudaq al-hout et le vendent eux-mêmes au 
détail, après que le prix en a été établi par le mohtasib. 
Celui-ci commence par percevoir pour lui-même deux 
livres de poisson ou deux pesetas par charge. Le prix 
d&#39;entrée et de stationnement au fondaq est d&#39;une peseta 
par animal avec sa charge. 



§ 7. — La misère. 



La misère est très grande à El-Qçar. Les familles riches 
sont très peu nombreuses : la plus grosse partie des im- 
meubles est aux mains des haboûs; la fortune mobilière 
est détenue par trois ou quatre familles algériennes. la
commerce est très peu actif et l&#39;industrie périclite ; com- 
merçants et industriels végètent dans une situation pré- 
caire, voisine de l&#39;indigence. Le quartier de Uûb el-Oued, 
autrefois aristocratique, tombe aujourd&#39;hui en ruine et 





IVBS MAROCAINES 

celui de Hery&#39;, où réside la population pauvre, révèle un 
dénuemeal irrémédiable. 

Les maisons sont des taudis où bètes et ^ens vivent 
pôle-môle dans une immonde promiscuité; für alles
mobilier, ces habitations ont une natte, rarement une 
paillasse, un rideau de colonnade blanche servant de 
portière en l&#39;absence de porte et quelques vaisselles de 
terre cuite. La polygamie n&#39;est pas fré({uente dans la classe 
pauvre, mais les enfants pullulent : on les nourrit à peine 
et on ne les lave pas. L&#39;alimentation est d&#39;ailleurs tout à 
fait insuffisante : une bonne moitié de la population ne 
mange de viande qu&#39;une ou deux fois l&#39;an. 

Les causes de cet état social lamentable sont mul- 
tiples. Il faut placer en première ligne la pauvreté du 
pays, la quantité infime d&#39;ar^j^enl mise en circulation, puis 
les variations du cours du change et la dépréciation de la 
monnaie de billon, les impôts écrasants autant qu&#39;arbi- 
traires, et enfin l&#39;inconcevable imprévoyance des masses^ 

Une parlicularité qui étonne, au premier abord, c&#39;est le" 
morcellement extrême de la propriété, et le grand nombre 
des petits propriétaires. Les habitants des quartiers les 
plus pauvres sont presque tons propriétaires d&#39;immeubles 
qui leur ont été dévolus par héritage, à une époque où la 
terre n&#39;avait aucune valeur; actuellement, elle en a exces- 
sivement peu, au point que les commerçants, en général, 
n&#39;acquièrent pas d&#39;immeubles, prélérant employer leurs 
capitaux dans le commerce, plutôt que de les immobi- 
liser dans des terres ou des maisons. La bâtisse est éga- 
lement à vil prix : on peut faire construire une maison 
pour 50 douros. 

Le budget d&#39;un ouvrier est difficile à établir. En général, 
l&#39;ouvrier, quel que soit son métier, ne travaille qu&#39;une 
partie de l&#39;année et végète le reste du temps. Il n&#39;y a rien 

I. C&#39;eat daOB ce quarULM- qu&#39;est située l&#39;Agence consulaire de France. 




EL.QÇAR EL-KEBIR 



ii: 



de fixe : on vit d&#39;expédients. Un tisserand, par exemple, 
peut gagner une peseta par jour; payé aux pièces, il 
arrive à faire, dans sa journée, un haik dont la fat;on lui 
est payée une peseta. S&#39;il n&#39;est pas propriélaire de sa 
maison, contrairement au cas le plus Jré(|nent, il paiera 
un loyer de 2 à 3 pesetas par mois, somme évidemment 
insignifiante. Marié et père de trois ou quatre enfants, il 
consommera chaque jour 1/2 ihomny de doura (0 pes. 50) 
pour faire le pain, 20 centimes de légumes (patates, to- 
mates, cardone, halheiil), 1/2 once de thé et 1/4 de sucre 
(10 centimes) pour le mari seul, le superllu étant naturel- 
lement interdit à la femme : au total, 80 à 90 centimes. la
peseta tout entière y passe^ à moins que le restant ne soit 
employé à amortir une ancienne dette, car les occasions 
d&#39;emprunt se présentent chaque jour au malheureux jour- 
nalier : des vêtements à acheter à crédit, des impôts, 
sokhra, moùna, imprévus et qu&#39;on doit payer sous peine 
d&#39;entrer en prison pour ne plus en sortir, les trois grandes 
fêtes religieuses, et notamment la fête du mouton, en 
vue desquelles on vend jusqu&#39;à sa djellaba pour acheter 
le couscous et le mouton ordonnés par la coutume reli- 
gieuse; puis la malaria qui sévit sur ces populations 
afiaiblies, enfin le chômage, six mois par an, qui précipite 
la débilcle. 

11 n&#39;a plus que la ressource d&#39;aller se louer à la Hadjra 
al-mauqaf. La pierre qui porte ce nom est un débris 
des anciens remparts, haut d&#39;un mètre environ, où les 
gens sans ouvrage, les manœuvres pour tous métiers, 
hommes, femmes et enfants, viennent attendre chaque 
matin de très bonne heure qu&#39;on les embauche direc- 
tement, sans contrat, moyennant un salaire qu&#39;on leur 
promet le matin et qu&#39;on ne leur paye même pas lorsque 
la journée est terminée&#39;. 

1. On ne loue pas d&#39;ouvriers {r.ounna) à l.n Hadjrn al-Mauqaf, niais 




118 



AHCHIVES MAROCAINES 



Seule, la femme peut apporter un peu de régularité 
dans le ménage, par son travail, en amassant quelque 
argent pour les mauvais jours, en payant les dépenses 
de la maison pendant les mois de chômage ou de maladie. 
Li&#39; travail à la maison est général chez les femmes du 
peuple; quelques-unes mt^me s&#39;emploient aux travaux 
des champs {sarclage, moisson, etc.) ; les veuves se placent 
comme domestiques. Les métiers exercés le plus facile- 
ment par les femmes dans leur ménage sont la couture et 
le filage. Une couturière peut faire dans sa journée une 
chemise, qu&#39;on lui apporte coupée d&#39;avance, en lui fournis- 
sant le 01 et les aiguilles, et qu&#39;on lui paye 50 centimes. 
Les Ichayi/âta, couturières du Soûq, cousent plus rapide- 
ment et plus mal; on ne les paye que 25 centimes à peine, 
par chemise. Les Gleuses sont mieux rétribuées : il n&#39;est 
pas rare de voir une (lieuse gagner 1 pes. à 1 pes. 50 par 
jour. 

La femme n&#39;en es! d&#39;ailleurs pas mieux traitée par son 
mari, qui profile de ce qu&#39;elle gagne, pour ne pas lui donner 
à manger et la laisser vivre de son travail, quand il n&#39;exige 
pas qu&#39;elle lui en remette le salaire ; il pense à lui dabord et 
se soucie peu de ses charges de famille : s&#39;il a un lourd far- 
deau à porlerau marché, il monte sur un âne el fait marcher 
sa femme devant lui, portant péniblement la charge sur sa 
tête; s&#39;il s&#39;absente plusieurs jours, il ferme sa porte à clef, 
séquestrant sa femme à l&#39;intérieur. Dès son entrée en mé- 
nage, l&#39;épouse a connu la brutalité de la vie conjugale. Pour 
couvrir les frais de la noce, qui sont toujours exagérés. 
pour faire face à celte folie de dépense que la famille de la 
fiancée est souvent la première à lui conseiller, le fiancé 
a dû emprunter plusieurs centaines de pesetas, toute une 



seulement de» manœuvres; tous les gens sans ouvrage qui veulent s&#39;em- 
ployer se rendent à cet endroit ot aUendenl : il n&#39;y n iiucuoe police, au- 
cune autorité, aucun ordre <]»Q3 rt^inhauclLigc, Aurunc ronCestation ne 
surj^it cependanl, Lca juifa ae vont pas à la l,)iidjra al-Mauqar. 



EL-QÇAR EL-KEBIR 



«9 



n 



fortune, qu'il lui faudra mettre de longues années à 
rendre péniblement. De son côté, la fiancée, pour écraser 
ses rivales, a emprunté les costumes de ses amies, les 
foulards de l'une, les bijoux de l'autre, meubles, ten- 
tures, lapis, tout, jusqu'au lit, a été conûé par un pro- 
tecteur aisé. Une fois la fête terminée, les flambeaux 
éteints et la maison désertée par les amies, la malheu- 
reuse épousée se retrouve seule avec son mari, qu'elle 
n'avait jamais vu avant, dans une chambre nue, froide et 
humide, sur la terre battue, n'ayant comme lit qu'une natte 
en feuille de palmier ou en roseau, et comme ustensiles 
de ménage, que deux ou trois poteries grossières, payées 
quelques sous aux qachchAchîn. 

Pour subvenir aux besoins de son existence matérielle, 
pour satisfaire ses goûts de luxe ou retrouver un peu de 
gaieté et d'affection hors du foyer conjugal, la femme ne 
tarde pas à s'écarter de ses devoirs, puis à tomber dans la 
prostitution. Tout l'y invite : le métier qu'elle exerce et 
qui l'oblige à sortir ou à recevoir comme commissionnaires 
de vieilles femmes, toutes plus ou moins entremetteuses; 
la disposition même des habitations, où on a soin de 
ménager au premier étage une meçrya, chambre indépen- 
dante avec escalier particulier et qui est généralement 
louée à quelque célibataire de mœurs dissolues. Maïs le 
Makhzen est aux aguets, Il se présente en la personne du 
khalifa, qu'un système d'espionnage lient au courant des 
intrigues amoureuses, non pour les réprimer, conformé- 
ment à la loi religieuse, mais pour percevoir sur les 
délinquants, sous peine d'emprisonnement, une taxe 
proportionnée à leurs moyens'. 



I, Un ancien khalifa dous u raconté lut-méme comment il s'y prenait 
pour surprendre des couples amoureux et percevoir une taxe à son pro- 
fit. Un jour il D'av.iit pus hésité à glisser dans sa pochule brncelel d'une 
feinine qui l'av.iil l'ctirû de son poignet pour servir te thé. Le jeune 
homme se présenta le leodematu au DAr Maklizen pour retirer le br»ce- 






120 



ARCHIVES MAROCAINES 



Cette répression fie la prostitution est d'ailleurs un 
revenu important pour le khalita. Le quartier des Mzehia. 
ancien tuiartier hoiirgeois, est devenu le refuge des ri- 
baudes qni lialdtaient autrefois les environs de DjAma 'al- 
Hamr/l, et les ont (jnittés pour s'établir à Bâb el-Oued, aux 
Mzebla, devenus quartier exct'ntn(|ue 

Les malheureuses qui vivent là sont pour la plupart des 
femmes de la ville pouss«'îes au vice par la misère, généra- 
lement des divorcées, qut>l(]uefnis même des femmes 
mariées vivant avec leurs maris. Chacune a sa maison; 
quelquefois elles se réunissent à deux ou trois, ou plus 
souvent, se placent sous la direction d&#39;une matrone. 

L&#39;organisation de cette prostitution a plutôt une allure 
clandestine qu&#39;officielle. Un soldat est ciiargé, mais très 
vaguement, d&#39;en faire la police. Le khalifa prélève sur 
chaque fille, sous peine d&#39;emprisonnement, une taxe va- 
riant de 2 pes. 50 à un douro par semaine, suivant la 
valeur de la fille, dont il est le seul juge. 

La prison des lemmes, Dàr at-tqà^ n&#39;est pas loin : c&#39;est 
la maison même de la &#39;nri/a, gardienne négresse qui a la 
responsabilité des prisonuii&#39;-res et les enferme chez elle, 
les fers aux piedsj jusqu&#39;au moment ni&#39;i un parent, un ami 
ou une personne charitable est venue payer la rançon fixée 
par le khalifa, en raison de la qualité de la femme. Chaque 
prisonnière e.st tenue de verser à la &#39;arîfa de quoi payer 
sa propre nourriture. Les femme.*! enfermées à la d^r at- 
tqâ sont le plus souvent des prostituées; d&#39;ailleurs, on n&#39;ar- 
rôte jamais une femme mariée, mais on poursuit son mari 
responsable, quel que soit le crime ou le délit commis par 
la femme. 

La misère de la population est encore accrue par l&#39;in- 
sécurité constante des environs immédiats et de la ville 



lel de sa belle et dut verser encore une forte somme au khitlîfa qtii avait 
déjà exigé de tui uno amcn(ie Iji veille. 





EL-QÇAR EL KEBIK 



121 



ellemêtne. El-Qçar, ville ouverle, est en proie aux incur- 
sions fréquentes des tribus environnantes, aux mains des- 
*]iielles elle ne tarderait pas à tomberai elle ne jouissait, 
dit-«>n, de la proteclion de Mouhiy Ali lîoft R&#39;iiieb. Les 
portes des rues donnant sur la campagne sont soigneuse- 
ment fermées au coucher du soleil et, pendant les moments 
de panique, les habitants veillent la nuitderrifire ces faibles 
barrières. 

Les rapports des Qçariens sont cependant assez cor- 
diaux avec les Khlot, qui viennent journellement en ville 
pour leurs affaires, bien qu&#39;il y ait quelques tiraillements 
entre le khalîfa de la ville et la qAîd du Klot. Il n&#39;en est 
pas de même des Djebala, qui tiennent El-Qçar sous une 
terreur sans motifs, car leurs incursions sont périodiques 
et il serait facile de les prévenir. Les montagnards d&#39;Ahl 
Serif, notamment, mettent en coupe réglée tous les jar- 
dins situés hors des portes ; parlois môme, ils viennent 
tirer des coups de feu jusque dans les rues de la ville. 

Au mois de juillet dernier, des gens de Rabona et d&#39;Ahl 
Serif vinrent assiéger la maison «l&#39;un riche protégé fran- 
çais, un sujet algérien nommé &#39;Odda, défonçant les portes 
à coup de hache. &#39;Odda et ses gens, montés sur la ter- 
rasse, durent faire feu sur les assaillants qui s&#39;enfuirent, 
laissant trois morts et plusieurs blessés. L&#39;agent consu- 
laire de France ne manqua pas de se plaindre énergique- 
ment au kliAlîl&#39;a, qui en référa au gouverneur, à Al-&#39;Arâîch. 
Celui-ci lit la réponse suivante que nous avons lue : « Nous 
t&#39;accusons réception de tes nouvelles. Mais en quoi cela 
nous regarde-t-il ? Envoie-nous plutôt plusieurs charges de 
melons ». 

Souvent ces attaques sont commises avec la complicité 
de Djebaliens habitant la ville. C&#39;est en particulier le cas 
pour les enlèvements de jeunes filles et de femmes, qu&#39;on 
emmène dans la montagne, pour leur apprendre le métier 
de chattàha (danseuse). Un groupe d&#39;Ahl Serîf fait tout 





122 



ARCHIVES MAROCAINES 



à coup irruption dans une maison des quartiers excen- 
triques, où une jeune fîlle leur a été signalée. Les assaiU 
lants placent les canons de leurs, fusils sur le visage du 
père, un poignard sur le non de la jeune fille, et rem- 
mènent en la tirant par les cheveux. Personne ne songe à 
poursuivre les montagnards r la police n&#39;existe pas; la
&#39;askar ne voudraient pas s&#39;en charger. La jeune fille est 
conduite dans la montagne, où on la vend sur le marché, 
moyennant un prix qui peut atteindre 150 douros si elle 
est jolie&#39;. Une Ibis cha(l:tha, elle pourrait s&#39;échapper et 
retourner à El-Qçar qui n&#39;est souvent qu&#39;à une vingtaine 
de kilomètres, mais elle n&#39;y pense pas : elle s&#39;accoutume 
à «a nouvelle vie, parce qu&#39;elle ne fait rien, qu&#39;elle 
mange bien cl peut satisfaire ses instincts de coquetterie, 
condition bien meilleure en somme que la vie conjugale 
à El-Ocar. 



§ 8. — Le vol. 



Après les femmes, la marchandise la plus recherchée 
par les Djebala est le bétail, surtout les bœufs. Il ne se 
passe pas de jour où quelques pièces de bétail ne soient 
enlevées dans les jardins et les prairies qui environnent 
la ville. C&#39;est là qu&#39;intervient le système de la bichàra ou 
bechàra, qu&#39;on pourrait appeler l&#39;organisation du vol, et 
(jui fait partie de ce qu&#39;on désigne sous le nom é&#39;arf al- 

I. Nous avons tu des jeunes filles deninuder elles-mêmes à se retirer 
daos Li rnooLagne cl les parcDls déHespe&#39;-rt^s, venir implorer l&#39;iigcnt con- 
sulaire (le France aHa qu&#39;il usai di< son iiutoriu- pour les faire rentrer 
dans le devoir. 




EL-QÇAR EL-KEBIR 



123 



qabàU, coutumes des tribus*. Nous avons eu déjà l'occa- 
sion d'en parler, mais dans la région d'El-Qcar relte cou- 
tume peut être mieux étudiée que dans la province de 
Tanger, oii elle tombe en désuétude. 

lxi principe, le bachchàr est celui qui sait qu'on vous a 
volé un objet; il le voit chez, un autre, vient vous annoncer 
cette bonne nouvelle et vous offre de le faire rendre. Le 
volé, prévenu, va trouver son voleur et lui dit : « Tu as ma 
vache, j'ai un bachchàr )>, mais il ne donne pas le nom du 
bachchàr. On cherche alors dans la tribu un personnage 
considérable, auquel on expose le cas, étant entendu que 
si le bachchàr est considéré parce personnage comme un 
honnête homme, sa déclaration sera valable. L&#39;arbitre 
ainsi désigné déclare-t-il : « J&#39;admets le bachchûr ». vous devez
encore qu&#39;il soit moralement et surtout matériellement 
assez fort pour que sa décision soit exécutée, sous peine 
de voies de fait. Cet arbitre est d&#39;ailleurs généralement 
un homme de bien, un chérif, un marabout ou un gros 
propriétaire. 

Alors intervient le Rfed. 

Le rfed est l&#39;individu qui garantit au voleur, sous sa 
propre responsabilité, que le volé n^exercera pas de pour- 
suites contre lui en raison du vol. Ce rfed est quelquefois 
l&#39;arbitre lui-même, car il faut aussi qu&#39;il soit un homme 
fort et respecté. Il reçoit une certaine somme du deman- 
deur, se fait restituer la vache volée en payant le voleur, 
et rend l&#39;animai au propriétaire. 

Comme on le voit, cette organisation n&#39;a rien que de 
très respectable en apparence. Le bachchàr et le rfed, ne 
recevant aucune indemnité, ont un beau rôle de concilia- 



I. ^e j.1^ (lachara v. annoncer une bonne nouvelle », de In houchrà et 
hichâra " t^vungile ». Snr ces coutumes cf. Archives marocaines, I, 
p. 127 et seq. 





1S4 



ARCHIVES MAROCAINES 



teiirs. Maïs dans la pratique, il n&#39;en est pas de même : 
chacun touche sa pari. 

L&#39;institution est actuellement dégénérée : le barhchiir 
vole lui-mènie et propose après de rendre l&#39;objet au volé 
en lui disant : " Donne-moi un rfed et, moyennant tant, je 
te fais rendre Tobjet »>. Cette nouvelle interprétation de la 
coutume asuscité une autre fonction, celle du Marsa. 

Le marsa (le port, la douane) est le receleur, entre les 
mainâ duquel les voleurs viennent déposer les objets 
volés. Le marsa envoie alors un bachchâr faire des propo- 
sitions au volé, et si celui-ci n&#39;accepte pas, fait vendre les 
objets. Quand le marsa est un personnage riche et consi- 
dérable, il achète directement l&#39;objet au voleur pour une 
somme miinime, celui-ci ayant besoin d&#39;argent et n&#39;ayant 
pas la force matérielle nécessaire pour conserver le pro- 
duit de son vol. 

Aux portes mêmes de Tanger, un Rifain sert de marsa 
intermédiaire. Une partie des objets va à la montagne, 
une autre partie à El-Qcar et bifurque en cet endroit, 
moitié à Ouazzân et chex les Rent Meslard, moitié chez 
les Zemmour. Ce sont ordinairement des animaux qu&#39;on 
vole, mais on ne les vend pas à El-Qçar : on les envoie 
sur les marchés d&#39;Ouazzân ou des Zemmour. 

Le chara&#39; donne naturellement une solution différente 
aux litiges pour vols, mais elle vise encore à la conciliation. 
L&#39;individu qui retrouve un objet volé, soit à lui-même, soit 
à un autre, crie en plein marché; « Bismillah ! Allah ! akbar! 
Ce taureau est à moi ! » il le prend et le conduit dans un 
fondaq oit l&#39;animal reste mouthaqqaf, séquestré. 11 va alors 
prévenir le qûdî qui envoie un &#39;aoun, ou le khalifa qui 
envoie un mokhazny, pour séquestrer l&#39;animal, et tout le 
monde revient chez leqâdL Après discussion, Je q&dï in- 
vite chacun ù établir ses preuves. Si le volé doit aller dans 
dans sa tribu pour laife la preuve, le qâdî Toblige à dé- 



Je



Je

1

Je
Je





EL-QÇAR ELKEBIR 



125



poser entre ses mains une certaine somme appelée outsiqa, 
représentant la valeur de la bète. qu&#39;il lui permet d&#39;em- 
mener. Le demandeur réunit alors une biina^, dans sa 
tribu, et fait faire par les &#39;adoul, un acte que vise le qâdi 
de la tribu, pour constater l&#39;identité de l&#39;animal. Il rap- 
porte cet acte au qArJî du lieu où le vol a été découvert, 
et retire l&#39;outsiqa après jugement. Le voleur n&#39;est pas au- 
trement poursuivi. 

En général, ce genre d&#39;affaire se termine par un arran- 
gement à l&#39;amiable, comme si l&#39;animal n&#39;appartenait ni à 
l&#39;une ni à l&#39;autre des parties. Cet arrangement amiable se 
traduit par la formule : ma nu chi nçdra <c nous ne sommes 
pas des chrétiens 1 » le chrétien étant considéré comme 
celui qui va jusqu&#39;au bout pour affirmer son droit. 

I, Deux &#39;adoul ou douze It^moins, comme pour l&#39;aire uoe moulkja. 





126 ARCHIVES MAROCAINES 



VI 

Institutions commerciales. 
§ 1, — Le Mohtasib. 



La charge de Mohtasib est une des plus anciennes insti- 
tutions de police des Arabes. Elle date des débuts du kha* 
llfat d&#39;Orient. Le célèbre jurisconsulte AUMâwardy lui a 
consacré le dernier chapitre de son traité de droit public 
musulman, et un grand nombre d&#39;auteurs ont écrit des 
traités entiers sur les devoirs de cette charge. Elle n&#39;était 
donnée d&#39;ailleurs à l&#39;origine, qu&#39;à des gens d*une piété et 
d&#39;une honnêteté rigoureuses. Plusieurs écrivains célèbres 
l&#39;ont occupée : notamment le fameux historien de l&#39;Egypte, 
Taqy ad Din al-Maqrizy, qui fut Mohtasib au Caire, à deux 
reprises dififérentes, et en profita pour écrire son Traité 
des monnaies et des poids et mesures  et pour donner une 
notice sur cette charge, dans sa Description de VÉgypte *. 

D&#39;après lui, la hisba {hasba au Maghrib) ou i^isâb, 
charge de mohtasib, est une dignité ecclésiastique. la
molitasib d&#39;Egypte tenait une sorte de tribunal, alternative- 

1. Traduit en français par Silvestre de Sacy Magasin encyclopédique, 
1796, VI, p. 472-507; 1797, I, p. 38-89. 

2. Kilâb khifai Miçr, éd. de BoAlaq; E. Quatrcmèrc, Histoire de» 
sultans mamelouks, I, p. ii/&#39;, avait occupé la hisba. Nous lisons dans son 
traité* que l&#39;inspection du mohtasib s&#39;exerce non seule- 
ment sur tous les marchands et industriels, mais encore 
sur les médecins, les maîtres d&#39;écoles&#39;, les tenanciers de 
bains et les filles publiques. Il doit vérifier les poids et 
mesures, s&#39;assurer que personne ne construit d&#39;édilice en 
dehors de l&#39;alignement des rues, que les commerçants 
n&#39;entravent pas la circulation par leurs étalages, que les 
marchands de comestibles ne falsifient pas leurs marchan- 
dises et donnent exactement le poids convenu, et pour 
cela il n&#39;hésite pas à envoyer un enfant acheter quelqu&#39;ali- 
ment afin de prendre le marchand en faute. H choisit lui- 



t. IjC chapitre sur l&#39;hùlcl des moimaics a ct<5 trnduit p;ir S. de S.ioy 
comme appendice à l&#39;articlf prècilé. (Magasin encychpédit/uc, t^fi?, l.) 

a. jihay/tt ar-routfia fi {alh Al-liisha, amAyaé très loiiguemenl par
W. Behrnauer d.aiis Mt-muire sur les ifisCitulioiis de police chez les Arabes 
(Journal asiatique, 1860, p. 3/(7 et seq.). 

3. Il est défendu si ceux-ci, entre Riilres choses, dedoauur riaslriiction 
aox lilk*8 : « On dit que la femme qui a appris récriture e»! rommt; la
•erpenl qui a bu le poison. " {Juurii. as., iSlîi, p. Ij-j,]t28 



ARCHIVES MAROCAINES 



môme les crieius publies parmi les hommes honnêtes et 
sùrs^ elles courliers d&#39;esclaves parmi ceux qui sont con- 
nus pour leur chasteté et leur abstinence. Il oblige les 
médecins à s en tenir à ta règle trHippocrate et n&#39;autorise 
les oculistes à exercer leur métier qu&#39;après leur avoir fait 
passer un examen sur les Dix trailés de l&#39;œil du célèbre 
Honaiu bon Ishàq. Il veille aux bonnes mœurs et châtie 
l&#39;ivrognerie et l&#39;adultère ; il dispose d&#39;ailleurs de trois 
sortes de chAtimenls : le fouet, le nerf de bœuf et le tar- 
tour, bonnet ridicule dont on coilFe les coupables et qui 
doit rester suspendu comme enseigne à la porte du moli- 
tasib, pour jeter l&#39;eflroi dans les cœurs des malfaiteurs. 
Mais nous faisons une remarque curieuse dans ce traité, 
c&#39;est qu&#39;il est défendu au molitasib u temps de Moulay Abd ar-Rahmân, la peau de tout ani- 
mal Uié (bœuf, mouton, etc.) était laissée pour le sultan, 
qui faisait lui-même le commerce des cuirs et peaux, ce 

^Hqui provoqua un jour cette explosion de colère du qàdl de 
Fès, Ben Souda, en pleine khotba : « Dieu ! fauche la 
postérité de quiconque spécule sur les peaux&#39;! "

Les exemples que nous venons de donner montrent 
comment l&#39;institution du mohtasib, basée sur les principes 
de la Sonna et créée par les premiers khalifes pour donner 



^t 



I. Oa mène paitre l&#39;animal avec les autres moutons et on es prend soin 
jusqu&#39;au moment où il est mené à l&#39;abattoir. 

3. L&#39;imâm al-gourna est un bomxne de bien, choisi à la fois par le 
ara* et le Makhzen (le qùdî el le khalifa). L&#39;nQÎmal étant lounic dans 
a direction de la Mecque, l&#39;imàrn prononce ces mots : lîismiilah, Allah 
a/ibar! Ana dahaitt nl-lia!âl, hi-njat ar-roudjoû lorsqu&#39;il fait revenir 
]e couteau sur In plaie. Les musulmaas ue m.-ingonl que de la viande 
a.iignée, mais égorgée selon te rite, A la chasse, l&#39;animal tué peut être 
halàlaï, an moment de tirer, on prononce la formule susdite. 



;l J.=L 




Il de tirer, on prononce la formule susdite. 
jU,»dl ^_^ Ol^Lo ^J*«*J ç!lai >j>^ ^. *^^^ ^- 



134 




ARCHIVES MAROCAINES 



des garanties d&#39;honnêteté aux transactions commerciales, 
est devenue de nos jours au Maghrîb un instrument d&#39;exac- 
tion, et une sérieuse entrave au développement du com- 
merce et de l&#39;industrie. 



§ 2. — Les corporations. 



Je



Le mofittasib tient dans sa main les corporations, par 
son autorité sur les amîn. Les anciennes corporations, 
autrefois solidement organisées, ont eu des destinées bien 
différentes dans les diverses régions du Maghrtb. A Fès, 
elles se sont conservées presque intactes, mais, à mesure 
qu&#39;on s&#39;avance vers les côtes, on n&#39;en trouve plus trace ; on 
les voit se désagréger et perdre leur indépendance avec 
leur organisation. 

A El-Qçar, les corporations existent encore ; on les ap- 
pelle hanla, mais elles n&#39;ont plus aucune indépendance et 
leurs règles corporatives sont presque perdues. La hanta 
comprend les individus exerçant le même métier et réunis 
ordinairement dans le mâme soùq. Elle est administrée h 
par un conseil, une djamâ&#39;a, dont tous les membres de la | 
corporation font partie, mais qui se réunit très rarement; 
ses réunions ont lieu lors des nezâka, réjouissances obli- 
gatoires dont nous avons parlé précédemment, et lors des 
moiîsem ou &#39;amara de marabouts. La djamâ&#39;a propose au 
mohtasib la nomination de Vamtn. 

Ce personnage, qu&#39;on appelle vulgairement lamîn^ pour 



t. Corruption de al-amtn. Le pluriel à&#39;amin de corporation est 
natf oumanâ étant le pluriel d&#39;&#39;amtn du Maklizen. 




EL-QÇAH EI,-KEBIR 



135 



le distinguer de Vamin du Makhzen, est nommé par le 
mohlasib, auprès de qui if représente la hanta. Mais ses 
fonctions sont limitées à la perception des impôts pour 
l&#39;amîn al->Ioustafad, des hadya pour le khalîla et des taxes 
arbitraires pour le mohlasib. Il ne sert même plus d&#39;ar- 
bitre : les contestations entre ouvriers et patrons, entre 
acheteurs et vendeurs, réglées à Tanger devant le lamtn, 
sont perlées ici devant le mohtasib. Les corporations 
juives, telles que celles des orfèvres, ont des lamin juifs. 

Lorsqu&#39;un nouveau gouverneur arrive à El-Qçar, les 
hantàsoTii convoquées parle khalîfa, chacune sous la direc- 
tion de son lamin, pour accompagner en cortège les auto- 
rités de la ville qui vont à sa rencontre; les ouvriers s&#39;y 
rendent en armes, tirant des coups de fusil. Chaque lamtn 
va alors souhaiter la bienvenue au gouverneurquilui rend 
ses salutations lorsqu&#39;il est poli, ce qui n&#39;est pas fréquent. Il 
n&#39;y a pas de règlements corporatifs écrits, mais on constate 
encore l&#39;existence de quelques vestiges des anciennes cou- 
tumes. Il est de règle, par exemple, dans tous les corps de 
métiers, qu&#39;un travail commencé par un ouvrier ne peut 
être continué par un autre, à moins que le premier soit 
décédé. La corporation tout entière s&#39;y opposerait. 

Certaines corporations sont restées exemptes de farda 
pour toutes les charges des contribuables (sokhra, mou- 
na, etc.) et ne payent pas non plus le haqq al-habs, droit 
desortie deprison : les menuisiers(najjàra), les maréchaux- 
ferrants (semmftra)et les forgerons (haddâda). Ces charges 
sont remplacées par des corvées koulfa. Le Makhzen a 
recours à ces ouvriers sans les payer. Les porteurs d&#39;eau, 
réquisitionnés lors du passage d&#39;une mahalia, sont éga- 
lement exempts de charges; il en était de môme autrefois 
pour les dabl)flr&#39;a (tanneurs), qui fournissaient les outres 
{raouya]en peau transportées à dos de mules, ainsi que 
les cuirs pour la fabrication des tentes; mais cet usage est 
tombé en désuétude. Les cordonniers seuls payaient toutes 






136 



ARCHIVES MAROCAINES 



les charges; aujourd&#39;hui, la plupart des corporations ac- 
quittent ces taxes. 

Chez les tanneurs, le droit de protection européenne 
n&#39;est pas reconnu : un tanneur ne pourrait invoquer sa 
qualité de protégé pour se soustraire à une taxe relative 
à la tannerie. Au Soùq al-haïk, les marchands ont voulu 
exercer la mt&#39;^me contrainte sur leurs collègues protégés: 
ils se sont syndiqués récemment pour racheter T&#39;achour 
de leur soùq, aux enchères, à l&#39;aroin al-moustafad, par 
l&#39;intermédiaire de leur lamin, et partager ensuite entre 
eux cette somme, proportionnellement au chiffre de leurs 
alTaires. Les protégés européens, exempts d&#39;impôt vis-à- 
vis du Makhzen, sont ainsi obligés de payer sous peine 
d&#39;être disqualifiés : c&#39;est un exemple de syndicat de résis- 
tance contre les privilèges créés par la protection consu- 
laire. 

Enfin nous avons été témoins à El-Qçar d&#39;un autre phé- 
nomène social : la grève {r&#39;oura). Le mohtasib, qui avait 
à se plaindre des bouchers, ayant récemment abaissé le 
prix de vente de la viande de 10 centimes par livre, les bou- 
chers ont fermé leurs boutiques et onlcessé de tuer. Leur 
résistance a été, il est vrai, de courte durée, aucune auto- 
rité administrative ne se trouvant là pour écouler leurs 
doléances ; ils se sont réunis, ont décidé d&#39;offrir un cadeau 
au mohtasib (une dizaine de douros) et l&#39;ancien tarifa été 
rétabli. 



Je
Je



Je



§ 3. — La vente aux enchères. 



Un certain nombre de biens meubles et immeubles se 
vendent aux enchères, sous la surveillance du mohtasib, 
tant sur les marchés que dans les soùq ou même dans les 




EL-QÇAK EL-KEBIR 



137 



rues de la ville. Les crieiirs publics chargés de celle vente 
sont les deUàlu. dont nous avons déjà exposé les attribu- 
lions. Les dellAla d&#39;EI-Qçar au nombre de seize, sont nom- 
més par le mohlasib sur la proposition de Tamin des del- 
lala. Responsables de letirs ventes, ils sonttenus de fournir 
un garant [ihunen] pour le cas où ils perdraient les objets 
qui leur sont confiés : cette g^arantie est établie par docu- 
ment d*&#39;adouI déposé entre les mains de l&#39;amin. Celui-ci 
est également nommé par le mohtasib. Il a le monopole 
de la vente des propriétés immobilières, des esclaves et 
des objets d&#39;or et d&#39;argents revêtus du poinçon de Fès&#39;. 

Sont soumi? à la vente aux enchères : les animaux, les 
djellaba, la peau tannée, les objets d&#39;occasion (bric à brac), 
les bijoux, les esclaves, les immeubles, les boutiques de 
haboùs (en location), les marchandises du Soùq al-haïk, 
du Soùq as-sabbât et toutes les marchandises qu&#39;on désire 
vendre par ce procédé. 

Le déliai ne touche aucun traitement du Makhzen, mais 
il reçoit une commission sur les objets qu&#39;il vend, payée 
par le vendeur ; 1 centime par mithqal (40 c.) pour les 
objets de grande valeur, et 7 centimes par mitbqal pour 
ceu.K de peu de valeur. Cette commission lui est payée 
lorsque l&#39;objet est vendu : s&#39;il n&#39;est pas vendu, le dellAl 
ne reçoit que la moitié de la somme qui lui serait due en 
cas de vente&#39;. La fonction de dellâl peut être occupée par 
des juifs. 

Nous avons exposé précédemment comment les dellâla 
procèdent à la vente aux enchères, mais nous n&#39;avons pas 




1, Il ac vend pa9 ceux qui ne sont pas poinçounés parce qu&#39;il est res- 
ponsable et peut être poursuivi pour aroir vendu des objets de mauvais 
«loi. 

2. Le Makhzen (c&#39;est-à-dire le gouverneur de Ir ville ou le qàid de la 
tribu) perçoit pour la renie des propriëlés 5 o/o de taxe sur le prix de 
vente; {&#39;.-iclieteur doit payer en outre les fraÎK s&#39;élevant en moyenne à 
3o o/o. 




f3R 



ARCHIVES MAROCAINES 



parlé de la vente des esclaves, qui n&#39;existe plus à Tanger. 
Elle est encore pratiquée journellement à El-Qçar. 

Les esclaves, appelés autrefois &#39;abld et khadlm, sont 
aujourd&#39;hui connus plus généralement sous les noms de 
ouac/f&#39; el ouactfa (fém.). Ils se vendaient, il y a peu de 
temps encore, au Soùq ar-razal (marché à la laine filée) le 
matin de très bonne heure. Aujourd&#39;hui, on les promène 
et on les vend dans les rues. Ces esclaves, généralement 
nègres, mais quelquefois mulâtres, viennent de toutes les 
provinces du Maghrib ; les anciennes caravanes d&#39;esclaves 
de Marrakech n&#39;arrivent plus jusqu&#39;à El-Qcar, mais plu- 
sieurs négociants de Fès&#39; en achètent ici pour les revendre 
à Fès, où le prix en est plus élevé. Une négresse vaut à 
El-Qçar de 50 à 30O douros, un homme, de 20 à 150 douros, 
suivant son âge et ses aptitudes. 

L&#39;amîn des dellâla, qui seul vend les esclaves, fait 
marcher l&#39;ouacîf devant lui, dans la rue; lorsque c&#39;est une 
femme, il doit lui acheter un haïk pour la couvrir si elle est 
mal vêtue et en retenir le prix lors de la vente, mais on ne 
prend môme plus aujourd&#39;hui cette précaution. L&#39;acqué- 
reur peut faire entrer l&#39;esclave chez lui et l&#39;examiner, la 
faire travailler môme pour se rendre compte de son habi- 
leté ce sont ordinairement les femmes qui s&#39;en occupent 
lorsqu&#39;il s&#39;agit d&#39;une ouacîfa)&#39;. On examine généralement 
les dents, les seins et la chair de l&#39;avant-bras. Lorsqu&#39;il 
veut vendre une très bonne négresse, le dellâl crie : 



Je



I. NoUmment t&#39;amin al-Mouslafad elle mot^taBÎb. 

a. An-Nabrawi, dans son Traité dea fonctions du mo^Uasib, dit que les
courtiers d&#39;escLives doivent »^trc des gens honnêtes el chastes. Le cour- 
tier ne doit vendre un esclave qu&#39;après s&#39;ôtre assuré de l&#39;identité du 
veudeur; s&#39;il veut arheter une eaclave, il lui est pertnis de la regarder 
au visage et sur les deux mains, mais il ne peut voir son corps ni se 
trouver seul avec elle, l&#39;examen en ce cas devant être lait par une femme; 
il ne peut pas séparer une esclave de ses eoTants au-dessouii de sept ans ; 
enfin il ne doit pas vendre un esclave musulman A un chrétien ou à un 
ÏMif[Journal asiatique, i8Gi, p. 36 el seq.. 




EL-QÇAK EL-KEBIR 



139 



Otiacîfa Allahl « une négresse (à la grâce) de Dieu ! » et 
prolonge les enchères. La dernière surenchère n&#39;est jamais 
comptée : le dernier enchérisseur paye la surenchère pré- 
cédant la sienne, comme pour toutes les ventes aux en- 
chères &#39;. 

Le Makhzen ne perçoit aucun droit Bur la vente des 
esclaves. Le delhll amène l&#39;esclave, en présence de l&#39;ac- 
quéreur, devant l&#39;adel cpii rédige l&#39;acte de vente. Si le 
vendeur est inconnu et n&#39;a pas de document établissant sa 
propriété, T&#39;adel interroge l&#39;esclave lui-même; die Käufer
qui doute du droit du vendeur sur l&#39;esclave peut même 
exiger un garant en ville. 

Quatre vices rédhibiloires, &#39;ayoûb, rendent la vente 
nulle, pour une ouacîfa&#39;, à moins que le dellAl n&#39;ait crié : 
Ouaclfa kda oua kda, men themma beloued. oua elly 
ibV ha daba, zyàda bel arba&#39;tn ou d-dellàla filâlya elly 
ia&#39;mel cht taouakkoiil Allahl n Esclave comme ceci et 
comme cela (indiquant le vice rédhibitoire), d&#39;ici à la 
rivière (c.-à-d. sans recours), celui qui l&#39;achètera main- 
tenant paiera un dédit de 40 réaux (2 douros); pour celui 
qui l&#39;acceptera, il n&#39;y aura de recours qu&#39;en Dieu, parole 
tilâlienne! i> les Chorfa fihVIa n&#39;ayant qu&#39;une parole, non 
par bonne foi, dit-on, mais par entêtement. 



§ 4. — Les poids et mesures. 



Au début de l&#39;Islamisme, la plus grosse unité de poids 
était le qantar (quintal) qui valait 100 rotl, livres d&#39;or ou 

I. Les commerçants qui tiennent boutique ne payent pas les deux der- 
nières surenchères, sauf pour les esclaves et les animaux. 

1, Ces quatre vices sont le ronflement, l&#39;incoutinence nocturne d&#39;urine, 
le grincement de dents pendant le sommeil et le morbus gallUua, 




140 



ARCHIVES MAROCAINES 



d&#39;argent. Le Prophète, de son cùté, fixa hii*même la valeur 
du t|antar à 120(1 ouqya (onees) ; enfin il est admis par la 
majorité des auteurs que le qanlar valait 1080 à 1100 dinars. 
D&#39;autre part, 7 dinars (monnaie d&#39;or) équivalaient à 10 dir- 
hems (monnaie d&#39;argent) ; un dinar valait 24 qiri&#39;it et 1 qirAt 
3 /(«/>&« (grains d&#39;orge) &#39;. Ces mesures ont naturellement 
beaucoup varié en passant d&#39;Orient en Occident, mais on 
a continué à évaluer les poids en monnaies, les monnaies 
étant des mesures fixes, et on a adopté pour unité de 
comparaison le douro d&#39;argent (25 grammes). Le gantar, 
le rofl[rlal au maghrib) et Vouqya sont restés : le qanlar 
vaut toujours 100 rtal (livres), mais la valeur du rlal en 
douros varie beaucoup suivant les époques, les régions el 
les corporations, quelquefois même suivant les mar- 
chands, aussi est-il d&#39;usage, lorsqu&#39;on traite une affaire, 
de s&#39;entendre avec son partenaire sur la mesure à adopter. 
Les poids et mesures nous ont paru plus variables à 
Tanger qu&#39;à EI-Qi-ar. Voici, dans cette dernière ville, ceux 
actuellement en usage. 

Les mesures de capacité sont le moudd pour les grains 
et nqouUa pour les huiles. Le moudd contient 64 litres 
et, en blé, peso environ 40 kilogrammes; la qouUa d&#39;huile 
pèse 30 livres de 32 douros la livre (800 gr.), soit 24 kilogr. 
Le moudd se subdivise en houç moudd (1/2 moudd), rba&#39;y 
(1/4), thomny (1/8), nouç thomnif ijU) et rbi&#39;a (1/.32). la
qoulla se subdivise en nouç qoulla (1/2 qoulla), rhoy&#39;a 
(1/4), kassetn (1/8), kas (sorte de bol, 1/16) nouç k as (1/32). 

La plus grosse unité de poids[ouzn) est le qanlar 
(quintal), mais il y a trois sortes de qanlar : le gantar 
"attàry, servant pour l&#39;épicerie et les marchandises euro- 
péennes, et valant 100 livres de 20 douros (.50 kilogr.), le 
qantar baqqàbj pour l&#39;épicerie indigène, 100 livres de 



I, Cf. S. de Sacy, Traité des poids et des mesures légales des Mu 
sulmans {Magasin enc^&#39;clopédif/ue, 1797, I, p. 38-89). 




EL.QÇAR EL-KEBIR 141 

32 douros (80 kil.) elle qaiitar guezzâ ri/ pour la boucherie, 
100 livres de 40 douros (100 kil.). Ce dernier est le mùme 
que le derrâzy (tisserand), pour peser la laine, et le 
fahhâmy (charbonnier), pour le charbon. 

Les sous-multiples du qanlar sont : nouç qantar (1/2), 
rba&#39; (1/4), nouç rba (1/8), rba de rba appelé aussi ouzna 
(1/16). 

En principe, la livre {rfal) vaut 16 onces {ouqya) propor- 
tionnées a la livre elle-môme; l&#39;ouqya n&#39;est donc qu&#39;une 
fraction. 

Les bouchers (guez/.ârin) n&#39;ont pas la livre, mais seule- 
ment la demi-livre (nouç. rtul) et arba&#39; ouaq (4 ouqya). 

Les baqqàUn et khaddàrln oniX^ livre (rtal), nouç rtal 
{.j&#39;l), arba &#39;ouaq (1/4), ouqiteln[1/8), ouqya (once = 1/10), 
nouç ouqya (1/32). 

Les &#39;altârln ont le rtal et les mêmes sous-multiples que 
ci-dessus jusqu&#39;i nouç ouqya, puis tkomnetn (1/64), tke- 
men (1/128), nouç themtii (1/256), rba&#39; , égal à 4 nouaya 
(1/512), nouaya (1/2048). Le thcmen ou themen ouàfy (fort) 
est appelé aussi zaLary. Le zalary était autrefois une pièce 
res : une très 
grande au premier, pour les malades, et une plus petite 
au re/.-de-chaussée. pour les fous. On ne prend plus la 
peine d&#39;y enfermer les alionés. Il y a quelques années 
encore, les malheureux amenés là avaient les chaînes aux 
pieds, aux poignets et au cou; on les nourrissait suivant 
un régime très rudimentaire et on les traitait par des exor- 
cismes. Aujourd&#39;hui, la maison de fous et l&#39;hôpital sont 
tous deux déserts : on n&#39;y rencontre plus que de pauvres 
gens vivant d&#39;aumônes et persuadés qu&#39;ils guériront par 
la seule inlluence du saint. 

Le collège de philosophie et de sciences libérales n&#39;est 
autre que la medersa de Djàma&#39; el-Kebîr, aujourd&#39;hui 
ruinée, et dont la porte, ornée encore de débris de faïences 
émaillécs, se trouve murée au fond d&#39;une impasse qui 
longe la grande mosquée et conduit au hammAm Sidy MI- 
moùn. Une inscription en relief sur marbre, déposée dans 
un coin de la grande mosquée et dont nous avons pu ob> 
tenir un estampage, attribue la fondation soit de ce collège, 
soit dune de ses dcpendances, au sultan mi-rinide Aboi&#39;i 
&#39;Inân, arrière petil-tils d&#39;Aboù Yoùsouf Abd al-Haq<|. la
date ne s&#39;y trouve pas, mais nous savons qu&#39;Aboii &#39;Inân, 
né en 729 de l&#39;hégire d&#39;une mère chrétienne qui s&#39;appelait 
« Soleil du matin », régna peu de temps, de 752 à 759 
(1351-1357), époque à laquelle il mourut&#39;. 

1. Le même sultan construisit à Vi&#39;% une médersa, qai existe encore 
■ODS son nom. Cf. Ibn Khaldoun, Histoire des Berbères, IV, p, aga cl 
•eq. ; As-Slàouy, KilàU al-Istii/ni, 11, p. .Si). Cet auteur ne parle pas de
la mcdcrsa d&#39;EI-Qrur, de mémo qu&#39;il p-issc sons silence beaucoup d&#39;évé- 
nements surreous d.tns cette ville. Les lettrés d&#39;El-Qçar disent que la 
misoa de ce parti-pris est que les Oulad Meçbâh auraient chassé d&#39;EI- 
Qçar les Nâeeryin (auxquels appartient notre auteur) et les «uraîenl em- 
pêchés d&#39;y construire une zàouya. 





iNSCHIfTION DB l.À MÉDKMa. 
Phuloyrafthie J» i&#39;nlnwjMiffe. 





mais ils ont conservé le souvenir de la bibliothèque de 
la grande nios(|uée, qui provenait 1res certainement de la 
médersa, et qui s&#39;est trouvée dispersée dans ces dernières 
années. 

Si la inedersa de DjAma&#39; el-Kehîr est depuis lon^^temps 
détruite, celle de Djâma&#39; as-Sa îda, beaucoup plus récente, 
n&#39;a été désalTectée qu&#39;à la fin du siècle dernier. 11 y a dix 
ans, on y voyait encore 10 chambres, sur les 3U qu&#39;elle 
renfermait jadis, avec quatre lolba qui ne touchaient plus 
rien des habons, mais qui vivaient du mrt&#39;rof//&#39;(ralion quo- 
tidienne) donnée par les habitanla du quartier, à tour de 
rôle. Aujourd&#39;hui elle est presque démolie; la toiture 
n&#39;existe plus : les murs seuls ont résisté à l&#39;œuvre du 
temps, on les a môme consolidés derniùrenient pour em- 
pêcher les brigands djebaliens d&#39;entrer par celte brèche 
dans la ville. 



Les iolba n&#39;ont pas complètement déserté El-Qçar. On 
y rencontre encore quelques vieux savants possédant des 
livres et connaissant à peu près rhagiolor;;ie et l&#39;histoire 
de leur cité, et un petit nombre de jeune tolha, vivant dans 
une petite pièce ménagée dans un coin de chaque mosquée, 
pour l&#39;école enfantine. Us passent leur temps à lire le 



^ 




ARCHIVES MAROCAINES 



Qorân et à travailler à quelque mélier mauuel pour gagner 
leur vie, car la coutume du ma&#39;roùfse perd rapidement, 
chez une population aussi misérable. Les lolba élisent un 
moqaddem qui prend l&#39;inilialive des réunions et repré- 
sente le corps des étudiants devant le khalifa ; il est
exempt d&#39;impôts. Dans les cérémonies, les réceptions de 
gouverneurs ou les fêtes religieuses, les ^olba marchent 
en cortège, moqaddem en t^le. Ccst le seul vestige exis- 
tant à Ël-Qçar d&#39;une organisation universitaire qui a du 
être brillante. 



■



Les établissements religieux appartiennent en grande 
majorité aux liaboiis et sont administrés par le nàijher, qui 
pourvoit à peine à leur entretien. (Quelques zâoiiyas et 
marabouts seulement échappent :i sa gérance, l&#39;administra» 
tien de ces sanctuaires restant confiée à la famille du per- 
sonnage enseveli dans le mausolée. Trois mosquées sont 
consacrées à la kholùa, c&#39;est-à-dire qu&#39;on y fait le prône au 
bâton ^ le vendredi; elles ont une organisation complète, 
un imâm, un khatib (prédicateur) et des mouAdhdhin 
(crieurs). Leurs minarets sont surmontés d&#39;un &#39;fl^<7/«, dra- 
peau blanc qu'on hisse au lever du soleil et qu'on amène 
au maghrib. Souvent, lorsqu'une femme éprouve quelque 
peine à accoucher, on prend sa schnya (foulard de tète) el 
on la hisse sur le minaret d'une des trois mosquées de 
khotba, à la place de l'alam; on peut aussi remplacer la 



1. 11 y a en eJTi'l deux manitTGs de faire la khotha : à la Ijiicc, mezrâg, 
ou «u b.iltin, 'o/"(î;. t/ea p.iys qui onl été cotiquis les armes à la niaiu 
pur les niuautin»rs uut ia khollu ù lu lauuc; cuux i|ui se Hoal soumis 
dpvaiit le bnloii UDl la kliolbn .-tu b.îlon. Ce dernier cas est celui du Ma- 
ghrib : l'huissier cjui iiccompajifne le pri^dicateur l'i la chaire, le vendredi» 
reste au pied de l'escalier, tenaot un bàlon à la main. 



i 




EL-QÇAR EL-KEBIR 



149 



sebnya par une petite planchette sur laquelle un tAleb a 
écrit quelque formule magique. 

Outre ces trois édifices, il y a encore une trentaine de 
mosquées ordinaires, où on fait les prières quotidiennes, 
mais non celle du vendredi; plusieurs de ces mosquées 
sont complètement ruinées. En général, elles renferment 
des tombeaux de saints. 



I 



1^ 



Parmi ces mosquées de second ordre, il en est qui 
tirent une importance particulière du fait qu'on y joue la 
r'aîta (clarinette) et le nefir (trompette), pendant le rama- 
dan. Ces sonneries ont lieu le 1" jour, lorsque la lune ap- 
paraît et chaque soir, une demi-heure après Y'acha; c'est 
ce qu'on appelle VichftV  puis, au milieu de la nuit, sept 
fois de suite, pour préparer le goûter nocturne, et à la fin 
de la nuit, al-qtà'. En outre> au milieu de la nuit, le tam- 
bour part d&#39;une de ces mosquées et passe dans les rues 
de la ville pour réveiller les musulmans. 

Dans les trois paragraphes qui suivent, nous rassem- 
blons les renseignements que nous avons pu recueillir sur 
chacun des édifices religieux de ces trois catégories : mos- 
quées, zâouyas et marabouts. Un grand nombre de ces der- 
îers ne nous ont laissé que des noms propres, auxquels 
ne se rattache aucun souvenir ni aucune légende dans le 
pays. Nous les nommons pour mémoire. 




Khanzira. C&#39;est uti éditice carré de 50 mèlres environ de 
côté, avec plusieurs annexes : la baît al-guenAîz, ou on lave 
les morts, au sud-est, et cjui serait urnée, au dire des habi- 
tants, d&#39;une colonnade antique; la medersa. à l&#39;est, dont 
nous venons de parler, et, au nord-est, le bain de Sidy 
Minioùn. Nous avons décrit le minaret carré et la cour à 
colonnade &#39;. 

Aucune inscription commémoralive de la fondation de 
cette mosquée ne nous a été signalée et aucun auteur 
n&#39;en parle, mais elle n&#39;est certainement pas antérieure à 
Ya&#39;qoûbal-Mançoùrqui fil d&#39;importants travaux à El-Qçar: 
le minaret seul serait plus ancien. 

La mosquée, administrée par le nAdher, a un imâm qui 
remplit les fonctions de khalïb (prédicateur)&#39;, quatre 
moùadhdhinet un monqit qui règle les pendules et prévient 
le moiïadhdhin (jue l&#39;heure de la prière est venue, en frap- 
pant un coup à la porte du minaret. 

Tous les hahoùs de la ville sont réunis à ceux de la 
Grande mosquée. 



1. Voyez précédurament, chap. If. 

tk, C&#39;étuit tkutrei&#39;ois le qùili qui falsaillu [>r6ne dana la graiide mosquée. 





liL-OÇAR 

Mosquée de Sidy Al-Aitmlry. 

l'hntii^rujthi^ Ut M. A i'tttilta^ 



EL.QÇAR EL-KEBIR 



•ISi 



I 



'•V^' ^ ■ Djâma as-Sa'îdu (La mosquée heureuse). 

Mosquée de kholba, au ((uarlier de Gharî'a. Elle fut ter- 
minée, dit- on, le jour de l'eulrêe des musulmans à Al- 
"Arâîch en 1689 (le lOnovembre); c'est pourquoi on l'appelle 
« la mosquée heureuse ». Construite sur un plan très 
simple, avec une vaste nef de 30 mètres de côté recouverte 
d'un toit de tuiles vernissées, et un liant minaret carré en 
briques de couleur sombre, elle n'offre rien de parliculiè- 
rcnient intéressant. Son personnel comprend un iniâm, 
un khalib, et un moùadhdbin pour chaque prière du 
jour. 

■ Mosquée de khotba, au quartier de Bib el-Oued, Elle 
aurait été conslruile, a une époque assez ancienne par un 

Inalit' de Smyrne, d'où son nom Al-Azmîry; mais ou ne 
connaît rien sur ce personnage qui n'y est pas enterré, car 
on n'y voit aucun tombeau. H y a quarante ans, la mosquée 
fut entièrement restaurée par la famille des H'rablyin, 
dont un memJjre était nidher intérimaire. L'ancien édifice 
n'ayant pas de minaret, la famille algérienne des 'Odda en 

tfit élever un à ses Irais. Depuis celle époque, les R'rablyîn 
en ont conservé radniinislration et le service, circons- 
tance qui en fait une mosquée aristocratique; l'imÂm est 
Si Al-'Arby al-R'rably, 'adel et souvent khalîfa du qâdy, 
mais il est payé par le nàdher sur les haboùs. 



^j:fj^ ^^ »^W- Djâma' Sidrj Al-Azmîry. 









Dj'ima ez-Zelije (azulejo). 



A BAb el-Oued, rue du Dîwûn, [leLile mosquée ruinée 
avec un minaret reconslruil récemment. Son nom d'azulejû 
indique qu'elle devait èlre recouverte autrefois de revêle- 




ARCHIVES MAROCAINES 



ments ou de pavages en mosaïque', mais aucune raison 
apparente ne justifie celte hypothèse et les ha])itants 
ignorent aussi bien l&#39;origine de telle appellation que celle 
de la mos([iiée elle-miSnie. On y remarque le tombeau de 
Sidy Yoùsotif Az-ZallAdj (le mosaïste), sans doute l&#39;ouvrier 
qui décora la mosqu<''o. Une petite école de Qorân est an- 
nexée à rétablissement, fréquenté aussi par des tolba 
hazzàba (qui récitent le (dzb chaque soir ) La Djâma' ez- 
Zelije est une mosquée oi'i la raita et le iiefir se font en- 
tendre pendant le ramadan. 



J.j3ji1 ^La. Djâma' Al-Mejouly. 



^ 



A Charra, fondée et administrée par la famille des Me- 
joûlyîn dont nous parlerons plus loin. Sa construction est 
récente, mais le marabout auquel elle est consacrée est 
enseveli de l'autre côté de la rue; c'est Sidy Mouhammad 
Al-Mejoûty, qui arriva à El-Qçar vers le x* siècle de l'hé- 
gire, venant du Soùs. Son descendant Sî Mouhammad 
Ould Oukhay, habitant El-Qi;ar, t:onserve encore une de 
ses babouches : lorsqu'une femme de la haute société 
éprouve quelque difficulté à accoucher, on lui frappe sur 
le ventre avec celte baliouche, moyennant un cadeau offert 
au Mejoùly, Bien que cette mosquée soit insignifiante, on 
y lit à la fiite du Moùloùd la prière appelée Moûtoûdyn, 
comme dans les mosquées de kholba. Les haboûs de la 
mosquée sont administrés par la famille des Mejoùlyin. 



I, Ce mol est dérivé de l'espagnol aztil, bleu, et ne s'appliquait à 
l'origine qu'à la tuile cnrrée recouverte d'un euduil de couleur. Les mo- 
satites tnaroenius taillant leurs. Jragmcats de mosaïque dans ces tuiles 
comme nous l'avons expliqua précédeniiiieiit, le nom de zolij a L'ié donne 
par extension à la mosiiïque file-même, qui nVsl mime plus de couleur 
hteue. Léon l'Arricain appelle ces carreaux ezsuleira, Cf, Léon rATricain, 
op. cit., I, p, aoo; W. Marçais, Les monuments arabes de Tlemcen, 
p. 8o-fli. 




EL-QÇAR ELKEBIR 



US 



Çjîj^^ j*^V Djihnn AlDjazîry. 

A Ghari'a, hors tie la ville. Cette petite mosquée, ornée 
d'un joli minaret, est ruinée en partie; elle a été cons- 
truite, à une époque que nous n'avons pu déterminer, mais 
qui est assez ancienne, par un Alfijérien' qui n'y est pas 
enseveli. Un certain nombre tle îolba s'y réunissent pour 
coudre des djellaba, en alternant avec des lectures qorâ- 
roiques ; ce sont eux qui cousent toutes les djellaba de 
laine blanche vendues à El-Ocar. 



I 



, jîy^' «V^ v^-V" Z^-?' Djôma Sidf/ Mouhammad 

Ach-Chérlf. 



Prés du Soi'iq ar-Ça r'îr, petite mosquée surmontée d'un 
minaret hexarjonal et dont le bail ai ma, salle des ablu- 
tions, est séparé par la rue de rédifice principal. Elle 
renferme le tombeau cb^ Sirly Mouhammad Al-Achqiloûly, 
gouverneur d'El-Qcar, de la famille des ISeni Achqiloùla, 
qui mourut vers la lin de la dynastie des Mérinides, 



k 



jb^ AjisJÎ «>.U. Djàma&#39; el-fq&#39;ih Boû Fendr. 



Au quartier de Meteiraar près des Mejoùlyin Charî&#39;a). 
C&#39;était anciennement la mosquée de Sidy Mouhammad Al- 
FaJaly Al-R&#39;arbaouy, personnage sur lequel nous n&#39;avons 
aucun renseignement. Il y a une vingtaine d&#39;années, le 
fqih Si Tayyib Boû Fenûr (le père lanterne), qui y pro- 
fessait, la fit rebAtir presque entièrement et l&#39;embellit 
d&#39;une qoubba, aussi est-elle connue sous le nom de zâouya 
ou mosquée de Boù Fenâr, bien que celui-ci, par modestie, 



I. Son surnom devrait •&#39;écrire Diezâtry. 




ib&#39;t 



ARCHIVES MAROCAINES 



n&#39;ait pas voulu qu&#39;on l&#39;y ensevelit après sa mort, survenue 
il y a quelques années seulement. Celle mosquée n"a ni 
minaret, ni imtlm, ni moi&#39;iadhdhin : la prière est dite par 
le Iqih (jui dirige l&#39;école, lioù Fenir est connu comme uii 
marabout sévère, devant </. 



^ 



&#39;&#39;^j^ r^ ■ Djâma al-Hamrâ. 



A Charî&#39;a, hors de la ville, un peu au sud de la mosquée 
Djazîry. Petite mosquée ruinée, centre, autrefois, du ([uar- 
tier mal famé de Djâma&#39; al-l.lamri. On y remarque le 
tombeau de Lalla &#39;Aicha al-Khadr<^, sainte très vénérée et 
qui inspire à ceux <|ui prêtent serment sur ses cendres 
une crainte salutaire. Chaque année a lieu la 'amara de 
la sainte, à la date fixée par les gens du quartier, sur la 
convocation du moqaddem du tombeau^ le fou Ben ChÂb. 
Au cours de celte fôte, on fait des sacrifices et on dépose 
des zyàràt. Lalla Aicha était brune de peau, aussi l'appe- 




i 



156 ARCHIVES MAROCAINES 

lait-on al~llamrà (la brune)', d'où le nom donné à la 
mosquée; ce surnom ayant paru peu convenable, on lui fl 

aurait subslilué celui d'fl^A'Art^/m (la verte). On dit aussi 
qu'elle s'habillait de vert. 



^•)j9-j ^ji) |ji>W- Djilma Ben Rahmoûn. 



A Bab el-Oned, entre Bâb al-IvhabbAz et Dâr R&#39;aîlân. 
Petite mosquée à minaret, contenant le tombeau de Sidy 
Mouliammad ben Rahmonn, chérîf "alamy, parent sans 
doute d&#39;At-Touhihny ben Ahmed ben Mouliammad ben 
Rahmoûn^ auteur de la Généalogie des chorfa idrisides, 
étal)Iie sur l&#39;ordre de Moulay Isma&#39;ll. 



sur. Je



JL^I tt^U. DjAma Al-Hâny. 



«1 



Rue des Nyârin, près du quartier d&#39;EI-Mers (Chari&#39;a). 
On y trouve le tombeau de Sidy Yoùnous, chérif &#39;alamy, 
sur lequel nous n&#39;avons aucun renseignement. 

^j^ JJIî J-6 ^J-- *^U Djâma Sidy&#39;Abdal-Djâiil 

Al-Qaçry. 

A Bâb el-Oued, Darb al-&#39;Oulouje. Petite mosquée sans 
minaret, contenant le tombeau de Sidy &#39;Abd alDjalîl ben 
Moùsa ben &#39;Abd a!-Dja|il, originaire de Tamesna et mort 
à El-Qçar à ta iiii du vi* siècle de l&#39;hégire, après avoir été 
l&#39;élève de Moulay &#39;AH Boù R&#39;âleb. La mosquée a comme 
haboûs une petite maison contiguë; les fonctions d&#39;imàm 
sont remplies par un membre de la famille des Djabâryin. 



^^ ^U £1/ 



tma al Kaltânin. 



A Bab el-Oued, en face de la zaouya de Sidy Ahmed Al- 



1, Littéralement : la rouge. 



EL-QÇAR EL-KEBIR 157 

Fâsy; mosquée récente sans tombeau, destinée aux habi- 
tants du quartier des Kattânin (fileurs de lin). 

w-lil ^J~- *^U Djdma Sidy Al-Khatib. 

A Bàb el-Oued, Darb al-lvliatilj. Celte vieille mosquée, 
sans qoubba ni minaret, est appelée aussi Djàma Saba 
ridjùl (mosquée des sept hommes) i rause de sept tom- 
beaux qui s&#39;y trouvent et ([u&#39;on sii[)[>ose appartenir à la 
Famille Achqiloùla. Sidy Moul.iammad AI KhaUb (ben 
Achqiloùla?) était professeur de Sidy Yoùsouf Al-Fâsy. 
On prétend qu&#39;une tombe de cette mosquée serait celle 
de Sidy "Alî El-Meçbâhy, père de Sidy Zobeîr enterré à 
Çauma&#39;t el-Meguerja, ce qui parait inexact. L&#39;arrivée 
des Meçbàhites à El-Qt;ar semble en ed&#39;et antérieure au 
X&#39; siècle de l&#39;hégire, date à laquelle aurait vécu Al-lvliajib, 
professeur d&#39;Al-Fàsy, contemporaiu de Sidy &#39;Abd ar- 
Rahman Al-Madjdoùb. Il existe etiooreàEl-QrarunefamilIe 
Al-Khatib dont rat&#39;liliation avec les Béni Achqitoùla n&#39;est 
pas certaine. 

yjj jjj *-li ^J^ ^^ DJâma&#39; Sidij Qâsem ben Zobetr. 

A liAb el Oued, dans la Darb Smen. Petite mosquée 
sans minaret, vis-à-vis du mausolée de Sidy QAsem ben 
Zobeir, mort à El-Qrar au ix*&#39; siècle de l&#39;hégire. Ce person- 
nage fut le premier Meçbûhite qui s&#39;installa dans cette 
ville. Il était le père de Sidy &#39;Aisa ben Qisem dont le 
tombeau est en haut du Miiizali. Son père, Sidy Zobeîr 
ben &#39;AIî ben Taîfoiir surnommé Ben &#39;^l&#39;alha, est enseveli 
près de Moulay Boù SelhAm, entre Al-Mardja az-zarqa et 
Ain Tisnul.dans un inausoiée surtnouté d&#39;un minaret dé- 
capité, qui a lait donner au tombeau le nom de A(-Çauina&#39; l 
el-Meguerja (le minaret égorgé). Dans te tombeau de Sidy 
Qàscm ben Zobeir, situé dans la Darb Smen à El-Qçar, se 



158



ARCHIVES MAROCAINES 



trouve, attachée à la clef de voùle, une chaîne de fer sou- 
tenant tint; lampe. Celte chaîne a une légende. 

Un niiiisuman d&#39;El-Qçar, qu&#39;on suppose être originaire 
des Oiilad Maitrar. ayant été fait prisonnier par les Chré- 
tiens, fut délivré de caplivilé lors de la reprise d&#39;Acîla (ou 
d&#39;Al-&#39;Arâich) par les Rifains en lti91. 1! rapporta à El-Qrar 
la chaîne dont les (Chrétiens l&#39;avaient chargé et la suspendit 
dans la ([oitbba de Sidy Qâsein&#39;hen Zobcir, où on la montre 
encore. Ses descendants ont conlinué à porter le nom de 
Moro que lui avaient donné k-s Chrétiens à Acîla. On les 
appelle Oulnd Jloro; il en existe encore à El-Qçar, réunis 
autour d&#39;un chef appelé Si &#39;Ahd asSaliim Moro. Us étaient 
autrefois scllùiin, près de Sidy AM.lAdj Ahmed Tlamsâny. 

cij»^^ fj», yj^ ^•&#39;t- "^W^ Djàma Sidif Aiî ben Al-&#39; Arbij. 

A HAh fl-Oued (Kaltùnin). Petite mosquée surmontée 
d&#39;un minaret bas et hexagonal, et renfermant le tombeau 
de Sidv Ali ben Al-&#39;Arhv .l-]vhaîrv mort au xi&#39; siècle de 
l&#39;hégire. La famille Kliairv, une des plus anciennes d&#39;EI- 
(^>«;ar, est aujourd&#39;hui éteinte. Pendant le moisde ramadan, 
ta clarinette joue seule dans celte mosquée. 

^^j-JI «^U. itjàina as-Sûûq (mosquée du marché). 

Au soiiq, à coté du fondaq Al- Awvv^d. Elle était appelé 
autrefois « Mosquée des Oiilad Mei;bali ». puis elle fut 
transforjnée en /Aouya des Wissaoua, et enfin rendue à la 
prière quotidienne, avec un im;lm el des moùadhdhin. 

ïij^j-JI »/«U. Djâma as-Souaîqa (du petit marché). 

Au coin du Souaiqa et de la rue des Nyùrîn (Charl&#39;a); 
elle possède im minaret el une école qonlnique. 

^.«il^M w>y»J yS-^ ^^ hjôma Sidy Ya &#39;qoiib Ad-Dadesy. 
Hors de la ville, eu haut des Qachchâchîn (Charî&#39;a). 




EL-QÇAR EI.-KEniH 



lOT 



J*etile mosquée ornée d&#39;une qonbba, d&#39;un grand minaret 
«arré et d&#39;une école de QorAn. Elle est si<^nalée de Iros loin 
par un bou(|uet de dalLiers, sur lesquels les adeptes de la 
zâouya deSidy Boùnoù se livrent à leurs exercices rituels. 
La mosquée est placée sous l&#39;invocation de Sidy Ya&#39;qoûb 
■de D;des, qui n&#39;y est pas enterré. 

^Aa» y f^^ Djàma Boit I/adid. 

A Bâb el-Oued, hors de la ville, près des Iladdûdin (for- 
gerons) : elle sert de zftouya aux IbniAdcha, forgerons pour 
la plupart. Le cliéril&#39; liamdoui-hy Sidy Mouhammad hel- 
Mekky y est enterré. Les hftboùs sont gérés par le nàdlier 
de la zAouya de Sidy &#39;AU bel Hamdoûch, du village de 
HamdAnech dans la tribu d&#39;Alil Seril". 

0*1^1 ^^ Djiïma at-liemU (mosquée des fdles). 

A Bâb el-Oued, auprès de Dur DabbAr". Cette mosquée, 

entii*rement ruinée, à l&#39;exception i\i minaret qui reste seul 

debout, était autrefois une grande niedersa pour les jeunes 

iilles. Elle s&#39;étendait par derrière jusqu&#39;au quartier des 

BenAtyin: peut-<Urey a-t-il un rapprochement à faire entre 

c:es deux noms, La mosqiiée-/iouya de Sidy Ali Pendrero, 

discifde du Moulay &#39;Ali IJoù R&#39;âleb, était conti;j;ué à celle 

cl^s BenAt. Elle est aujourd&#39;hui en ruine &#39;. 

JLia.! ^ ^-^ ^^ Djâmd Sidy AllAliounçâL 
J/ors de la ville, à l&#39;est du quartier de BAb el-Oued, dans 

M • Ce» deux éilillces étnient tous deux prêa du mur d&#39;enceinte qui 
p.&#39;«»s«î derrière DAr D;ibbâr&#39; el va rejoindre tii lour de Sidy Bel-&#39;Abbàs, 
at* St i3cn.ilYiD, Au fond dp ).i Uiuiierio, ou retrouve sur le niiir d&#39;cui&#39;i&#39;inle 
nac aocienue tour carrûc uu briques, suinbUiiit g.trdLT un di-s lira» 
•"•^ * *■ rivière, égout aujourdJnii, qui pa»sc derrière Dâr Dabbûr&#39;. Le 
""*&#39;" d&#39;enceinte passe sur ce bra» de rivière. I^a voûlo q»ii donne paKSagc 
•** *^OUr8 d&#39;eau est ronde. 




160 



ARCHIVES MAROCAINES 



le jardin du qftîd Bel-TIerredya. C&#39;était autrefois une mos» 
ijuée de kho(ba, coiistruile sur le tombeau de Sidy &#39;Ali 
Aliounçdl, originaire des Uulad Ahouncâi d&#39;Aiidalou- 
sie, mort à Ël-Qçar, antérieurement à Moulay &#39;AU Boù 
R&#39;âleb. 

pU^I «^U. Djâma al-R&#39;orbd * (mosquée des étrangers). 

Près du inaraboLiL de Sidy Q;sem AI-Andjery à BAb el- 
Oued. Elle est complètement ruinée et un juif achève de 
l&#39;abattre, l&#39;ayant achetée à la mort de son propriétaire. 



.5^1 



.V.JU. , CO—M



B^Uk Djdma Sidy Sa&#39;îd As-Saibry. 



Mosquée et minaret en ruines à Bâd elOued; elle est
très ancienne et on ne sait rien du personnage dont elle 
porte le nom. Elle était autrefois propriétaire des plus 
riches haboùs d&#39;El-Qçar. 

^^J^ -j&#39; f^^ Djâma Aboti ar-Rida. 

A B^b el-Oued, entre le tombeau de Lalla Fatma Al-An- 
daloùsya et la Grande Mostjuée. La medersa du même nom 
était contigué à la mosquée; aujourd&#39;hui mosquée et me- 
dersa sont dis|)arnes : le minaret seul est resté, en très 
mauvais état, dans un jardin appartenant aux Oulad Boù 
Ahmed. 

.a.L^1 JJI j-i ^-V* (I^V Djâma&#39; Sidy &#39;Abdallah 
Al-Meçbàhtj. 

Petite mosquée en ruine, sans qoubba ni minaret, entre 
la BAb Dhvân et la prison; elle renleraie le tombeau de 
Sidy &#39;Abdallah ben Mouhammad Al-Meçbâhy. 



Pour r&#39;oral 



f 



EL-QÇAK Kr,-Klil3IH 



161 



e,&#39;ij^^^&#39; 1**^ Djdma&#39;al-Fa/chkhànn {mosquée des poûers). 

Alix Fakhkhârin, à l&#39;extérieur de Fî;b el-Qoùz. On ne dis- 
tingue jihis qu&#39;un mihriVben ruine el la base des murs de 
|jrii|ues, le loul occupant un carré de G mètres de côté. 



S 2, ^ Confréries el zâouyus. 



&#39;Alssaoua. — La zAnuya des &#39;Aîssaoua, autreloîs dans 
l&#39;édifice qui est aiijoiird htii la moscjiiée du Soùi[a[a[a[ahérif Al-Oàdiry, de la fraction des Ou- 
lad Ben &#39;faleb al-Q;kliryin. 

Les Djilùla d&#39;El-fk-ar appartiennent à la classe aisée; 

les familles les plus riches, telles que les R&#39;ably, les 

Oulad Ben &#39;Ala .llal, les Oulad Al-Arlf, les &#39;Odda, les 

I3eni Mesti&#39;ira, en font partie, ainsi que tous les potiers 

(fakhkhArîn). 

I. CeUe prouicnade se fuisuiL .luCrGlbis l&#39;t pied; mai» le ehi&#39;cif &#39;Abd ar- 
Razzaq, devenu 1res vieux t-l iiK-ujinblc de marcher, prit l&#39;bubiludt! de
monter à cheval : cc-tlc coutume s&#39;est coascr^ée. 




■^^^H^m 



16&#39;* 



ARCHIVES MAROCAINES 



Tidjnnya. — La confrérie des Tidjâaya est toute récente 
à El-Qçar : il y a à peine dix ans qu&#39;elle est installée dans 
celte ville, aussi ne comple-l-elle qu&#39;une vingtaine 
d&#39;adeptes. Un tidjAny IiaLilaiit El-<J(;ar leur ayant donné 
une partie de son jardin, ils y ont construit une bâtisse 
des plus modestes qu&#39;ils décorent du litre de /.ûouya ; ils
est située au ijuarlier de Mers, dans la rue Sidy Mouham- 
mad Al-Faijjy. Les TidjAnya s&#39;y réunissent chaque jour à 
l&#39;heure de V&#39;açr, sous la direction de leur moqaddem 
Si &#39;Al)d;illah Al-Hallaouy, menuisier, qui l&#39;ail en même 
temps lonrlions d&#39;imAm. La zâouya n&#39;ayant pas encore de 
l.iajjoùs, il n&#39;y a pas de nâdher. Les adeptes de celle con- 
Irérit! sont en général des chorla et des lolba ; ils ne sont pas
pas riclies, mais constituent l&#39;élite intellectuelle de la po-[uihilion. Les |)rincipaux sont les Qujeiryin. Si Ahmed 
IJoukkAly cl Si Ahmed Saloùr, hasnaoïiyj <|ui surveille le 
kliulila[nnir le compte de son compatriote le pacha d&#39;Al- 
&#39;Aràich. 

Derqaoua. — Cette confrérie ne compte qu&#39;une tren- 
taine d&#39;adeptes à EI-Ot;ar, jouissant de peu de considé- 
ration; il est à remar(|uer en elFel que celte secte, si puis- 
sante el si vénérée dans certaines régions du Maroc, tlans 
l&#39;Andjera, pour n&#39;en citer qu&#39;une, est considérée ici comme 
enlacliée d&#39;hérésie : r[uaad on veut se débarrasser d&#39;un 
imporluri, on lui dit : «i Va-L&#39;en, Der(|aouyl » ce qui est 
une insulte. Il n&#39;y a d&#39;ailleurs que quelques années que 
cette coiuuuinaulé est inslallée à El-Q<ar. Les adeptes sont 
de pauvres gens et leur zaou^a est au quartier <le Héry, a 
côté de Bàb Qoùz, dans la maison des chorfa Nâciryin. 
L&#39;iniAm est un derqaouy payé par ses confrères; le mo- 
i]addem,  les adeptes de 
l&#39;ordre. Ceifx-ci se réunissent tous les vendredis à la 
zAouya. 

I Touhûma. — Les Tonhâma ou Tayyîbya étaient autrefois 
aussi nombreux à El-Qcar que les Djildla (*iOO environ), 
mais par la faute du moqaddem actuel, leur nombre est 
tombé à une centaine tout au plus. Leur zàouya, très an- 
cienne, est derrière Djâma&#39; as-Sa&#39;ida au quartier de Cha- 
rî&#39;a; elle contient le tombeau de Sidy Boù Sell.iam ben 
&#39;Abd al-Djalii Al-TouhAmy, mort vers le milieu du dernier 
Siècle. Un imam, non touhAmy, mais payé 2 pes. pro Monat
par les Toidii^ma, y dirige la prière ; il y a en outre un cer- 
tain nombre de lolba qui lisent le liizb chaque jour 
moyennant une rélribuiion deO pes. 40 par mois. 

Le moqaddem, qui fait fonctions de nSclher, est un tan- 
neur &#39;Abd as-Sahlm Al-Dje/./Ar, nommé par le mezotiar. 



lOrt 



ARCHIVES MABOCAIXES 



cV«t-ft-»Jire par le Makhzen. d&#39;accord avec les chorfa. C&#39;esl 
lin homme tiantt intelligence ni scrupule, qui dépouille les 
odupliiH, SOUK pr«&#39;!lextc de cadeaux à envoyer aux chorfa 
 ^* ft environ par le »«^t»>ib de répo^ae^Sk ! 
ben Si^v«k MvHiUvAKArbv.j 









EL.QÇAR EL-REBIR 

à ElQçar en 1900, acheta celle propriété pour 2000 douros. 
La villa tout enlière.avec le jardin et nn>ine l&#39;impasse qui 
y conduit sont (lor/n, de ce lait. Les deux aulrcs maisons 
donnant dans celte impasse ontélé aelietées il y a deux ans 
par Moulay Al-Tayyib ben Al-&#39;Arby. La villa est presque 
une z:ouya : les Touliflma s&#39;y réunissent, y psalmodient 
leur hizb, et exécutent le dhiUr le vendredi. Les femmes 
de la ville, allant ou revenant de Moulay &#39;AIî Bon R&#39;âleb, le 
vendredi ou le samedi (jours consacrés à ce marabout pour 
le pèlerinage des femmes), ne manqucnl pas de venir 
kaiser la porte ou le mur du bassin dans le jardin, Le jar- 
dinier, gardien de la villa, est le chérif Si Mouhammad 
AI-Moîiadhdhin, des Oulad .M-Moùadhdhin d&#39;Ahl Serif, 
ancienne fainille de chorfa &#39;alamyîn. 

Zàouya de Sîdy Boiînoû. — 11 y a environ trois ans que 
cette zAouya existe à F&#39;M-Qçar. Elle est installée très modes- 
tement dans une petite maison, une vraie masure, ajjpar- 
tenant aux haboiis, en face delà mosquée de Sîdy Aluned 
ben Mançour, du Iléry, et près de la porte de ce quartier. 

Le nom de Sidy Boùnoù ou Sidy Bono, comme l&#39;ont ap- 
pelé plusieurs auteurs&#39;, est Sidy &#39;Abdallah ben &#39;Ali Al- 
Boiîn.de la descendance du Khalife &#39;Omar ben Al Khat[ib. 
Le nom de Boùnou lui vient de la localité qu&#39;il habitait dans 
l&#39;Oued Dra&#39;a. D&#39;après De Foucault&#39;, il existe une zâouya 
de Sidy Boù Noù dans le Fezouata ou Tagmadart, sur la 
rive droite de l&#39;Oued. On trouve également un qrar Boti 
Noù chez les Maliàmid al-R&#39;oziAn, rive gauche de 1 Oued 
Dra&#39;a, un peu au sud du Fezouala&#39;. 

1. Cf. QuedeDfeldti Alierglualn&#39; tiruf ItiiHirfligîiisp Urtiderschaflen bel 
den Murnkkanern[Xeitackrift fur lilknitlo^ir, i8K(j) ; Monlet[Les con- 
fréries religieuses de l&#39;/sliim marociiin) les uppoltc MLouooiin. 

2. Reconnaissance au Maroc, p. ■?.;i-:>.tj&#39;i. 

3. Ilnd,, p. 295. La dernière édilîou de la carie de M. De FJoUc Ro- 
quevairc n&#39;indique que te qrar et non la zùouya. Il eat possible que ces 
deux endroits soient Idciiliques, l&#39;indication dii De Foueauld provenant 
de reaseigncntrnls iiidij^vnes. 





168 



ARCntVES MAROCAINES 



4



La date de la morl tie Sidy &#39;ybdallah ben &#39;Al! est incer- 
taine; les adeptes appelh-nt oitldouh, son fils. Sidy Moti^ 
liammad At-Tayyib.quî reçut la visitedu sultan MouIayAl- 
Ilasan, aiifjiii&#39;l il délivra le oiterd de la conCrérie, maisîl esl 
possible fptc ce personnage ne soit (jue le descendant du 
fondateur. 

Les foqrà de la zAouya de Sidy Boûnoû à EI-Qoar sont 
une vingtaine au maximum; ils sont porteurs d&#39;eau, pé- 
cheurs et terrassiers, tous gens du Dra&#39;a, et portent une 
petite calolle en laine triiotée blanche ou de plusieurs 
couleurs, qu&#39;ils appellent at-tàha (le sceau). Ils se divisent, 
comme dans beaucoup d*.- confréries, en deux catégories: 
ceux qui se contentent de réciter le hizb et d&#39;exécuter le 
dhikr, et ceux qui sont pris, sous l&#39;influence de certains 
exercices, d&#39;une sorte de crise nerveuse qui les portes 
se livrera des actes parfoisinexplicables. La crise- — al-hè 
— des disciples de Sidy Eioûnoû consiste à grimpera des 
palmiers et à se lOuchcr sur les feuilles, en criant et 
en pleurant à chaudes larmes, A El-Qçar, ils se rendenlà 
cet elîel à la mosquée de Sidy Ya&#39;qoùb Ad-DAdesy, prés 
do laquelle se trouvent les plus beaux palmiers de la ville. 
Ils ne se livrent d&#39;ailleurs à ces exercices que dans des 
circonstances exceptionnelles, notamment lorsqu&#39;il arrive ■ 
des foqrà de la zAouva-mére. 

Zànui/fi Sidy Mouhammad AL-Qojeiry {^j~sf"). — Cette 
zAouya, ap[)elée aussi mosquée des Oojehyîn, se trouve 
au quartier de Charî&#39;a; elle contient le tomljeau de Sidy J 
Mouhammad Al-Qojeiry (vulg. Qoujiry). le premier indi- &#39; 
vidu de vmWq ramille qui vint se fixera El-Qçar, et qui était 
disciple de Sidy &#39;Abdallah ben I.tassoûn de Salé. Nous 
n&#39;avons pu obtenir de renseignements précis sur cette fa- 
mille chérillenne, mais on nous a aflirmé que Sidy Mou- _ 
liammad AI-Qojelry était nommé tout aussi bien Al4 
Qocheiry ; peut-être devons-nous les rattacher en ce cas à 
l&#39;autLMir de l&#39;opuscule mystique Risàlal al-Qochairya, 



i 




EL-QÇAU i:i,-KEBIR 



m 



Je



Je



Je
Je



Aboù I-Qàsem &#39;Ahd <^l-KGiiin Ijtui n;)OL]iztn Al-Qocheîry, 
mori vers le milieu du v" siècle tlc> l&#39;Inif^^ire. 

L&#39;inii&#39;un fie la moBf|ucc est piiyé pnr les »:hoifa rjojoîryîn 
sur les halioùa de celle mosquée, <[Misonl peu nombreux. 

Les Qujeîryin constiliient une confrérie ayant un hizb 
particulier, un moqaddem. 'Abd as-SalAm ben Djima, un 
étendard el une 'aiiuira dont la date est annoncée quebjues 
jouis auparavant par le moqaddem, qui fait prévenir toutes 
les autres confréries : celles-ci ne manquent pas d'apporter 
des zyûrAt. poules et moulons, aux chorfa qojeîryin. Ils 
étaient autrefois très nombreux; aujourd'hui on ne compte 
plus qu'une dizaine de l'oqrA, Le commencement de leur 
décadence date du mariage de l'oncle des chorfa actuels, 
Sidy 'y]lf*l, dont l&#39;épouse amena, par son caractère el sa 
conduite déplorable, des dissensions parmi les loqrâ Ce 
Sidy &#39;AHâl est enseveli à la porte d&#39;une ancienne maison 
des Qojeîrytn, au Mi&#39;rs, maison arés, ayant 
tout mis en œuvre pour lattrihuer à leur famille, mais le 
saint aous le patronage duquel elle est placée, est un des 
plus populaires du Maroc. Plusieurs auteurs en ont parlé 
assez longuement ; nous donnons ici seulement les ren- 
seignements que nous avons pu recueillir à El-Qçar. 



I. n ne uanquaii pas d&#39;aller quêter ré^ulièreoieot chez l&#39;A^^eat con- 
Bulairt.&#39; de Fronce qu&#39;il appeliiit chéri fel qui lui donuail sun obole. 




i:o 



ARCHIVES MAROCAINES 



Aboi&#39;i Zetd Abd ar-Uahmin ben lyArJ yr-Çanh!icljy Al- 
Farudjy Ail-Doukk:ly nafjiiit, d&#39;après Vlstiqça &#39;. à Tit 
pr*&#39;S d&#39;Azemmoiir, au commencement du x&#39; siècle de l&#39;hé- 
giro. n&#39;;i|)rés la cliniiiiique locale, la famille de Sidy &#39;Abd 
ar-llahtn;hi iMail originaire de Doukkàla, mais vivait au 
village de Me7.efraou,dansla tribu deMa<-moiida. Le cheikh 
&#39;Alxl al-&#39;A<,lliim Az-Zemmoûry&#39; dit qu&#39;il était des Béni 
Faradj (d&#39;où son surnom de Faradjy) el qu&#39;il eut pour 
rhaikh Sidi "Ali Ai;-(;anh;djy. Les renseignements obtenus 
è El-Qvar nous apprennent t|ue ce Sidy &#39;Ali n&#39;était autre 
que Si(ly Ali Boiiloùfa dont la qoubba se trouve au dchar 
«l&#39;As-Sahoùiin. qui dépend de la tribu d&#39;Ahl Serif, quoi- 
qu&#39;étant en territoire khiot (limitrophe d&#39;Ahl Serll). cette
personnage commença l&#39;éducation de Sidy &#39;Abdar-RahmâQ 
et l&#39;envoya ; Mikn;sa où il étudia avec les chaikhs Al- 
Mahdjoùb et Sa&#39;îd Boù &#39;Ûthm:n At-TIamsâny. C&#39;est alors 
qu&#39;il vint à Kl-Qçar. 

L&#39;opinion générale est qu&#39;il y exerçait le métier de bou- 
cher, mais les habitants d&#39;El-<^)çar prolestent contre cette 
assertion, disant qu'il avait seulement l'habitude de s'as- 
seoir dans une boutique de boucher : toujours est-il qu'on 
montre encore à EUQçar sa boutique, aux Guezzârin, le 
premier magasin .^ droite en entrant à DAr Râ'y, et sa mai- 
son derrière Ij) xAouya des Fiisyin, quartier des KattAnIn. 
Cette maison n'app;irtient plus depuis longtemps à la fa- 
mille dWI-Madjdoùb ni A s« xAouya; elle est actuellement 
à un Kholh nommé Ibrahim Al-'Arbaour. 

Al-Mailjdoùb était, comme son surnom l'indique, un 
n illuminé •, dont les paroles prophétiques ont été rete- 
nues |Mr le populaire : on se les transmet de générations 
Ml (é«éralîo«s •! bîea des modifications y ont été appor> 

«, et CM* aM M if ^a . Ut, f, 4»~4«:c£ »■*« De Castries. Us 
CMnmo et SU%^ Mi rt Ikt U t mm ^t-MtiUrimmi (Tmis, 189S). 

■•«M •««■• «iwavé «M rif^Uwi é Bt-Qçar. 





EL-QÇAR EL-KEBIR 




tées par cette transmission orale. Le conteur populaire 
commence ainsi « Qâl SLdy&#39; Abdai-Hahmàn Al-Matljdoâb » 
et il va... Ce sont des séries de proverbes, de seiileaces, 
de satires sur les mœurs de l&#39;époque, et des prophéties 
qui finissent par annoncer l&#39;invasion des Chrétiens et la 
défaite finale de l&#39;IsiiTim — ■ par sa faute. 

Al Madjdoûbeut un jour une dispute retentissante avec 
Sidy Ahmed ben Meçbfll.i; le vieux Sidy Zobeir Al-Meç- 
bJhy leur ordonna alors de quitter tous les deux la ville 
d&#39;El-Qçar, L&#39;Illuminé ne partit qu&#39;en prononçant le qua- 
train suivant : 

o Toute porte à un portier, toute porte a une clef. 

« Celui qui dit : « Allah! Allah! n chasse Sidy MecbAh. 

« Celui qui dit: « Allah! Allah! », les habitants d&#39;El- 
Qçar le chassent ; 

« Ils le font sortir par Bflib el-Oued et l&#39;envoient habiter 
chez les montagnards&#39; »

Il retourna donc au village de Mezefraon, en Maçmoùda, 
où il resta jusqu&#39;à ce que, se sentant près de mourir, il se 
mit en route pour Mikndsa où son père était enterré. On 
dit qu&#39;il mourut en 076 (15^)8) entre la rivière Ouarar&#39;a et 
le Seboù et que son corps fut transporté à Miknâsa pour 
être enseveli dans la (joubha de Moiday Isma&#39;îl. Ses des- 
cendants habitent encore en Maçmoùda les villages de 
Mezefraou et de Bouziry; il en existe aussi dans le R&#39;arb, 
à Ghemakha, entre El-Qçar el le Djebel Kourt, sur la roule 
de Fès. 

.Al-Madjdoîib laissa à El-Qçar deux disciples : Sidy Yoù- 







i^ (^jb ,;^^ à^ysri. 



t



!72 



ARCIIlVFilS MAROCAINES 



soiif AI-F.Asy et Sidy &#39;Ali bnn OAsrm Al-Qantry. Chacun 
d&#39;eux fonda une /Aoiiya : la fircmièrc, connue sous le nom 
de zAouya Slily Alimcmc nom; la seconde, 
sous le nom <le /flouya Sidy &#39;Abd ar-Ralimân Al-Madjdoùb, 
est encore adminislrée par le dernier des Qnatra, SI &#39;Abd 
as-SalAm AI-(Jan1rv : c&#39;est celle dont nous avons parlé plus 
haut. 

Le zAouya des FAsyJn a plus d&#39;importance que l&#39;autre, 
sans doute à cause de riiilluence acquise par les Fàsyin et 
de leur situation à la cour. L&#39;un d&#39;eux, Sidy Al-&#39;Abbi^s 
Al-Fâsy êlail il y a quelques années secrétaire du grand 
vizir .hmed ben Moùsa. Les liaboùs de celle zûouya à 
El-Orar sont gérés pour le compte des Fàsyîn par iiu 
motjaddeui, Si .-Vl-&#39;Arby ben Al-I.l;blj Alimed ben Meçbâh. 

11 ne reste presque plus de haboùs de la zâouya d&#39;EI- 
Mers : ils semblent avoir clé confondus avec les biens des 
Qnatra et avoir en partie <lisparn avec eux. Le peu qui en 
reste est administré par le moqaddem de la zâouya, faisant 
fonction de nidher, &#39;Abd as-SalAm .M-Qanlry, qui paye, 
sur les revenus de ces biens, un imAm pour diriger la 
pri»;re dans la zâouya. 

La famille des Qnatra est celle qui a le plus travaillée 
donner El-Qçar aux FilAla. On dit qu&#39;un d&#39;entre eux 
apporta lui-même les clefs de la ville à Moulay Isina&#39;ll. 
En récompense, ce sultan leur donna le privHège des 
revenus >lre, son 
l patriote, l&#39;Andalou Gho&#39;alb Aboù Mcdien*, à ipii il fit 
ïours sur le recueil de traditions d&#39;At-Tarninlhy. Wrs 
m de sa vie, il se fixa à El Qçar. où il enseigna encore, 
iqu&#39;un certain nombre de ses élèves ont leurs tombeaux 
S celte ville. Il y mourut en 568 d&#39;après les uns, en 
suivant d&#39;autres ^ 

.Ijoù 1 llasan &#39;Ali ben Khiefben R&#39;Aleb est le person- 
jB le plus éminent enseveli tians la région d&#39;El Qcar, 
uis Tanj^er jusqu&#39;au H&#39;arh. Aussi est-il devenu très 
ciemenl le patron de la ville, délrùnant Sidy lioù 
î*€d, l&#39;ancien patron. Mais son nom s&#39;est transformé 
Jeu R&#39;dieb, en lioù K&#39;rtleb d&#39;abord, puis en Boù R&#39;;lem, 
► lequel il est connu dans le[jeiiple, Enfin on fait pré- 
►«* son nom de Moulmj, bien qu&#39;il ne soil pas établi 
L fvil de naissance chérifiennc. 



E*our Al-Qoi-éichy, le Qoreicliile. 

ÇF. Barg(s, Me du eélèhre mariihout Cidi Aliuu Medien, p. a. 

t^itdh alhtifirà, I, p, 187. 




174



ARCHIVES MAROCAINES 



Le mausolée ilu pairon d&#39;El-Qcar se trouve à l&#39;entrée 
nord de la ville, à l&#39;iiilersection <les roules d&#39;Al- Aràich et 
de Tanger. L&#39;ne chaussée pavée, bordée de jardins des 
detix côtés, part de là pour se diriger vers le soiiq. 
L&#39;édilice, assez bien conservé, est carré, recouvert de 
tuiles vernissées et entouré d&#39;une galerie en arcades dont 
la toiture s&#39;est eiïondrée en partie. Une porte intérieure, 
en bois sculpté et[leint, au-dessus de laquelle court une 
inscription, donne enlrée dans uxrn irour pavée en mosaïque 
et ornée, au milieu, d&#39;une fontaine de marbre. 

La tombe est en bois recouvert d&#39;élolTe rouge à orne- 
menls verts; un candélabre portant des lampes à huile 
éclaire la salle, où sont déposées des lanternes monu- 
mentales&#39;. . la tôle du lombcau se trouve une grande 
inscription sur bois sculpté, dont l&#39;extrémité supérieure 
se termine en pointe. Les lettres sont en relief et peintes 
en blanc sur fond rouge. La partie supérieure Iriangulaire 
de la planche porte les lignes suivantes : 

« Louange à Dieu, Vérité glorieuse ! El que les prières de 
Dieu soient sur notre seigneur Mouliammad, son prophète 
el son serviteur, sur sa l&#39;aniille et sur ses compagnons! 
Ceci est le mausolée du Chaikh, le célèbre, le grand, .boù 
l-i.Iasan &#39;Ali beu R&#39;îUeb bon Ikblef Arh Chàleby; il naquit 
à l^halab&#39;. .. d La date (|ui termine celte inscription est 568 
de l&#39;hégire (1172 J.-C). 

Les mosaïtjues et les inscriptions qorâniques qui ornent 
les murs intérieurs sont d&#39;un grand luxe (le polychromie. 
Cette décoration est assez ancienne : les Ocariens ont ou- 



i 



I. Ces luuterncB, dona<ics par les hubilnuts Hcbcs de- la ville (l&#39;noc 
d&#39;elles a et»! oircrle par l&#39;Agcul coosulairc de Fraoce) sont promenée», 
ollumces, ù travers 1» ville daas lus cérOuiooics do liaiDCiiilIcs. 



aU 



J- 






LLi ^UJl ofJii-^. ^, «-- 



EL-QÇAH EL-KEBIR 



175 



blié le nom de l&#39;artiste qui a exécuté les peintures des 
plafonds et des murs, mais ils racontent qu&#39;après avoir 
décoré ce mausolée et celui de Lalla Filtma Al-Andaloùsya, 
il devint aveugle, afin, sans doute, de ne plus mettre son 
talent au servie^e d&#39;un antre saint. 

Autour dn tombeau sont ensevelis quelques personnages 
riches de la ré^çiou d&#39;El-Ocar : le prix de ces sépulcres 
monte parfois jusqu&#39;à 400 douros. Le marabout n&#39;a pas de 
descendant, mais les sommes versées à la caisse de son 
mausolée, ainsi que les offrandes et les aumônes, sont par- 
tagées étjuitablefnent entre les moqfnldeinin. Il y a en ell&#39;et 
40 moqaddemin nommés par le Makh^en et n&#39;ayant d&#39;autre 
occupation que de se tenir en permanence à l&#39;entrée du 
mausolée, attendant les gratifications que leur ofl&#39;rent les 
visiteurs. Ils n&#39;ont aucun amîn; le kluilil&#39;a intervient tors- 
qti&#39;un ronflitéclate entre eux. Les abords du marabout sont 
fréquentés par tous les mendiants de la ville qui y restent 
assis pendant des journées entières, attendant les au- 
mônes des passants. 



L-JjJiJl ijsla jJi) Lalla F^ Sidi/ Bo&#39;û Ahmed. 

Une grainle obsctniu&#39;- rëi^ne sur ta vie de ce personnagéB 
qui était le jKtlron d&#39;EI-^^har avant Moiilay &#39;Ali. Il est donc 
antérieur ;i ce dernier; d&#39;ailleurs, certaines personnes 
prétendent que le mystique andalous, arrivant à El-Qçar, 
trouva Sidy lioù Ahmed encore vivant. On dit générale- 
ment qu&#39;il était qâdî, ,très lettré, et qu&#39;il comprenait le 
langage des oiseaux, ce qui laisse supposer qu&#39;il exerçait 
sur ses contemporains une inlliience occulte. 

Le tombeau de Sidy Boù Al.imed, autrefois dans la ville, 
est aujourd&#39;hui en dehors, à l&#39;extrémité est du Soùq. la
marabout actuel est construit sur les ruines de l&#39;ancien 
qui était une mosquée de moyenne grandeur, complèle- 
inenl disparue; il est entouré d&#39;un grand jardin clos de 
mur. L&#39;entretien dix l&#39;édifice est laissé aux Sellalin qui ont 
édilié leurs huttes sur le terrain haboùs de ce marabout. 



Je



s_^L*pi j-c j ij^:^ vJ^&#39;^r- «SiV/y SllmAn ben &#39;Abd al-Ouahhàb. 

Siiiy Sliiu;n l)en *Abd al-Ouahlu^b, chérîf &#39;Alamy (Sa- 
lâmy) cl .Sidy (>i^som El-Mcjoùl furent, dit-on, les deux 
premiers musulmans qui pénétrèrent dans Acila par-dessus 
les murs, après l&#39;abandon de cette ville par les (&#39;hrétiens 
sous Moulay Isma&#39;il (1102 de l&#39;hégire). 

Le mausolée est situé au coin des Ny;riii. du Mers et de 
la rue (Darb) Sidy Sliniàu. Il ne reste plus (ju&#39;une qoubba 
recouverte en tuiles vernissées; mais on remarque des 
ruines qui semblent provenir d&#39;une ancienne mos(juée et 
recouvrent plusieurs tombeaux égalenienl ruiuès. un
grand olivier sauvage, 1res vieux, cache les ruines sous 
ses branches et abrite le tombeau du Sid. Les mères de 
laniille y apportent leurs enlants malades et surtout ceux 
qui crient sans discontinuer; elles les y enfermenl au 
moment de la prière du maghreb, les laissant seuls pen- 




liL-gÇAU tr.-KKHIK 



^^i 



*

*
"



*



danl tout le temps de la prière, et vont les clietrhtir après, 
CereinèJe est, parait-il, radical. 

^J ^x-- Sidi/ Ar-Reis (Sidy Rels). 

Aboii l-I.lasan hen Ahf IsliAq Ibrahim ben Achqîloùla 
était capitaine[rels (tl balir) sous le règne du siiUan inéri- 
mide Yoùsout&#39; ben Ya&#39;(|oùb ben &#39;Abd al-IIaqq. Ce sultan 
lui concéda en (W7 de l héjrire le Ne. le béni, le très-élevé, le très sublime, le bien- 
faiteur, le comhaltaiit jxour la Foi, le très agréable, le 
saint, le pur, le regretté, le Reîs, .boù 'Abdallah Mouham- 
mad fils du Rels, du grand, du héros, du très haut, du 
béni, du bien préfiaré, du médiateur, de l'élu, de l'élevé, 
du combattant pour la Foi. du saint, du regretté Aboû 
Ishâq Ibrahim lien Cheqiloùla ' '=. Cette inscription, qui 



1. CF. Ibu Kbiildoûii, IV, p. 123 ; Kitàb al-Istii/rd, II, p. y.y cl '13. 



»>«.J f^= 



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^ji «vJJi ^^ f-:r^j^^ o^^ï-^^ cr" ^^. ^H»^ 




A v><-Jr-J^ 1.«...JLu^ *i-^^ 



jJil Je ^Ju- Sidy &#39;Ali Al-Hagoûch. 

D&#39;une ancienne famille disparue d&#39;El-Qçar; Grab
derrière la médersa de Djâma &#39;as-Sa&#39;îda, 

îLsj^l LiJlc ïJb) Lalla Aicha aç-Çadqya. 

Femme de Moulay &#39;Ali Boù R&#39;âleb selon les uns, mère 
de Ben &#39;Asâkir d&#39;après les autres; tombeau près de la porte 
de Moulay &#39;Alî Boù R&#39;âleb. 

^jj.x_-« ,^_^^ ^S&#39;^ ^^dy Yoûsef Ceddiny. 

Peut-être des Ben! Çaden ; on prétend qu&#39;il était ori- 
ginaire des Hayaina et vivait du temps des Ketama. 

j_y-aî&#39; ^j> J^&#39; yS^s- Sidy Ahmed Ben Meuiçuûr. 

De la tribu de Hâl;ia, élève d"Abdallah Al-R&#39;azouâny; 
qoubba au quartier des Mzebla. 

jÇ^&#39; ^&#39;^  *
Minzah. 



ËL-QÇAR EL-KEBIR I9l 

^jIaJI ^ ^j> 0^*3?» ^Ju- Sidy Mohammed ben &#39;Alt 
Al-&#39;Affâny. 

Des Oulad &#39;AiTân, non chorfa; tombeau au Minzah. 

_l»» ^.>-:— j ^ v^-V- Sidy Fath et Sidy Meftâh. 

Deux frères &#39;alamyîn probablement, enterrés près des 
Banâtyin. 

_iU! ^ ^^ ^x^ Sidy Yahya ben Al-Mellâh. 

II>ont le père était capitaine, reis el-bahr, à Salé; enterrer
pr^s des Banâtyin. 

^(,*Œ-OI j^jar&#39; ^U&#39;ill Vlmâm Moiihammad Al-Lakhmy. 

^^Srabe de la tribu de Lakhm, vivant sous les Mérinides, 
aA-:>c Banâtyin. 

%._.-JJI ^ Xtas&#39; ^.x^ Sidy Afouhammad ben At&#39;Tayyîb. 

T)e la famille des Oulad Meçbâ^, mort il y a quelques 
aTxnées et enterré au Minzah. 

^j^^ *-^ v_$-^ Sidy Qâsem Al-Andjery. 

D&#39;Andjera, centre autrefois d&#39;un quartier appelé Haumat 
al-Andjeryin, aujourd&#39;hui hors de la ville. 

i^LJI ^ ^Juw Sidy &#39;AU Aç-Çabbâr. 

Tombeau à peine visible dans la /.âouya de Sidy &#39;Ali 
Fendrer&#39;o. 

^ {j*. "— *-:>i o-V* Sidy Yotlsouf ben &#39;Ali. 

Probablement des Moua|^idin, enterré dans la zàouya 
de Sidy &#39;Ali Fendrer&#39;o. 



192 AHCHIVËS MAROCAINES 

jjjj^»**! ^jà^ v_$-V- Sidy Mlmoûn Aç-Çahrâouy. 

Du Sahara, marabout gnaouy; à Tintérieur du bain de 
Sidy Mlmoùn, près de la grande mosquée. 

,j)-wi j^ ^«^ Sidy Monhammad Al-Fadly. 
Entre le Mers et Sidy Ya&#39;qoûb. 

^A»-JI J>j*«-» ^X-- Sidy Mas&#39;oàd As-Sa&#39;dy. 
De la famille des chorfa sa&#39;adiens. 

^&#39;j^&#39; c^y -^v-^-^ Sidy&#39;Abd ar-Rahmân Al-R&#39;azouâny. 
Chérlfidrisy. 

>l55l Je ^x-, Sidy &#39;AH Al-Kamil. 
De la famille Bel Kâmil, originaire de Slas (?). 

^j|^jjK->*y| ^y y. ^•^T&#39; Sidy Boiï ^Azza Aç Çahrâouy. 
Du Sahara ; marabout ruiné dans Dâr Dabbâr. 

^jj^ll Je ^^ Sidy &#39;AU Ar-Rondy. 
Probablement de Ronda en Andalousie. 

^y...sr^ Je ^-^ Sidy &#39; Alî As-Sakhsoukh. 

Au Minzah; famille andalouse, dont il reste deux rep&#39;^&#39; 
sentants à El-Qçar. 

^--.j-jJI Jfc ^-Xj- Sidy &#39;AH Al&#39;Abdoûsy. 
Des &#39;Abadsa, ancienne famille d&#39;El-Qçar, éteinte. 

j&#39;j&#39;&#39; {ji j^. y. ^-V- Sidy Boù Bker ben &#39;Aziz. 
Du R&#39;arb, appelé aussi lien &#39;Aziza; très ancien. 



EL-QÇAR EL-KEBIR 193 

wJU» ^ a^ ^-V- Sidy Mouhammad ben Tâleb. 
Des chorfa &#39;alamyln Oulad Ben Tâleb. 

^jÎ;«-oM fia ^A-- Sidy &#39;Antar Aç-Çahrdouy. 

Élève de Moulay &#39;Alî Boù R&#39;âleb, enterré près de son 
mausolée. 

jUj ^-^ Sidy Zobar. 

Des Braber, dit-on; au bas du Mînzah, construit récem- 
ment. 

wJUI Jo ^Ju- Sidy &#39;Ali An-Ndtb. 
Près de Moulay &#39;AU Boù B&#39;âleb. 

^i^«-oiî J^l ^J~- Sidy Ahmed Al-Maçmoûdy. 
Près de Moulay &#39;Alî Boù R&#39;âleb. 



^Aj- Sidy Said. 
Des chorfa sa&#39;adiens. 

^i^ ^^jJl Jju- ^ jwKw ^.&#39;^ 5ïWy Sad ben Sad ad-Din 
al-Kourdy (le Kurde). 

*^W-^ y, yS&#39;h^ Sidy Boà Dejdja. 
En face de la mosquée d&#39;ibn Rahmoûn. 

ja?^ e&#39;^&#39; CT? v.5~^ ^"^ Sidy&#39;Isa bei-Hddj Ar-Rî/y 

(le Rifain). 
Près de Sidy Makhloùf. 

JJAi JIjJ! Jl^s? ^x«, 5i(/y Mouhammad Al-R&#39;mem 
Al-Kholty. 
De la tribu de Khlot. 

AMCn. MAHOC. 13



194 



ARCHIVES MAHOCAINES 



Qiiek|iie8-un8 de ces marabouts sont énumérés avec 
leurs qualités dans une chanson très populaire dans la 
région d&#39;El-Qçar, la qaclda de Sidy QadJoùr Al-&#39;Alamy. 
Ce chanteur, chérif &#39;alatny, une des gloires d&#39;El-Qçar el- 
Kébir, oii il vivait vei-s le milieu du siècle dernier, mourut 
à Fès sans Inisser de manuscrit, bien qu&#39;il eût été l&#39;auteur 
d&#39;un grand nombre de qaclda. 11 n&#39;écrivait pas ses chan- 
sons et ce lurent ses élèves qui recueillirent quelques- 
unes de ses œuvres. Celle quisititaélé conservée et trans- 
mise par son élève Abd alMAlek ben Çi&#39;ileh, chérif filàly, 
né à Marrakech et mort, il y a quelques années, à El-Qçar, 
où il haljitait au Tondaq Moulay &#39;Ali Boù RAleb. 

Telle que l&#39;exécutent les chanteurs d&#39;EI Qçar. elle est
en très mauvais arabe, et nous avons eu bien de la peine a 
récrire sous leur dictée, d&#39;autant plus qu&#39;ils montraient 
peu d&#39;enthousiasme à nous communiquer un texte quia 
poureu.x une valeur liturgique. D&#39;ailleurs, elle ne témoigne 
pas d&#39;une grande imagination, l&#39;auteur iiyant dii conserver, 
dans toute la (jacida qui est très longue, la rime en An, 
très gênante, quoique harmonieuse. 

La qacida de Sidy Qaddoùr se chante sur le module 
suivant : 







exécuté par le kameiidja (violon); &gombry accompagne 
comme suit : 



3



^ 



I=jE 



Elle commence ainsi : 

« Bismi l-hayy r-rahinan çoudhûn ni&#39; m al-r&#39;aUb, 
« Ouasma rabb &#39;àLem al-Kkfa coubhân ! çoubhân ! "
et se termine jiar l&#39;invocation au patron du la ville, qui a 
ouvert la série des marabouts : 




EL-QÇAK EL-KEtïlU 



I w 



p 



(&#39; Nemjid liadha s-souUdn. MouLay &#39;AU Bon R&#39;àlem, 
M Bih netteb Allah /? l-&#39;afoù oua s-sa d al-mezyân, 

« Har&#39;/ji/ iekmil (i l-ldii ». 

Voici la traduclioa de ce curieux morceau : 

Au nom tiu Vivant éternellemeiil), du Clément! Louange 
à cet excellent vain<[ueur! 

Au nom du MaiLrc, i, car elle n&#39;umijitionne pas antre chose; 
« Et celui qu&#39;on ne peut attraper — je me fie à son asile; 
« Sidij Boil Bker ben &#39;Aziz, médecin des enfants, 
«c Ses secrets seront bien conservés, favorable à tous les 

vœux qu&#39;on lui adresse; 
« Çu&#39;ab, par sa bénédiction ; le fqih Bon Ahmed qui donne 

de copieux festins; 
« Su&#39;ld, (grand comme) la mer de Chine, m&#39;a laissé sa 

baraka en héritage, 
M Vienne qui veut s&#39;opposera moi I Ben Mouhammad Al- 

Knikst/t gardien du DiwAn, 
« Enterré dans un hauma. Nous acclamons les champions 
lu Les plus vaillants, comme les étoiles ; Ich wünsche nicht

qu&#39;ils m&#39;abandonnent 
|« Dans mes malheurs, mais qu&#39;ils me facilitenlmes travaux, 

et salut aux lettrés 
l-«i Choisis en tous lieux parmi tes tolba et les chorfa ; ils

sollicitent pour moi 
E« L&#39;accomplissement des vœux que je formule, Fci/i Al- 

& # 39; Alotu&#39;in a dit :[tt O savant sur toute chose, &#39;Abd al-Malek, qui vénère tous 

les vertueux, jeunes et vieux, 
« Qui proclame la vérité. Nous louons ce Sultan 
n Moulay &#39;Alî Boû R&#39;àlem; nous demandons à Dieu, par 
son entremise, le pardon et le parfait honlieur : 
« Mon désir est qu&#39;il l&#39;achève à l&#39;instant ». 



I, Terrain vnguc ù la lislèi-e oriL&#39;uliiW; de la ville, où rtvnit lieu «ulrefoi» 



iN 



ARCHIVES MAROCAINES 



§ 4. — Cultes superslilien t. 



Les superstitions popnlrtires ornipçnl une grande place 
dans la vie relin;ieitHe des hahitnnls d&#39;KI-Qi;ar, comme de 
tous les Marocains du nord. Elles sont surtout vivaees chei 
les femmes, qui leur arcnrdonl aillant de rrédil qu&#39;à la reli- 
gion même. IjRS siiperslitions relatives aux animaux sont 
surtout curieuses. 

Nous avons remarqui^ que dans In province de Tanger 
la cigogne, bcllùi&#39;tj, nisean marabnntiqiie, élail Tobjel d&#39;un 
respect évident de la part des Fahcya. Mais nulle pari ces 
oiseaux ne se sentent chez eux comme à El-Qçar, où ils 
viennent nicher par milliers. Tous les vova<>eurs qui ont 
visité cette ville ont signalé cetle reniarqnidjle afduence 
de cigognes sur les toits, les terrasses et les minarets Les 
cigognes arrivent apri&#39;&#39;S les premières pluies, à la fin de 
l&#39;automne, car il laul qu&#39;elles « se lavent », knterseloù, 
après avoir traversé des pays chrétiens. Elles s&#39;en vont 
lorsqu&#39;elles ont « iies mai- 
sons et des tanlulha du sultan, leur accordanl la jouissance 
de quelques propriélés suUaniennes. Ils touchent les re- 
venus des deux lîAouya djilAla et se sont partagés les frac- 
tions du Khlol et du ïlir ^% Oïdad Al-Moihnen Al&#39;Hahbâr. 

Leur ancêtre Sidy Ahmed Moùmen est enterré au Soù(j^: 
ils ont actuellement deux maisons pauvres. 

^_^„>&#39;JI jNL! Ouiad Al-Bàdest/. 
De Bàdes (RîT), cultivateurs depuis plusieurs siècles à 



EL-QÇAR EL-KEBIR 227 

El-Qçar; deux maisons à Chari&#39;a : Al-&#39;Arby Al-Bâdesy et 
Ahmed. 

^.^UjJl i)ij OvladAdDr&#39;ay. 

Tolbaandalous aisés; deux maisons : Si Ahmed(Tâbya)et 
Si l-&#39;Arby (Bâb el-Oued), plus les fils de feu Si Mouham- 
mad, mineu&#39;rs. 

jLaj ^^ i% Oiilad Ben Rahhâl. 

Tolba et moûadhdhinin du Haouz de Tâmesna : deux 
maisons à Bâb el-Oued, dirigées chacune par un Si Mou- 
^ammad. 

jr.^-&#39;ill i^J^ Oulad Al-Andjery. 

Tolba et &#39;oulamâ de l&#39;Andjera, anciennement établis à 
£1-Qçar, et qui ne comptent plus que deux membres; 
qoubba de Sidy Qâsem dans l&#39;ancien Hauma de Sidy 
Qâsem Al-Andjery. 

jr, Jt ^j^ Oulad A!-Ouragly. 

Famille des Béni Ouriâguel, descendants du fqih Al- 
Ouragly, qui vivait sous les Béni Ouattâs. Une seule mai- 
s on à El-Qçar : Sidy &#39;Abd as-Salâm &#39;Al Ouragly, se disant 
chérîf. 

J-iaa)î :>% Oulad Al- Fadly. 

Famille éteinte, originairedes Sefiàn (El-Fe^oul), établie 
à El-Qçar avant Moulay &#39;Ali Boù R&#39;âleb. 

^^J5| i^jl Oulad Al-Kaky. 

Tolba des Béni Mestâra; on trouve actuellement : Hâdj 
Al-Mokhtâr Al-Kaicy, Hàdj "Abd Al-&#39;Aziz, moqaddem de 
Sidy Boû A^med et imâm de Djâma&#39; Sidy Mouhammad 
Chérîf. 



228 ARCHIVES MAROCAINES 

jLii^)! i^j Oulad Al-Fichtaly. 

Très anciens, de la tribu de Fichtâla; cinq maisons : SI 
Mou^iammad, Si &#39;Abd as-Salâm, Si Al-&#39;Arby, Si Ahmed, 
tous épiciers et Si Ahmed, commerçant à lu Qaisârya. 

y^^y- ^ji i&#39;^jl Oulad Ben &#39;Azoïin. 

Nâdheret qâld des Béni Zeker; quatre maisons aisées: 
SI Mouhammad (Souaiqa), Si Ahmed (Mers), Boù R&#39;âleb 
et Si Boù Sell;iâm (Nyàrln). 

E. Micbai&#39;x-Bki.laire ET G. Salmon. 



ANUBHS. — mi-. OHIBNTALE A. BCROIN ET C&#39;*, 4, RUB OARniBR. 



1752. Archives Marocaloea. Tome I, faac. 111. Paru, 1904, 2 exempl. ia-8o. 
1153. BseKiER. Géographie aQcieaae du Maroc (tirage à part). Pans, 1904, 
iu-S". 

1754. BuNJifk. Recueil des iascriptioas antiques du Maroc (tirage & part). 
Paris, iW», in-B", 

1755- E. MioiAux-BiLLAïKg. Les impôts murocaius (tirage à part). Paris, 1904, 
iu-8". 



E. Micraox-Brllairr. Considératioas sur l&#39;abolitioa de l&#39;esclavage et 
sur la coioaiaatioti au Uréatl. Pfl&#39;-t*, 1876, iQ-S". 
, Laviobrib (Ms&#39;], Doi:umBiita sur la toudatioa de l&#39;rajvre aatiesciava-

giste. SainC-Cloud, 1889, ia-S°. 
, {AMOHrxKj. Da<:umeat9 relalirs au Coagrès libre aatiesclavagiate. Paris.
s. d. ia-8<>.

{Don* de M. Michaut-Betlaire.) 




1760. 
1761. 



C. RcFii-LacLCRC. Monographie t;éographiqae et historique de la 
coininiiDe mixte de la Miua. Oran, 1902, in-S". 

C. René-Leclehc. Notices hlljliojjraphiqLiea. Oran, 1904, in-B*. 

C. KRctii-LKCUEnc. Compte-reudu du X.V° Congrèa uatioaal des BoclAté* 

françaises de Géograptiie à Tuni». Oran, 1904, iD-S°. 
C. Rkné-Lcclerc. Les arts et iadaitries d&#39;ornemeatatioa ca TunUie, 

Alger, 1904, în-8». 

{Dons de M. René-LecUrc]1763. Maxwell et BomrAS. Actes de l&#39;iastitut colonial de Bordeaux. Rap- 

ports. Bordeaux, 1904, in-8». 

1764. laslitiil coLoaial de Bardeaux. Rapports présentés au Conseil d&#39;admi- 

nistratioa. Bordeaux, 1903, iii-4°. 

[Doua de l'Institut colonial de Bordeaux.) 



1765. Archives Marocaines. Tome II, fasc. 1. Paru, 1904, 2 exempt. iu-S^ 



nSG. Bulletin de Géographie historique et descriptive, Paris, 1904, ia-8*. 
1767. Balletin archéologique du comité des travaux historiques et scienll^ 
Bqae». Paris, 1904, in-S». 

(DoTU du Ministère de l'instruclion publique.) 



— II — 

l'768. Va «MER. Rapport sur lei opérations des sociétés indigènes de pri* 

voyance. A/ger, 1904, ln-4». 
n69. Projets budgétaires rolé par les assemblées financières algérieDDet. 

Atgtr, 1904, in -4». 

([lona du Gouvernement génial de CAIgirit.) 



1710-73. P. ZiTs. Code annoté de la Tunisie et supplément. Sancy, 1901-4903, 
4 vol. in-4". 

1774. Code civil et commercial luuisien. Tunis, 1899, in-4'. 

1775. NomcDrlatiircet répartition des tribus de Tunisie. Chalon-mir-Sadne. 

190Q, la-4«. 

■1776. Rot. extrait du Catalogue des Manuscrits et des Imprimés de la 
Bibliothèque de la Grande Mosquée de Tunis. Tunit, 1900, ia-4<>. 
{Dont de M. Itoy, Secrétaire gtnèral du Gouvernement tunitien.) 



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177B. Bèiiont. Table générale des cinq premières années de la ReTiie his- 
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1779. CouDBHB. Deuxième table Kénërale de la Revue bistoriqoe. Paru, 

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1780. Bahoès. Notice sur e» antiquités de Beicodème. Paris, 1883, ia-4<>. 
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1782. Narroni. D1 Alcuni ogKcttj di epoca arcaica. Rome, 1874, in-4*. 
17B3. GoiiesLUN. De l'évaluation et de l'emploi des mesures itinéraires 

grecques et romaÎDefi. Pan'j, 1813, iu-4». 

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Bruj:etUs, 1767, îu-4<>. 

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1789. Vak dir Gbkvn. Essais de mythologie et de philosophie comparéo? 
Bruxelles, Î83S, ia-8*. 

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[II - 



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1801. liasaD Dhafbb. Kitàb al-Anouar al-Qoudaya. ConsiantinopU, 1302, 

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1802. BiniLLrr. Les rclatione commercialee de la TnniBie avec le Sahara et 
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1803. Aflalo. The Iruth about Morocco. London, 1904, in-S». 

1804. Eugène Bumnouf. Choix de lettres (182â-18S2). Paris, 1891, ia-B<>. 
ISOB. Uos»iii.L]>&#39;. Recherche» eur le priQci[)e, les hases et l'éTaluatioD dos 

différeuB «yetèmes métriques liDéaires de l'onliquitë. Paris, s. d. 
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1806. Odbi. Del culto ill Cibcle preeso gll antichi. Rome, 1153, in-i*. 

1807. Frauçois LE.toHiiAiiT. Essai «ur TorKanisalioD politique et économique 

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1808. Gustave d'EicurnAL. De l'état actuel et de l'avenir de l'Iglamiame 

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1809. T. J. Lauy. Oasvrianprotody and Ibe mètre orihebymaBof S.Ephrem 

loudon, l891,"in-8«. 

1810. Dal MeDJco. Méthode tliéorique et pratique pour l'euseigneinenl de 

la langue turque. CortsiaiUinople, 1885, 1" Îmc. in-16, 

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1812. Deutsche Mouat^tescfirlfl TUr Kotonialoplitik uod Kolouiaatiou (fasc. 

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1813. Nordafrika (fasc. 1-6), Berlin, 9(H, iB-8«. 

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1816. (Ario.iYJii), Al-Ma^àmid al-'Aouu;a. S. 1. a. d, iD-16. 

1817. 'Aan al-R'any, Basl (t ahkAm at-lrîq. S. L. n. d., in-16. 

1818. Aç-Çaban. Kit&b as'àf ar-KAr'iblu. Le Caire, IS90. iD-8». 

1819. MousTAyin Zadbu. Charli aouràd Qàdiry. Constanlinople, 1260, in-8». 

1820. R'Afl'ia As-Saba'y. Mandhoûma taouaasoul bi-ridjàJ at-lriqa al-Khe- 

loudtya. Boulaq, 1295,'iii-16. 

1821. 'Abd Al-R'ahy. fiast fl ahkam at-Triq. Le Caire, 1299, in-16. 

1822. (Anostm«). Tourdjouma al-Moûaliif. U Caire, 1301, in-16. 

1823. "Abd al-Qaubr Ai^J>jila.>t. Al-Fayoud4t ar-rabbânya. Le Caire, 1303; 

In -18. 

1824. Mahmoud Al-Kuodry. Raudat al-llahya. Le Caire, s. d., îo-16. 

1S2S. AL-lsKA^DAnY. KitAb Diiriflh al-falAh oua mic^bâb al-arouàh. Le Caire, 
». d., iu-l2. 

1826. MouHAaMAD Duafkii. An-NoOr aa-Sàtî' oua l-borh&a al-qàti*. Conetari' 

linople, 1301, iu-S", 

1827. HoesTArA AL-BrsRr. Madjmoû' calaou&t oua aouràd. Le Caire, 1302, 

in- 12. 

1828. As-Samahoidt. Tohfat BB-SiiUklnÛ bey4n at-Trlq.Bow«./, 8. d., iD-12. 

1829. MouiiAKHAD Dhafkji. An-Nuûr ai-Sàti". Conulantinopte, 1301, in-8». 
183U. 'liz AB-Diji aen 'Aed as-Salam. Tol.ifat al-Akhouàn. Le Caire, s. d., in-S»* 

1831, MoLUAMaAt. Al-Khaudï. Miftàh Kacz al-Asrir, Boulâq, 1288, Ui-12. 

1832, Ciia'bast. Risâla. te Caire, 1207, ia-B». 



— IV — 

1833, An«o Dmdir. To(ifal Al-Ak'iouda fl a.vlàb «t-TrIq. S. I., a. d.. in-iî. 
1834-35. H*s*^ Al'Adooï. An-Nnfal)Al ach-Ghàdhelya. Le Caire, m. d.. i roi < 
in-8* . 

1836. llKtkH BM Al-OuaIz. MirUh al-mt'a. C-inalanlinople, 1389, ia-t6. 

1837. CiuIkii Chah. Al-Qaui al-djamil. U Caire, 1290, ia-8<. 

1838. Al-Bahzandjy. Aa-Nallhal al 'Huinia. S. 1., n. d., iD-8<>. 

1839. 'Abi> Aç-ÇaAD Oa't. tvitàb al-Djaoïiàbir as>Banya. S. I., 42T7, lO'4* . 

1840. Al-Fouuouly. RisAla QoudBya. ContloJiUnople, t. d., iQ-8*. 
184t. (ANuNrMi). Silailal lama'tl l|aqqy. Coiuilanlinoplt, (291, iu-8*. 
1843. M ou H A SI H A II OoAFA. Ar-Radd al-innubla. BouLiij, s. d., iu-8" . 

1843. Ahva» DjonvIdt. RUâla aç-Çadq oua l-Ubqtq. Le Caire, 1364, iti-8«. 

1844. Al-Khodiit. Raudat al-Babya, 1^ Caire, s. d., ia-16. 

1845. (ANOiiTKB). Recueil de prières el extraits du QorAa. Mauu>erit da 

Soudan, ». d., iu-24. 

1846. Hasa.'v AL-MAçar. Al-Dhoafaoir al-djasm&ay. Copie inaauscrlle, in-S*. 

1847. (Anomtiib). Gabier de Dote^ maDu. 

1861. As-SB.ioDsav. KItAb as-Salsabl*. 

(Don du Gouvernrmtnl général de rAlfféne.) 



186). Wkix. Ouoeli&#39;* r.ennau Dlctionary . lotidrt*, t899, In-X*. 
^^^(,l^3^. g. di Li-KianAN. Noiireau dictionnalrr. illa«tré frnnçait-nmiénJtD. 



Paru, 1900*1 903, 2 ¥ul. in-&#39;i&#39;. 



(Oon dt M. de Nvtroy ) 



FrcifTAtt. Cli4rb ft r-rootiouh al-moudjib. Vis, ». d., ia-k* 
FicHTAi-T. Clurh n l-maaliq, Fès, »■ d., Id-4*. 
Ai.-KqIii Ai,-<)u*»AnY. Al-Moiiqnll&d. Fi», 9. d., tti>4*. 
Imi AL-iUiM. Aouijàb al-diAMalik. Fit, e. d., in-4*. 
Al-Tâouuy. Cbar&#39;) &#39;aIb Ihti &#39;Acem. Fis,*, d., in-i*. 

BT. Cliarh "«la l-Kh««rAd)yii. Fiu, «. d., In-t*. 

Dulsil (vl-KhBlrAt. Fi*, ». d-, in&#39;4«. 
lii:x AbI ZIrâ. Ri»i»la Fi», ». d., in-i*. 
1(1» Ai.-KuAYY*T. Uiubya &#39;jiIa l-farAld. Fit, t. d., Id-4*. 
Au-Frt&#39;uluv. T/lrlkh fi l-An»âb. Fèt, », d.. In-i». 
Ai-KiTTANV. Tobfal al-AufAa. Fh, », d., tt-k&#39;, 
%n Uiut. Nouizil. Fi», a. d., io-4*. 



(«80. w* RAuaouii. Cbanir al-dbahah n Kbatr naaab. Copie du tus. d&#39;EN 

ij(i8i. (AKOdYMt). Tqld niouhUouy &#39;ala dhaouahir &#39;alaouya. (Copie), io-i». 
&#39;l8Kt. Un K&#39;A/¥ al-&#39;Othmant. Kltàti ar-raud hI-IiouIo»u f| akhliir Mik- 
nAiat ju*Z«ttoûD Copie du m», de Taufir*. iii-4*. 



f8ftl4. Dakimy. Cttalngiin KéoAral du» Antiquité* égTpiienaca. Fouillen do 
U TallOe dOl^ RolK. U Caire, 1902, 2 »ol. ia-4». 
mu. DAa8»8T. Oatriicrt. Lr ùnre, 19UI, iu-««. 
tllHfl, Dakmoy. TeulrH ci dpf^lug nia^iqoeg. Le Cairt, 1903, in-4&#39;. 
1881. Vo5 Bisswo. M • Vitnru, <!»0». iQ-4«. 

(fiori.i ■-.lion  Caire, l.onj dtf /U. A. Le Vhatelier.) 



28. m ■ 



ILUU 



Léon l&#39;AfriotiB Ottcriplion de CAfriqvn^ nouvetle édition 
t&#39;^IMf Cb. ScHKren, mâmbre de rinetitut, 

Lm B«rben, fiitd* svr la tonquil* de rAfrvpie pur 

.&#39;, par Henri Foornkl, d&#39;Après le> textes crabes 
..u,.ii.tné-s 2 vol. in-4 

Hf?tolro do l&#39;A-frique Mptoatrioaala (//rr^<*ri»> ^rpr 
(«T film rrcttUt jutquà fa 
.1, par EmesU Mkbqcr, 3 voi. in-. , _.-. - — 

Lr M.irni" dp 1681 è 1^13, pnr Afn^nlffatfvr fr*"" > 



l^tr 



en



Nocbôi Filhttdi. ll.:,:i-^ (ir In ifi;nax1v&#39; iifittifnnit tlv !• 

tftlt-lbTQj, par V r ELufmni , 

1-.,!.. -..~.».« el IraducUi&#39;i. , — u. ..^ .t, profeas"&#39;"- ^ 

Langues oneotaleai vivantes. 3 ml. in^S, 

Las B«non Ghaoj&#39;i 
ravi de lU &#39;-&#39;" 
Rkl, in-H 

L&#39;Atlaa tamTC- 

Sl MSI I I , .^ ..^^ 

iw tn-8t nvBc &#39; 

•i- I w, . .s, m «.&#39;«à deux ton» . ,

Mni]t;iv isQL&Il et Jacqoes II, une Apolo.,. 

//an du Maroc, par le oomlA Heary or. 

t • arftbe, 2 portraits el ^frandet piic iifx 

Fu. ton univénité et temeigttement supérieur mutuimaaf p.i 
G. DKtpiiiN, in-S, avac carte • 

L&#39;AatroaomIe au Haroo, par G. Bklpuin, iaS, pUocbi: . 

Notes lor les rillas et trlbui da Maroc, «n 1890, par A 

1. Sa/.- . — &#39;..^arb— ""— &#39;&#39;■*- ■■- »&#39;-^" 

— Ùjebala, iu-^&#39; 
!I. TafitaUl — Tiiimtm — tit&#39;-r*lvir — Alidyliatit, ht. iù- 
Le» tribas da sad-ooen marocain, par A. LkCmatvuicRj hi*^ 

Aogat. — InpnaMnii A. Mvimb <l C*. 



U COLONIE DES MAGHRABIM^ 

EN PALESTINE 

SES ORIGINES ET SON ÉTAT ACTUEL 



^ 



La population juive du Maroc s&#39;est toujours distinguée 
par son extrôme mobilité. Le Maghreb qui a servi de Heu 
de refuge aux grandes masses juives, échappées à la per- 
sécution des musulmans d&#39;Afrique ou à celle des chrétiens 
d&#39;Espagne, a envoyé à son tour des colonies israélites im- 
portantes vers tous les pays de l&#39;Orient et de l&#39;Occident. 
L&#39;Espagne a reçn à plusieurs reprises dos populations 
juives émigrées du Maroc : lors de l&#39;invasion musulmane 
et des nombreuses persécutions dirigées contre les Juifs 
par leurs maîtres musulmans. 

Les exemples sont trop nombreux pour être tous cités 
ici. Déjà à l&#39;époque romaine les Juifs do Cyrcne, révoltés 
contrôla domination romuinu en 11.*) cl IIG, et menacés 
d&#39;une extermination générale, cherchent refuge en Mau- 
ritanie. 

I. Pluriel du mol hcbruïiiue Maa&#39;rubi (&#39;i^ys — oc&#39;i&#39;li&#39;iilîil), que li-s .luil» 
de langue arabe prononcent. Maj^lirabi, 

ARCH. MAROC. Sie



ABCBITE5 MABOCAUVES 



En 612, 613. lorsque Suebot, roi des Golhs, s&#39;empare 
d&#39;iM gnuid iMNBbre de rilles romaines d&#39;Espagne et en 
chttte le* Jotfs. ceux-ci se retirent sur les côtes d&#39;A- 
frique&#39;, 

Les Juifs expulsés de l&#39;Espagne aident Tarik dans la 
conquête du pays- 

En 923 nous voyons 8.000 Juifs espagnols qui passent le 
détroit pour s&#39;établira Fés 

Dans l&#39;armée des envahisseurs maures de l&#39;Espagne il 
y tvait beaucoup de Juifs et même des chefs berbères de 
religion juive. 

Lors de la persécution du xi* siècle le rabbin Alfassi, 
l&#39;une des sommités de la science talmudique quitte Fés 
pour aller se réfugier en Espagne. Lorsqu&#39;en 1146 Ab- 
dallah îbn Toumert s&#39;empara du pouvoir au Maroc, il 
nomma les Juifs de se convertir à l&#39;Islam ou d&#39;émigrer. 
Un*&#39; grande partie d&#39;entre eux se sauvèrent en Espagne, en 
Julie, etc. &#39;. 



Je
Je



Ln rummunnulù d&#39;Oran dispersée en 1543 par les Espa- 
piigHolH, (io reforme en 1792, après la reprise de la ville par 
IcinTuich, houh le bey Mohamed ben Osman. Le vainqueur 
ntlirn Iiih inih do Masrara, de Mostaganem, de Nédroma, 
ili» &#39;l&#39;IniniNni, de (Gibraltar, du Maroc oriental et méri- 
liidiiiil. 

l&#39;Iim rc&#39;toniiiiiciit nous voyons des communautés entières, 
inlJd «i&#39;Uniu, ol de quelques autres rentres algériens, re- 
nuinliliiMiiK ou foDilées par les Juifs marocains, accourus de 
litUKhtN côtoH )en Iloniva hen Moùsa ben &#39;Abdallah ben Sa&#39;id ben Mou- 
lifiminad ben Ahmed ben Zakar)i ben Dâoùd ben &#39;Alî ben 
al-Qâsem ben Idris II, etc. 

Chorfu Oulad Kànoù/i, ^j^^ ^^J. 

Ces chorfa habitent au Tûdift, mais ils sont originaires 
de Fès, où ils ont encore quelques parents. Leur aïeul 
est Mouhammad ben Moùsa ben Malmoùn ben &#39;Alî 
ben Ahmed hen Hamza ben ZakaryA ben &#39;Abd ar-Rah- 
man ben AI-Q:isem ben Mouhammad ben Idris. Il quitta 
Fès pour fuir Moùsa ben Al-&#39;Alya, lors de la persécution 
que ce général exerça contre les Idrisides, et se fixa au 

&#39;Bdla. 

Dans cette province sont établis aussi les chorfa Oulad 
&#39;Amrân, originaires d"Aînal-I.laut près deTlemcen L&#39;aïeul 
de ces derniers est &#39;AmrAn ben Mouhammad ben Moùsa 
ben DjaTar ben Maîmoùn l)en Alî ben Zeîd ben Abi Bekr 
ben Mas&#39;oùd ben Mouhammad ben Solaîmân ben &#39;Abd- 
allah al-Kâmel, etc. 

Chorfa Oulad Bott Kll, J/&#39;jf i&#39;^ 

Ces chorfa, établis également auT^dlA.ont leur aïeul en- 
seveli àRîz?): c&#39;est Aboù Kil. le grand, ben &#39;Abd al Moùmen 
ben al-llasan ben &#39;Alî ben Moùsa ben Yahya ben Yasâr 
hen &#39;Alî ben Ahmed ben SolalmAn ben Isma&#39;îl ben Ishdq 
ben IbrAhîm ben IbrAhim ben Mouhammad ben Idris, 
eto. Les Oulad Boù Kîl Maimoùn descendent d&#39;un célèbre 
marabout de ce; nom ils habitent au TadlA dans la tribu 
des Benî Omar. 

Chorfa AU &#39;Attâb, v_.L:s &#39;^- 
On les appelle Benî Idris ; ils ont des membres de leur 



1
Je
Je



Je




L&#39;OPUSCULE DU CHAIKH ZEMMOURY 



369 



famille à Khanaouas près de SidjilmAsa. Leur aïeul est 
&#39;Abdallah surnommé Kebîr (Grand) beu "Ali ben Ahmed 
ben Dja&#39;far ben Yoùnous ben Moùsa ben &#39;Abdallah ben &#39;Alt 
ben Mouhammad ben l.Iamza ben Ibrâhîm ben Isa ben 
Idris, etc. 

Chorfa du Djebel &#39;Alem ou &#39;Alamj/ln, ^^kto^- 

Ce sont les descendants de Moulay "Abd as-Salàm ben 
Mechîch ben Abi Bekr ben &#39;Alî bon tlorma ben &#39;Isa ben 
Sallàm ben MezouAr ben Mouhammad ben Idris ben Idrîs 
ben &#39;Abdallah Al-Kàme], etc. 

Ce sainl qui habitait au Djeliel &#39;Alem, eut quatre enfants 
mâles : Mouhammad, Ahmed, &#39;Abd aç-Çamad et&#39;AllâLLes 
descendants de Mouhammad sont les Benî &#39;Abd al-Ouah- 
hâb, ceux d"Alhl sont les Oulad Trîbâq&#39; dont il existe une 
branche à Marrakech. 

&#39;Abd as-Salàm eut aussi deux frères, Moùsa et Vamlah; 
le premier, qui donna naissance à la branche des Chef- 
chaounites habitaui. Fès. le second, à celle des OuazzAnyin, 
descendants de Sidy Abdallah ben Ibrahim, d&#39;OuazzAn. 

Enfin il eut six oncles. Yoùnous, "Ali, Ahmed, Maimoùn, 
Al-Foutoùh et Al-l.Iadjdjàdj. Les descendants de Yoùnous 
sont les Oulad Ben Reisoùn. 

Au nombre des &#39;Alamyîn on compte les &#39;Amrânyîn,gens 
de Dâr Abqâr, dont l&#39;aïeul est &#39;Amrân &#39; ben Mouhammad 
ben &#39;Abd al-Rerîm ben AU ben Ibrâhîm ben &#39;Abdallah ben 
Sa&#39;îd ben Moùsa ben Mançoùr ben DAoùd ben &#39;Isa ben 

1. Il existe encore une branche de cette famille à £1-Qçar el-Kebir. 
Cf. Archives marocaines, 11, |j. ai3. 

2. Ce n&#39;est pas exactement ce que dit Al-Qàdiry. &#39;Amràn ou &#39;ItnrAa, 
d&#39;après ce dernier, élait fila de YazicI, fils de Khiled, iU» de ÇiiTouàn, 
Kl» de Yezid, <îl» d'^AbdaUnli, (ils d'Idris II. Un autre 'linràn, d'origiae 
djoûtite, étnit (bndnieur d'une famille de ee nom À Fès. Cf. Archives ma- 
rocnine.t, 1. p. {!o. 




ARCHIVES MAROCJ 

Ahmed beii 'Alî hen AljdalLtJi ben [ilris, etc. 11 en existe 
une branche au Tiidlâ, une au Kaht;, une au Soùs al-Aqcâ et 
une à Fès. 

Ckorfa Derqâouytn, ij~t^)^- 

Leur aïeul est Sidy Mouhammad ben Yoùsouf ben 'Alî 
ben IbrAhîm ben Ahmed, surnommé Djama'oùn, ben 'Abd 
al-QilidiT bi-'n Sa'hl ben Nit;er ben Al-llasan ben Moiisa 
ben AlimetI ben Mniihammad ben 'Omar ben Idrîs, elc. 
Sidy Monkanimad ben ^'oiïsoiir, surnommé Aboi'i Derqa, 
vécut à TâmesnA, où il eul quatre enfants mSles : Sidy 
'AlKlallah, fixé à Djîzoùla, Sidy Mouhammad, à Asfy (Safy;, 
Sidy 'Isa à Tioiit, au Soùs el-Aqi;à, près de Râs el-Oued, 
et Sidy 'AU, à Ait Oui'dim dans la tril)u de Clitoùka. 

Cftor/a DjotHyin, ^r^A: 

Ces ehorfa liabilent à Oualily (Zerhoùn)' et ont une" 
branche îi Fès. Leur.iïeiil esl Mouhammad ben Ahmed ben 
'Alî ben Ibrfthim ben 'Abdallah ben Hftchem ben 'Alî ben 
Dâoùd ben 'Abd aî-llddy ben MAlek ben 'Abd al-Kerîra ben 
Mouhammad ben Yahya ben Idrîs II, etc. 

Leurs parents '. les Chablhyln, habitent les uns aux envi- 
rons de MarrAkech les autres dans la tribu de Doûrân 
qu'on appellecn berbère Aïlal-QAd. 



i hoifa Oiilad ff/enot'in, j^ ■>^^&#39;. 
Ces ehorfa, qu&#39;on appelle aussi Derqâouyin, habitent[. Los DjoiUiles n&#39;oDl jamais liabilô Uuulity, mais Djoûta, sur le Se- 
bru et Miknàs.-!. Cf. Al Qàrlicy &#39;lari» Archives marocaines, I, p. /|33 et 
seq. 

2. Leurs frèros. dîl It- lexlt" arabe. 





L&#39;OPUSCULE DU CHAIKH ZEMMOURY 

chez les Benî MestAra. Leur aïeul est Mouhammatl. sur- 
nommé Az Zawwàq (le peinlre), ben &#39;Ali ben AhmeJ ben 
&#39;Abd al-Keritn ben Dàoûd ben Sa&#39;id ben &#39;Alî heii Moûsa 
ijen Mouharamad. surnommé Djenoùn. ben &#39;Abdallah ben 
vXhmed ben Yoûsouf ben &#39;Isa ben Mouharamad ben Sallâin 
Isen &#39;Abd ar-Rahnian ben Abî l-Q{8em ben Idrîs U. etc* 
Le berceau de telle fariiille élait Tunis, à l&#39;origine; Mou- 
1 liamniad Az-Zawwâq quitta cette ville pour se (îxer au 
!^Iagrbrib; il babitn d&#39;abord à Fès, puis se rendit chez les 
Béni Mest;lra ou sa (ami lie est restée H laissa trois en- 
:fants mâles : Jfouhammad, Tainé, Al;imed et IbrAhîm. cette
«dernier se rendit an Sabara, séjourna au Talileit et se fixa 
«Jéfinitivementà SidjilmAsa dans une qaçba qui porte encore 
l.e nom de Qaçbal Aouiâd Al IMdj Ibrûhîm, 





Chorfa de Sidjilmâsa , *— V^*" ^^. 

Ces chorfa&#39; sont des descendants de Moulay Al-Hasan, 

ieigneurde Tafilell, tilsd&#39;Al Qâsem, ben Mouhammad ben 

&#39;Ali ben Ibrahim, de Yanbo, ben Mouliammad ben Yoûsouf 

3>en Dâoùd ben Moubammad ben &#39;Ali ben Ismâ&#39;ilben Mou- 

liammad An-Nals az-Zi^kya ben &#39;Abdallah al- Kâmel, etc. 

, -Ce sont les membres de la famille régnante au Maroc. 

Un cbérîf de cette famille vint de Ràs el-Oued (Soûs el- 
Aqçà), s&#39;établir avec son frère entre la tribu d&#39;Amhdra et 
celle des Manâbbha, oit habitaient ses cousins. Originaire 
du Talileit, où il avait des parents, il fut perdu très jeune 
à Marrakech et recueilli par un individu des Oulad Boù 
Bekr, de la tribu desRahArann, du nom d&#39;Ould az-Zanâqya, 
qui l&#39;éleva et pourvut à son entretien jusqu&#39;à ce qu&#39;il fût 
^rand ; il se maria dans cette tribu et y laissa trois garçons, 
-fhmed aUHasany, Aljmett al-K:t)my et &#39;Abdallah, et deux 
-tfJies.Moubaraka et Hanya. C&#39;est cet homme qu&#39;on désigne 

Sur cette Tamillc, cf. O. tloudaa, Le Maroc de tft&#39;ii n 1613. 




ARCHIVES MAKOCAlNES 

sous le nom d"Omar. surnommé Ibn &#39;Allai, bien que &#39;Allai 
ne soit pas son père. Voici en effet sa généalogie: Omar ben 
&#39;Abdallah ben &#39;Abdal-Màlek ben Ahmed ben Mouhammad 
ben Al-Qâsera ben &#39;Alî ben Mouhammad ben &#39;Abd al-Kerim 
ben llâcbem ben Al-Hasan ben &#39;Alî seigneur de TaClell. 
qui n&#39;est autre que Sidjilniàsa. ben Al-l.Iasan ben Al-Qàsem 
ben Mouhammad ben &#39;Ali ben Ibrahim Al-Yanbou&#39;y (de 
Yanbo), etc. 



Chorfa Saqarchanyln . 



J^ 



A



Le chaikh Zemmoùry ne nous donne pas l&#39;origine de ce 
nom appliqué aux descendants d "Alî ben &#39;Omar ben Mou- 
hammad ben Sa&#39;id ben &#39;Ali ben Yoi&#39;isouf ben "Abd al-Mâ- 
lek ben Ahmed ben Mouhammad ben Dâoùd ben &#39;Omar ben 
Idrls II, etc. 

Chorfa Arouçyln, ^jrr^^^. 

Leur aïeul est Sidy Ahmed Al-&#39;Aroùçy, habitant à la 
Saguiat al-Hamrû&#39;, fils du Dja&#39;far ben &#39;Abdallah ben Al- 
Bakhlh, de DemnAl, ben &#39;Ali ben Mouhammad. Ils se rat- 
tachent à Mouhammad ben Al-Moùmen, et à leurs cousins, 
(ils de Sidy Boû Khalf, habitant à Demnât. 

Chorfa Benl Koùlân, ^j^^ ^. 
Leur aïeul est Mouhammad ben Ibràhîm, surnommé 

I. An sud du Dra&#39;a. On y trouve des descendant* de Moul,iammad 
ben Idris, noniad<-g, appelas Ouliid 'Abd as-Seba'. Lorsque les Maures 
fureiil chassés d'Hspaguc, un graud nombre d'entre eux se réfugièrent au 
8abara et Tondèreiit à Sag'uiat nl-Hareirii une grande zâoaya. Devenue 
florissante, elle ne tarda pasà envoyer dans ]e sud de l'Algérie des œis- 
siaanaires qui donoorent un éclat nouveau à l'islamisme de ces régions 
sauvages, tels que Sidy Mouhammad Bea 'Aouda, Sidy 'Abd al-'Azîz, père 
de» Abaziz Charef, t>idy Ya&#39;qoùb du Djebel Ahmour, Sidy Nail, père 
des Oulad NaTl, etc. 




L&#39;OPUSCL&#39;LE DU CHAIKH ZEMMOURY 



271 



l.oûlân, ben &#39;Abd a!-Qâder; ils se rattachent à Moulay 
y&#39;A.bd ar-Rahman ben Idrîs. 

Chorfa Béni Kkàled, jJU. ^, 

Ces chorfa descendent d&#39;ibrâhîm ben Al-llasan ben 
&#39;jbd al-Kerîm ben Mas&#39;oùd, descendant hiUmême de 
iDAoùd ben Idris. 



Je



Chorfa Béni &#39;Aoûn, ^j^ i^. 



Ces chorfa, qui vivent au Tâdlâ, sur l&#39;Oued Oiimm ar- 
Xlabi&#39;a, dans la tribu des Béni Moùsa, sont desdescendaiils 
«de Hamza ben Idrîs. Leur aïeul est &#39;Abdallah ben Zakarya 
^len Moùsa ben &#39;Othraân ben Moubârek ben Mouhammad, 
urnommé &#39;Aoûn. 



Chorfa Çarâgra, ï^^j». 



^H Ces chorfa, établis entre le Tâdlâ et les Bent Meskln. 
«lescendent de &#39;Isa ben Idrîs. Le nom de leur aïeul est 
blousa ben &#39;AU; ils ont des parents à Fès, 

Chorfa Oulad Sidy &#39;Abdallah, aUIj-c ^J-^ i^^. 

L&#39;aïeul de ces chorfa, le chérîf Aboù &#39;Abdallah, descen- 
«Jant de Solaimàn ben &#39;Abdallah al-Kâmel, c&#39;est-à-dire des 
«!borra de Tlemcen, est enseveli sur les bords de l&#39;Oued 
Oumm ar-Ritbi&#39;a, au Tâdlâ, où sont ses descendants : son 
tombeau est un but de pèlerinage assez fréquenté. Cette fa- 

-mille a quelques-uns de ses membres dans la région de 

Tlemcen. 

Chorfa Oulad Moulay Hasâtn ben Modsa, ^^^— =»■ ^^y ^^J- 
Cette facpille habite à Melouya, mais une fraction s&#39;est 




272 



ARCHIVES MAROCATNKS 



établie aux environs du Zerhoùn i elle descend de Sîdy 
Aboù Moiisa ben &#39;Alî ben Al-IIasan ben &#39;AIî ben Sa&#39;id ben 
&#39;Abdallah ben Nâar ben Ab at-Kerîm ben Mouhammad 
ben Ahmed ben Ishâc]ben Moi&#39;isa ben &#39;Abdallah ben &#39;Abd 
al- Kebir ben "Isa ben Idrîs II, etc. 

Chorfa Ou lad Boû Alî Stîlem, JL- Je y i%. 

Famille du Tâdla, mais originaire de Fès; ils descendent 
de Moulay BelQâsem {sic) hen Idrîs 11; mais leur généa- 
logie doit présenter des lacunes, puisque Zemmoùry dit 
c|iie leur aïeul est Yahya beii &#39;Ail ben Ahmed ben Ibrahim. 
Ils ont des parents à Fès. 

Chorfa Béni Matmoihi, ^.^ ^^. 

Ces chorfa, dont l&#39;aïeul est Maîmoùn ben Ibrahim, sont 
établis au TAdlA, dans la tribu des Béni Zemmoùr : on les 
appelle Oiilad Al-Lihyâny, mais ils tirent leur origine des 
&#39;Amrânyin et se rattachent à Moulay &#39;Abdallah ben Idris. 

Chorfa Kharchoi&#39;ifyiii, ijzSj-^j^- 

Ce sont des chorfa du Djebel &#39;.Alem, issus de Mouham- 
mad ben Mouhammad ben Ahmed ben Muuhammad. 



Ckorfa Çagalyln, ^;;c::^. 

Leur aïeul est Sa&#39;^id fils de Moùsa ben Moùmen ben Al- 
Khiflr, ben &#39;Alî ben Ahmed ben Zeîd, ben &#39;Anirân hen 
Mouhammad ben Mouhammad ben Yal.iya surnommé Al- 
Djoù^y (habitant à Djoûta)&#39;; ils sont doue parents des 

i. Cr. Al-Qâdtry, np. cil,, p. /|33. 





L&#39;OPUSCULE UU CHAIKH ZEMMOURY 



)joùtYÎn et descendent de Yahya ben Tdrîs ben Idrîs ben 
&#39;Abdallah al-Kâmel, etc. 



Je



Chorfa de Tlemcen, .)&#39;-^" ^j^. 



Le berceau de cette famille est &#39;Atn ul-Ilaut la source 
du poisson) à quelques kilomètres au nord de Tlemcen, 
où habite encore une de ses branches. Us descendent de 
Moulay Solaîm, qui laissa deux (Ils ; Sidy Moubammad et 
Sidy Idrîs. Les enfants de Sidy Moubammad habitèrent 
&#39;Ain al-Haul, mais une fraction s&#39;établit à Cordoue en An- 
dalousie; ce sont les Oulad Ahmed Moubammad ben So- 
laîmàn. Quant aux Oulad kh-îs, une fraclion resta à Tlem- 
cen et une autre s&#39;établit à Tunis; ce sont les Oulad Idrîs 
ben Solaîmân ben &#39;Abdallah ai-KAmel. 

•Moutay Ibrâhîm, frère de SolaîiuAn, habitant Yanbou&#39; an- 
Nakhl (Yanbo les palmiers), laissa quatre fils : Al-llasan, 
l&#39;aîné, fixé à Yambo, Dja&#39;far, Moubammad et IsnfiA&#39;il. lia 
sont tous connus sous le nom d&#39;Ahl Yanbou&#39; (gens de 
Yanbo). 



"



Chorfa du Djilàn, j^> >&#39; ^ 



Leur aïeul est Moûsa ben &#39;Abd al-Qisem ben Ahmed 
ben Idris ben Dâoûd ben Moùsa ben &#39;.lî ben &#39;Abd al- 
&#39;Adhini ben Sa&#39;id ben Moubammad lien Dja&#39;Jar ben Al- 
&#39;Abbâs ben &#39;Alî ben A^iraed ben Moubammad ben &#39;Abd- 
allah al-Kâmel, etc. Moûsa laissa trois fils : le chérif &#39;Abd 
ar-Razzâq et le fameux chaikh Abd alQâder, à Bacrhdâd. 
Zemmoùry ne nous en
Mouhammad ben Abdallah al-Kàmel, etc. 



Chorfa Mor râoua (Moghraoua), «j &#39;_;*»• 
L&#39;aïeul de ces chorfa est &#39;Isa ben Ayyoùb ben Mouham- 

I, Sans doute originaire dï l&#39;Oued R&#39;îr. 




L&#39;OPUSCULE DLJ CUAIKH ZEMMOURV ÎTS 

niad ben Ibrahim ben Dja&#39;far ben &#39;Ali ben &#39;Abdallah ben 
&#39;Abd aI-Q;der lien I.lorma ben &#39;Isrt ben Iilris II. &#39;Isa laissa 
deux lils : Mouhammad, l&#39;aîné, habitant à TAinesnâ dans 
la Iribn des Zenàta, dans la plaine d&#39;Ar-Roiimraân — on 
appelle ses descendants Mor&#39;râoiia; son frère^ dont Zem- 
moùry ne nous donne pas le nom, habitait avec son père 
dans la tribu des Mor&#39;ràoua. Une branche de cette fa- 
mille vit à Danicha, au Sahara; une autre, dans le Dsoùl. 

Chorfa H&#39;azouânyln, ^^&#39;j!J*- 

Leur aïeul est &#39;Abd ar-Rahmân ben &#39;Alî ben Ahmed ben 
Moiihammad ben Yoùsouf ben &#39;Ali ben Mançonïr ben Moiïsa 
ben Abdallah ben &#39;Abd al-Kerîm ben Ibrahim ben Ahmed[benDàoûd ben Moùsa ben Idrîs II, etc., C&#39;est à cette 
branche de chorJa qu&#39;appartenait Sidy &#39;Abdallah ben Ah- 
med Al-U&#39;azouAny habitant à Marrakech. 

Chorfa du Touàl, 0>jj&#39; ^j^- 

Cette famille, originaire de Fès, descend d&#39;un chérif 
liasany qui s&#39;enfuit de la capitale pour échapper à la ven- 
ice du fameux Jloùsa ben .l-&#39;Afya al-Miknàsy. et vint 
îercher refuge au Touat, Le chaîkh Zemmoûry l&#39;appelle 
tantôt Sidy IbrAhîm ben &#39;Abî l-Qâsem, tantôt Aboù Ibra- 
him ben Al-QAsein. Ce dernier élail lils (L&#39;Ali ben Ahmed 
ben Mouhamuiad bi-n &#39;.bd al-OAder ben Yoûsouf ben 
&#39;.Vbd as-Salâm ben Ahmed ben "Abd »r-Rahman ben "Alî 
ben &#39;Abdallah ben Ahmed ben Idris II» etc. 

Chorfa Hasanites de Médine, *~;J-1^ <j jJ""&#39;^ ^j^- 

Ces chorfa originaires d&#39;Egypte, ont comme aïeul Aboù 
l-Qâsem Ben .Ahmed ben &#39;Ali, qui eut deu.x frères à Yanbo, 
.Vboù Ibrahim el Mouhammad. Ils desrendent d&#39;Ahmed ben 



Î7« 



ARCHIVES MAHOCAINES 



Mouhammad an-Nafs ax-Zàkya ben DjA&#39;far ben Isma&#39;Il ben 
&#39;Abdallah al-Kâuiel, elc. Ce sont donc des Oulad &#39;Abdallah 
al-lvâmel. Celui-ci eut quatre frères, &#39;AU, Al-Hasan, Ibra- 
him, Dja&#39;far. Les descendants de Sidy &#39;Ali se fixèrent en 
Egypte ; une fraction resta cependant à Yanbo et une autre 
se rendit dans T&#39;Irâq. Mouhammad aoh-Chérîf resta à 
Vanbo et ses enfants se fixèrent à Yanbo les palmiers; 
ils sont très nombreux, mais une branche habite à La 
Mucque. Ibrahim, dont le toml)eau est à l&#39;Oued al-"Arby, 
en langue berbère Oued Arhab, laissa des descendants 
dont une branrhe est dans un villnge de l&#39;Oued &#39;Arhab, une 
autre entre Yanbo al-Uahr et Yanbo an-NakhI; Dja&#39;far a son 
lunibeau à Yanbo an-.&#39;ukhl et ses descendants d:iiis tout le 
nord de l&#39;Afrique ; une branche habite Médine, une autre 
Yanbo, une autre l&#39;Iraq, une autre Alexandrie, et une 
enfin le Maj^hrib, Fès même. 



Chorfa Hosalnites, ^y_ 



^j"- 



Ceschorfa descendants de Hosain ben &#39;Ali ben Abi Taleb, 
sont originaires d&#39;Iraq, ou quelques-uns sont restés. Les 
autres se divisent en plusieurs branches, une à Djedda, 
une à Yanbo an-Nakhl ut une à Fès. 



Nous ne nous étendrons pas sur le chapitre qui suit, ic^ 
le précédent, et où le chaikh Zemmoùry passe en revue !«■ 
souverains qui ont gouverné le Maroc depuis ta mort d» 
Moulay Idris. Cette liste est rempli d&#39;inexactitudes. Nolr^ 
auteur écrit l&#39;histoire d&#39;une façon fantaisiste. Après le^ 
Idrisides. mentionnés très brièvement, Moùsa ben al &#39;.fya^ 
.l-MiknAsy mas.sacre ou disperse cette famille sainte qui* 
s&#39;enfuit dans toutes les directions. A sa mort, le Lemtouny 
arrive au pouvoir, puis son cousin Ya&#39;qoùb .M-.Mançoiîr et 




L&#39;OPUSCULE DU CHAIRH ZEMMOURY 



177 



enfin le roi çanhâdjien Moul.mmmad ben Sa&#39;Id d"Aîn al- 
Fter, qui donne sa fille au chérif Aboù &#39;Othraân Moulay 
Sa&#39;id ben Ach-Ghaikh Moulay &#39;Abd al-MAlik surnommé 
Amr&#39;âr. Celui-ci fonde la ville de TU et la dynastie des 
Oulad Amr&#39;âr qui étend son pouvoir sur tout le Maghrib. 
Mais à sa mort les chrétiens viennent à Tî^ et la ruinent, 
mettant eu fuite les Oulad Amr&#39;àr. Aprùs Ahmed ben 
Maneoiir apparaît le roi de Grenade, Al-Bâdesy, puis les 
princes sa&#39;adiens qui fondent Agadir ttTaroudant au Soûs 
al-Aqçâ. Le dernier d&#39;entre eux, nommé, est Ahmed Adh- 
Dhahaby, ce qui nous fait croire que le chaikh Az-Zem- 
moùry était contemporain de ce prince. 



11




Les marabouts 



Nous avons ici une liste intéressante des principaux 
saints du Maghrib et de leurs chalkhs, avec de très courtes 
indications sur leur habitat ou leur origine. 

Sidy Mouhammad ben Solaimàn al-Djazoùly, chérif 
hasany Semlâly, disciple de Moulay &#39;Abdallah Amr&#39;âr, à 
Til&#39;. 

Sidy Aboù Cho&#39;alb, à Zemmoùr, çanhâdjien élève de 
Sidy &#39;Abdallah Amr&#39;âr. 

Sidy Abd al-&#39;A/î/. At-Tabhà&#39; aç-Çanhâdjy, disciple de 
Sidy Mouhammad Al-Djazoïïly. 

Tlb, dit le texte urube. Ce personnage est l&#39;auteur du Dalàil al- 
Khairàt. 

i« 




378 



ARCHIVES MAROCAINES 



Sidy Aboù l-&#39;Abbâs ben Dja&#39;lar as-Sably, chérîf hosalny 
selon quelques-uns, venu d&#39;Orient pour se fixer à Ceuta. 

Sidy &#39;Ali ben Ibrâhîm, habitnnl Aguerl, du liaoïiz de 
Tâdla;il était &#39;omary (descendant d&#39;Omar ben al-Khatlâb) 
et disciple d&#39;At-TabbA&#39;. 

Sidy Rahhâl Al-Boùdâly, surnommé Al-Koùch, disciple 
d&#39;At-Tabbâ&#39;, 

Moulay &#39;Abdallah Al-R&#39;azouâny,des chorfa de R&#39;azouân, 
disciple d&#39;At-Tabbâ". 

Sidy Mouliamraad Ach-Cbarqy, habitant à Boù Dja&#39;âd ; 
il était &#39;omary et disciple d&#39;At-Tabba&#39;. 

Sidi Hadjdjadj. à TîVmesnâ, chérîf hasany, descendant de 
Sidy Boù Ikhlef, de Demn^t. 

Sidy Sa&#39;îd ben &#39;Abd an-Na*îm, saint homme vivant chez 
les Hâha, disciple de Sidy Boù Cho&#39;atb ben Oua&#39;roùd d&#39;A- 
zemmoùr. 

Sidy MyAd as-Soùsy, à RAs el-Oued, disciple de Sidy 
Ralihal al-Boùdâly selon les uns, du chérîf hasany Moulay I 
Ibrahim ben Ahmed selon les autres. 

Sidy Aboii Ya&#39;zy à Târ&#39;ya, originaire de Sekoiira au 
Sahara et disciple de Sidy Boù Gho&#39;aib ben Oua&#39;roùd d&#39;A- 
zemmoùr. 

Sidy Al-R&#39;âzyben Qâsem, habitant au Tâfilelt, iarlàny 
originaire de Zenàga- 

Sidy &#39;AH ben "Abdallah, chérif dit-on, sur lequel Zem- 
moùry ne nous donne aucun renseignement. 

Sidy Alimed ben Niicer, habitant au Dra&#39;rv; descen- 
dant de Sidy 1-Moqdftd, il a des descendants an Dra&#39;a 
et au l.iaouz de Marrakech; son maître était Sidy &#39;Ab- 
dallah ben llasâiu AqbAb&#39;. Ce dernier habitait aussi 
au Dra&#39;a : son père, aflligé de n&#39;avoir pas d&#39;enfant, 
alla implorer le célèbre rhatkh Moulay Abdallah ben 
l.IasAin Al-Maçlouliy, qui lui promit une longue postérité 



I. l&#39;cul-êlrn, al-qaUiâlif Je liuu. 



J 




L&#39;OPUSCULlî DU CHAIKH ZEMMOUhY â7ô 

et un fils saint, en lui disant an moment où il s&#39;éloignait 
(le sa maison : « Nomme-le de mon nom. » C&#39;est pourquoi 
il fui appelé &#39;Abdallah ben Hasftin. 

Moiilay &#39;Abdallah ben alHosaln, seigneur de Tàrnec- 
louht, chérif hasany, était fils de Moulay IlasAin, vivant à 
Abzoù» descendant de Sidy Abdallah Amr&#39;âr ; son maitre 
était Sidy &#39;Abdallah al-R&#39;a/.ouâny. 

Sidy Fâres ben Al-Hasan, habitant à R&#39;îr&#39;âya dans 
AsTTiîr (?), originaire des Zenâta et disciple du chérîf 
Moiilay &#39;Abdallah Amr&#39;âr ben Al-Uosain. 

Sidy &#39;Isa ben Al-Hasan Al-Mecbâhy, dlsrîple de Moulay 
& # 39; Abdallah Al-R&#39;azouâny.

Sidy &#39;Alî ben Ahmed, du Djebel Çarçar (surnommé 
Moulay Çarçar), disciple de Sidy &#39;Isa ben Al-Ilasan Al- 
Meçbâhy. 

Sidy &#39;Abdallah ben Ibrahim, d&#39;Ouazzân, chérîf idrîsy, 
isciple de Sidy &#39;Alî ben Ahmed, 
Sidy Mouhammad ben &#39;Alî ben Reîsoùn, chérîf &#39;alamy, 
liabitant Tûzeroùt au Djebel &#39;Alem, élève de Moulay &#39;Abd- 
allah ben Al-IIosaîn. 
& # 39; Sidy Mouhammad ben &#39;Isa, enseveli à Miknâsat az-Zeî-

toûn, marabout, disciple d*At-Tabbi&#39;. 

Sidy Abd ar-Rahman Al-Medjdhoûb, marabout orginaire 
^^«le DoukkAla, de la tribu des Henî Faradj, disciple de Sidy 
^■"Ali Aç-ÇanhAdjy. 

^B Sid&#39; &#39;Abdallah ben Mobftrek, au Soùs, dans la tribu des 
^■^ilàla, disciple de Sidy &#39;Abdallah ben Alimcd Ar-Ragraguy 
• seigneur d&#39;Aquermoûd. 

^K Sidy Boù Zeid, à ChoùchAoua, Ragraguy, disciple du 

^BfchérîlSidy Abdallah Amr&#39;Ar d"Aîn al-P&#39;^er. 

^V Sidy Mouhammad, surnommé Boù Zekry, chértf ^lasany, 

liabitant au T;dh. à Moiilqy ad-Diouân, entre l&#39;Oued Oumni 

ar-Rabî&#39;a et l&#39;Oued Deren ; il était descendant <le Moulay 

Abdallah Amr&#39;àr. 

Sidy Ahmed ou Moûsa, chérîf ^lasany semlâly, enseveli 



1





280



ARCHIVES MAROCAINES 



au Tazeroiialt &#39;, disciple de Moulay &#39;Abdallah ben Al-Hosain. 

Le Chaîkh Aboù Sa&#39;id AUMiçry (l&#39;Ëgyptienj, surnommé 
Boutoûba, un des plus grands saints, dont nous ne con- 
naissons pas rorigiiie. 

Sîdy Bennoiir, enseveli au Doukkàla, chérif selon les 
uns, çanhâdjy selon les autres, de la famille de Sidy Boù 
Ch&#39;oaib Az-Zemmoùry. 



III 



Tribus arabes et berbères du Magbrjb. 



Tribus du Sous. — Benoù Hilâla, arabes de Qoraich.de 
la descendance du Seyytd &#39;Abdallah ben Dja&#39;far. Chtoùka, 
de la descendance de Hassan bea Th;bil. Hawwâra, ber- 
bères d&#39;origine, qui ont des fractions en Orient. Gstma, 
apparentés au Lemloùny. arabes de Qoraîch. Oultita, di- 
visés en deux fractions : les Benî l-&#39;Abbâs. en lanj^ue ber- 
bère &#39;Abbâses, arabes de Qorâîch, et les autres berbères 
à l&#39;exception des Semiâla. Benî Djarràr, dont l&#39;ancêtre, 
venu d&#39;Orient, avait quatre iils qui mangeaient des ânes; 
un âne étant morl chez eux, ils le traînèrent et le man- 
gèrent; c&#39;est pourquoi, dès les temps antéislamiques, ils 
furent appelés Djarnïr (Iraîneur). Originaires d&#39;Orient, ils 
ont à ZemrAn des parents appelés Harâoua, descendants 
d&#39;un aïeul du nom de Qais. Les Sandala sont berbères. 

Tribus du Sud-Ouest. — Oiilad Yahya, berbères. Ra- 
liAiHua, dont raïeul, Abd ar-Ra^unan, laissa deux garçons, 

I. Tu-uuult, (Jil 11- lL-3il»? at-ubc-. 




L&#39;OPUSCULE DU CHAIKH ZEMMOURT 



28t 



Aboû Bekr et Sallf^ma; des descendants d&#39;Aboù Bekr, les 
Oulad Boû Bekr, sont issus les Oulad Boii Hinda, les Ou- 
lad Ben al-&#39;Ogall (?), les BaggAra et les Oulad Moùsa, Irac- 
tion des Oulad Sallim. Quant aux Oulad az-ZAkya, ce sont 
des ÇanlîAdja du Sahara, appelés Zen%a par les Berbères. 
Les descendants de Sallâma ben &#39;Ahd ar-Rahman sont les 
MahA7.il, dont l&#39;aïeul est &#39;Abd ar-Rahman et qui sont origi- 
naires d&#39;Orient, de Syrie ; ils sont arabes. Les Barâbeeh, 
les Sallâm et les autres fractions de la grande tribu des 
Rahamna sont venus du Sâhel (rivage)&#39;d&#39;Agadir Dauma&#39;. 

La tribu de Zemrân a pour aïeul &#39;AmrAn; Einheimische
d&#39;Orient, elle descend des Benî &#39;Abs. Les Harâoua, ori- 
ginaires d&#39;Orient, étaient des adorateurs du feu. La tribu 
des SrAr&#39;na, comme celle des Zemrân, descend des Benî 
&#39;Abs, 

Les Mesfîoua, venant d&#39;Asef*. sont des arabes d&#39;Orient. 
Les DoukkAla descendent de Hass&n Aboù 1-Bazâzel; la
Tagâna et les Oulad Dellm leur sont apparentés. Les 
Glaoua sont de la postérité de Djâloùt (Goliath) &#39;. Les Zl- 
râra, venus du Djebel Zerâra au Sahara, ont une fraction 
arabe et une fraction berbère : les Oulad Fahl, parmi eux, 
sont arabes; mais il n&#39;est pas resté de berbères chez les 
Oulad &#39;Amîra, Les Chabânât sont originaires de Qoraîch. 
Les Chiàçjma. berbères, existaient à l&#39;époque antéisla- 
mique et étaient apparentés aux Aourika, aux R&#39;ir&#39;âya et 
aux Çanhûdja : toutesces tribus, à l&#39;exception desÇanbàdja, 
étaient, à l&#39;époque anléislamique^ établies sur la Çaoun. 
Les liâha sont berbères. 



1. Agadir, en berbère <i magaain l&#39;i grains lorlifîé n est un nom de lien 
cûmman a an grand nombre de locililés du SoAs. 

1. Peut-être devons-nouR lire AsK (Safi). 

3. D&#39;après certains g6n«?a!ogiste9, lea Berbères seraient tous une por- 
tioD da peuple de Golinlh; d&#39;autres disent qu&#39;une portion seulement des 
Berbères descendent de Goliath; eufin les historicos sérieux aient celte 
origine Cf. Ibn Khaldoùn, op. cit., I, p. 17.&#39;). 




28*2 



ARCHIVES MAROCAINES 



Je

Je



Tribus du Centre. — &#39;Abda, venus du Sahara, d&#39;origine 
berbiM&#39;e.npparentés aux Mr&#39;âfra et aux Dakhisa du Sahara. 
ChAoïiya, originaires de Barqa (Tripolitaine) et hérétiques ; 
une fraction, établie à Al &#39;Aloua, était appelée BenI Mzâb. 
Oulad Boû Zlr, d&#39;origine berbère; leur ancêtre était l&#39;aïeul 
des ZenAta. Benî Meskln, berbères, dont une fraction, les 
Oulad Boû t-Taouâdjîn. descend du meurtrier de Moulay 
&#39;Abd asSalâm ben Mechich. 

Tribu de Tàdlâ, comprenant les BenI *Ainir et les Benl 
Moùsa, d&#39;origine arabe, les Benî Ma&#39;dân, d&#39;origine arabe, 
et les Semket, en berbère esclaves &#39;, berbères apparentés 
aux GUoua du Soùs al-Aqçâ. 

Tribu des Béni Hassan, d&#39;origine arabe, descendant de 
Hassan ben Thâbit. 

Tribu des Benî Zeramoùr, apparentés aux Benl Zemmoûr 
Chleuh. Je

Mjftl, berbères originaires du Soùs al-Aqçâ. Benî Khirân 
dont une fraction est arabe; Oulad Barakât, originaires des 
&#39;Abîd (garde nègre des sultans (&#39;alaouyln). Tribu des Ait 
&#39;Ajà, arabe d&#39;origine, ayant des parents en Syrie. Tribu 
des Guerouân, arabe d&#39;origine, descendant des R&#39;îrouAn. 
Ait Seddy, berbères. Aït liakam, arabes, à l&#39;exception 
de la fraction des Aqbîlyîn, originaires d&#39;Al-Qibla, Oulad 
ach-Chaikh Sa&#39;îd. 

Za&#39;îr, tribu berbère, dont une fraction, les Oulad Kalhîr, 
est arabe. 

Benî Ilasan, arabes, à l&#39;exception des Magâdîr, d&#39;origine 
berbère, dont une branche appelée Benî Ayyfll, réside 
chez les Ait "Atlàb. Dans la fraction des Benî I.Iasan appe- 
lée Mokhtâr, il existe des Arabes de la tribu de Qoralch, 
dont quelques douars appartiennent aux chorfa Oulad 
Fahd, tirant leur origine des Oulad Bou SabA&#39;. — On dit 
que Sidy Mouhammad ben &#39;Isa était de cette branche, dont 



I. ^^«• On prononce auasi Semguei (berbère Itmig), 




L&#39;OPUSCULE DU CHAIKH ZEMMOURY 



983 



une ramification, les Benî Mouhammad, a des parents au 
Sahara, aux environs de SidjilmAsa. 

Zahânaj berbères pour la plupart, ayant des Tractions 
{berbères à Foum al-djouma&#39;a chez les Ait WttAb, et des 
fractions arabes chez les Benî Hasan. 

Benl Mâlek, arabes descendants de Mâlek. Sefiân, arabes, 
dont une fraction, les &#39;Anâbsa, est chérifienne, apparentée 
aux &#39;Anâbsa du Tàdlâ.descendantsduchaîkh Aboù Ya&#39;qoûb ; 
une autre fraction, les Ma&#39;ârîf, descend de Sidy Ma&#39;rouf 
Al-Karkhy, le célèbre philosophe soiifi de Baghdâd, et a 
des parents à Tâmesnà ; les autres sont des arabes. 

Tliq, arabes de Qoraîch; Khlot, arabes de Djochem; Aït 
Yemmoûr, arabes originaires de Syrie. 

Ait Oulâl, arabes apparentés aux Ait &#39;Alla du Sahara.[ Benî MUr, arabes, descendants de Sidy Milr enterré au 

pays de Mesfioua, à Ar&#39;mât ; il descendait lui-même de Sidy 

&#39;Abd ar-Rahman ben &#39;Aouf, des compagnons du Prophète. 

Cheràga , originaires d&#39;Alexandrie en Egypte. Oulad 
Djùma&#39;, comprenant deux fractions : des Arabes du Sahara, 
d&#39;&#39;ArJb, et des descendants d&#39;Aboù Djama&#39;a, esclave de 
Moulay Idris. Oulad al-l.Iâdj, originaires d&#39;Orient, com- 
prenant deux fractions dont une, descendant d&#39;Aboù Bekr 
le khalife, comprend des berbères. 

I.IyAyna, comprenant plusieurs fractions : les Oulad 
&#39;Amrân, ayant une branche chez les Doukkâla; les Oulad 
&#39;Alyân, ayant une branche chez les RahAmna, et des des- 
cendants de DjAloùt (Goliath), apparentés à ceux des envi- 
rons de Marrakech. 





284 



ARCHIVES MAROCAINES 



IV 



Chobfa &#39;alamvIn, 



Ce supplément à ropuscule de Zemmoûrj&#39; est signé, 
avons-nous dit, du Kâtib (secrétaire) Sidy &#39;Abd aç-Çadoq 
ben Raisonn, rhérif&#39;alamy; aussi les renseignements qu&#39;il 
nous donne sur les familles des Benî "Aroùs sont-ils de 
première importance. 

Toutes les branches des chorfa &#39;alamyîn ont pour an- 
cêtre commun Sidy Aboù Bekr, enterré à &#39;Atn aL-Hadld 
(la source du fer), dans la forêt appelée Rabat ad-dak, ou 
son tombeau est un but de pèlerinage pour les Benî &#39;Aroùs. 
Le nom donné à celte tribu u les fils de la fiancée » rap- 
pelle qu&#39;elle est la fiancée des tribus, parce que c&#39;est chez 
elle que se sont fixés les descendants les plus nobles du 
Prophète, qui y ont leurs tombeaux, car il n&#39;y a pas un 
dchar <m n&#39;ait son tombeau de saint, ancêtre quelconque 
du célèbre Pôle Moulay Abd as-Salâm ben Mechîch. 

Le ehérîf Aboù Bekr était fils de Sidy &#39;Atî, enterré à 
Aoûj &#39; sur le bord de l&#39;Oued al-Khamîs (tribu des Benî 
&#39;Aroùs), fils de Sidy Horma enterré à Madjazlyîn, même 
tribu, fils de Sidy &#39;Isa, enterré à Boû &#39;Amar, fils de Sidy 
Mezouar. enseveli à Qaratan-Nasr{la forteresse de l&#39;aigle), 
de la tribu des Somftta, lieu connu de nos jours sous le 



r. La plupart des noms de lieux du Djebel &#39;Alem citds dans ce 8nppl<î- 
mooL nous sont inconnus; retto liste ronstituc une utile contribniion à la 
géographie de cette région. 




L&#39;OPUSCULE DU CHAIKH ZEMMOURY 

nom âc Hadjar ach-Chorfâ {rocher des chorfa) &#39;, où se ré- 
fugièrent les Idrîsides après la chute de leur empire. 

Sidy Mezouar était fils du Prince des Croyants &#39;Alî. sur- 
nommé Haidara, enseveli à la mosquée des chorfa à Fès, 
avec son frère le Prince des Croyants Sidy Mou^ammad et 
son aïeul Moulay Idris, fondateur de Fès. 

Sidy Aboù Bekr laissa sept enfants mâles: deux qui 
n&#39;eurent pas de postérité. Malmoùn et Al-Fotouh — ce 
dernier appelé Al-HAdj par quelques-uns — et cinq qui 
laissèrent de nombreux descendants et dont voici les 
noms : Sidy Mechîch, surnom berbère, le vrai nom de ce 
personnage élant Solaiman, enterré au dchar d&#39;Ar&#39;îl de la 
tribu des Benî &#39;Aroi&#39;is, pour qui son miusolée est un but 
de pèlerinage très fréquenté; Sidy Yoûnous. enterré à Al- 
Hiçn du sanctuaire alamy, — on a l&#39;habitude d&#39;aller de- 
mander la pluie à son mausolée — ; Sidy &#39;AU, Sidy Ahmed 
et Sidy Al-Meihy. 

SidyMechich laissa trois enfants mâles : Iecélèl)re imâm 
I Ahoû Mouhammad Wbd as-SalAm, qui enseigna les doc- 
trines souliques pendant vingt ans, disent les imâms et 
périt sous les coups d&#39;Aboù t-T^ou^djîn Al-Ketfkmy, maître 
de Ceuta, Pan 623 de l&#39;hégire, sous le khaiifat d&#39;Aboù 
l-&#39;AlA Idrî» Al-Mâmoûn ben Ya&#39;qoûb Al-Mançoùr, l&#39;Almo- 
liade, Sidy Moi^sa et Sidv Yamiah. 

Moulay &#39;Abd as-Salam eut quatre héritiers : Sidy Mou- 
bammad. l&#39;aîné, Sidy Ahmed, Sidy &#39;Allai et Sidy &#39;Abd aç- 
Çamad, qui eurent tous une postérité. 

Les descendants de Mouhnmmad sont les plus puissants 
des &#39;Alamyîn. Us comprennent les familles Benî &#39;Abd Al- 
Ouahhâb, Benî r-RedAm. Oulad ben l.lalîma, Oulad al- 
Djibely, Oulad al-KharAz, Oulad ach-Chérîf Abdallah Al- 



1. Cette indication confirme l&#39;aBsertion (i&#39;AUKtttâny, qui place Hadjar 
an-NiisrdanB la tribu îles Somatn. Sur celte forteresse, of. Archiver mn- 
rùcainti, II, p. 6. 




Moudjàhid — ce sont les chorfa de Tàraddâa — ; 
familles OuladAl-Moiidden (Al-Moùadhdhin), OuladQâsem 
ben Makhoùth, Oulad al-Farniouy, Oulad Moûsa ben 
Mas&#39;oûd, surnommés Ach-Chou&#39;al {les lisons), Oulad ben 
&#39;Isa, Oulad ben &#39;Ali, comprenant les Oulad A|-Tâleb, Ou- 
lad ben Selmân — très nombreux au village de TâqlJt — , 
Oulad Al-Qarry. Oulad Al-Lahiouy, Oulad Al-Dîd. Oulad 
ben Qàsem, Oulad ben &#39;Isa, Oulad ben \Il, Oulad At- ■ 
Tâbb, Oulad Al-llaouîk. Oulad Ayaouâ, Oulad Ben &#39;Omar, 
Oulad Al-Fàsy, les gens de Yadjezt, «JL-^l», d&#39;Al-Hârech et 
de Dâr al-Hait. Toutes ces familles descendent de Sidy 
Mouhammad fils de Moulay &#39;Abd as-Salâm. 

Les descendants de son frère, Sîdy Ahmed ben &#39;Abd as- 
Salâra, sont divisés en deux branches : les Oulad Triba 
et les Oulad Afitân. 

Les descendants de Sidy &#39;Allai habitent à Chechaoun ê 
à Marrakech al-flamr;. Ils ont deux familles dans les 
qçour, celle de Moulay Mas&#39;oûd et celle de son frère Al- 
Moqlaly, et trois à Al-Maouàsln &#39;, celles du fqîh Sidy Mou- 
hammad ben Al-Mahdy, de son oncle Sidi &#39;Abdallah ben 
Al-Mahdy. de leur cousin Sidy Aboù 1" &#39;Abbâs et de leur 
cousin Sidy Al-Mobârik {sic); ils habitent tous dans la rue 
Darb AçabbAn d&#39;Al-MaouâsIn. Six d&#39;entre eux, dont nous 
avons oublié les noms, sont à la zaouya de Sidy Aboù 1- 
&#39;Abbâs As-Sabty. Les Tarr&#39;yoùn se sont éteints, à l&#39;excep- 
tion (l&#39;une fille qu&#39;a épousée le fqlh Sidy Al-Tàher ben 
Sidy Mouhammad ben Ait ben Reîsoùn, chérlf &#39;alamy 
enterré à Tâzeroût du Djebel &#39;Alem, devant l&#39;ancienne 
mosquée — al-djànui &#39;al-&#39;ailq. Les chorfa d&#39;Al-Qoûs sont 
de la même branche, ils habitent à Chechaoun où on les 
appelle Oulad ach-Chérîf. 

Les Oulad &#39;Abd aç-Çaraad, enfin, descendants d"Abd 



1. Al-Mnouàsta est te nom d&#39;un quartier de M^rrnkech. 



L&#39;OPUSCULE DU CHAIKH ZEMMOURY 287 

as-SalÂm ben Mechlch, sont divisés en deux fractions : 
Oulad as-Seyyid Idris ben ^ammo et Oulad &#39;Omar ben 
&#39;Ali ben Hammo, auxquels se rattachent leurs cousins, les 
Oulad Ach-Ghantoûf (ou Chatanoûf). 

G. Salmon. 



L&#39;OUERD DES OULEO SÏDI BOUNOU 




Divers auteurs, notamment en France, de Neveu (Lc^ 
Khouan, Paris, 1846), Rinn (Marabouts et KIwuans, Alger"^ &#39;^&#39; 
1884), Depont et Coppolani[Confréries religieuses musuC^^ &#39;nB 
mânes, Alger, 1897), ont rlonné les onerds ou oraisons doc— &#39;^^^&#39;^^ 
trinales de la plupart des confréries religieuses musul- -» &#39;" 
mânes, connues au moment de la publication de leur^ ~ &#39;^ 
ouvrages. Cependant l&#39;ère de Tétude des ouerds ne sembl^^^ &#39;"^ 
pas définitivement close; car, d&#39;une parl.il arrive assezs^ ^* 
ordinairement à la mort d&#39;un chef religieux que plusieurs^ "&#39;H 
de ses disciples se disputent le droit de lui succéder, et*" ^^~ 
que, dans le démembrement qui s&#39;ensuit, les fractions nou— .*— »• 
velles de l&#39;ancienne confrérie adoptent des variantes de^^ ^® 
I ouerd primitif; d&#39;autre part il peut se faire aussi que de^» ^* 

nouvelles confréries soient découvertes. C&#39;est précisé " 

ment le cas qui se présente pour les Ouled Sidi Bounou, ^ 
naguère encore ignorés en Europe. 

Quedenfeld les mentionne brièvement dans son article — 
« AbergLaube und halbreliffii&#39;isc Bruderscha/lrn beiden Ma- — 
rokkanern »[Zeitschri/ifurEthnologieBerlin1886)[Zeitschri/ifurEthnologieBerlin1886)[Zeitschri/ifurEthnologieBerlin1886)[Zeitschri/ifurEthnologieBerlin1886)< 
sous le nom de Uled Sidi Bono; puis le capitaine Erck- 
mann, ancien chef de la mission militaire française au 
Maroc, dans Le Maroc moderne, Paris, 1885, p. 106, en 
dit quelques mots. Enfin Edouard Montet, professeur à 
l'université de Genève, leur consacre quelques lignes dans 




LOUERD DES OUhED SlDl BOUNOU 



389 



Z.M Confréries religieuses de llslam marocain, Paris, Le- 
roux, 1902. 

Cet auteur les appelle Mbouoniin, suivant une de ces 
formes de pluriels si fréquemment employés en arabe pour 
désigner une collectivité, ce qui équivaut tout à fait à 
Culed Sidi Bottnou. Il indique l'origine de cette confrérie 
comme remoulaut à Sidi Abdallah Alî,, de l'Oued Dra'a; ce 
qui concorde avec ce que nous en disent MM. Miehaux- 
Bellaire et Salmon,dans leur Monographie de El-Qçar El- 
Kebir. Ces auteurs nous apprennent' que le fondateur de 
la confrérie, Sidy 'Abd Allah bea 'Ali, de la descendance 
du khalife 'Omar beri Al-Khattâb fut surnommé Bounou 
parce qu'il habitait dans le Dra'a un village de ce nom. 

Une zaouya de la confrérie existerait dans le Dra'a 
d'après de Foucauld*, dans le Fezouata, ou Tagmadart. 
Une autre aurait été créée à EI-Qcar depuis trois ans*. 
Enlln il y aurait encore un qçar Bounou chez les Mahamid 
de Al-R'ozldn, sur la rive gauche de l'Oued Dra'a, un 
peu au sud du Fezouata*. Ce qçar et cette zaouya sont 
peut-être un seul et môme endroit, les renseignements de 
de Foucauld étant de source indigène*. 

Enfin MM. Michaux-Bellaire et Salmon nous apprennent 
«•ncoreque Sidi 'Abd-.'^llah ben "Ali n'est pas mort depuis 
très longtemps, puisque son fils, Si Mohammed At-Tayyeby 
conféra l'ouerd au sultan Muulay Al-Hasan qui était venu 
le visiter. Cependant au lieu d élre le lils de Sidi Bounou, 
Si Mo(>ammed A^-Tayyeb pourrait bien en être seulement 
le descendant*. 



1. MoQograpiiie de El-Qçar El-Kebir (Archives Marocaines), t. II, 
fasc. «, p. ifiy. 
3 Reconnaissance au Mnruc, p, 392-293. 

3. Michilux-Bcllaire et buloion, op. cit., p. 167. 

4. De Foucauld, op. cit., p. &#39;.19S, 

5. Michaux-Bellaire et Salmon, op. cit., note, p.[67. 

6. lijid.. p. iGS. 



ARCHITES MASOCAIXES 



D&#39;aalre part, de» documents manuscrits signalent ane 
qoubba (U Sidi Bounou au Dra&#39;a, voisiAe d&#39;aoe zaouja de 
Derqaoua. Les gens d&#39;une fraction Toisine appelée Tlnef, 
senieBl ses senriteurs religieux. Deux moqaddems de 
l&#39;ordre. Si Âl^lfabib et son frère Si Al-Hanifi, seraient ve- 
nus tous deux du Dra&#39;a s&#39;installer à Marrakech d&#39;une façon 
déGnitire. lis auraient fondé une zaocnra dans cette %&#39;ille. 
M. Edouard Monlet signale en eflel deux cents affiliés en- 
TÎron à Marrakech&#39;. 

Les sectateurs de Sidi Bounou sont connus par leurs jon- 
gleries. Ils grimpent sur les palmiers, se roulent sur leurs 
feuilles, en poussant des gémissements et en versant des 
pleurs. Ils montent sur des mules sellées comme des che- 
vaux, mais jamais sur ces derniers animaux, et refusent 
absolument de porter un fusil. 

Ainsi donc la confrérie était signalée à l&#39;attentloD des 
sociologues et des arabisants. Mais son ouerd, son orai- 
son doctrinale, n&#39;avait jamais été publiée. .Nous avons 
eu la bonne fortune d&#39;obtenir communication d&#39;un manu- 
scrit où elle était exposée. Ce manuscrit a été recueilli à Al- 
Qçar, par MM, Micbaux-Bellaire et Salmon. des mains d&#39;un 
adepte de la confrérie, en octobre 1904. Il est d&#39;une mau- 
vaise écriture maghrébine assez pénible à tire parfois,parce 
que les lettres en sont souvent très incomplètement 
formées et les liaisons absentes. De nombreuses inatten- 
tions du copiste lui ont fait estropier aussi nombre de 
mots ; mais on finit par rétablir le sens avec quelque peine. 
en consacrant à sou étude une grande attention, soutenue 
par une bonne dose de patience. 

Ajoutons que des documents du genre de celui dont 
on va lire la traduction semblent avoir leur importance; 
que leur publication rend possible l&#39;étude des différents 
ouerds, étude dont l&#39;intérêt se manifeste clairement. Car 



I . Ed. Moatei, op. cil., p. a3. 



Je
Je



Je

Je
Je





L&#39;OUERD DES OULED SIDI BOUNOU 

ces productions portent la marque de l&#39;esprit qui les a 
conçues; elles peuventnousdonner d&#39;utiles enseignements 
sur l&#39;élévation morale, le degré d&#39;instruction de leurs au- 
teurs ainsi que sur le caractère de leurs doctrines ascétiques 
et sur leurs tendances. La comparaison des unes avec les 
autres peut contribuer enfin, à éclaircir maint point d&#39;his- 
toire religieuse, faciliter l&#39;étude des rapports mutuels des 
ordres entre eux; et la répercussion de l&#39;histoire religieuse 
sur l&#39;histoire civile et sociale est considérable, dans une 
société théocratique comme celle de l&#39;Islam. 



Traduction&#39; 



Ceci est l&#39;oraison du maître, de Tlmam en qui Dieu a 
mis la sagesse. Sidi &#39;Abd-Allah ben Ali Al-Bounou. 
Le fidèle récitera trois frois les versets suivants : 

1. — Au nom du Dieu Clément et Miséricordieux ; Je
jure par Tunion des Qoreichites. 

2. — Par leur union lors des transhumances d&#39;hiver et 
d&#39;été. 

3. — Certes, il faut qu&#39;ils adorent le Dieu de cet édifice, 
-^i. — Qui les a nourris dans la famine. 

5. — El les a rassurés dans leur frayeur&#39;. 

1. J&#39;iii cru avanlngeux de Bép.ircr, dans In Irarluclion, les divers para- 
graphes par des blauts, de façon ù perratltrc uu Icclcur de&#39; iniL-iiï juger, 
du premier coup d&#39;œil, de la diaposîlion de l&#39;eaBemble. 

2. Ces buits versets soDt ceux qui coioposeot le chapitre CVI du Coran, 
un des dtruiers, iutilulê « Les Qoreïchties », La traduction que j&#39;eu donne 




292 



ARCHIVES MAROCAINES 



Easuite le Gdcle dira trois fois : 

1. — Au nom du Dieu Clément et Miséricordieux. 

2. — Louange à Dieu maître des mondes. 

3. — Le Clément, le Miséricordieux. 

4. — Roi ;m Jour du Paiement des dettes&#39;. 

5. — C&#39;est toi que nous adorons ; c&#39;est toi dont nous im^ 
plorons le secours. 

6. — Dirige-nous dans la voie droite; 

7. — Dans la voie de ceux que tu as comblés de tes bien- 
faits, non de ceux contre lequels tu es irrité; ni dans la 
voie de ceux qui sont dans l&#39;erreur&#39;. 

8. — Au nom du Dieu Clément et Miséricordieux. 

9. — Alif. Lâm. Mim&#39;. Ceci est le livre qui ne contient 
pas d&#39;ambiguïté; règle et direction pour les hommes qui 
croient en Dieu. 

10. — Pour ceux qui croient aux mystères, pratiquent la 
prière, et font des largesses avec les biens que nous leur 
avons dispensés. 



diHi-Te lëgèremcDt de celle de Kasimirski. Cel auteur attribue à ce cha- 
pitre quatre versets seulement, tandis que les éditious orientales du 
dx-un que j&#39;ai entre le luaiiis lui eo duonenl cinq. Je dois préveoir aussi 
que diius la tr^ducliuu (!t.&#39;s versets du Coriiu qui viennent plus lotn je 
n&#39;-M piis toujours uou plus suivi littéralement lu tr:iductioa de Kasioiirski, 
ni la disposition des passages eo versets d&#39;après lui. Je me sais depréfé- 
renee, sur ce deroier point, coDfortné axxx édiiious du Coraa du Caire, 
de C(.iii8t;inliuople ou de Saint-Pétersbourg;. 

I. C&#39;est-à-dire au jour du ju^eiueut dcruier, où les actions des hommes 
seront publiées et rétribuées euiviinl leur mérite. 

a. Ces sept versets sont ceux qui composent u la Faltha » ou première
sourate du Coran. 

3. On sait que lu sigaiticalion des lettres Alif, iMm, Mim, qoi com- 
luencenl celle citalLUU du Coran, cal iouoanue, de inénic que celle des 
lettre» qui se trouvent iiu coiuuicuceinent d&#39;aulrcs sounilet;. Il ne faut 
juiuuîs omettre de les citer, cepeudiiut ; elles tout partie du texte, dont 
toute altéraliuu est une grave impiété »ux yeu.x des muiiulmans, si faible 
boil-elle. 




L&#39;OUERt) DES OULED SIDI BOUNOU 



293 



l. — Pour ceux qui croient aux révélations qui te furent 
faites, et à celles qui furent faites à tes prédécesseurs ; 
pour ceux qui croient fermement à la vie future. 

12. ^ Ceux-là sont dans la voie droite; ceux-là sont les 
bienheureux&#39;. 

I 13. — Et votre divinité est le Dieu Unique. Il n&#39;y a 
d&#39;autre divinité que Dieu, le Clément, le Miséricordieux&#39;- 

14. — Dieu — , il n&#39;y a d&#39;autre divinité que lui, le Vivant, 
rimmuahle, nest sujet ni a la somnolence ni au sommeil ; 
Itout ce qu&#39;il y a dans les cieux et sur la terre est a lui. 
iQiiî peut se poser auprès de lui en prèempteur, si ce n&#39;est 
Uvec sa permission? Il sait ce qu&#39;il y a devant eux&#39;, der- 
mère eux; et ils ne parviennent à embrasser une parcelle 
|:de sa science qu&#39;en tant qu&#39;il le veut. Son trône de justice 
couvre les cieux et la terre. Et sa garde ne lui cause au- 
cune peine. 11 est l&#39;Elevé, le Sublime. 

15.— Point de contrainte en religion : la vraie route 
se dislingue assez de l&#39;erreur. Celui qui ne croira pas à 
Tarout*, mais croira en Dieu s&#39;attachera à une boucle 
solide qui ne se brise pas. Et Dieu entend et sait toute 
chose. 

16. — Dieu est le tuteur de ceux qui croient; il les retire 
des ténèbres pour les conduire à la lumière ; et ceux qui 
blasphèment, ceux qui pour tout appui n&#39;ont que Tarout, 
il les retire de la lumière, pour les plonger dans les 
téaèbres.Ce sont les ftmes vouées au feu de l&#39;enfer; elles y 
demeureront éternellement*. 



I. Les ulincas hiiîl ù douze Cormuut les cinq premiers veraels du c^lm- 
pilre I! du Corna, intitulé Iti Vafhe. 

î. C&#39;est encore un versel Hu Corau, le cent-cinquaaie-huilicMne du 
r.hipitre II. 

î, C&#39;e»l-A-dire dorant les liorames et derrière eux. quelle que soit la 
tcîeoce dont ils ge flattent. 

4. Tar&#39;ottt est une des iiiolcs des Anciens arabes idolùlres. 

5. Les alinéas t/|, i5, iK sont les rerseli aS6, uS; cl -iSH de la deuiième 
AHCa. SAROC 90 




294 



A^CtllVBS MAROCAlKES 



17. — A Dieu appartient ce qu&#39;il y a dans les cieux et sur 
la terre; que vous manifestiez ce que vous avez en vos âmes 
ou que vous le caclùez. Dieu vous en demandera compte. 
Et il pardonnera à qui il voudra, punira qui il voudra. Car 
Dieu étend sa puissance sur toute chose. 

18. — L&#39;Apôtre croit en ce qui lui a été révélé par son 
maître ; et les Croyants, chacun d&#39;eux croit en Dieu, en ses 
anges, en ses livres, en ses apôtres. Nous n&#39;établissons 
aucune différence parmi ses apôtres&#39;. Ils ont dit : Nous 
avons entendu et nous avons obéi. Accorde-nous ton 
pardon, ô noire Maitre, Et c&#39;est à toi que revient toute 
chose. 

19. — Dieu n&#39;impose à aucune àme d&#39;autre charge que 
celle qu&#39;elle peut supporter. 11 sera tenu compte en sa fa- 
veur de ce qu&#39;elle possédera de bonnes œuvres, de ce dont 
elle se sera chargé de méfaits. O notre Maître, ne nous 
châtie point si nous commettons oubli ou erreur. Ne nous 
charge point du fardeau, comme tu en avais chargé ceux 
qui sont venus avant nous. Seigneur, ne nous charge point, 
alors <{ue nous n&#39;avons point de force pour supporter ce 
fardeau. Efface nos péchés, pardonne-nous. Aie-nous en ta 
miséricorde. Tu es celui qui nous possède. El donne-nous 
la victoire sur la troupe des infidèles*. 

20. — Au nom du Dieu Clément et Miséricordieux. Hâ. 
Mim. La révélation du livre vient du Dieu puissant et sage; 



soiiralc la Vache, Le verset aSiî est appelé Verset du Trône, Alat 
el-h&#39;oiirsi. On le rt&#39;cite comme prière, cl on te porte au bra» i-n guise 
d&#39;iiinuletle. 

I. Ainsi que le fait remarquer Kasimirski, ceci est on coolradiction 
avec le verset &#39;. {.Vi du méniG chapitrL» (cli. Il, la Vache) ainsi qu&#39;avec plu- 
sieur» versets du chapitre .IX. Il est corlaîn d&#39;-iilleurs que la doctrine 
orthodoxe établit toujours de graudes dilTùrcnceB entre les divers pro- 
phètes, Mohammed étant le plus noble de tous. 

a. Les alinéas 17, (8, ii» sont les derniers versets du deuxième chapitre
du Coran. 




L&#39;OUERD DES OULÈD SlDl BOUNOU 



295 



21. 



nu 



de



ardonne les pecnes 



und q



m acctieule le re 



Ik 



pentir; terrible dans le chûtiment; doué de longanimilé. 
Il n&#39;y a d&#39;autre divinité que Dieu. C&#39;est à lui que revient 
toute chose&#39;. 

22. — Dieu, — il n&#39;y a d&#39;autre divinité que lui, le Vivant, 
l&#39;Immuable; — n&#39;est sujet ni â la somnolence, ni au som- 
meil; tout ce qu&#39;il y a dans les cieux et sur la terre est à 
lui. Qui peut se poser auprès de lui en préempteur sans 
sa permission? Il sait ce qu&#39;il y a devant les hommes, der- 
rière eux; et ils ne parviennent à embrasser une parcelle 
de sa sciei.ce qu&#39;autant qu&#39;il le veut. Son trône de justice 
couvre les cieux et la terre. El sa garde ne lui coûte au- 
cune peine. Il est l&#39;Elevé, le Sublime&#39;. 

23. — Au nom du Dieu Clément et Miséricordieux. Dis : 
C&#39;est lui le Dieu uni([ue. 

24. — Le Dieu éternel 

25. — Il n&#39;a pas engendré et n&#39;a pas été enj^emiré. 

26. — Et nul ne lui est égal&#39;. 

Puis le fidèle dira trois fois : 
1. — Au nom du Dieu Clément et Miséricordieux; Je

I, Les alinéa» an et ai, sont les deux premiers nuoidroa de la sourate 
XL ; K Celui qui pardonne ». Cerinins autres manuscrits ou édition du 
Cortu l&#39;iotilutcnt « Le Croyant n. (Juantà/ia, mim, nom des deux lettres 
ârtbi&#39;g _ et f qui comineDcent le chapitre, voir à ce propos la uole la, 

3. Répétition de Tnlinéa [. 

3. C&#39;est l&#39;anlc-penullicrue sourate du Coran, lu sourate de i 

•X. Il s&#39;agit de Satan. 

3. C&#39;est la dernière sourate (CXIV) du Coran, intitulée : « les Hommes «, 
Ce chapitre et le précédent sont appelés Etmou&#39;aououidhatani, parce 
qu&#39;ils commencent par les toots A&#39;oudkou ; c&#39;est-à-dire : « les deux InvO&#39; 
cations au secours i>, parce qu&#39;ils comnienceut par : k Je cherche un re- 
fuge ». Le premier est considéré comme garantissant l&#39;àme contre le» 
malheurs qui peuvent t&#39;attcindrc, et le sccoud comme préserratif pour le 
corps. 





L&#39;OUERD DES OULED SIDI BOUNOU 

Puis il dira trois (ois : 

Je cherche un refuge auprès des paroles complètes de 
Dieu contre la méchanceté de ses créatures&#39;. 



Puis il dira trois fois : 

Je cherche un reluge auprès des paroles complètes de 
Dieu contre sa colère et ses châtiments ; contre la méchan- 
ceté et l&#39;envie des démons, s&#39;ils viennent à paraître*. 

Puis il dira une l&#39;ois seulement : 

Je cherche un refuge auprès des paroles de Dieu com- 
plètes; paroles que ne peut transgresser ni homme vertueux 
ni libertin; contre la méchanceté de ce qu&#39;il a créé*. 

Puis il dira trois fois : 

Je cherche un refuge auprès de Dieu, Celui qui entend, 
Celui qui sait, contre Satan le lapidé*. 

Puis 11 dira une seule fois : 
1. — 11 est le Dieu hors lequel il n&#39;est point d&#39;autre 



1. C&#39;esl une paraphrase de r.ivant-dernière sourate du Coran : « P Aube 
du jour u. Les " paroles de Dieu complètes », c*esl-à-dir« tous Jes rersets 
du Coraci où il esl dit ; « Je cherthé uii ruKuge, etc. «. 

2, C&#39;est uue parri)jliruse (tes dillérents versets commcncMOt par J>e, 
Il J&#39;implor« le secours, je cherche un refuge, » et nolammcnt des versets 
99 et 100 de la sotirale XXIII, v les Croyants a dont le texte exact est : 
K Dis : O mailre, je cherche un reluge auprès de toi contre les tentations 
des démons. Je cherche un refuge auprès de toi, Maitre, s&#39;ils appa- 
raissent. >

3, Paraphrase analogue iiux précédentes; imilalion oolamment de 
l&#39;avant dernière fiourale, ■< l'Auhe du jour. >>

4. Paraphrijsc du verset 3i de la sourate III : « La Famille d&#39;imran t. 
Quand il l&#39;épithële de « lapidé », on sait qu&#39;elle est coustammeut donnée 
à Satan parce q&#39;JC, d&#39;après la tradition, Abraham l&#39;assitillit un jour à 
coup de pierres, alors tju&#39;il voulait le tenter. 




>-;^ ABCHIVES MAROCAINES 

Dieu; Celui qui connaît l&#39;Invisible et le Visible. C&#39;est lui 
le Clément, le Miséricordieux. 

2. — Il est le Dieu hors lequel, il n&#39;est point d&#39;autre 
Dieu, le Roi, le Saint, le Sauveur, le Fidèle, le Gardien, 
l&#39;Élevé, le Puissant, le Très Grand. Gloire à lui, à l&#39;exclu- 
sion de ce que (les hommes) lui associent&#39;. 

3. — 11 est le Dieu, le Créateur, le Producteur, le Façon- 
nateur. A lui les plus beaux noms. Tout ce qu&#39;il ^&#39; a dans 
les cieux et sur la terre célèbre sa gloire. Il est l&#39;Elevé, et 
le Sage&#39;. 

Puis il dira trois fois : 

1. — Gloire à Dieu qui remplit la balance&#39;, (à Dieu), 
Borne delà Science*. — Combien parfait est son bon vou- 
loir, combien parfaite la beauté de son trône de majesté*. 

2. — Il n&#39;y a d&#39;autre divinité que Dieu, Dieu est celui qui 
remplit la balance; il est la liorne de la Science, ("ombien 
grand est son bon vouloir; combien grande la beauté de 
son trône de majesté. 

I. C&#39;est-à-dire A l&#39;exclusion des idoles. 

a. Ce sont les derniers rersets de la sourate- LIX, inlitutéc : n l&#39;Éml-
gratian ><. 

3. Allusion au quarantc-huilicinc verset du chapitre XXI du Coran, 
■< Les Prophètes r> : H Nous étabilirons des baliiaces justes au Jour de la 
résui-reclion. Pas une itne ne sers traitée injustement, quand même ce 
que nous aurions n produire de ses œuvres serait du poids d&#39;un grain de 
moutarde. Il suffit qu« nous ayons étahli ce compte». El iiu verset a5 de 
la souriile LVII u /.e h&#39;er d : n Nous avooa cuvoyé des apôtres, accom- 
pagnais de signes évidents ; nous leur avons donné le Livre et la Balance, 
afin que les hommes observent l&#39;équité », 

La bulance aurait été apportée du ciel par l&#39;ange Gabriel, et donnée it 
Noé pour qu&#39;il eu propageât l&#39;usage parmi ses descendants. 

{. Allusion au verset 43 de la Sounite LUI, .i l&#39;Étoile » : u Ton seigneur 
n&#39;cst-il pas le terme de tout. >• 

5. Le trône de majesté de Dieu est difTérenl de son trône de justice, 
où il se place seulement pour juger; il est situé bien au-dessus, dans le 
septième cic-l. 



Je
Je




I/OUERD DES OULED SIDI BOUNOU 



299 



3. — Dieu est très grand, c&#39;est lui qui remplit la balance 
c&#39;est lui qui est la Borne de la Science. Combien parfait 
son bon vouloir. Combien parfaite la beauté de son trône 
de majesté&#39;. 

Puis il dira trois lois : 

1. — Gloire à Dieu le Sublime; que ses louanges soient 
lébrées. Il n&#39;y a de puissance et de force qu&#39;en Dieu. 

2. — Ce ffu&#39;il veut est : Ce qu&#39;il ne veut pas n&#39;est pas. 
Sache que Dieu étend sa puissance sur toute chose et qu&#39;il 
embrasse toute chose dans son savoir. Je crois en Dieu le 
Sublime et je ne crois pas en Djibt ni en Tar&#39;oul*. Je m&#39;at- 
tache il la boucle solide qui ne se brise point&#39;. Dieu en- 
tend, Dieu sait. O mon Dieu, Dieu Clément, Dieu Miséri- 
cordieux*. 

3. — Au nom du Dieu Clément et Miséricordieux, dont 
le nom préserve de tout mal sur la terre ou dans les cieux. 
Il est Celui qui entend, Celui qui sait. 

Puis il dira trois trois fois : 

1. — Au nom de Dieu pour moi-même, pour ma famille, 
pour mon bien. 

2. — Au nom de Dieu pour moi-même; au nom de Dieu 
pour ma famille et mon bien. 

I. Le paragraphe qui finit ici est de la composition de Sidi Boaoo et 
Don pas extrait du Corao. 
a. Idoles qu&#39;adoraient les Arabes ante-islnmiques.

3. C&#39;est une figure pour dire : je mets mon appui en des choses qui De 
trompent poiut, en l&#39;amour, en le culte de Dieu. L&#39;expression :« une hnucle 
tolide » est d&#39;ailleurs extraite toute faite du deux cent cinquante-sep- 
tième Terset do la sourate II, « la Vache «. 

4. Ce paragraphe est une paraphrase de diverses sourates, et aussi des 
versets précédents, ainsi que du verset .54 de la sourate IV « les 
Femmes » : ■ N&#39;as-tu pas remarqué ceux qui, aprèa avoir reçu une 
partie des écritures, croient au Djibl et au Tar&#39;out, et qui disent aux in- 
fidèles qu&#39;ils suivent une roule plus vraie que les cro)-anta ». 



300



ARCHIVES MAROCAINES 



3. — O mon Dieu fais-moi accepter de bon gré ce que tu 
décrètes pour moi: accorde-moi la paix parmi les événe- 
ments que tu décides pour moi. De sorte que je ne désire 
pas que tu devances pour moi ce que tu veux retarder; ou
que tu retardes pour moi ce que tu as décidé d&#39;avancer. 

4. — Au nom de Dieu à la situation sublime, aux mi- 
racles imposants, le Roi tout puissant. 

5. — Ce que Dieu veut est. 

6. — Je cherche un refuge auprès de Dieu contre le mal 
que fait aux hommes Satan le lapidé. J&#39;accepte Dieu comme 
mon maître. 

7. — J&#39;accepte l&#39;Islam comme ma religion, et Moham- 
med, que Divu répande sur lui ses bénédictions et lui ac- 
corde le salut, comme mon prophète, comme Apôtre&#39;. 

Puis il dira dix fois : 

O mon Dieu, Maître de noire Seigneur Mohammed. 
Maître de la famille de notre Seigneur Mohammed; répands 
tes bénédictions sur notre Seigneur Mohammed, et accorde- 
lui la récompense. Puisse Dieu répandre sa bénédiction sur 
lui et lui accorder le salut, ainsi que sur sa famille. ma
DieUi répands ta bénédiction sur Mohammed, sur notre 
Seigneur Mohammed, ton esclave, ton prophète, ton apôtre, 
le prophète illettré, ainsi <[ne sur sa famille, ses compa- 
gnons; qu&#39;il leur accorde plein salut, autant de fois qu&#39;il y 
a de choses que ton savoir embrasse, de choses que la 
plume décrit, que ton livre enregistre &#39;. 



d 



Puis il dira trois fois : 
O mon Dieu, tu m&#39;as créé et tu me diriges, tu me nourris," 

1, Cet alinéa est uuâsi de lu compoaîlioa de Sidi Bono. C&#39;est un tissu 
de réminiscences du Cornu. 

2. C&#39;est-à-dire que mentionne le Coran. Or, suivant la croyance mu- 
sulmane, le Cor.-iti iiientioune toute rhose, soit de façon ex()]icile, soit de 
façon implicite et virtuelle. 




L&#39;OUERD DES OULED SIDl BOUNOU 



301 



tu m&#39;abreuves, tu me fais mourir, tu me fais vivre. O Vi- 
vant, 6 Durable ; j appelle la Clémence à mon secours. 
Sauvegarde ma situation enlièreuient. Ne m&#39;abandonne 
pas à moi-même un seul instant Je commence dès le ma- 
tin à célébrer tes louanges nombre de J&#39;ois Et j&#39;atteste 
qu&#39;il n&#39;y a d&#39;autre Dieu que Dieu. 

Puis il dira trois ibis : 

1. — O mon Dieu, ce qui se trouve en moi île bien, et en 
tout autre de ta création, c&#39;est de loi seul qu&#39;il vient. 

2. — Tu n&#39;as pas d&#39;associé. Louange à toi et remercie- 
ixients, ô mon Dieu. 

3. — C&#39;est par toi que nous sommes au matin, par toi 
<que nous existons encore le soir. Par toi nous vivons, par 
t.oinous,mourons, Et la résurrection sopère pour retourner 
^vers toi &#39;. 

4. — En ouvrant les yeux &#39;, nous nous sommes trouvés 
compris dans le monde &#39; de l&#39;Islam, ui n'as-tu pas répandu de bénédic- 
tions ? Et sur qui n'as-tu pas répandu de malédictions ? Et 
combien de malédictions n'as-tu pas proférées? Et contre 
qui n'as-tu pas proféré de malédictions ? Tuteur en cette 
vie et dans l'autre. Fais-moi mourir musulman et réunis- 
moi aux Vertueux. 

10. — O mon Dieu, je te supplie de m'accueillir dans le 
sein de ton consentement après l'accomplisseraeiit de la 
la destinée (la mort), et dans le sein de la bénédiction de 
la (nouvelle) vie après la mort; dans les délices de la vue 
de ton visage. Je désire ardemment entendre ta parole, à 
Iheure où il n'y a, ni à supporter l'épreuve d'infortunes, ni 
à combattre le combat contre l'erreur '. 

11. — Je cherche un refuge auprès de loi si je commets 
l'injustice, et aussi si j'en suis victime ; si je transgresse la 



1. Le texte porte deus mois trôs mal écrits où l'on peut voir, à son 
gré J>-J iX^ ou •>-> «v o-fc . Cette dernière lecture ne donnant aucun sens, 
J adopte la prciaicre, qui est couformc à l&#39;eusemble du morceau. 

2. C&#39;e«t-i-dire après la mort, en l&#39;a iiln* monde, 



308 



ARCHIVES MAROCAINES 




■

1



loi ou si je suis victime de sa Iransgression; lorsque mor 
âme se charge d&#39;une faute ou d&#39;un péché. Certes tu me les 
pardonneras. 

12 — O mon Dieu, créateur du ciel et de la terre, qu 
connais les choses cachées et évidentes, revêtu de la ma 
jesté et de générosités. Je forme un pacte avec toi en rt^tt r - — r >. 
vie mondaine, et je proclame ton existence. Et il suffit qii «=! 
j&#39;en fasse profession &#39;. 

13. — Je témoigne qu&#39;il n&#39;y a d&#39;autre Dieu que toi,— ^ 
l&#39;Unique, qui n&#39;as pas d&#39;associé. A toi l&#39;empire, à toi 1«- "S 
droit de permettre. Et lu es puissant sur toute chose. E^^^t 

je témoigne que Mohammed est ton esclave et ton apôtre • 

Je professe que ta promesse est pleine de vérité, que lai^^ 
parole que lu adresses est vérité, et que l&#39;heure à venir, iV -^ 
nV a pas d&#39;incertitude à son égard. 

14. — Certes, ô Dieu, lu interroges ceux qui sont dans^^ -«* 
la tombe. Si t»i m&#39;abandonnes à moi-même; si tu m&#39;aban — 
donnes à la faiblesse de mes appuis naturels, à mes péchés»- 
je cherche appui en ta clémence. Pardonne-moi tous me 
péchés. Certes il n&#39;y a que toi qui pardonne les péchés. J 

15. — Tu e.s celui qui accueille le repentir, le Clément— ^ ^^ 
Mon Maître, il n&#39;y a d&#39;autre Dieu que toi. Tu m&#39;as créé, je^» CJ^ 
suis ta créature. Tous les pactes et tes promesses me lientS 
en tant que je le peux. Je cherche un refuge auprès de toii 
contre le mal que j&#39;ai fait. Tes bienfaits à mon égard ont^ 
suscité chez les autres la désobéissance; mes péchés ont:*-*^&#39;* 
(aussi) suscité la désobéissance envers toi de leur part. 
Pardonne-moi. Il n&#39;y a que toi pour pardonner les péchés. 

Puis le fidèle dira trois fois : 

mon Dieu, louange à toi. Il n&#39;y a d&#39;autre Dieu que toi. 
Tu es mon maître et je suis ton esclave. Je crois en toi. ac- — 



ut 
.oi 
lïil 



I. C&#39;est-à-dire qu&#39;ii sutilt pour que je sois considère comme un vrai 
croyant que je proclame ainsi loa existence, entant que Dieu unique. 



L&#39;OUERD DhS OLLED SIDI BOL&#39;NOU 309 

complissanl exactement les règles de ma religion. Je me 
conforme à ton pacte, à tes promesses, autant que je le 
puis. Je t&#39;offre mon repentir pour le mal que j&#39;ai fait, et 
j&#39;implore le pardon pour mes péchés que nul autre ne par- 
donnerait. 

Puis il dira une seule fois : 

Louange à Dieu devant la Sublimité duquel toute chose 
se fait humble. Louange à Dieu qui est le Dieu au pouvoir 
de qui cède toute chose, Louange à Dieu à l&#39;empire duquel 
tout se soumet. Louange à Dieu devant la puissance duquel 
tout s&#39;avilit. 

Puis il dira trois fois : 

Louange à Dieu maître du monde; louanges qui équi- 
valent à son bienfait et qui égalent ce qu&#39;il y ajoute. 

Puis il dira trois fois : 

1. — Louange à Dieu au moment où nous arrivons au 
soir, au moment où nous arrivons au matin. 

2. — Louage à lui dans les Cieux et sur la terre, à l&#39;en- 
trée de la nuit, et au moment où nous arrivons au milieu 
du jour. 

3. — Car il fait sortir le vivant de ce qui est mort, et ce 
qui est mort de ce qui est vivant, il vivifie la terre naguère 
morte. Et c&#39;est ainsi qu&#39;il vous fera revivre au jour de la 
résurrection *. 

Puis il dira trois fois encore : 

1. — Exalté soit ton maitre, maitre de puissance. Il est 
bien au-dessus de leurs imputations. 

2. — Que la paix soit avec les apôtres ! 

I. Ces trois alinéas sont les seizicme, dix-si-plicino et dix-liuilièim.&#39; ver- 
tets de la sourate XXX, « les Crues «. 

AIlCB. MAROC. :.&#39;l 




.3. — Souverain au jour de la rétribution. 

4. — C&#39;est toi que nous adorons, c&#39;est toi 
plorons le secours. 

5. — Dirige-nous dans le sentier droit, 

6. — Dans le sentier de ceux que tu as comblés de t- 
bienfaits 

7. — Non pas de ceux qui ont encouru ta colère, ni 
ceux qui s&#39;égarent*. 

Puis il dira sept fois : 

1. — Au nom du Dieu Clément el Miséricordieux. -
cherche un refuge auprès du Dieu des hommes 

2. — Roi des hommes 
M. — Dieu des hommes 

4. — Contre le mal qu&#39;inspire le Tentateur 

5. — Celui qui sfi dérobe 
r>. — Contre le mal que font les Démons et les hommes 

7. — Au nom du Dieu Clément et Miséricordieux. J&#39; 
cherche un refuge -luprcs du maître de l&#39;aube naissante 

8. — Contre la méchanceté des êtres qu&#39;il a créés. 

9. — Contre le mal d&#39;une nuit obscure 

10. — Alors qu&#39;elle survient 

11. — Contre la méchanceté de celles qui soufflent dan 
les nœuds ; 




j. Ce» trois alindas sont les trois derniers versets du chapitre XXXVI^ 
du Coran « Les linngs i. 

a. C&#39;esL la M Faliha » ou premier chapitre du Coran,
3. C&#39;est ta dernière sourate du Coran, << les Hommes », 



t/OUERD DES OULED SIDI BOUNOU 311 

12. — Contre la méchanceté de l'envieux quand il envie'. 

Fuis il dira sept fois : 

1. — Au nom du Dieu Clément et Miséricordieux, Dis: 
*est Dieu l'Unique 

2. — Dieu rÉternel. 

3. — Il n'engendre pas cl il n'a pas été engendré. 
•4. - Et il n'y a nul être qui lui soit égal '. 

w Puis il dira sept fois : 

1. — Au nom du Dieu Clément et Miséricordieux. Dis : 

vous les impies 

% — Je n'adore pas ce que vous adorez 

3. — Et vous n'adorez pas «:e que j'adore. 
[■4. - — Je n'adore pas ce que vous avez adoré, 
'5. — Et vous n'adorez pas ce que j'adore. 

6. — Vous avez votre religion et j'ai ma religion ". 

Puis il dira sept fois : 

1. — ,n nom dit Dieu Clément et Miséricordieux. Il n'y 
d'autre divinité que Dieu, le Vivant, l'Immualde. Ni l'as- 
oupissement ni le sommeil n'ont de prise sur lui. 

Tout ce qui est dans les cieux et sur la terre lui appar- 
uent. ( hii peut intercéder auprès de lui sans sa permission ? 
I connaît ce qui est devant les hommes, derrière eux, et 
2S hommes n'embrassent une parcelle de sa science qu'en 
int qu'il le veut. Son trône s'étend sur les cieux et sur la 
erre, et leur garde ne lui coûte aucune peine. Il est le 
Très- Haut, le Très-Grand *. 



1. C'est rav;int-dcrnîcre sournle du Corau, •( L'Aulic du .four n. 

2. C'est rante-peaaltièiiie sourate du Corua, n la t'erfeclion, ou ta 
doctrine résumée » (voir la noie aa), 

3. C'est la sourate dite « Les Injfidèles, » In cent ncuvifïmc du Coran. 

4. C'est le verstl 206 de la dtuxifiuif sourulc du Coriin, « la Vache *. 



312 



ARCHIVES MAROCAINES 



Puis il dira sept fois : 

Dieu soil exalté. Louange à Dieu. Il n'y a d'autre Dieu 
que Dieu. Dieu est très ji^rand. Il nya de force et de puis- 
sance qu'en lui, l'Elevé, le Sulilime. O mon Dieu, répands 
tes bénédictions sur le prophète Mohammed, ton serviteur 
et ton apôtre, le prophète illustré, et accorde-lui le salut; 
ainsi que sur sa t'amille, ses compagnons, et accorde-leur 
un salut complet. 

Puis il dira sept fois : 

mon Dieu, pardonne-nous ainsi qu'à ceux qui nous 
ont engendrés, aux musulmans et aux musulmanes, aux 
croyants et aux croyantes, à ceux qui sont vivants parmi 
eux et à ceux qui sont morts. 

Puis il dira sept fois : 

Agis avec eux et avec nous, avec promptitude ou avec 
lenteur (suivant que tu le voudras), en ce qui concerne la 
reliijion, dans ce inonde et dans l'autre, en te conformant 
à ta dignité; et n'agis pas avec nous et avec eux, ô notre 
maître, comme nous le méritons. Tu es Celui qui par- 
donne, le Doux, le Noble, le Généreux, le Bienveillant, le 
Miséricordieux. 

Puis il dira vingt-sept fois : 
rnon Dieu pardonne-nous ainsi qu'à ceux qui nous 
ont engendrés, aux croyants, aux croyantes, aux musul- 
mans, aux musulmanes, à ceux d'entre eux qui sont vi- 
vants et à ceux qui sont morts. 

Enfin il dira se>t (ois: 

1. — Un prophète est venu vers nous, un prophète pris 
parmi nous. Vos iniquités lui pèsent; il désire ardemment 
vous voir croyants. 11 est plein de bonté et de miséricorde. 

2. — S ils se détournent de les enseignements dis-leur: 
Dieu me sullil. 11 n&#39;y a point d&#39;autre Dieu que lui. J&#39;ai mis 




L&#39;OUERD DES OULED SIDI BOUNOU 313 

ma confiance en lui. Il est le possesseur du grand trône de 
majesté*. 



Invocation en vers. 

Au nom du Dieu Clément et Miséricordieux. 

1. — Les temps sont pénibles; (0 Dieu) adoucis leur 
rigueur&#39;. 

2. — Ecoute retentir l&#39;appel à la prière que l&#39;on fait à 
l&#39;aube naissante*.. 

3. — Vois l&#39;obscurité se peupler de flambeaux*. 

4. — Jusqu&#39;à ce que vienne les faire pâlir le soleil res- 
plendissant de lumière^. 

5. — Et le nuage chargé de bien répandra sa pluie &#39;. 



I. Ce sont les deux derniers verspts de la sourate IX, « l&#39;Immunité ou 
le Repentir ». Le dernier a été déji> employé plus haut, 

3. Lieu commun par lequel commencent les trois-quarts des invoca- 
tions mystiques en vers du genre de celle-ci. Le fidèle se plaint de la 
misère, de la dureté du siècle. Son directeur spirituel, son conseiller 
Ini répond par des exhortations. 

3. C&#39;est le commencement des exhortations au fidèle. 

4. L&#39;obscurité se peuple de flambeaux, c&#39;est-à-dire que, dans l&#39;obscu- 
rité de la fin de la nuit, les fidèles qui s&#39;éveillent pour faire leurs dévo- 
tions allument des lampes de tout côté. 

5. Les mots du texte que j&#39;ai traduit par « le Soleil resplendissant de 
lumière » sont Ahou Esseroudj, mot à mot, « le Père des Flambeaux ». 
Cette métaphore était trop hardie pour être ainsi conservée textuelle- 
meat, et j&#39;ai cru préférable de la remplacer par un équivalent. 

6. C&#39;est-à-dire le sort nous favorisera. C&#39;est encore une métaphore si 
fréquente qu&#39;elle est un lieu commun. Elle est empruntée aux poètess 
ute>islamiques On comprend en effet que chez les Arabes d&#39;un pays 
aussi desséché, aussi privé d&#39;eau que l&#39;Arabie l&#39;approche d&#39;nn nuage 



2H 



AHCHIYKS MAROCAINES 



6. — S&#39;il vient c&#39;est que l&#39;heure propice est proche. 

7. — Et les bienfaits de notre Mattre sont innombrables, 

8. — Sur les selles des âmes et des cœurs&#39;. 

9. — GrAce à eux j&#39;espère que je vivrai éternellement. 

10. — El grâce à eux j&#39;espère que je vivrai éternelle- 
ment&#39;. 

11. — Dirige-toi vers le lieu où s&#39;e.xhale ce parfum&#39;. 

chargé de pluie Tut uu v(?riuble bonheur. Mais au Maroc c&#39;est moins » 
situnlion. 

1 . J&#39;avoue que cetto iiiclaphore me détionccrle. I.e sens m&#39;en éi:happ«, 
et sa hardiesse me semble 0- 
ser que l&#39;auteur de celte poésie .imphigourlque et aiDpoiile,on pt&#39;ul se livrer à tous les éc.irls d&#39;iinaginutiou puur <;*• 
sayer de pénéirer les ob^^curitês de la pensée de l&#39;auteur, sans coanr 
risque de Coniber dans l&#39;»bsurde plus que le dit auteur De Iv pou^rtll 
(aire. Car c&#39;est, hélas, trop souvent ce qui lui arrive. Et une trop forte 
propiirtion de comnienlaleurs n&#39;a d&#39;ailleurs aussi que les frais de «on 
iniagiiiiilioD pour éclaircir les expressions du texte. 

•i. Le «ers est deux fois répété. Fst-ce encore une erreur du copi*&#39;*&#39; 

3. Le texte porte : ^J^^ (Jl^ &#39;--rï-*^ «** ^*^ voulant dire « endroit 

où vit » je pense que l&#39;auteur a ciuployé ce mot métaphoriquement po<"' 
dire « endroit où se répand » ce paHuin. Il s'agirait de la tombe «I*" 
saint de l'Islam, peut-être de celle de bidi Uounou. en admettant qu£ '* 
poésie que noua traduisons ici soit celle que l'on récite sur la toinb^ 
de co dernier, ce qui parait probable. Le sens ilonné par nous au wo' 
['■'^ semble corroboré par lé vers suivant, Ajoutous que les iodigi"** 
que nous avons consultés pour éclaircir nos doutes se sont montra* 
aussi embarrassés que nous-mémc. 




* 



L'OUERD DES OUJ,ED SIDI BOUNOU 3J5 

12. — Dès que lu le visites, son odeur se répand en 
abondance '. 

13. — îl commande les vagues de la haute mer'. 

14. — Et la création tout entière est dans sa main, 

15. — Aussi bien ceux qui sont à l'aise 

16. — Que ceux qui sont à l'élroit'. 

17. — Leur élévation et leur cliute 

18. — Se font d'après des lois et suivant des degrés. 

19. — Leurs vies, leurs destinées' 

20. — Ne sont pas, dans leur cours, incertaines'. 

21. — C'est un plan qui a été dressé par la main de la 
sagesse. 

1. Ici encore se trouve :°i la fin du vers le mot l-;^^ qui semble se 

rapporter à r ,1 iiiuia .ivec un sens dilTérenl de tout à l'heure. Ce n'est 
plus un nom di- lieu, — le lieu où vit, c'est-ù-dire se répand le parfum ; 
c'est la vie elle-tuéiiie du parlum, c'csl-ii-dire sou odeur. Tout ceci n'est 
qu'une coiijerture, miiis une conjecture probable. On sait d'ailteur» que 
le comble de l'art dans Ik poésie arabe c'est d'employer autant de lois que 
possible uo mèuie mot, chaque fois avec un sens dilTércnl, et dut-oii 
pour cela torturer son sens naturel au poiul de lui en créer un nouveaii 
lolaleiueul iuconuu et que seul peut deviner l'espiit le plus culminé i> 
ces sortes de deviuettes. Plus c&#39;est obscur et plus c&#39;est beau. Je lue lutte 
d&#39;ajouter que tel xi&#39;c<.| pas le cas pour la poésie des véritables Ârnbes, la 
poésie ante iHlitinii^nc, la seule qui nit une valeur littéraire au sens où 
l&#39;on comprend l&#39;expression en Europe. 

2. L&#39;nntetir entame les louanges de Dieu, qui figurent nécessairement 
dans toute poésie mystique. Il n&#39;y a iiucunc liaison avec ce qui précède. 
Mais le coq » l&#39;une u&#39;a j.auiais elTr^yé les auteurs de ce gtnre de pro- 
duction. 

3. Cela veut dire probablement aussi bien les beureux que les lual- 
heareus, les pauvres que les riches, les forts que les faibles, etc. 

4. L.e mot que je intduis pur « destinées) n signifie littéralement u con- 
séquences ». — Mais les i< conséquences >: des cires créés, ce sont les 
èvèDements qui alfeclent le cours de leur existence, c&#39;est-à-dire leur des- 
tinée. 

5. Le sens littcrul du passage est (■ no sout pas d:ins leur marche 
d&#39;une façon tortueuse », 




318 



AKCHIVKS MAHOCAINES 




22. — Puis ensuite sillonné de broderies par la main du 
brodeur&#39;. 

22. — Kt lorsque celle-ri esl bien dirigée, elles ac- 
quièrent de la valeur&#39; 

23. — En conséquence, et à propos de leur excellence, 

24. — Je publie (l&#39;éclat) de leurs merveilles, 

25. — Elles sont, par le fait, au comble de l&#39;excellence. 

26. — Et consens a ce que Dieu décrète avec bonne vo- 
lonté, 

27. — Et appuie-loi sur le poteau de (sa) grandeur. 

28. — Et si s&#39;ouvrent les portes de la voie droite 

29. - Hâte-loi d&#39;en profiter et sois persévérant. 

30. — Mais si le but se déplace&#39; 

31. — Alors, à ce moment, prends garde à ce qui est 
tortueux*. 

32. — .fin d&#39;être des premiers toutes les fois que 

33. — Tu t&#39;approcheras île cette source de consolation. 

34. — C&#39;est le Très Brillant, c&#39;est le Très bien dirigé. 

35. — Et c&#39;est là la vie avec le sang de son cœur&#39;^ 

36. — Allons, excite les Ames quand elles sont endor- 
mies; 



i, Ct&#39;8 « Arnrfenes », correspondent siicis dotile .lui événetucnis diTcr&#39;&#39;, 
nux vicissitudc&#39;K qui IravL&#39;rsenl l&#39;c-xislence, cumine les broderies Ira- 
versciil un tissu. 

2. Le verbe est 0.^jAJ, gai^ner en hauteur, qui, pris au iiguré, peut 
avoir ce sens de gagner en valeur. 

3. C esl-ii-dire si le but que lu poursuis, les bonnes œuvres, l&#39;état de 
sainteté, etc., est difficile à aHeindre... 

^. Prends garde de l&#39;égarer à la poursuite de ce but. 
5. I.e très brilliint, etc . ce doit Pire le Prophr&#39;&#39;lc. 



L&#39;OUERD DES OULEU SlUl BOUiNOU 



317 



Je



37. ^- Et chaque fois que lu les excites voici qu&#39;elles 
s&#39;animent&#39;. 

38. — Les péchés contre Dieu, lu les a pardonnes*. 

39. — Visite le ternpie de celui qui est le créateur, 
Celui au visage de douceur. 

40. — Par obéissance pour lui, par son aulorisation, 

41. — Les tueurs du matin commencent à Ijriller&#39;. 

42. — Celui qui rechen-.he en mariage les houris du pa- 
radis 

43. — Obtient ces houris avec leurs coquetteries &#39;. 

44. — Fais-leur ta cour avec des cajoleries. 

45. — Tu les verras demain et tu seras sauvé. 

46. — Lis le Coran avec un cœur rempli de feu&#39; 

47. — Et d&#39;une voix claire énonce-les &#39;. 

48. — La prière de la nuit, à son heure 

49. — Va alors y prêter ton attention. 

50. — Tu iras au Paradis et tu y établiras la demeure. 

51. — Dis : Dieu est très grand&#39;. 

52 &#39; — Elbois les eaux du Tasnim de la consolation des 
maux*. 

53. — Tu iras au Paradis et tu t&#39;y promèneras. 

54. — toi que la raison vivifie, sois lier d&#39;être en 
bonne voie*. 



t. Excile leï iiinos au culle de Dieu. 

2. Ceci doit s&#39;adressfr au Propliùle.&#39;&#39; 

&#39;i. Noua revenons ou sujet du coinineiicenieiit. 

4. C&#39;est-à-dire celui qui reclierche les délice» divines à Texclusion des 
délice» humaines, obtient ces délices au complet, 

5. iMot à mol avec un cœur rempii de brùJure. 

6. Mol à mal : arrange. 

7. Je traduis ainsi le seul iiiiit f^, qui, isolé, lie aie semble pas 
avoir d&#39;autre sens possible. 

8. Le Tasnint est uu fleuve ou uive source du paradis. 

9. Seos douli:&#39;U!t. M.-iis c&#39;eal le seul (jui iiu- «eiiible s&#39;appliquer à un 
vers presque illisible. 




3tS 



ARCHIVES MAROCAINES 



55. — Ce sont des allégories, tâche de les déchiffrer. 

56. — Le livre de Dieu resplendissant 

57. — Aux esprits des hommes sert de guide. 

58. — Les meilleurs des créaturessont cellesqui suiven l 
ta Voie Droite, 

59. — Et les autres sont des sauvages (vivant) dans Is 
sauvagerie. 

60. — Si tu es il la première ligne du combat, 
(il. — Ne crains pas, dans la guerre, It^ tumulte ^qui se 

fait autour de toi), 

62. — Et si tu vois luire les lumières de la Voie Droite 

63. — Montre une volonté au-dessus (des diflicultés) Il 
vainqueras &#39;. 

64. — Si une âme cherche elle trouve, 

65. — Blessée par la souffrance du désir. 

66. — Et tu viendras aux beautés réjouissantes*. 

67. — Et l&#39;état parlait du rire c&#39;est lors de la victoire. 

68. — P-tles critiques des mystères, (s&#39;ils) se réunissent&#39;.» 

69. — Ne sont-ils jjoint amenés à l&#39;itlatâtrie. 

70. — Celui qui est bienveillant demeure pour son com- 
pagnon. 

71. — La tristesse conduit à la faiblesse *. 



1, Sous-pntcndu que ton cœur s&#39;aaime, que (oq courage s&#39;éveille à la 
vne de cea signes qui le luoulrent hi Truie route. 

2, Mot à mot aux beautés du rire. C&#39;esl-ii-dirc, après avoir beaucoup 
•oufFert des tourment» do l&#39;amour divin, lu parvieudra» aux félicités su- 
prêmes qui e.citeroDl tii joie, et, après .ivoir eu la victoire, tu pourras 
■ans arrière-peaséc l&#39;adonuer au rire. 

3, S&#39;ils se réuoisscDt, c&#39;est-fi-dire, tussent-ils tous réunis. 

4, Ce passage si^oille saufi doute : Tes eaiieaita, les euneiuis de la re- 
ligioa seroQl coDsidérés comme les idolâtres et maudits ù jamais. Toi, 
au contraire, tu as pour Conipagnou, pour aide, le Prophète dont In sol- 
licitude à too égard ne se démentira pas. — Garde-toi donc de t&#39;abao- 
donner au désespoir qui conduit à la faiblesse, à l&#39;impuissance de faire 
le bien et de vivre dans la voie de Dieu. 

Mais il faut avouer que les liaisous entre ces idées manquent absolu- 



L&#39;OUERD DES OULED SIDI BOUNOU 319 

72. — Que la bénédiction de Dieu soit sur Celui qui suit 
la Voie Droite &#39; 

73. — Sur celui qui dirig^e les hommes vers la Roule * 

74. — Sur sa Seigneurie Abou-Bekr 

75. — Dont l&#39;expression du discours était rélocjueiu&#39;e &#39;. 
70. — El Abou Omar, le maître des deux lumières, 

77. — Celui qui s&#39;est rendu célèbre par sa générosité, 
celui qu&#39;on n&#39;im[)lorait pas sans être exaucé, le Brillant ^ 

78. — Et Abou El-Hassen, avec sa science, puisque 

79. — Près de lui se trouve le Canal &#39; ?

80. — O Dieu, sur eux et pour leur famille. 

81. — Hâle-toi d&#39;étendre ta miséricorde. 



mentdaas le texte. Cc^icndaut il ne Fiiul pns s&#39;en ùlonaLT: cV-st frcqucnt 
chez les poi&#39;tps inyslii|iie» clieï lesipieU l&#39;arl de bien dire svtnble consis- 
ter en l&#39;art de dire de» choses aussi iiicoliércntea que posiiible. 

t. il s a^il du l&#39;ropliéte. Le surnom^ qui suit lu voie droite, lui est 
souvent douoé. Le mtyme mot siguilie aussi, et luème plus souvent, celui 
qui dirige. 

9.. Vers la Route, sous-entendu, du Bien. 
C&#39;est-à-dire qui t&#39;tait éloquent. 

i( Maître des deux lunuères >>, je ne suis ce que cela signilie. Peul- 
dtre cela veut-il dire : qui avait les deux noble!» qualiti&#39;M d&#39;£>lre très gé- 
néreux et de toujours venir au secours de ceux qui l&#39;innploraient. 

&#39;y. Ce vers roc semble absolument obscur. Nul u&#39;a pu l&#39;expliquer. Il 
est fait sans doute allusion à quelque fait liisturique? .l&#39;ignore ég»lemeat 
de quel Al&#39;ou Ëi-Hiisstn il s&#39;agit. Est-ce de Aliou-Kl Hassen Echcha" 
doiili, le fondateur de tnnl d&#39;ordres mystiques? Dans ce cas «t^^^ « le 
Crina/ » aigaifierait peut-être soit le Canal qui traversait le Caire et dont 
il restait encore naguère des traces (Voir Makrisi, Description de l&#39; Egypte 
et du Caire, édit. de ffoulat/), soit le Cuottl du Nil à la Mer Kûuge. On 
sait en efTet que c&#39;est eu Egypte que mourut probablement, ou disparut, 
tout au moins, Abou-cl-Hasseu Ech-Chadouli. El Elkhdidj,n te Canai », 
serait pris pour désigner l&#39;Egypte entière(?). 





310



ARCHIVES MAROCAINES 



Ensuite le fidèle tlira : 

Il n&#39;y a d&#39;autre divinité que Dieu. 

11 n&#39;y a d&#39;autre divinité que Dieu. 

Il n&#39;y a d&#39;autre divinité que Dieu. 

Notre Seigneur Mohammed est l&#39;apôtre de Dieu : que 
Dieu répande sur lui ses bénédictions, ainsi que, sur sa 
famille et ses compagnons, et qu&#39;il leur accorde le salut 
complet. 

Fin de l&#39;Ouerd Béni composé par la Montagne de Dieu 
et sa force, le Cheikh parfait des Seigneurs Généreux et 
Pro[)hèles, Dieu honore leur repos et les dirige, et Dieu 
étende leurs mains à sa rencontre. O Dieu, réunis-nous 
avec eux, fidèles du Prophète, et les amis sincères, aux 
martyrs de la religion, aux saints hommes ; réunis-nous 
à nos pères, â nos mères, à nos enfants, à nos épouses, à 
nos frères, à nos sœurs, à tous ceux qui ont avec nous des 
liens de parenté; à tous les musulmans, à toutes les mu- 
sulmanes, à ceux qui sont vivants parmi eux, et à ceux qui 
sont morts ; et accepte notre prière. 

Louange à Dieu maître des mondes. 

Ceci a été terminé le mercredi 9 du Rebi&#39;a florissant de 
l&#39;année 1319, écrit de la main de Celui qui pèche, du faible, 
de Celui qui implore le pardon de Dieu son maître, Moham- 
med ben &#39;Ahd Elkerini. Chérif Alaoïii, du Tafilelt. .jlaoui. 

Fin. 



Au nom du Dieu Clément el Miséricordieux. Que Dieu 
répande sa bénédiction et accorde son salut à notre Seï- 




L&#39;OUERD DES OULED SIDl BOUNOU 321 

gneur Mohammed, ainsi qu&#39;à sa famille, à ses compagnons, 
qu&#39;il leur accorde un salut complet. 

Ceci est lk Hizb de la mer (brisant) contre la montagne 
de Dieu. 5a force, s&#39;il plaît à Dieu, qu&#39;il soit exalté, est en 
Dieu ■. 

Le fidèle dira trois fois : 

Dieu, ô Très-Haut, ô Doux, ô Savant, tu es mon Maître. 
Ta science me suffit. l&#39;Excellent maître que mon Maître. 
Combien excellemmentsuffisantcequi me suffit. Tu donnes 
la victoire à qui tu veux, tu es le Puissant, le Miséricor- 
dieux. Nous te demandons l&#39;appui de ta puissance dans nos 
voyages aussi bien que chez nous; dans nos paroles, dans 
nos désirs, dans nos desseins, dans nos pensées et nos ju- 
gements, dans les mouvements secrets de notre cœur, 
pour comprendre les choses cachées. 

Certes les musulmans sont éprouvés; certes ils sont 
ébranlés fortement. 

Ceux qui sont les imposteurs, ceux dont le cœur sert de 
siège à la maladie *, disent : Dieu et son Prophète, nous 
n&#39;avons fait de pacte avec eux que pour les tromper*. 

Raffermis-nous, secoure-nous, rends-nous soumise la 
mer comme elle le fut à Mouça*; le feu, comme il le fut à 
Ibrahim*: les montagnes et le fer comme ils le furent à 
Daoud*; les vents, les démons et les génies, comme ils le 

I. La mer (brisant) contre la montagne de Dieu, c&#39;est sans doute une 
métaphore hardie pour indiquer combien faible est la valeur de Sidi Bou- 
DOU à l&#39;égard de la puissance de Dieu, bien que Sidi Bounou lui-même 
toit déjà comme une mer de science et de qualités. 

3. La maladie c&#39;est ici l&#39;erreur, l&#39;incrédulité. 

3, Paraphrase des premiers versets de la deuxième Sourate du Coran 
(versets 5 -g). 

4. C&#39;est MoUe. 

5 C&#39;est Abraham. 
6. C&#39;esi David. 



3J2 



ARCHIVES MAROCAINES 



furent à Soliraan&#39;; soumels-nous l&#39;universalité de ce qui 
est à toi sur la terre, dans le ciel, le Royaume et la 
Royauté, et toute chose en ce monde et dans l&#39;autre, et 



I. C&#39;est Salomon. 

Quant à ces noms propre», voici ce que dit ù lour éçard le Coran et 
ce à quoi il est Tnil allusiuD. 

Pour Moïse : « Voici ce que nous révélâmes ù la mère de Moïse ; 
Allai(e-le, et si tu crains pour lui^ jetle-l<? dans la mer ctcesae de craindre; 
nct&#39;nfflige pas, car nous Le le restituerons un jour, et nous en ferons un 
de nos enToyés. » Chap. XXVIIJ, « Pharaon n, vers, 6, 

Pour Abraham : Il fait à ses contribules des reproches de leur irtojj&#39;»- 
trie. Ils décident de le brûler vivant : 

(( — Brùlez-le, direnl-ils, et venez au secours de nos dieux, si vous 
voulez faire quelque chose. 

« — Et nous, nous avons dit : O feu! sois lui-frais ! Que la paix soit 
sur Abraham. "

Verset» G8 et 6(). chap. XXI, » les Prophètes, » 

Pour David et Salomon « Souviens-toi aussi de David et de Salomoa 
qunnd ils pruiionçaiont une seutenre concernant un clinmjt où les trou- 
peaux d&#39;une rnmillc uvuieiit causé rli.&#39;s dégâts. Nous étions présents à leur 
jugement. 

M Nous donnâmes à S.iloiiiuu riiitoliii;ence de l&#39;affaire, et à tous deux 
le pouvoir et la «sagesse, et forçâmes les montagnes et les oiseaux ù 
chanter avec David nos lou.inpes. Nous avons agi. "

« Nous iippriiues à David l&#39;art de faire des cuirasses pour vous; dies ist
pour TOUS mettrf^ à l&#39;ubri des violences que vous exercez entre vous. Ne 
serez-vous pas reconnaissants ? 

< Nous souiuîiuea à Salomon le vent itnpctueux, courant à ses ordres 
vers le pîiys que nous avons béai. Nous savions tout. 

« El pnrnii le» démons aou."i lui en souiiiimes qui plongeaient pour 
pécber les perles pour lui, et exécutaient d'autres ordres encore. Nous 
le» surveillons nous-même. » 

Coran, sourate XXI, t les Prophètes », versets 78-82. 

Enfin pour Salomon on trouve encore. 

« Uu jour les iu-iiiécs de S,:itomoa, composées de génies et d'Iiuiiuues, 
se rassrmblorctil devant lui, et les oiseaux aussi, tous rangés par troupe 
séparées, etc. i> 

Corao, 8our.ilc .?CV1I, « La Fourmi », verset 17. 




L*OUERÎ) DES OULËD Slt)l BOUNOU 



323 



Puis le fidèle dira trois fois : 



runiver>alité des choses, 6 loi en les mains de qui est la 
souveraineté sur toute chose&#39;. 

IKaf. Hâ. Yà. Aine. Çàd&#39;. 
1. — Secoure-nous, car tu es le meilleur de ceux qui se- 
ourent&#39;. 
2. — Décide pour nous, car tu es le meilleur de ceux 
qui décident". 
jk 3. — Pardonne-nous, car tu es le meilleur de ceux qui 
pardonnent*. 

•&#39;ï. - Aienoiis en ta miséricorde, car tu es le meilleur 

Ides miséricordieux*. 
I. Le texte porte ^^^j^ ij^r^&#39; c&#39;esl-A-&#39;^ire « la mer de iotite chose » 
que je traduis |)ar •< runiversalité des choses ». Le mol « mer » est pris 
eu eifet souvent en aralie pour désigner ce qui est grand, immense, 
■■énorme, etc. Quaul au mot arabe que je traduis par royauté c&#39;est 

Cj^^J-», C"c»t une rcniinvscennc du verset 75 de la sourate VI " le Bé- 
tail, a II Voiri coinrncul noustîrncs voir à Abraham le royaume de» cicux 
tel de la terre, ;itiii <)u&#39;il silt de science certaine, n 
Eaiin l&#39;exprcssiou " O toi entre les niaius de qui, etc. » est etnpruatce 
au dernier vernel delà sourate XXXVI du Coran, « ïâ, Sin, » : a Gloire 
il celui qui dao!< ses luuiiis lient lu sauver>iiucté sur lotîtes choses, vous 
retournez tous ïi lui. h 

7., Ce sont les lettres) qiii «e trouvent au commenceiueot du dix-neu- 

PTième chapitre du Coran « Meriem >&#39;. 
3. Cf. verset j43 de la sourate III, « La famille d&#39;iniran. » « Dieu e»i 
totre protecteur, etc. "

4. C&#39;est la fin du vf&#39;rsel 87 de la sourate VU, *t El-&#39;Âraf. 1» 

5. C&#39;est la fin du verset i54 de la sourate VII. 

6. Fin lIu verset i5u de la sourate VII, CF. aussi divers antres; versets 
64 el 92 de la sourate XII, Joseph. » Verset 83 de la sourate XXI, 
« Les Prophètes. r> — « Souviens-toi de Job quand il cria vers son Sei- 
gneur : « Voici le malheur qui m&#39;atleinl » ; mais tu es le plus compatis» 
sanl des coriipalisBauts ». — Euiiu les verset» iii, 118 de la sou- 
rate XXIII, u Les Crojunls ». 




324 ARCHIVES MAROCAINES 

5. — Accorde-nous notre nourriture, car lu es le meil- 
leur de ceux qui racrordenl&#39;. 

6. — Dirige-nous el ineLs nous à l&#39;abri des gens d&#39;injus- 
tice*. 

7. — Fais souffler vers nous une brise suave comme 
celle que tu sais, épands-la sur nous, issue de ta Clé- 
mence ; transporte-nous par son secours sur le pavois de la 
générosité, avec le salut et la paix dans la religion, dans 
ce monde et dans l&#39;autre. Certes tu étends sur toute chose 
ta puissance. 

8. — Mon Dieu, facilite notre tâche&#39; en accordant ta 
clémence à nos coeurs et à nos corps, en nous accordant 
le salut el la paix dans l&#39;exercice de la religion, dans les 
afTaires de ce monde et dans l&#39;autre. Sois notre compa- 
gnon dans notre voyage, notre lieutenant au milieu de 
notre famille; confonds les visages de nos l&#39;nnemis, fais les 
changer de forme, de sorte qu&#39;ils ne puissent ni marcher 
en avant ni revenir en arrière*. 

9. — Si nous voulions, nous leur nierions la vue; ils
s&#39;élanceraient alors sur le chemin; mais comment le ver- 
raient-ils? 

10. — Si nous voulions nous les ferions changer de 
(orme; ils ne sauraient ni marcher en avant ni revenir sur 
leurs pas*. 



(



1. Cr. Ïp verset ii^ do la sourate V, «La Table " :« Jésus fils de Marie 
adreosa cette prière : Dieu, notre Seigneur, fais nous descendre une 
table du rici ; qu&#39;elle soit ua fesliii pour e premier cL Je dcrnior d&#39;entre 
nous, et un signe de lu puisBBace.Nourrls-iious, v.ar tu es le rauMlieur des 
nourrisseurs ». 

2. Paraphrase du verset 86, de la sourate X, « Junns » : « P.-ir la mi- 
séricorftc délivre-nous du peuple des intidèles », 

3. Fiimplirnse du verset -jB cl V.-j do ]« sourjto XX, i> Ta-Ha ». 

l. Depuis (( conTonds » le p« verset de la sourate XX, « TA-Hà » inexac- 
lemcnl rapporté. Dana le texte du Coran il y a les a frouls » an lieu de 
<• le front 1, 

4. Ce sont les deux premières lettres du chapitre XXVIl i.a Fourmi ». 
b. Ce BODt les lettres qui commencent les chapitres XL a £c Croyant », 

XLl M Les Développés », XLII a La Délihémtion ■>, XLII » Les i^rne- 
ments d&#39;or », XLIV h La Fumée », XI.V u L&#39;Agenouillée », et XLVl 
« Alahkafu t\x Coran. Il y .1 donc six i-h.-ipitres commcnrniit aiusi, HU 
lieu que clans l&#39;oruisou ci-dossus tes groupes de lettres sont scpl foiic 
répétées. Est-ce une erreur du copiste? Est-ce intention de la part de 
l&#39;auteur, «t par amour du cbilTrc 8«pt,(]iii .1 t.-tnt de vertus dans l&#39;IslaiD? 
6. Ce sont les premières leUres de lu sournle XLII, i< Im Révélation », 

AH'CH. HAHOC. i2 



> 



â26 ARCHIVES MAROCAINES 

25. — Il a séparé les deux mers qui se touchent. 

26. — Entre elles s&#39;élève une barrière élevée. Elles 
confondent plus leurs eaux*. 



~3ie 



27. — Hâ. Mim. — La révélation du Livre provient -ES OULED SIDI BOtJNOU 327 

39. — Et Dieu est le meilleur des gardiens, le plus Clé- 
ment des Cléments*. 

Puis il dira trois fois : 

1. — Dieu seul me suffit. Il n&#39;y a d&#39;autre Dieu que Dieu. 
C&#39;est en lui que je place mon appui. Et il est le maître de 
l&#39;arche d&#39;honneur sublime. Et s&#39;ils se détournent de tes 
enseignements dis-leur : Dieu seul me suffit*. 

2. — Au nom de Dieu, avec l&#39;assistance duquel rien ne 
peut faire du tort ni sur la terre ni dans les cieux. Et il est 
Celui qui entend. 

Puis, il dira trois fois : 

Il n&#39;y a de force et de puissance qu&#39;en Dieu, l&#39;Elevé, le 
Sublime*. 

Puis il dira trois fois : 

Glorifié sois-tu, ô mon Dieu, et tes louanges célébrées. 
Glorifié soit Dieu, célébrée soit sa louange. J&#39;atteste qu&#39;il 
n&#39;y a d&#39;autre Dieu que toi. J&#39;implore mon pardon, je t&#39;a- 
dresse mon repentir. J&#39;ai commis des fautes, j&#39;ai été injuste 
envers mon âme. Pardonne-moi. Certes nul ne pourrait 
pardonner les péchés que toi-même*. 

Ici se termine le Hizb de la mer (de science?), terminé 
avec la bonté de Dieu*, son appui, sa noble assistance et 
son approbation magnifique. 

1. Fin du verset 64 de la sourate XII k Youceufn, 

2. Dernier verset du chapitre IV « V Immunité ou le Repentir » mai 
rapporté. 

3. Paraphrase du dernier verset du chapitre XXVIII, « La Caverne ». 

4. AmpliGcatioD du verset 87 de la sourate XXI, « Les Prophètes ». 

5. Je lis dans le texte A^, bonté, au lieu de l^-^., montagne, qu&#39;il porte 
en effet. Si l&#39;on veut lire J<^ &#39;^ traduction devient : k le hizb de la mer 
se brisant sur la montagne de Dieu, etc. » Voir auprà, note m. 



328 ARCHIVES MAROCArNES 

Dieu répande sa bénédiction sur notre Seigneur Moham- 
med, sur sa famille et sur ses compagnons ; qu&#39;il leur 
accorde le salul complet. 

Ceci a été terminé le mercredi neuf du Rebi&#39;ale plus bril- 
lant (Rebi&#39;a I""^) de l&#39;année 1319. écrit delà main de l&#39;esclave 
de Dieu, le faibli;, celui qui s&#39;humilie, qui implore le par- 
don de son maître, Mohammed Len Abd Elkerim, Chéril 
Alaoui, du Tafilelt, Ajtaoui*. 



Nous attacherons-nous maintenant à examiner la valeur 
littéraire ou spirituelle de l&#39;oiierd et du hizb qui précèdent? 
11 semble que cela n&#39;en vaille pas la peine. On peut les 
résumer en peu de mots ; c&#39;est un assemblage disparate 
de morceaux du Coran pris un peu partout, entremêlés de 
paraphrases, d&#39;amplifications souvent peu heureuses d&#39;au- 
tres versets, ou mtime de ceux t|ui sont déjà employés. 
Ces citations proclament les vérités essentielles de la reli- 
gion musulmane, mais avec autant de désordre que de pro- 
lixité. Les amulettes sont faites dans le m<îme esprit, et 
les traités qui donnent la manière de les rédiger, nous 
présentent aussi des versets du Coran cités de la môme 
Caçon, et non moins arbitrairementcboisis pour l&#39;ordinaire, 
quoiqu&#39;il s&#39;en trouve jtarfois un, tel le verset du Trône, 
qu&#39;on signalecomme plusparticulièrementpropreàchasser 
les maléfices. 



:. HemarquoDS que In date de ilic) esl jiistcmrMit relie âe la fondnlion 
de lu ziiouya d&#39;El-Qçar. Peut-cire le manuscrit Iradiiil a-t-il été copie à 
cette iuleutioii sur ceux qu&#39;apportaient les fondateurs %-<,-au8 de il 
zaouya-mère. 




L&#39;OUERD DES OUI<ED SIDI BOUNOU 329 

Quant à la poésie qui suit l&#39;ouerd, la traduction en 
montre l&#39;incohérence, et c&#39;est bien là le mot qui convient 
au tout. On ne pouvait guère attendre mieux d&#39;une oraison 
à l&#39;usage des fidèles qui sont en même temps des hallu- 
cinés et jusqu&#39;à un certain point des acrobates; presque
tous gens de la basse classe en même temps. 

En terminant il convient de prévenir le lecteur que la 
traduction qu&#39;il vient de lire n&#39;est nullement à l&#39;abri des 
fautes ; et il eût été bien difficile qu&#39;elle le fût, étant donné 
qu&#39;elle a été faite d&#39;après un texte unique, très mal écrit, 
très incorrect, plein de fautes et d&#39;omissions. Telle quelle, 
elle nous donne cependant d&#39;une façon suffisante une con- 
naissance assez complète de l&#39;Ouerd des Ouled Sidi Bou- 
nou. 

A. JOLY. 



m VOYAGEUR MAROCAIN A LA FIN 0(J XVllI^ SIÈCLE 



LA RlIfLA D AZ-ZYÀNY 



Aboû 1-QAsetn ben Ahmed A/.-ZyAny est connu par Pé- 
ditjon et la traduction du chapitre XV de son ouvrage 
historique At-Tordjemân al-mo&#39;arib, que M. 0. Houdas a 
publiés en 1881j&#39;, Au cours de rintéres^ante introduction 
qui précède sa traduction, le savant arabisant signale, à la 
fin du manuscrit de V At-Tordjemàn, une Khàtima, consa- 
crée à la narration détaillée des voyages accomplis par 
Az-Zyâny et à la description des principales villes qu&#39;il a 
traversées. « On donne phitûtie nom lielii/da, dit M. Hou- 
das, à ces récils ijiji forment une sorte d&#39;aulobiogra- 
phie&#39; ». 

Or c&#39;est justement la Rihla d Az-Zyâny qui nous est pas- 
sée entre les mains à El-Qçar, irais beaucoup plus impor- 
tante que la Khàdma en question, puisqu&#39;elle ne com- 
prend pas moins de 252 folios, petit-in-4&#39;&#39;. Cet ouvrage, 
récit de trois voyages d&#39;Az-ZyAny, précédé d&#39;une autobio- 
graphie, complète avantageusement les renseignements 
que nous trouvons déjà dans VAt-Tordjemnn sur l&#39;auteur 
do ces deux ouvrages, qui fut à la fois un homme d&#39;Etat et 
un des écrivains les plus féconds du début du xiii* siècle 
de l&#39;hégire. 



I. O. lloudua, Le Maroc de ifîSi à 1812. Extrait de l&#39;ourrage ioliluJ^f 
Ettordj^.mân ehiid&#39;arili &#39;an douel elmachri<f ou &#39;Imaghrih, 
1. Ihid , p. m. 




UX VOYAGEUR MAROCAIN A LA FIN DU XVIII* SIÈCLE 331 



La Rifda d&#39;Az-Zyâny se compose d&#39;une introduction au- 
tobiographique, du récit de ses trois voyages en Orient et 

•de la description des pays traversés, dans Tordre suivant: 
.Description du Maghrib; Voyage à Istanboulen l&#39;an 1200; 
&#39;Description de l&#39;Andalousie; Description d&#39;Ialanboul et 
de ses monuments, et, au retour, de l&#39;AIgt&#39;rie et de la Tu- 
inisie; Les sept climats; Description de l&#39;Egypte en détail; 
&#39;Voyage au Hedjsiz et à La Mecque; Histoire des anciens 
♦rois de Perse; Description des mers et des montagnes; 
&#39;Liste des œuvres de l&#39;auteur; Sur les prophètes de l&#39;anti- 
iquité, Noé. Enoch, etc.; Liste des villes du inonde en 
«commençant par le Maghrib. Le manuscrit se termine par 
un volumineux dossier de lettres écrites à l&#39;auteur par 
jtous les savunts de l&#39;époque pour le féliciter au sujet de sa 
^composition de la Hikla. 

^ Le nom tout entier et la généalogie de l&#39;auteur de la 
Rihia sont donnés dans un passage de la dernière partie 
(de cet ouvrage. 

Aboù l-Qâsem Az-Zyûny était fils d&#39;Ahmed fils d"Ali fila 
d&#39;IbrAhim fils d&#39;Ahmed fils de Noùh fils d&#39;IbnVhîm fils d"Alî 
&#39;i01sd*AI-!.Iasan fils JeQàsem fils de Yahya (lequel était père 
jde leur fraction de la tribu de Zyân) fils de &#39;Isa fils de 
Noùh fils de Fâdel fils d"Alî fils de Zyân (père de la tribu) 
.fils de Màloù (en qui se réunissent les Ait Ou Mâloû) fils de 
Yahya iils de Zanâ (père de la tribu de Zemmoùr) fils d&#39;Ah- 
kam fils de Dalimân fils d"AlJ fils d&#39;AdjIân fils de Ouâhy 
fils de t.Iâmid fils de Hamdân fils d&#39;Aouls fils d&#39;Al-Yasa&#39; 
(qui se convertit à rislamisrae à l&#39;époque d &#39;Abd al-Malik 
Iben Merouân, alors que la tribu était au Fezzân (Sahara) 
avant son arrivée à SidjilmAsa) fils de Midrâr fils d"Alouân 
fils de Sâboùr iils de Rabâh fils de Sadjafoù (?) fils de Qar- 
iina^fils de Nàdja fils de SolaîmûnfilsdeBakht fils d""Alouân 
fils de Nâdja fils de Sadjafoù (?) fils de Çanhâdj (ancêtre 
de toutes les tribus çanhàdjtennes). 

Aboù l-Qâsem était donc berbère çanhàdjien, de la tribu 



%




A



989 ARCHIVES MAROCAINES 

de Zyân ou Zayân, de la confédération des Ait Ou MAloû, 
berbères occidentaux. Mais cette origine ne l&#39;empi^che pas 
de se considérer comme citadin, qualité qu&#39;il doit à son 
père et à son grand-père. Ce dernier, Sidy Alî ben Ibrahim 
Az Zyâny enseignait les sept variantes dans la lecture du 
Qorân, au village d&#39;Arûg, dans le pays d&#39;Adkhâsen, mais 
il était réputé aussi comme généalogiste et c&#39;est dans un 
carnet de son écriture que notre auteur a trouvé la généa- 
logie exposée ci-dessus. Moulay Isma&#39;îl, à qui la renom- 
mée du Chaîkh était parvenue, l&#39;avait appelé d&#39;Arâg à 
Miknâsa, où il s&#39;était transporté avec son fils Ahmed, son 
élève en jnôme temps, pour peu de temps il est vrai, car il 
mourait en Il.&#39;Jy, la même année que son royal protecteur. 

Son fils Ahmed, père de notre auteur, quitta alors Mik- 
nAsa et vint se fixer à Fès, où naquit Aboù l-Qâsem Az- 
ZyAny en 1147. Fils et petit-fils de généalogistes, Aboii 
l-Qâsem se prépara à la vie intellectuelle par une assiduité 
de plusieurs années aux cours des professeurs les plus 
éminents de la capitale. Il nous les cite lui-même, et cette 
partie de son autobiographie est la plus propre à nous 
donner une idée de ce qu&#39;était l&#39;enseignement à Fès, à la 
fin du xviii&#39; siècle de notre ère. 

Dès qu&#39;il eut atteint l&#39;Age d&#39;homme, il commença à étu- 
dier la Djaroûmya, la Se//oùsi/ft et Ibn &#39;Achir, sous la di- 
rection de Sidy Ahmed ben At-TAhir Ach-Charqy. Ensuite 
il entra à la mosquée des Audalous et lut ta Bisùla avec 
Mouhammad Al Tayyîb Al-Qadiry, le iils, peut-être, de 
l&#39;auteur de VAd-Dourr as-Sony, traité des généalogies 
chérifiennes composé en I09D&#39;. En môme temps, le jeune 
étudiant assistait au courts sur VAlfya à la Medersa ac- 
Çahrîdj (de la citerne), fait par le professeur Sidy At-Tay- 
yîb Bakhrlcy. en compagnie des deux fils de ce dernier, 
Al-&#39;Arby et Ahmed. 



I. Cf. Archives marocaines, I, p. ^nfi et seq. 



UN VOYAGEUR MAROCAIN A LA FIN DU XVIll&#39; SIÈCLE 333 

Au boal de quelque temps, il assista avec tous les 
lolba au cours fait par le même professeur, à la médersa, 
sur le Tafsii commentaire du Qorâti (de ZamakhchAry 
probablement), le (Sidy) Khulll^ traité de droit malekile, 
et YAlfya. C&#39;est alors seulement qu&#39;il entra à la célèbre 
mosquée de Qaraouyîn pour étudier Sidy Khalîl sous la 
direction d&#39;Aboù Ilafç Sidy Omar Al- F:sy. Un très petit 
nombre d&#39;étudiants, des plus grandes familles de Fès, 
assistaient à ces séances. Az-Zyâny nous en nomme quel- 
ques-uns : le seyyid &#39;Abd as-SalAm Ilosatn, le chailch Al- 
"Arby Al-Qsamtiny, le seyyîd Mouhammad Sahnoùn. Sidy 
Al-Oualîd Al-&#39;lrâqy. Sidy Yahya Ach-Chefchùouny, le sey- 
yîd Mouhammad Al-HavvAry, le seyyid Mouhammad ben 
&#39;Abd as-Salâm Al-Fàsy, le seyyid &#39;Abd al-Qftder ben Gba- 
qroûn, le seyyid Mouhammad Sekiradj et autres Fasiens. 
Le maitre avait coutume de donner congé à ses élèves tous 
les jeudis et d&#39;aller se promener avec eux. Le jeune Aboù 
l-r)âsem sortait habituellement avec son camarade Sah- 
noùn : c&#39;est au cours d&#39;une de ces promenades, qu&#39;Az- 
Zyâny, desservi par les autres élèves, eut avec son maître 
une conversation qui l&#39;obligea à se séparer d"Omar ai- 
Fâsy. 

Il étudia alors le i/o/i7ifap«r d&#39;As-Senoùsy, puis assista 
aux conférences de Sidy Mouhammad ben IbrAhlm sur 
Sidy Khalil, dans une medersa dont le nom se trouve 
effacé dans notre manuscrit, puis à la conférence de l&#39;Alfya 
à Qarâouyîn, à celle du chaikb At-Taoudy sur Bokfuiri/ et 
le Chi/à, aux leçons du fqih Sidy Mouhammad BennAny, 
dont il copia la glose sur Zerqâny et enfin aux conférences 
de Sidy Mouhammad ben Ibrahim sur le commentaire de 
KhallL 

Ces études, ces fréquentations littéraires, ne prirent fin 
qu&#39;en l&#39;année 1169 (1755), lorsque le père d&#39;Az-Zyâny ré- 
solut d&#39;accomplir le voyage du Hedjâz et le pèlerinage à 
La Mecque. Pour couvrir les dépenses de ce long voyage, 



2U 



ARCHIVES MAROCAINES 



il dut vendre deux maisons qu&#39;il possédait à Fès et un 
grand nombre de livres ayant appartenu à son père, &#39;AU 
ben Ibrahim. C&#39;est piirintres livres c|u*Az-Zyany découvrit 
le fameux carnet qui cuiitcnait la généalogie de sa famille 
jusquâ &#39;Am ben Noùli (CItam fils de Noé). Cette décou- 
verte lui donna le goût des recherches historiques et gé- 
néalogiques. 

Az-Zyàny partit donc avec son père en l&#39;an 1169, sous le 
règne du sultan Moulay &#39;Abdallah, à l&#39;âge de 23 ans. Ils se 
dirigèrent vers le Caire, où ils organisèrent une caravane 
pour Suez et s&#39;embarquèrent dans ce port, sur la « mer de 
Qokom ». Mais en arrivante Yanbo, le vaisseau se brisa 
sur la cote et la cargaison lut perdue dans la mer. Nos 
voyageurs se seraient trouvés dans le dénuement le plus 
complet si la mère d&#39;Az-Zyâny, qui avait réussi à épargner 
300 dinars et à les cacher sur elle, ne les avait donnés à 
son mari pour leur permettre à tous trois de continuer leur 
voyage. 

Ils se joignirent alors à une caravane égyptienne qui 
les conduisit à Médiue. où ils visitèrent les tombeaux du 
Prophète, d&#39;Amlna et de tous les pieux musulmans qui 
avaient désiré être ensevelis auprès d&#39;eux. Ils repartirent 
avec la même caravane égyptienne pour aller au Hedjà/, 
et, de là, s&#39;embarquèrent pour l&#39;Egypte, où ils descendi- 
rent dans la maison d&#39;un de leurs compagnons de voyage, 
au Caire. Ils y restèrent quelques mois, que le jeune Aboû 
l-Qàsem employa à s&#39;initier aux sciences merveilleuses 
que cultivait le fils de leur hôte, la divination et l&#39;al- 
chimie. 

Un événement grave les rappela cependant au Maghrib : 
la nouvelle leur parvint de la nioft du sultan &#39;Abdallah, en 
rabi&#39; 1" de L&#39;an tl7l, et de l&#39;avènement de son lils Sidy 
Mouhammad. Ils gagnèrent donc Alexandrie, où ils trou- 
vèrent tes flottes européennes préparées pour la guerre 
qui venait d&#39;éclater entre la France, l&#39;Espagne et l&#39;Angle- 



Je

Je

Je




"



UN VOYAGEUR MAROCAIN A LA FIN DU XYIII&#39; SIECLE 335 

terre. Aucun navire marchand n&#39;osait s&#39;aventurer sur la 
mer d&#39;Orient. Nos voyageurs durent prendre passage sur 
un vaisseau français qui les transporta à Gi&#39;înes, où ils 
restèrent quatre mois, pendant lesquels ils apprirent la 
prise de la ville de Port-Mahon&#39; par les Françnis sur les 
Anglais et la remise de cette ville, par eux, aux Espagnols 
(( ;i cause de sa proximité de leur pays. » 

De là, ils se dirigèrent vers Marseille et Barcelone où 
ils apprirent que les Français assiégeaient Gibraltar. Lors- 
que la paix l&#39;ut conclue et que la ilotte française se fut re- 
tirée de devant Gibraltar, Az-Zyàny et sa famille passèrent 
à Télouan et, de là, à Fès oii ils entrèrent n&#39;ayant que sept 
mithq:ls d&#39;argent comptant. 



A partir de cette époque, Az-Zyâny, entré dans la vie 
publique, commença à jouer un rôle important, dans le 
gouvernement de Sidy Mouliammad, dont il fut secrétaire. 
Un moment son étoile parut pûlir : l&#39;insurrection des Ait 
Ou Mâloû, tribu dont il était issu, ruina son crédit et faillit 
entraîner sa mise à mort, par suite de l&#39;hostilité du qâid 
Aboù 1-Qàsem Az-Zemmoùrj&#39;. Mais la fausseté des accu- 
sations de ce dernier ayant été reconnue, ses biens furent 
confisqués et Az-Zyûny rentra en grâce. Il dit avoir rap- 
porté ces événements en détail dans son livre intitulé AL- 
Boustân Adh-Dharlf, que nous ne possédons pas*. 

En l&#39;an 1200 de Phégire (1786), il était assez puissant à 
la cour pour être désigné comme ambassadeur auprès du 
sultan ottoman &#39;Abd al-Hamid^ à ConsLantinopte, dans le 
but de lui remettre un présent ufTurt par Sidy Mouhammad. 

I. Celte ville appartenait aux Anglais depuis la paix d&#39;Utrecht (lytS); 
priie par le maréchal de RichcHeu en t75(î, époque à laquelle Az-Zyàiiy 
voyageait en France et en Espagne, elle ne fut dcKaitivement acquise 
aux Kspagnola que trente ans plus tard, en 1783. 

a. Cf. Uoudas, op. cit., p, 146.




ARCHIVES MAROCAINES 



La cour de Fès entretenait alors avec le Grand Turc les 
relations les plus cordiales. Déjà, en llHl. le prédécesseur 
d"Abd al-Ilamid. le sultan Mouçtafa 111, avait envoyé à 
Sidy Mouhammad un navire chargé de canons, de bouletfs 
et de bombes&#39;. Pendant les vingt années qui suivirent, un 
échange de correspondances assidu entre les deux souve* 
rains cimenta leur amitié et la délicatesse avec laquelle Az- 
Zyâny s&#39;acquitta de sa mission ravit &#39;Abd al-liamid, au 
point qu&#39;il écrivit à son sujet, au sultan du Maroc, en em- 
ployant les termes les plus élogieux. 

Lorsque le voyageur, de retour à Fès. eût lu res lettres, 
Sidy Mouhammad lui manifesta sa joie et ordonna de les 
relire à haute voix dans le Conseil *. Au cours de son pre- 
mier voyage. ,Az-Zyâny n&#39;avait pas manqué de noter tout 
ce qui l&#39;avait trappe dans chaque ville, au^si nous laisse-t- 
il dans sa Rihla une description intéressante de Constanti- 
nople, de ses mosquées, de ses bibliothèques et de ses 
principaux monuments- 

La récompense qu&#39;avait méritée Az-Zyâny pour avoir 
mené à bien l&#39;ambassade en Turquie ne se lit pas attendre. 
En 1201, il fut investi du gouvernement de Tàza, où il resta 
un an, puis fut rappelé à Fès et chargé de conduire à Té- 
touan et à Tanger des contingents d&#39;.^It A^la et de nègres 
du Tafilelt nouvellement inscrits au contrôle de l&#39;armée. 
En 1202, il fut nommé gouverneur du Talilelt, où il de- 
meura trois ans. jusqu&#39;à la mort de son bienfaiteur Sidy 
Mouhammad (1204). 

L&#39;avènement de Yé/Jd, fils de Mouhammad, prince vio- 
lent, cruel et fourbe, inspira de vives inquiétudes h Az- 
Zyàny. Rappelé à Fès pour apporter au trésor les contri- 
butions de sa province, il apprit que ses maisons de 



I. Cf. Hoadas, op. cit., p. i43. 

u. Ihid., p. iS6. Le texte de ces lettres est dooné dans VAt-Tordje- 
màn. 



Je
Je




UN VOYAGEUR MAROCAIN A l,A FIN DU XVIII" SIÈCLE 33? 

Miknâsa avaient été données aux Abîd et que sa (amille 
était obligée de vivre à Pétroit dans une petite maison 
qui lui restait.[[ la lit donc venir à Fès et resta à la 
disposition de Yézld qui le chargea de plusieurs mis- 
sions de conliance, à Tétouan el à Geuta, où il prit part 
au siège de cette ville. Arrêté à Fès, puis remis en 
liberté, il fut chargé d&#39;accompagner h Marrakech le jeune 
fils du sultan, Ihrahim, trop jeune pour gouverner, 
et de lui servir de conseiller. Rappelé de nouveau, au 
bout d&#39;un mois, auprès du sultan, il reçut la mission de 
parcourir les tribus du I.Iaouz et des Doukkâla pour les 
convier à la guerre sainte. Mais bientôt le soulèvement du 
prince Hichâm, dans le Sud, l&#39;obligea à revenir précipi- 
tamment auprès de Yézid, qui rejeta sur lui la cause des 
troubles, le lit arrêtera Itabat et frapper ignominieusement 
de cinquante coups de bAton. 

La population tout entière de Rabat avait été vivement 
émue de ce traitement ; les hauts fonctionnaires n&#39;osaient 
pas intercéder auprès du sultan, mais le blâmaient et 
souhaitaient la fin d&#39;un règne aussi tyrannique. Après être 
resté trois jours évanoui, Az-Zj&#39;âny fut transporté à .Vlahe- 
dya auprès du sultan et amené en sa présence, nu sous une 
pluie battante, en plein mois de décembre. Le sultan, <jui 
avait attendu sous la pluie pour décider du sort de notre 
auteur, quiltu la place avant l&#39;arrivée ilu prisonnier, qui 
échappa ainsi à une mort certaine &#39;. 

Quelques jours après, Yézid se rendit à Marrakech, fit 
périr plusieurs fonctionnaires et notables, et di.spersa 
l&#39;armée de Hichûm; mais il fut frappé d&#39;une balle et mou- 
rut des suites de sa blessure en Djoum:<la II 1205 (février 
1792), Az-Zyâny, tiré alors de sa prison, fut l&#39;objet de 
marques de sympathie de la part des notables de Rabat. 

Les mauvais traitements qu&#39;avait subis Az-Zyâny ne pu- 



I, Sur ces événements, cf. iloudas, op. cit., p, i6^ et seq. 



sss 



ARCHIVES MAROCAINES 



rent le décider enr&#39;)reà8e retirer des fonctions publiques 
Rentré en grâce sous Moulay Solaîmân, il fut nommé Kâtib 
(secrétaire d&#39;État), puis gouverneur d&#39;Oudjda ; mais ses 
troupes ayant été anéanties dans la plaine d&#39;Angad par les 
tribus insurgées, il dut se réfugiera Tlemcen. C&#39;est alors 
que, dégoûté des fonctions publiques dont il avait eu « le 
malheur d&#39;être affligé », il se retira définitivement à Sidy 
Boû-Medin ( Al-&#39;Obbâd), à 2 kilomètres au sud-est de Tlem- 
cen, dans une maison qu&#39;il avait achetée. C&#39;est là qu&#39;il ré- 
digea la plupart de ses ouvrages histori<|ues et littéraires, 
et notamment son histoire universelle, pendant les années 
1812 et 1813&#39;. 

Les événements historiques que nous venons de rap- 
peler brièvement ne se trouvent pas dans la Rihla. Nous les 
devons au Tordjeman aL-Mo&#39;arib. Nous devons même sa- 
voir gré à Az-Zyâny de n&#39;en pas parler dans sa RUila, qui 
reste ainsi, plus qu&#39;un récit de voyages, un véritable traité 
géographique. Dans sa préface, il ne parle pas du titre de 
Bi/Ua sous lequel est connu son ouvrage ; il dit au con- 
traire l&#39;avoir intitulé : At-Tordjemânat al-Koubrâ, allait 
djania&#39;at akhbàr al-&#39;âlam barra oua bahrâ (La grande in- 
terprète, qui a rassemblé les nouvelles du monde par terre 
et par mer). 

K Nous ne nous sommes pas limités, dit-il, à ce que con- 
tient Ar-Rachàty en fait de villes, ni à ce qu&#39;a rassemblé 
Ibn &#39;Abd al-Mon&#39;im dans le Raiid al-mo&#39;aler&#39;, &#39; ai a&#39;yowié 
à ce qu&#39;a rassemblé Ibn Al-Djauzy au sujet des mers, à ce 
qui se trouve dans l&#39;Extrait des merveilles sur les marées, 
les sources, les puits et les rivières, à ce qu&#39;on lit dans 
VAdjâib al-maqdoùr sur les curiosités de la science et 
des mystères: j&#39;ai révélé tout ce que ces ouvrages avaient 
oublié, quand même ces choses ne comportent ni ensei- 
gnement ni avertissement utile, et je les ai ornées de 

I. Cr. Hoadas, op. cit., iiilroduclion, p. vt. 




VOYAGEUR MAROCAIN A LA PIN DU XVIII* SIÈCLE ;«9 



Je



récits, de curiosités et d&#39;histoires qu&#39;ont rassemblés les 
plus grands annalistes, tels que rimAin Il)n Qoteiba, Al- 
Mas&#39;oùdy, At-Tabary, Ibn &#39;Asâkir, Adh-Dhahaby, Al-Be- 
kry, Al-Beladhory, Ibn Kathir, Ibn Khaldoùn, Ibn Abl 
Zara&#39;, Ibn Zeîdoùn, Ibii llazm, Ibn Marzoùq et Ibn Ai- 
Khatib. "

Tels sont les auteurs mis à contribution par Aboù l-Qâ- 
sem A/-Zyâny, sans compter la Rilda d&#39;Al-Bekry, la Itihla 
d&#39;Al-Balouy, la Rilda d&#39;As-Serakhsy, la Rilila d&#39;Al-&#39;AyyA- 
chy, les Mohadara d&#39;Al-Yousy, les Adtbâl d&#39;Ad-Dilày, 
Ibn Sa&#39;ld as-Soussy, etc. 

Si Aboù I-Qâsem avait beaucoup lu, il avait aussi beau- 
coup produit par lui-raéme. Sa liihlu dut être un des der- 
niers ouvrages composés, puisqu&#39;il nous donne à la tin 
une liste très longue de ses productions antérieures. D&#39;ail- 
leurs, il parle d&#39;un événement daté de 1233, année pro- 
che de sa mort. Voici la liste en question : 

Kitab at-Tordjemàn ni-mo&#39;arib &#39;an douel al-machriq 
oua l-maghrib, histoire universelle, dont une partie a été 
traduite par M. Hondas; 

AL Bouslân al-dharlf fi daulat aoulad Moulay &#39;AUach- 
Chérlf, histoire de la dynastie régnante des &#39;Alaouyin; 

FadâU hadkih d-daulat as-Solalmânya, histoire de 
Moulay Solaimân; 

Alf&#39;yat as-souloùk fi ouafyâl al-mouLoûk, abrégé des 
dynasties sous forme d&#39;ardjoùza&#39; on sont consignées les 
dates de la mort des souverains; 

Tohf&#39;at al-hàdy al-inoudtarih ft rafinasab chorafa al- 
niaglirib, traité des généalogies chérifiennes; 

His&#39;Ual as-souLoùk fïina iadjib ala l-mouloùk&#39;y 

Ad-Dourrat as-sanya al-fâyqa fi kachf madhàhib ahl 
al-heda&#39; , traité des hérésies de l&#39;IslAm, KhAridjites, Rftii- 
dites, Mo&#39;tazelites, Zendiq, etc.; 

I, Poème composé tout oiiticr sur le mètre redjez[moustaf ^Uoun ré- 
pété six fois en deux faémisticlies). 




IM 



ARCHrVES MAROCAINES 



Hiktat al&#39;harrâq U-mouchàhadal al-bouldàn oua l-afâq, 
traité de géographie, décrivant les sept climats, les mers, 
les montagnes et les fleuves; 

DJa&#39; fatal at-tUijàn oua mahrat al-yâqoAt oua l-loûloé 
oua l~mourdjân, histoire des princes &#39;alâoujin et de« 
chatkhs du règne de SoIaimSn ^rdjoLlza): 

Ibâhat al-oudabâ oua n-nouhât, récit de vorages; 

Tohfat aL-ikhouân oua l-aoulyà fl çana&#39;al as-slmya^ 
traité de magie: 

Kachf asrâr al-moutahallaUn al-achfyâ, traité d&#39;alchi» 
mie: 

Hllat aUoudabâ oua l-kouttâb ft madhi hadha l^kitdb, 
Mipplément et commentaire du TordjemAn al-Mo&#39;arib. 



Je



Comme on le voit, la renommée littéraire dont jouissait 
Aboû l-Qâsem Az-Z^&#39;ânj au Maroc était des plus justifiées. 
On s&#39;en rendra compte en dépouillant le paquet de lettres 
adressées à l&#39;auteur par tous les lettrés de l&#39;époque, et qui 
se sont trouvées réunies par lui-même ou par un copiste 
admirateur, à la 6n de notre manuscrit de la RUtla, si quel- 
que jour ce texte est publié par un orientaliste, à moins 
que l&#39;imprimerie de Fès, qui ressuscite les œuvres per- 
dues des savants marocains, ne Timprime comme pen- 
dant à la Rihia d&#39;Al-&#39;A^yâchy. dont elle a donné une édi- 
tion. 



G. Sia.iion. 




accordant une faveur quelconque h un soUicileur, une 
propriété sultanienne. les revenus d&#39;une z&ouya , une 
exemption d&#39;imp»)ts ou de taxes; c&#39;est l&#39;équivalent du 
persan ftrman- Les laveurs accordées par le dhaher ne 
s&#39;appliquent qu&#39;au bénéficiaire, à moins qu&#39;il ne soit sti- 
pulé qu&#39;elles seront héréditaires; cependant, il est de cou- 
tume qu&#39;à la mort du bénéficiaire, les héritiers fassent re- 
nouveler le dhaher. 

Il en est de môme à la mort du souverain qui l&#39;a accordé ; 
le bénéficiaire soiticite du nouveau sultan le renouvelle- 
ment du dhaher. Un dhaher mentionne généralement, 
après les formules religieuses d&#39;usage (Louange à Dieu 
seul, etc.) le nom du sultan régnant; au-dessous de cette 
mention se trouve le sceau, tâha du sultan, puis le 
texte mentionnant le nom du bénéficiaire, le détail dos 
faveurs accordées, concessions de terres, en les nommant 
l&#39;une après l&#39;autre, exemptions d&#39;impôts, etc.; enfin une 
formule disant en substance ; quiconque prendra connais- 
sance de cette pièce devra en exécuter les clauses — et 
«-jiielquefois : sous peine de mort. La date termine le di- 
plôme. Lorsque le dhaher est simplement renouvelé, les 
indications sont plus courtes. Le texte commence ainsi : 
*zljaddadna (nous avons renouvelé) ; suivent les noms des 
Ijénéficiaires et les nouvelles concessions ajoutées aux an- 
«iiennes, s&#39;il y a lieu. 

Les dhaher sont le plus souvent accordés aux chorfa, 

ARCH. «kllOC. S8 





i&#39;tï 



AKCUIVES MAROCAlNliS 



Ceux-ci sont en efTet exempts d&#39;impôts et de corvées; Us 
versent T&#39;achour à ia caisse de leur zâouya pour être par- 
tagé entre eux, et jouissent souvent à"azlb (fiefs dans 
l&#39;étendue desquels ils ont une souveraineté absolue). Mais 
ces privilèges, auxquels ils ont droit, ne leur sont accordés 
que par dhaher. Ils doivent donc, pour en profiter, faire 
reconnaître leur qualité dechorfa — c&#39;est le cas des Oulad 
Baqqâl dont nous produirons le dhaher un peu plus loin 
— et obtenir un dhaher spécifiant qu&#39;ils auront droit aux 
privilèges attachés à leur qualité. 

Mais les chorfane sont pas seuls à profiter de ces privi- 
lèges; les familles maraboutiquea et tous personnages 
ayant rendu des services au sultan peuvent obtenir des 
dhaher leur conférant tout ou partie des privilèges chéri- 
fiens. C&#39;est le cas des Qnàtra d&#39;El-Qçar dont nous avons 
pu obtenir la communication de leurs dhaher&#39;. 

Ces diplômes étaient écrits sur parchemin et collés sur 
des feuilles de cuir pliées en portefeuille. Ce sont des 
documents de premier ordre pour servir à l&#39;histoire de 
cette famille pendant plus de deux siècles. Plusieurs dha- 
her sont en fort mauvais état; neuf d&#39;entre eux sont indé- 
chiffrables : le plus ancien que nous ayons pu déchillrer 
date de l&#39;an 9i)4 de l&#39;hégire (1586), huit ans après la bataille 
de rOued Mkhàxen. Il porte le sceau d&#39;Aboi&#39;i l-&#39;Abbâs Al- 
Mançoiîr, sultan sa&#39;adien; mais ce n&#39;est que le renouvelle- 
ment d&#39;un dhaher antérieur accordant les mêmes privi- 
lèges auxQnàtra. Peut être ces distinctions leur furent-elles 
conférées en considération de leur conduite à la bataille 
d&#39;Al-Qanlara(Oued Mkhâzen) quelques annéesauparavant, 
conduite qui leur aurait valu le surnom d&#39;AI-Qanlry (plu- 
riel Qnâtra) sous lequel ils sont connus depuis cette 
époque. 



I. Sur lu laioilk- des Qnàtrii, cf. Archives marocaineu, II. u, p. 170 el 



Vit. 



LUS DHAltEU DES QNATKA D&#39;EL-QÇAR 



rtA 



Le premier dhaher parle justement d&#39;une zAonya des 
Oulad-Ahmed, oi&#39;i doivent ôlre centralisés les &#39;achoiir et 
les zakAt des Qnâtra. Le souvenir de cette zèouya et de la 
famille des Oulad Ahmed s&#39;est perdu à El-Qçar. Peiit-ôtre 
sont-ils tlescendants de Sidy &#39;Alî ben Ahmed, le J&#39;ameux 
marabout du Djebel Çarçar. martre du ibndaleur de la 
maisoiï d&#39;OuazzAn? Sidy &#39;.lî ben Qftsem Al-Qantry, 
nommé dans le premier &#39;dhaher, était cet élève de Sidy 
Abd ar-Rahnian Al-Madidlioùb, qui fonda en l&#39;honneur de 
son maître une zàouya au Mers d&#39;El-Qçar. 

Lorqu&#39;Aboù r&#39;Abhfts Al-Rhidr R&#39;aîlân entra à El-Qçar 
en 1063 de l&#39;hégire et fit massacrer les principaux habi- 
tants de cette ville, les fiU du fqih Aboû &#39;Abdallah Al- 
Qantry s&#39;enfuirent à Fès et commencèrent à travailler en 
faveur des Filàla, jusqu&#39;au moment où ils réussirent à Caire 
entrer El-Qçar sous leur autorité. On dit môme que[ce fui 
un Qanlry qui remit à Moulay Isma&#39;Il les clefs d&#39;El-Qçar 
el-Fvébîr. 

Celte preuve de loyalisme ne fil qu&#39;augmenter la solli- 
citude des Filâla pour les Qnâlra. qui obtinrent de nou- 
veaux privilèges de Moulay Isma&#39;îl et de ses successeurs, 
et uotaminent l&#39;administration et les revenus de la zâouya 
de Sidy &#39;.bd ar-Rahman Al-Madjdhoùb. ainsi qu&#39;en té- 
moigne le dhaher de Moulay &#39;.bdallali bon Isma&#39;îl, daté de 
1187 de l&#39;hégire. Les haboùs de la zAouya ont fini par être 
confondus avec les biens personnels des QnAtra, qui re- 
vendiquent la propriété de celle zAouya et l&#39;appellent 
zàoiiya des Qnàtra. 

On remarquera que, dans ces dhaher, les Qnâtra ne sont 
pas qualifiés chorfay mais mrabtin (marabouts), A partir 
du dhaher de 1187, le chef des Qnâlra est surnommé Al- 
Mesnâouy Al Qanjry, surnom dont nous ne connaissons 
pas l&#39;origine. Nous donnons ci-après la traduction du pre- 
mier dhaher et l&#39;analyse des dix autres. 



1




34« 



AKCUIVES MAROCAINES 



« Louange à Dieu seul ! 



di 



idoul, de l&#39; 



del&#39; 



ilonsation de l&#39;èmir, 
« moignant de l&#39;authenlicité de son texte, parles i&#39;ormul 
« Louange à Dieu seul! et : Que les prières et le sa 
« soient sur son serviteur Monharamad! 



te.- 

es&#39;. 

•lai 



M



(I Par autorisation du serviteur de Dieu (qu&#39;il s^^^^ 
« exalté!), glorifié par le Khalilal. doué de puissance et ^^ 
« fermeté Aboù &#39;Abdallah, l&#39;imâm unique, le prince fc»^ ^^ 
« Croyants Aboù l-&#39;Abbâs AI-.Mançoùr, (ils de no» ^^^^^^ 
K maître rini;m, le bienfait, le prince des Croyants et et:» Oé- 
« Tenseur de la religion Sidy Mouhararaad Ach-Chaîl*-^^ &#39;«A, 
« fils de notre maître l&#39;iniAm, le prince des Croyan ^Clts, 
V qui s&#39;honore de Dieu, Al-QAlm bi-amr Allah, le che ^^rif 
« hasany, que Dieu aide son commandement et exalte -^«a 
« mention de son nom! ■

« Renouvellement de Tonlre i^énéreux, que Dieu (f|u&#39;i^^^ 
«f soit exalté!) l&#39;élève entre les mains de celui qui demande 
« par lui assistance, le fqîh, le très illustre, le professeur, 
<f le très excellent, le très savant, le très parfait, le béni, 
« le seyyîd &#39;Ali ben QAseni Al-Qantry. Il sera affranchi 
(I obligatoirement, lui et les entants qui sont issus de lui, 
«i et sera libéré par les souverains, par noire Maître (le 
ti Sultan) — que Dieu exalte la mention de son nom! — - 
« et par lesdhaher élevés qu&#39;il a entre les mains, des obli- 
« gâtions coutumières qui lui seraient imposées. Il sera 
« dispensé d&#39;une façon générale et perpétuellement de ce 
« que pourraient réclamer de lui les grands personnages, 
« comme les gens du peuple&#39;. Son &#39;achour et le zakàt* de 

t. C&#39;eal-à-dire les TnipAls on corvées des fîouvcrneiirs et les aumônes 
des pauvres. 

3. Sur ces impôts et la condition des cliorFa vis-M-viK d&#39;eux, cf. 



LES DHAHER DES QNATRA D&#39;EL-QÇAR 



U5 



h 



biens seront renvoyés à sa zâouya, ainsi f 
« &#39;achottr des chorfa Oulad Ahmed el de ses descendants. 
« Nous lui avons attribué également la surveillance de 
Il cette /Aoiiya et le soin d&#39;en partager les revenus entre 
Il les chorfa; le reste sera réservé à Tenlretiendes lampes 
« (de lazfouya)et aux libéralités faites aux adeptes d&#39;entre 
« les habitants d&#39;El-Qçar. Rien ne sera changé des cou- 
« tûmes particulières qui lui étaient garanties par contrat ; 
« il en sera de môme des terres qu&#39;il possède près de 
« l&#39;Oued Ouarour et de Boù llarcha, ainsi que de ta terre 
« connue pour lui appartenir à Ei-Qi-ar et qui est appelée 
i< terre de Qaboùh; il en supportera les frais, mais pro- 
ie fitera des revenus des champs cultivés et des jardins. 
« L&#39;inspection sur toutes ces terres lui sera laissée, a(in 
i( de lui permettre de prospérer, et de l&#39;honorer. On ne 
« réclamera de lui aucun des impôts ordinaires, des 
« droits de marché et autres corvées ou taxes d&#39;usage 
H qu&#39;on réclamera des autres. Ces faveurs lui sont accor- 
« dées parce qu&#39;il est connu pour sa pratique assidue du 
« droit et de la religion el son zèle à se contenter du droit 
« chemin de l&#39;Islam manifeste. Quiconque prendra con- 
«I naissance de cet ordre) devra faire ce qu&#39;il comporte et 
Wasser



m. m ^t^ 



2. Dhaker Ismally, 

Le nom du constituant ne s&#39;y trouve pas, mais la da^^ fciaw 
indique que le signataire est Mouby Isma&#39;il, dont le sce^ &#39; 
est apposé en lute. 

Ce dhaher, fait en faveur des seyyîd At-T4her ben &#39;A 
Al-Qantry, At-Tâher ben Mouhammad Al-Qanlry, MouJ 
hammad ben Mouhammad Al-Oantrv et tous leurs neveu i 
habitant à El-Qçar el autres lieux, est le renouvellemenr* ^* ^^ 
d&#39;un diplôme antérieur leur confirmant leurs droits, Aou^">*^<'"" 
qoûq, leurs coutumes, 'âda, et leur manière de vivrez '■^^'^'^' 
slra, renvoyant à leur zftouya leur 'achour et leur zakâi&^>ï *"&#39; 
et constituant en o/tay/" pour celte zàouya un certain nom «nr«  (Je 
rOued Ouaroiir, Je l&#39;Oued Dahnoùn (ou Daçnoun?), du t» du 
Dhahr Abd ad-Dâim, de Sidy Djezloù (Sidy Zgto&#39;?), d» 1::» de 
Boù Harcha, d&#39;Aboù Berdy et les &#39;azlb du dchard&#39;An-Nali«:ï ^/if 
(les abeilles) du Djebel Çarçar. En outre, les dimes de: ^^ e^? 
Oulad (Jaman, des Oulad IIourAr et des &#39;Aniary seroni 
versées à la môme ziiouya. 

Daté du 15 rabî&#39; Il de l&#39;an 1084 (1673). 



3. Dhaher Isma&#39;ily. 

Renouvellement du dhaher précédent, en faveur du 
seyyid &#39;Ali Al-Qanlry et de tous ses cousins fiabitanl à El- 
Qçar. L^&#39;achour et le zakât sont reversés à ta zàouya et le 
reste est employé selon le désir du bénéficiaire. Le di- 
plôme se termine par cette phrase ; « (>uiconque voudra 
en changer la destination, nous lui couperons la tête! "

Daté du IL cha&#39;bân 1114 (1702). 



I, M:ir.ilioiit silui; i lroii> kilomètroa environ a l&#39;ouest d&#39;El-Qçar, iiu 
bord du rriiKjqoç 



l.l-:s DHAiIKH DIÎS QNATKA D&#39;EL-QÇAR 



34; 



4. Dhaker fsma&#39;ily. 

« Nous avons renouvelé aux fqîh mrâbtîn Qantryln, ha- 
« bitanl à El-Qçar, le droit qu&#39;ils onl enlre les mains, de 
&#39;< par nos dhaher géni^reiix, nos ordres élevés et les dha- 
•« her des rois prérédenls 

«c Et nous ordonnons à notre serviteur le pacha Ahmed 
« ben &#39;Ali hen &#39;Abdallah* de les confirmer dans la posses- 
« sîon de ce qu&#39;ils ont enlre les mains... et (pTon ne leur 
« réclame rien ». 

Daté du 17 redjeb 1127 (1715). 



5. Dhaher du chéri f Ismaily. 

Renouvellement en laveur des deux fqîh Sidy Aj-T;her 
ben Ali et Sidy Mouliammad ben Mouhammad Al-Qanlry, 
son cousin, spécifiant que leurs terres s&#39;étendront sur 
30 zouija de terres du Makhzen labourables, qu&#39;ils pren- 
dront en tel endroit qu&#39;ils le voudront, à El-Qçar, et sur 
10 zouija appartenant aux habitants i[&#39;EI-Qt;ar*. En outre, 
la terre d&#39;Oumm Askar sera habousée en faveur de la 
zAouya de leur ancêtre Sidy Abd ar-Rahman ben Sidy At- 
TSher ben Sidy Uàsem Al-Qanlry «< qui a établi sur des 
bases solides la science de Sidy 'Abd ar-Ralnnan Al-Madj- 
dhoiïb, w ainsi que leurs terres comprises dans le qua- 
drilatère de Dhar 'Abd ad-Dâîm, Boù Berdy, Boù 'Acba et 
Boù Dersa, et les jardins de leurs parents. 

Daté du 19 Djoumàda II de l'an 1132 (1719). 

I, C'est le Taineux paclia Afimod, goiivrnn-ur rie Tnnger, flonl nous 
avons piirJ«5 dans une étude pri-cédeute lîo iiî>7 (i-]ib), EI-Qçar relevaii 
dopo dii gouveruciueut de Tanger, Cf, Archives muiuvainex, II, p. 57 et 
seq. 

1, C&#39;était donc uoc spoliation faîle en faveur des Qnàtra, Il e»t pos- 
sible que ces terres aient appartenu au Makhzeo qui les aurait prêtées 
à des tiabilants d&#39;EI-Qçnr, moudjahidin par exemple, et qui aurait décidé 
plus tard de les reprendre pour les donner aux Quàtra. 



34« 



ARCHIVES MAROCAINES 



G. Dhaher Isma&#39;Uy. 

Renouvellement pur et simple du dhaher précédent, 
faveur du porteur de ce diplôme, le fqîh Sidy Mouhamm 
l>en At-Tâher Al-Qantry, de ses frères le seyyld Al-Moi^» u- 
ladtjal et le seyyid Al-&#39;ArLy et de tous ses neveux habitais juI 
El-Qçar et autres lieux. « Et quiconque en changera la des ;s^s- 
tinalion, nous lui couperons la tôte! >; 

Daté du milieu de Habi&#39; II de Tan 1143 (173(3). 



7. Dhaher Isma&#39;Uy de Moulay &#39;Abdallah ben Isma&#39;il. 
Renouvellement aux deux fqîh, le seyyîd Al-&#39;Arby be 



Je



à



«en 

Mouhammad Al-Qantryel le seyyid A l-MoufafjdalAl-Qantr^*&#39;* 0&#39;&#39; 
ainsi qu&#39;au seyyîd At-Tàher, des dhaher précédents, le^» Aies 
exemptant de toutes perceptions et amendes [r arâma 
« Et quiconque leur désirera du mal, le châtiment ne s 
fera pas attendre! •► 

Daté du 4 rabî' Il de Fan 1148 (1735). 



se 



8. Dhaher de Moulay 'Abdallah ben Isma'il. 

Renouvellement pur et simple des distinctions accor— — 
dées par les dhaher précédents aux mrabtln, le seyyl(ï 
Ahmed (ils du seyyîd Mouhammad Al-Mesnaouy Al-Qan^ 
try, son frère le seyyid Mouhammad et leurs cousins, 
petit-fds du saint Sidy "Alî ben Qftseni Al-Qantry. Ils ver- 
seront leurs 'achour et zakât à la zâouya du saint Sidy 'Abd 
ar-Rahman Al-Madjdhoùb'. 

Daté du 20 djoumâda II de l'an 1187 (1773). 

t. C'est le premier dhaher où se trouve nommée la zàouya d'AJ-Madj- 

dhoïb, qui existait cependant avant cette époque : il est possible qu'elle 
ait poi'lé jusque-là le nom de son l'ondalcui" Al-Qanlry. Eu ce cas, le» 
Qnntra seraient fondés à l'appeler zâouya des Qntîtra, puisque le nom 
d'At-Mudjdhoûb serait venu se superposer » cc]ui-l;&#39;i ù une ëpoque pon— 
U>rteurp, 



LES DHAHER DES QNATRA D&#39;EL-QÇAR 



349 



9. Dhaher de Sidy Aiouhammad ben &#39;Abdallah. 

Renouvellement des dhaher précédents aux inrabiln le 
seyyld Mouhaiiimad ben MoiihammaJ Al-Mesnîouy Al- 
Qanlry, son cousin Sidy At-Tâher et à la totalité de ses 
cousins habitant à El-Qcar el-Kébir. Leurs &#39;arhoiir et za- 
kât seront réservés a à leurs pauvres » (aux plus pauvres 
d&#39;entre eux), à leur maison et à leur zAouya. Le seyyîd 
/ihmed est nomme nàdher de la zâouya. 

Daté du 19 redjeb de l&#39;an 12U(J (1791). 

10. Dhaher de MouLay Solalmau ben Mouhanimad ben 
&#39;Abdallah. 

Renouvellement pur et simple en faveur des mrabtîn, le 
fqjh, seyyîd Ahmed, Je Iqih seyytd Mouhammad al-Mes- 
nâouy Al-Qantry, son (Vère le seyyid Moiiliiimiuad et leurs 
cousins, tous descendants de Sidy &#39;Ali ben QAsem. 

Daté du 17 ramadan de Fan 1213 (1798). 

il. Dhaher de Moiilay &#39; .Abd ar-Iiahman ben Hichâm. 

Renouvellement pur et simple en faveur des mrahtin 
descendants d&#39;Aboù 1-I.Iasan &#39;Ali ben Qâsem Al-Qanlry, 
habitant à El-Qçar; ils ne sont pas nommés. Ils verseront 
leurs &#39;achouret /akàtaux pauvres d&#39;entre eux, à leurs édi- 
fices et à leur zâouya. » Quiconque leur demandera quel- 
que chose sera châtié. "

Daté du 3 cha&#39;bân de Tan 1220 (1805). 

G. Salmon. 



%



LES DHAHER DES OULAD BAQOAL 



Les BaqqAlyîn font remonter leur origine à Sidy Ikhlef. 
chérif itlriside &#39;. mais Ibn Rakmoùn, l&#39;atiteur de la généa- 
logie chérifienne écrite sur l&#39;ordre des sultans filâla. dit
que Sidy &#39;Albl Al-IIâdj Al-BatiqAly, le premier Baqqâly 
connu, n&#39;avait aucun lien de parenté avec Sidy Ikhlef et 
que ses descendants w. sont pas i-horl&#39;a. On sait que Sidy 
&#39;Allai, enterré dans la tribu de R&#39;zaoua, était le père de 
Sidy Mouhammad ben Al-llâdj Boù &#39;Arrâqya, patron de 
Tanger, enseveli près du grand Sokko de celte ville*. 

Bien fondées ou non, ces prétentions au chérifat ont 
abouti à procurer aux Oulad BaqqiU des privilèges réser- 
vés généralement aux chorfa. Us sont vénérés à l&#39;égal des 
chorfa dans certaines tribus, surtout dans la province de 
Tanger; les &#39;Alamyin, en général, ne leur contestent pas 
ce titre; cependant, nous avons remarqué qu&#39;en bien des 
endroits on fait précéder le nom des Baqqàlyîn du titre de 
Sidy et de Moulay, réservé aux chorfa. 

Les Oulad Baqqâl versent leurs &#39;achoûr et leurs zakdt à 
la caisse de leurs zâouyas et ont un mezotiar qui partage 
ces sommes entre les descendants du marabout. Mais on 
ne peut savoir si ce privilège date de l&#39;avènement des Fi- 
lâla, comme ils le prétendent, ou s&#39;il n&#39;est pas plutôt dû à 
la faveur dont jouissait Sidy Al-IlAdj Abd as-Salâm ben 



t. Ce chérif (latnny, ancêtre de Sidy Çadjdjâdj de Tâmesnà. -vivanl à 
Demnàt. 
a. Sur ce personnnge, cf. Archives marocaines, II, n. n^ et seq.



LES DHAHER DES OUF.AD BAQQAL 

Alî Bon Qflîb à la cour du sultan Sidy Mouïiammad, vers 
le milieu du dernier siècle&#39;. Le fils de ce Baqqdly, Sidy 
Ahmido, habitant El-Qçar, interrogé par M. Michaux- Bel- 
laire sur ta valeur des assertions dlbn Rahmoûn, lui a ap- 
porté un dhaher de Moulay Isma&#39;îl. daté de 1118(1705), 
reconnaissant oincielleinent la qualité de chorla aux Oulad 
Baqqàl et leur accordant les mêmes privilèges qu&#39;aux 
autres familles chérifiennes. 

Phisieurs indices nous font douter de l&#39;authenticité 
de cette pièce. Elle est d&#39;une netteté d&#39;écriture singu- 
lière; cette écriture elle-même diffère de celle des dhaher 
des Qnât,ra et paraît bien postérieure. Le style aussi n&#39;est 
pas tout à fait celui des dhaher ; on peut trouver étrange, 
notamment, cette insistance à certifier aux BaqqAlyin la 
qualité de chorfa, contestée à cette époque. Quoiqii il en 
soit, cette pièce, dont nous donnons cï-apn&#39;-s la traduction, 
est un document de grande valeur aux mains des Oulad 
Baqq.&#39;Vl, qui se basent sur ses déclarations pour revendi- 
quer les mêmes prérogatives accordées aux Idrisides, 

« Louange à Dieu seul ! 

(t Que la prière et le salut soient sur notre seigneur 
Moul.iammad, sur sa famille et ses compagnons 1 

« Du prince élevé p^r (la grâce de) Dieu, l&#39;imâmite, le 
H Hâchemile, r&#39;,Maouite, l&#39;Ismà&#39;ilite, le chérif hassany, 
«( prince des Croyants, celui qui combat dans le chemin 
c< du Maître des mondes. Que Dieu aide ses commande- 
M ments et accorde la victoire à ses armées et à ses sol- 
« dats! 

(Sceau) H Isma'îl ben Ach-Chérîf Al-Hasan. Que Dieu 
« l'invite ! Ce dhaher noble, cet ordre impérieux, grand, 
M confirme aux mains de ses porteurs les descendants du 
«« saint, pieux, Sidy Ikhlef Al-Baqqûl, aïeul de Sidy 'AU Al- 

I. Cf. Archives marocaines, II, fiisc, a, p. aiu et seq. 




352 



ARCHIVES MAROCAINES 



I.Iâdj Al-R'zâouy Al-Madraseny (?). ce que pourra saroir 
c]uironque en prendra connaissance, que nous avons ac- 
cordé, d'après ce qu'ils ont entre leurs mains de docu- 
ments s'étendant à leurs chorfa les plus illustres et à 
leur noble famille, (documents) où se sont plongés les 
hommes de science, qâdl et moufll, les gens de valeur 
et de sainteté en fait à"adoul, par témoignage secret et 
public, et le na^/^ (surintendant) des chorfa. ce qui a été 
établi et vérifié par le texte et par la rumeur publique, 
que nous avons trouvé extrêmement solide et admis à _ 
l'unanimité, raisons pour lesquelles nous avons été cer- f 
tains de l'évidence de la qualité de chérifde ces seyyids, 
évidence fondée sur la vérification et la certitude après 
examen. Nous l'avons préparé avec le plus grand soin 
et délivré généreusement dans le but de les honorer ', de 
les glorifier et de les rehausser et nous leur avons 
ajouté tous les privilèges que réclament les chorfa de la 
montagne et les zâouyas. 11 n'y aura pas moyen de dé- 
truire les usages établis pour eux, ni de les modifier, 
soit pour les diminuer soit pour les augmenter: ils se- 
ront respectés et honorés chez nous durant toute l'é- 
tendue des nuits et des temps. Quiconque en prendra 
connaissance devra faire ce que cet ordre comporte et 
ne pas le transgresser. Le commandement tout entier 
appartient â Dieu ! 11 n'y a de force ni de puissance qu'en 
Dieu ! 
c Le 11 de Djoumâda II de l'an 1118. » 

G. Salwosc. 

I. Mot » mol : de leur dire n bajal », cela nous «uilit 



I 




NOTJS 

SLR QUELQUES MANUSCRITS RENCONTRÉS A EL-QÇAR 



L'inscription arabe' relative à la fondation par le sultan 
mérinide Abou 'Inân d'une medersa à El-Qçar dont nous 
avons publié précédemment l'estampage, autant que les 
mentions de Léon l'Africain et de Marmol, montre que 
cette ville a dû être, à une époque brillante pour tout le 
Haghrib, un centre intellectuel assez actif dans le nord- 
marocain. El-Qçar a perdu de nos jours son renom de 
ville savante; sa dernière medersa, celle de Djâraa' as- 
Sa'ida, a été fermée il y a quelques années; celle de 
Djâma' al-Kebir n'est plus qu'une ruine dont la porte 
même est murée. Mais il est permis de croire que la bi- 
bliothèque de la medersa mérinide, transférée à la Grande 
Mosquée lors de la fermeture de ce collège, n'est pas en- 
tièrement anéantie, puisque nous trouvons encore chez 
les lettrés d'El-Qçar des manuscrits intéressants prove- 
nant, disent-ils, de cette collection. Ces manuscrits sont 
naturellement de plus en plus rares; un consul français de 
la côte en a acheté plusieurs, il y a quelques années. Nous 
avons été assez heureux, au cours d'une excursion à El- 
Qçar, pour obtenir la communication de quelques manus- 
crits dont les propriétaires ne tenaient pas à se défaire. 
Nous en donnons ci-après une courte description. 

1. — Manuscrit appartenant à 'Abd as-Salâm ben 'Alî 
Boù Rbî'a et comprenant trois ouvrages différents : 

I. Archives marocaines, t. II, faac. u, p. 146. 



:j52 



ARCHIVES MAROCAINES 



« I.Ifttlj AI-R'zAouy Al-Madraseny (?), ce que pourra savoir 
« quiconque eu prendra connaissance, que nous avons ac- 
» cordé, d'après ce qu'ils ont entre leurs mains de docu- 
« ments s'étendant à leurs chorfa les plus iliuslres et à 
« leur noble famille, (documents) oix se sont plongés les 
« hommes de science, qûdl et moufli, les gens de valeur 
« et de sainteté en fait à'adout, par témoignage secret et 
« public, et le «aç/è (surintendant) des chorfa, ce qui a été 
« établi et vérifié par le texte et par la rumeur publique, 
M que nous avons trouvé extrêmement solide et admis à 
Il l'unanimité, raisons pour lesquelles nous avons été cer- 
« tains de l'évidence de la qualité de chérîfde ces seyyîds, 
« évidence fondée sur la vérillcalion et la certitude après 
« examen. Nous l'avons préparé avec le j>liis grand soin 
V et délivré généreusement dans le but de les honorer &#39;, de 
Il les glorilier et de les rehausser «l nous leur avons 
« ajouté tous les privilèges que réclament les chorfa de la 
« montagne et les zàouyas. Il n&#39;y aura pas moyen de dé- 
« truire les usages établis pour eux, ni de les modifier, 
« soit pour les diminuer soit pour les augmenter: ils se- 
i( ronl respectés et honorés chez noua durant toute l&#39;é- 
« tendue des nuits el des temps. Quiconque en prendra 
« connaissance! devra faire ce que cet ordre comporte et 
« ne pas le transgresser. Le commandement tout entier 
« appartient à Dieu! Il n&#39;y a de force ni de puissance qu&#39;en 
« Dieu ! 

« Le 1 1 de Djoumida II de l&#39;an 1118. » 

G. Salmom. 



t. Mot à mot : dr» leur dire « bajal », cela iiuu» suflill 



SUR QUELQUES MANUSCRITS RENCONTRÉS A EL-QQAR 




Je



L&#39;inscripliot» arabe&#39; relative à la tondation par le sultan 
mérinide Aboii InAn d&#39;une medersa à El-Q<;ar dont nous 
avniis publié précédemment l&#39;estampage, auiant que les 
mentions de Léon l&#39;Africain el de Marraol, montre que 
cette ville a dû ôtre, à une épo(|iie brillante pour lotit le 
Maghrib, un centre intellectuel assez actif dans le nord- 
marocain. El-Oçar a perdu de nos jours son renom de 
ville savante; sa dernière medersa, relie de Djâma&#39; as- 
Sa&#39;ida, a été fermée il y a (juelques années; celle de 
Djâma&#39; al-Kebir n&#39;est plus qu&#39;une ruine dont la porte 
même est murée. Mais il est permis de croire que la bi- 
bliothèque de la medersa mérinide, transférée à la Grande 
Mos4[uèe lors de la fermeture de ce collège, n&#39;est pas en- 
tièrement anéantie, puisque nous trouvons encore chez 
les lettrés d&#39;El-Qçar des manuscrits intéressants prove- 
nant, disent-ils, de cette collection. Ces manuscrits sont 
naturellement de plus en plus rares; un consul français de 
la côte en a acheté plusieurs, il y a quelques années. Nous 
avons été assez heureux, au cours d&#39;une excursion à El- 
Qçar, pour obtenir la communication de quelques manus- 
crits dont les propriétaires ne tenaient pas à se défaire. 
Nous en donnons ci-après une courte description. 

1. — Manuscrit appartenant à &#39;Abd as-SalAm ben &#39;Ali 
Boù Rbîa et comprenant trois ouvrages différents : 

1. Archives mtirocainet, t. 11, fane, il, p. i^l". 




J 



352 



ARCHIVHS MAROCAINKS 



« Hâdj Al-R&#39;xAouy Al-Madraseny (?), ce que pourra savoir 
« quiconque en prendra connaissance, (|ue nous avons ac- 
« cordé, d&#39;après ce qu&#39;ils ont enlre leurs mains de docu- 
« ments s&#39;étendant à leurs chorla les plus illustres et à 
H leur noble famille, (documents) où se sont plongés les 
« hommes de science, qâdl et mouftl, les gens de valeur 
« et de sainteté en fait iV&#39;adoui, par témoignage secret et 
« public, et le /?ffçf6 (surintendant) des chorfa, ce qui a été 
« établi et vérilié par le texte et par la rumeur publique, 
« que nous avons trouvé extrêmement solide et admis à 
« l&#39;unanimité, raisons pour lesquelles nous avons été cer- 
« tains de l&#39;évidence de la qualité de chérîf de ces seyyids, 
« évidence fondée sur la vérification et la certiluy At-Tarabouloùsy. La copie est 
datée de 129G comme l&#39;ouvrage précédent, mais l&#39;écriture 
est différente. 

Au fol. 91 verso se trouve une compilation anonyme en 
prose et en vers, émaiilée d&#39;anecdotes historiques el divi- 
sée en autant de sections qu&#39;il y a de lettres dans l&#39;alpha- 
bet ; la copie est de 1302 (1884). 

Au fol. 94 verso, nous trouvons le A7/f/ 6 Kachf al-asràr 
& # 39; an hikin at-touyoùr oua i flsi^wr (Dévoilement des mystères
au sujet de la sagesse des oiseaux et des fleurs) de l&#39;ImÂin 
Ibn Abd as-SaKm, copie non datée. C&#39;est le fameux re- 
cueil d&#39;allégories morales d"lzz ad-Din &#39;Abd as-Salùm .1- 
Maqdîsy, dont la Bibliothèque nationale de Paris possède 
plusieurs exemplaires&#39; et qui a été publié et traduit par 
Garcin de Tassy sous le titre l^s Oiseaux et les /leurs. 
Paris, 1821. 

La dernière partie de notre manuscrit (fol. 108 verso à 
111) est un formulaire de lettres sultaniennes très courtes, 
adressées par des sultans lilala à des qAids, avec les ré- 
ponses de ces derniers. 



I MsH. 4irab«8 u<» i64i, iâui, 352a, 3523, 4(>44- 



lin AftCBIVES MAROCACCES 

3. — Manuscrit appartenant probablement à Mahammed 
&#39;Odda. 

Petit in-4*de 252 folios, 23 lignes à la page, renfermant 
la Bihla d&#39;Az>Zjânr. dont nous donnons la description 
d&#39;autre part. L&#39;ouvrage n&#39;est pas daté, mais l&#39;auteur parle 
d&#39;un événement contemporain, à la date de 1233 ;^ldl7). cette
qui assigne une date postérieure, à la rédaction de la 
Ribla, 

Le manuscrit, de deux écritures maghrébines diffé- 
rentes, très fines et régulières, est d&#39;une époque beau- 
coup plus récente quoique non daté. 

4. — Manuscrit appartenant à Si &#39;Abd as-Salàm Az- 
Zefry&#39;. 

Réunion de plusieurs ouvrages d&#39;auteurs différents, 
dont voici les principaux : 

1* Histoire du Mabdl des Almohades, Mou^ammad ben 
Toumert, commençant à l&#39;an 51 1, anonyme ; 

2" kitàb ar-Raud al-houtoûn fî akhbàr Miknâsat az- 
Zalloùn (Livre du jardin arrosé sur l&#39;histoire de Miknâsat 
aux oliviers), histoire et description de Méquinez. par
Mou^ammad ben R&#39;âzy AU&#39;Olhmâny .Al-Miknâsy* (10 lo- 
lios): 

3* Abrégé du Nafh at-Tlb, de Lis:^n ad-Dîn Ibn Al-Ktialib ; 

4* Opuscule sur les chorfa idrisites et sur les tribus 
du Maghrih, par le chaîkh &#39;Abd al-&#39;.dhim Az-Zemmoùry, 
le même sans doute qui est l&#39;auteur du commentaire sur 
la Khazrâdjya. imprimé à Fès (10 folios); 

ô° Nozhai al-Hâdl d&#39;Al-Oufrany; sans titre ni date, le 



1. La tioiîce de ce raaaascrit oons étant parrcnae après DOtre départ 
d&#39;ËI&#39;Qçar, noas n&#39;aroas pu avoir d&#39;indicatioDB sur le nombre de feaillctt 
et le tortnat de l&#39;ouvrage. 

2. Cet ouTragft a élè traduit par M. O. Houdas, «oas le titre de Mo- 
nographie de Méquinez[Journal asiatique, 1885, p. 101 et seq.). 



QUELQUES MANUSCRITS RENCONTRÉS A EL-QÇAR 35? 

ni<îme ouvrage qui a été publié et traduit par M. O. Houdas ; 

6" Correspondance du sultan Moulay &#39;Abd ar-RahuiAn 
avec Al-Hâdj &#39;Abd al-Qâder ben Mohy ad-Dîn; 

7° Correspondance du sultan Sidy Mouhammad avec 
plusieurs personnages de l&#39;empire, relativement à la 
guerre de Tétouan (1860). 

On trouve eu outre de nombreuses notes sur les marges 
et dans les cuirs de la couverture. 

G. Salmon. 



AHCII. MAROC. 



LES BlIADOUA 



Plusieurs auteurs ont déjà signalé l&#39;existence au Maroc 
de tribus professant des doctrines religieuses dissidentes, 
et dont les coutumes sociales s&#39;écartent sur beaucoup de 
points de celles de leurs voisins orthodoxes&#39;. La fraction 
ou la secte des Bdadoua du R&#39;arb. sur laquelle aucun au- 
teur n&#39;a encore appelé l&#39;attention, est, malgré l&#39;obscurité 
qui entoure ses origines, assez connue des habitants de la 
vallée du Sebou, pour qu&#39;on puisse obtenir sur elle quel- 
ques renseignements faciles à contrôler. La parfaite quié- 
tude dans laquelle vivent les litladoua au milieu des tribus 
arabes du R&#39;arb, témoigne évidemment de la tiédeur reli- 
gieuse de ces dernières. Les Bdadoua, quoique méprisés 
par leurs voisins, n&#39;ont jamais été l&#39;objet d&#39;aucun sévice 
de leur part, mais ils ont fortement attiré leur attention et 
leur conduite a donné naissance chez eux à des légendes 
qu&#39;il est permis de croire exagérées. 

Il y a quelques mois, une soixantaine de Bdaçloua, aux 
allures bohémiennes, arrivèrent à El-Qçar el-Keblr, lo- 
geant d&#39;abord dans des fondaqs, puis louant dus maisons 
pour s&#39;y installer à plusieurs, avec leurs femmes. Us 
avaient généralement plusieurs femmes, vêtues comme 

I, Notaïutneot M, A. Mouliéras dans Vne tribu zénète anti-musulmane 
{Bulletin de la Société de géographie d&#39;Oran, t. XXIII, p. 3;(3 et Bcq., 
XXIV, p. a&#39;i3 L&#39;t scq,). Cotte note fêtait WvJii^ciî lorsqui» nous est parvcaui! 
la seconde partie de l&#39;élude de M. Mouliorns, révélant l&#39;existence de 
Bilailouii cliea les R&#39;yàta, chez les Oulad &#39;Aissa (ce «ont les nôtres) et 
chez les Chàouya, du cût<5 dp Castiblanca (p. 24-''-246). 



I 



I 




LES BDA-POUA 



359 



des citadines, mais voilées jusqu'aux yeux, môme dans 
leur intérieur. Ces individus, qui n'exerçaientaiicune pro- 
fession, quoique paraissant pauvres, se faisaient passer 
pour chorfe, afin de récoller quelque argent; mais ils se 
disaient tantôt Uaqqâlyin, tante'it Oua/.zftnyîn, tantôt Aîs- 
saoua, suivant qu'ils se trouvaient dans des milieux où 
l'une de ces trois familles était plus vénérée que les autres. 
Leur vie en commun, leurs allures étranges, et la méfiance 

le provoque toujours à l'égard de nouveaux venus l'ab- 

ice de moyens d'existence, avaient déjà jeté une cer- 
taine déconsidération sur eux, bien qu'on n'eût rien à leur 
reprocher justju'alors. Mais l'opinion publique s'émut de 
leurs agissements lorsqu'ils commencèrent à quêter au 
dehors, dans les tribus djebaliennes, se donnant comme 
chorfa, mais abusant de cette qualité pour commettre toutes 
sortes de méfaits. L'un d'eux demandait l'Iiospilalité à un 
djebalien, mangeait et couchait che/. lui, puis s'échappait 
avant le lever du jour en volant un animal ou quelque 
objet de valeur. 

Ils furent donc l'objcil «iu nombreuses plaintes; mais 
lorsque le khalifa d'ElQçar voulut sévir contre eux, ils 
revendiquèrent la protection française. On apprit alors 
qu'ils étaient originaires du douar des Afeidi/ia de MiliAna 
ei» .Vlgérie), tribu des Oulad Aissa, sur la rive gaufrhe du 
Sebou, douar dont le chaikh est un chérif miliâny appelé 
Sidy l-'Abbis, sujet algérien français, relevant de la cir- 
conscription consulaire de Fès. Ces Bdadoua étaient venus 
sans doute se placer au service du chaikh, afin de jouir de 
la protection consulaire française. 

Quoiqu'il eu soit, les habitants d'El-Qçar les considé- 
raient comme des protégés français et le khalifa refusa de 
s'occuper d'eux. L'agent consulaire de France, à qui les 
plaintes contre les Bdadoua étaient renvoyées, dut alors 
leur intimer l'ordre de quitter El-Qcar : ils émigrèrent 
sans opposer de résistance 




3ô0 ARCHIVES MAROCAINES 

Cet incident fut le point de départ d'une petite enquête 
à laquelle nous nous sommes livré pour obtenir quelques 
renseignements sur cette tribu étrange. 

Disons d'abord que le mot Baddiouy (pluriel Bdadoua] 
est donné par les lettrés musulmans comme dérivant 
A'Abadya (Ibâdites, hérétiques); en tout cas ils n'ont rien 
de commun avec la tribu des Bdaoua, àoni les douars sont 
mélangés avec ceux du Khlot, aux environs d'El-Qçar, et 
dont le nom (plur. de Badouy), signifie bédouin. 

On reconnaît les Bdadoua à leur tient basané, à leur 
figure longue, leur nez long, leur bouche lippue, leurs 
pommettes aplaties, leur yeux longs couleur ardoise, leurs 
cheveux noirs et durs. Us ont une très grande facilité d'élo- 
cution, parlent un arabe très pur et séduisent beaucoup 
de gens par leurs discours éloquents. Parmi eux vivent 
quelques tolba et des fqlh pour enseigner le Qoran à leurs 
enfants, mais ils prennent aussi, pour cette occupation, 
des fqîh étrangers à leur race. Ils sont polygames, mais 
n'épousent que des femmes de leurtribu : celles-ci, comme 
nous l'avons dit, sortent peu et restent toujours voilées 
jusqu'aux yeux, même à l'intérieur des maisons. 

Ils lisent le Qorân, mais pratiquent d'une façon particu- 
lière la religion musulmane. Us n'observent pas le jeûne 
du Ramadan et rendent aux musulmans le mépris dont 
ceux-ci les accablent : lorsqu'un musulman, s'étant dé- 
chaussé, met par erreur à ses pieds les babouches d'un 
Baddiouy, celui-ci cesse de les mettre ou les lave à grande 
eau. 

Beaucoup de versions, plus erronées les unes que les 
autres, courent dans la population musulmane sur l'ori- 
gine des Bdadoua. Les savants en font des descendants des 
Mo'tazelites, prenant sans doute ce mot au sens étymolo- 
gique de « séparatistes ». Eux-mêmes prétendent descendre 
du chérîf Sidy SolaîmAn ben 'Abdallah Al-Kâmel dont le 
fils fut proclamé à 'Aîn Al-IIout, à 8 kilomètres au nord de 



LES BPAPOUA 



361 



Tiemcen, et qui a donné naissance à une branche de chorfa 

Jits Cltoiifi d"Ain al-IJoui. 

Mais tl'aiitros les appellent Bedaoudu et disent que ce 
nom est une corruption de Ben Daoud, parce qu'ils des- 
cendent de Sidy Daoùd, frère de Moulay Idrîs, qui aurait 
eu des tendances hérétiques. Nous ne connaissons aucun 
frère d'rdrîs, qui ait porté le nom de Daoud, mais un frère 
d"Abdallah Al-KAmei, père d'idrîs. s'apfielait Daoud : nous 
ne savons rien sur lui. Un fils d'Idris 11, nommé Daou{l, 
régna sur les llawvvAra, les Tsoùl, les Mikni'isa, les R'yAla 
et Tâza '. Nous n'avons jamais lu dans aucun auteur tju'un 
de ces deu-x Daoùd ait eu des tendances hérétiques. 



Actuellement, les Bdadoua ont comme centre d'habitat 
le douar des Melaina, chez les Oulad 'Aîssa de la rive droite 
du Sehou. 

Le chaikh de ce douar est un chérîl miliany appelé 
Sidy l-'Abbâs ben MoLihammad Al-Milîany, dont la fa- 
mille est propriétaire, depuis plusieurs siècles, de toutes 
les terres de ce village, qu'elle a achetées à son arrivée au 
R'arb. On raconte que ces Bdadoua, à l'origine, sont venus 
d'.Algérie. comme disciples de Sidy Ahmed ben Yoûsouf, 
patron de Miliana, en quête d'aumônes. Quant aux choHa 
inetaîna, il on existe aussi du côté des Oulad 'Aîssa et entre 
les Cherarda et les Benî Hasan, au bord du Sebou, dans un 
lieu appelé Rba'a de Sidy 1-Miliany ben 'Abd Al-I.îaqq, sur- 
nommé Outd Zein. Mais ils n'ont rien de commun avec les 
Bdadoua, si ce n'est leur parenté imparfaitement établie 
avec le chaikh de ces derniers. 

La relation entre les Bdadoua elles Melaina n'est établie 
qu'au douar de Sidy l-'Abbâs, chérîf miliany, sujetalgérien 
français et chaikh des Bdadoua. Ils y ont une zàouya, 
simple chambre sans mihrâb,dans la maison même de Sidy 




l. et. Archives iiKtiocuiiirs, 1, |j. ->Af cl seii. 





362 



ARCHIVES MAROCAINES 



l-&#39;Abbâs, à droite en entrant dans le vestibule : ce n&#39;est 
qu&#39;une salle de réunion oii ils l&#39;ont la prière en comnmn. 

On est d&#39;accord au IVarb et à El-Qçar pour attribuer à ce 
c&#39;haikh et à ses administrés des pratiques extraordinaires 
et réprouvées par les bons imisulmans. Entre autres rôles, 
il parait jouer le rôle de receleur : les Bdadoua qui voient 
di&#39;s troupeaux dans la montagne les lui apportent et c&#39;est 
lut qui en facilite récoiilement. 

Les coutumes du mariage sont signalées aussi chez eux 
par une particularité étrange, le droit de jambage, liaqq 
aL-thqàb (perforation) . dti chaîkh sur toutes les nouvelle&#39;» 
mariées. Les mariages se font entre Bdadoua exclusive- 
ment ; la iljffriKi&#39;a du douar se réunit et son chaîk, Sidy 
F&#39;Abbâs, lit devant elle la (àtilia pour le mariage d&#39;un tel 
avec une telle ; puis, après le festin d&#39;usage, il accomplit 
le Ihqàb. 

Enfin, ils pratiquent une fois par an, à une date et dans 
un lieu qu&#39;ils tiennent cachés, une cérémonie étrange 
appelée laîlai al-rouhla (nuit de l&#39;enlacement). Ils se 
réunissent au jour fixé par la djaniA&#39;a dans une grande 
salle ou sur une place publique, la nuit, les hommes d&#39;un 
côlé, les femmes de l&#39;autre, et font un grand fi-stin en 
commun, sous la direction du chaikh.  la tin du dinur, 
on éteint les lumières ; les femmes se couchent par terre, 
les hommes viennent s&#39;étendre auprès d&#39;elles indistincte- 
ment, taudis que l&#39;un d&#39;eux tire son sabre et le promène 
sur tous ces corps étendus à terre, pour s&#39;assurer qu&#39;aucun 
des assistants n&#39;est resté debout, et par conséquent pour 
reconnaître les étrangers qui se seraient glissés dans la 
foule, ignorant ces pratiques. Lorsque l&#39;accouplement a 
pris fin, on se sépare pour rentrer chacun chez, chez soi. 
Les jeunes gens arrivés à l&#39;âge de puberté sont admis à 
celte fête. 

La même cérémonie, au dire des indigènes, aurait lieu 
chez certaine fraction de la tribu des R&#39;yâta, dans les ca- 



Les BPAPOUA 363 

Vernes du Djebel R&#39;yâta &#39;. Peut-être eat-il question de la 
fraction des Béni Mahsen, qui passe pour chrétienne 
parce qu&#39;elle est d&#39;une intransigeance religieuse incom- 
prise parses voisins. D&#39;autre part, M. Mouliéras parle d&#39;une 
lailat al-rolta, rappelant la lailat ar-roubta des Bdadoua, 
dans la tribu hérétique des Zkara*. Bien entendu, l&#39;exac- 
titude de ces renseignements, de provenance uniquement 
indigène, aurait besoin d&#39;être contrôlée. Les Bdadoua ont 
encore dans le R&#39;arb plusieurs douars qui leur appartien- 
nent partiellement, mais celui de Sidy l-&#39;Abbâs est consi- 
déré comme zâouya-mère. On dit que les sultans (ilâla, 
depuis Moulay Isma&#39;ll, n&#39;ont pas cessé de les tenir con- 
finés dans certains villages en leur interdisant d&#39;en sortir 
pour s&#39;établir ailleurs. 

G. Salmon. 

1. M. de Ségonzac, sans parler de celle cérémonie, donne quelques 
détails intéressants sur les pratiques étranges de cette tribu. Voyage
au Maroc, p 21 5, 

2. Op, cit., p. 292 et seq. 



ANOBNB. — IHPRIMKRtX A. BURDIN BT C&#39;*, 4, RUE OARMIBH. 



OUVRAGES ENTRÉS A LA BIBLIOTHÈQUE 

(Sui(* tie l&#39;inventaire) 



1890, 1)1 Bhi«son. Histoire du oaufragd et de la captivité de M. de BriMou. 
Genève, )789, in-S"- 
1891-92. PoiHitT. Voya«e eo Barbarie. Puris, 178!>, 2 vol. in-8". 

1893. Aasociatiou Trauçaise pour l&#39;avaccement dei scieDces. 32* setsioo (Au^ers). 

Paru, 1904, iu-i". 

1894. GuTHKHiLETH. De saisis martis RAcerdolibiis. Franckerje, 1704, iD-l2". 

1895. ScuinnsR. Le deraier rapport d&#39;aa Earopéeo sar Gbàl et lea Touareg de 

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MISSION SCIENTIFIQUE DU MAROC 



CONSEIL PF PERFECTIONiNEMFNT 



BUREAU 

M. £• ÊTiKNNe, Vice-Présidcnl rie la Chambre «les Députéa. 

Vke-Prétideni 
M. Baykt, liirecii.'ur d^i lEoseignement supt-ri^ur au Minisier»? 'i- 

l'Instruction publique. 
H. G. Louis, iJirRcteur politic fjénh&#39;fil ; 

M. A. I.K CiuTEMEF*. ir au Collège de Franco. 

MEMBRES 

M. Uarbirr de MEYNxnD, Membre de l&#39;Institut. 

M.[<. Basskt, Directeur de l&#39;École supérieur des Lettres d&#39;Âlifrt&#39;r. 

M. II. Cagnat, Membre de l&#39;Institut. 

M. H. DuiKSDouRG, Membre de l&#39;Institut, 

fil. P. DonuER, Président de laCbanibre de? Députés. 

M. le D&#39; Hamv, Membre de rin.tlitut. 

M. 0. HoUDAs, Professeur à l&#39;École des Linjrues orientales. 

M. L. IIUBKRT, Député. 

M. JoNNART, Gouverneur pénéral (11- i tw^niK. 

N. Li.iciA.Ni, Conseiller du Gouvernement général de l&#39;Algério. 

M. Maspeiio, Membre de l&#39;Institul. 

M PiutioN, Késideol généntl de France à Tunis. 

M. P. RéroiL, ancien Gouverneur tfénéral de l&#39;Algérie. 

M. fiouuE, Gouverneur gihiéral de r.M&#39;rique uccideutale. 

M. Roy, Secrétaire général du Gouvernement tunisien. 

M. DE Saint- ARnoM AN, Chef de bureau des Missions scieoUliques au 

Ministère de l&#39;Instruction publique 
M Svint-Rkn!^ Taillandieb, Ministre de France au Marne 



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